Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

GUATEMALA

Quoiqu'en dise Reagan, les massacres de populations continuent

· Inprecor n° 154, 4 juillet 1983 · p. 6-9 · 3 992 mots

Amérique centrale États-Unis Mexique Inde et Asie du Sud

Comment Rios Montt organise le massacre des populations indiennes

Extraits d'un rapport d'une organisation humanitaire américaine

GUATEMALA

E 23 novembre 1982, une association américaine de défense des droits de l'homme, Americas Watch, a publié

• un rapport intitulé « Droits de l'homme au Guatemala :

les neutres n'ont pas droit à l'existence » (1). Réalisé à partir d'une enquête menée au Guatemala et au sud du Mexique par quatre représentants de cette association, en octobre 1982, ce rapport dénonçait la politique meurtrière du gouvernement d'Efrain Rios Montt, notamment la tactique dite « des fusils et des haricots » (fusiles y frijoles) utilisée vis-à-vis des Indiens :

ceux qui sont avec lui sont nourris, ceux qui ne le sont pas

- parce qu'ils n'ont pas formé de patrouilles civiles ou donné d'informations sur les positions de la guérilla - sont quant à eux susceptibles d'être exécutés.

Un représentant d'Americas Watch commente le rapport en ces termes : « Nous sommes parvenus à la conclusion que le gouvernement du président Efrain Rios Montt a abandonné toute observation des principes du droit et a imposé un régime à la fois despotique et totalitaire. »

Dans la période qui a suivi la publication de ce rapport, une partie de la presse américaine a affirmé que le gouvernement

L'opinion d'Americas Watch, fondée sur des témoignages directs et d'autres informations que nous avons rassemblées à ce sujet, est que la situation des droits de l'homme au Guatemala ne s'est pas améliorée, si même elle ne s'est pas détériorée novembre 1982. Nous sommes parvenus à cette conclusion pour les raisons suivantes :

1) Le programme de contre-insurrection du gouvernement guatémaltèque, mis en œuvre début 1982, est toujours appliqué et a même été étendu par le gouvernement Rios Montt.

2) Une des caractéristiques principales de cette campagne est l'assassinat systématique de non-combattants indiens

(hommes, femmes et enfants) de tout village, ferme ou coopérative que l'armée considère comme susceptibles, soit de soutenir la guérilla et les insurgés, soit de résister aux ordres des forces armées.

3) Des hommes civils, de tout âge, ont été tués en très grand nombre, mais femmes et les enfants apparaissent aussi particulièrement victimes de massacres. Les femmes sont systématiquement violées avant d'être tuées. Les enfants sont écrasés contre les murs, étouffés, brûlés vifs ou assassinés à coups de machette ou de baïonnette.

4) De plus en plus de preuves démontrent que les hommes, adolescents y compris, sont enrôlés, sous peine de mort en cas de refus, dans des « patrouilles civiles » contrôlées par les commandants locaux de l'armée. La fonction principale de ces patrouilles civiles est de tuer d'auquoi ils avaient fui leur pays. exécutif de l'Association du barreau. tres civils qui sont suspectés d'être des éléments « subversifs », ou qui ne plaisent pas aux commandants locaux de l'armée.

5) Au cours de ces assassinats de civils, l'armée en profite généralement pour détruire les églises, les écoles, le bétail, les récoltes, les stocks de nourriture et les semences des villages, des coopératives ou des fermes suspects. Le but, visiblement suivi d'effets, est de priver des villages entiers ou des communautés agricoles de la nourriture nécessaire à leur survie.

6) Incapables de vivre dans leurs villages ou leurs fermes, ou de survivre dans la montagne où ils ont fui, un nombre croissant d'Indiens guatémaltèques (entre 70 000 et 100 000 selon les estimations) ont cherché refuge au sud du Mexique. L'armée guatémaltèque a créé une zone de tir à vue le long de sa frontière avec le Mexique. Elle poursuit et tente de tuer de nombreux réfugiés, afin de les empêcher d'atteindre le Mexique.

7) Au cours de la période où nous étions au Mexique, en mars 1983, des forces de l'armée de terre et de l'armée de l'air ont, à plusieurs reprises, traversé la frontière et pénétré en territoire mexicain pour intimider les réfugiés et exercer une surveillance sur les camps où ils sont regroupés. Au cours de la visite de notre délégation, un contingent des forces armées guatémaltèques a traversé la frontière et a pénétré en territoire mexicain sur plusieurs kilomètres près du camp de réfugiés de Chajul. Un autre contingent a ouvert le feu sur des réfugiés au camp de Puerto

8) Les forces armées guatémaltèques utilisent, de façon massive et ouverte, hé licoptères, mortiers et bombes incendiaiguatémaltèque avait réussi à « pacifier » le pays et à stopper les massacres. Le président Ronald Reagan s'est servi de ces affirmations pour justifier une reprise de l'aide militaire américaine. Americas Watch organisa alors une seconde mission, début mars 1983, au Mexique, pour vérifier si des réfugiés arrivaient encore et, dans l'affirmative, pour leur demander pour-

Les membres du comité exécutif d'Americas Watch qui ont mené cette dernière enquête sont deux juristes, Robert Kogod

Goldman, professeur de droit international à l'université américaine de Washington (DC), et Stephen L. Kass, associé du cabinet juridique Berle, Butzel, Kass et Case, de New York, ex-président du comité chargé des affaires inter-américaines du barreau de la ville de New York et ancien membre du comité

Le texte que nous reproduisons ci-après est le rapport de cette mission d'enquête d'Americas Watch sur le Guatemala, de mars 1983, intitulé « Creating a desolation and calling it peace » (« Créer la désolation et l'appeler paix »), publié dans

The New York Reviews of Books, du 2 juin 1983.

res, quand elles attaquent les villages, détruisent et brûlent les récoltes, poursuivent les réfugiés qui tentent de s'enfuir.

Les hélicoptères sont couramment utilisés pour surveiller les camps de réfugiés au

9) Le gouvernement guatémaltèque continue à exécuter des prisonniers (onze hommes depuis le 1er janvier 1983). Ils sont jugés en secret par des cours spéciales, dont les procédures et la composition violent de façon flagrante les traités internationaux qu'il a lui-même signés.

10) La communauté des réfugiés et les

Indiens déplacés au Guatemala savent en général parfaitement que le principal fournisseur de ces hélicoptères - et le principal soutien du gouvernement Rios

Montt - sont les Etats-Unis.

La stratégie contre-insurrectionnelle de Rios Montt avait un double but : en finir rapidement avec la guérilla et réaffirmer le contrôle du gouvernement sur la population (en d'autres termes fier ») (2). Bombardements, tirs d'obus, assassinats sélectifs et massacres de communautés suspectées de « subversion » sont les moyens tactiques essentiels de cette stratégie. A cela se combine la politique

1. Americas Watch, 36 West 44th Street,

New York, NY 10036, USA.

écrire en 1946 : « Les villages sans défense sont bombardés, les habitants sont emmenés de force dans les campagnes, le bétail est abattu à la les huttes sont brûlées à l'aide de bombes incendiaires; c'est ce qu'on appelle la

"pacification"». extrait de « Politics and En-

The Collected Essays, voluéditions Harcourt

Brace Jovanovich,

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de la terre brûlée (3) : cultures incendiées, récoltes confisquées et bétail massacré, dans le but non seulement de priver la nourriture, mais également A moins d'atteindre le Mexique, où ils connaissent une sécurité relative, les civils survivants de ces opérations militaires sont condamnés soit à se rendre et à chercher la protection de l'armée, soit à vivre en se cachant, au risque de mourir de faim. L'armée accorde de la nourriture à ceux qui se rendent dans des « hameaux stratégiques », ou dans des zones « pacifiées » par les moyens que nous avons décrits (4). Mais tous les hommes âgés de plus de 17 ans (parfois même 15 ans) sont tenus de rejoindre les patrouilles de « décivile. Ceux qui refusent sont considérés comme des éléments « subversifs » et peuvent être exécutés. Si Americas Watch a pu noter que les violations graves des droits de l'homme diminuent généralement dans les zones « pacifiées », il faut également remarquer que lorsque l'armée applique sa campagne contre-insurrectionnelle à une nouvelle zone, la reprend sur une zone déjà auparavant, les récits faisant état de massacres, de disparitions, de tortures, d'incendies de récoltes, augmentent de façon

LES EXILES DE L'INTÉRIEUR ET DE L'EXTÉRIEUR Dans notre rapport de novembre 1982, nous concluions déjà que les pertes infligées par la campagne contre-insurrectionnelle du gouvernement concernaient principalement les vies humaines, les cultures et les traditions des Indiens ruraux guatémaltèques, qui représentent près de 60% de la population du pays. Par exemple, l'un des vingt-trois groupes linguistiques indiens, l'Ixil, que l'on trouvait dans la région de Quiché, a été totalement exterminé en tant qu'entité culturelle. De plus, la conférence guatémaltéque des évêques estimait, en avril 1982, qu'un million de personnes, pour la plupart des paysans indiens (soit près d'un septième de la population guatémaltéque) avait été déplacé du fait des combats en cours. Ce nombre s'est encore indubitablement accru avec l'intensification de la campagne contre-insurrectionnelle au mois de juillet 1982. A cela, il faut ajouter les dizaines de milliers de paysans indiens qui ont fui le Guatemala pour le Mexique, phénomène qu'il faut attribuer au conflit de façon générale, mais surtout aux méthodes employées par l'armée.

Notre rapport de novembre indiquait que le Haut-Commissariat aux réfugiés de l'Organisation des Nations-Unies (ONU) estimait, en juin 1982, à 9 000 le nombre de Guatémaltéques réfugiés dans l'Etat de Chiapas, au sud-ouest du Mexique. Entre juillet et septembre 1982, lorsque les opérations de l'armée guatémaltéque se sont étendues dans toutes les zones rurales du pays, cette estimation a dû être portée au nombre de 13 000. A la mi-octobre, Pierre Jambor, le représen- diminution sensible.

tant au Mexique du Haut-Commissariat aux réfugiés de l'ONU pensait raisonnable d'estimer à 25 000 le nombre de réfugiés dans l'Etat de Chiapas.

LA MISSON D'AMERICAS WATCH

AU MEXIQUE Après la publication du premier rapport sur la situation, entre mars et novembre 1982, des droits de l'homme au Guatemala, un flux de témoignages faisant état de multiples nouveaux massacres de paysans indiens par l'armée guatémaltéque a continué à parvenir à Americas Watch, mais aussi à d'autres groupes de défense des droits de l'homme, tels qu'Amnesty Internatinal, Washington Office on Latin America, OXFAM-America et Survival International.

Au moment même où ces témoignages nous parvenaient, le Département d'Etat américain affirmait publiquement qu'une amélioration sensible et générale caractérisait l'attitude des forces armées guatémaltèques vis-à-vis des civils ruraux. Nous sommes donc partis pour l'Etat de Chiapas dans le but d'interviewer des réfugiés récents. Ils constituent, à notre sens, la source d'information la plus crédible à laquelle peuvent avoir accès des observateurs impartiaux. Il s'agissait de trancher entre les témoignages faisant état de massacres continus de paysans et les assertions du Département d'Etat selon lesquelles les exactions connaissaient une

La dictature guatémaltèque et les droits de l'homme. (DR)

Au cours de nos visites à Tapachula, Motozintla, Paso Hondo, Comitan et aux deux camps de réfugiés qui se trouvent dans la jungle près de la frontière guatémalteque, nous avons recuellli des temoignages directs de nombreux réfugiés qui avaient fui le Guatemala entre la fin du mois de novembre 1982 et le 6 mars 1983. Tous étaient des paysans venus de villages, de hameaux ou de coopératives localisés dans différentes communes des départements de Quiché, Huehuetenango, Alta Verapaz et Baja Verapaz. Bien que ces interviews aient été recueillies à différents endroits avec des personnes qui vivaient dans différents départements du Guatemala, et done ne pouvaient pas se connaître, toutes concordaient, et la même explication revenait sans avaient fui le Guatemala pour le Mexique que l'armée guatémaltèque avait tenté de les tuer, soit en tirant sur eux, soit en les affamant. Et nombreux sont ceux qui ont déclaré qu'ils pensaient que

3. Après avoir rencontré le président Reagan au Honduras, le 5 décembre 1982, le président Efrain Rios Montt déclarait aux journalistes : « Nous ne pratiquons pas la politique de la terre brûlée. Nous pratiquons une politique où le terme "terre" doit être remplacé par communistes. »

4. Il serait intéressant de savoir comment l'armée obtient cette nourriture. De nombreux réfugiés nous ont dit que lorsque l'armée ne détruit pas les cultures, elle les récolte et les emporte par camions, cela sans aucune compensation matérielle.

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le gouvernement de Rios Montt tentait de les (les Indiens) « exterminer ».

S'ils sont similaires à ceux que la délégation d'Americas Watch avait recueillis en octobre 1982 à Ejido Cordoba et Union Juarez, dans l'Etat de Chiapas (5), les témoignages de mars 1983 indiquent en outre que les opérations militaires se sont intensifiées fin 1982, et que les attaques de l'armée se portent désormais indistinctement contre la population indienne, ses biens et ses réserves de nourriture, particulièrement dans les zones de Huehuetenango et Quiché, déjà particulièrement durement touchées. A nouveau, nous avons entendu à de multiples reprises des récits de témoins oculaires faisant état de bombardements de villages, de hameaux et de coopératives par des avions et des hélicoptères, suivis d'assauts de soldats de l'armée de terre qui ouvraient le feu sur les hommes, les femmes et les enfants. D'autres réfugiés nous ont dit que lorsque les soldats pénétraient dans leur village, ils ne fusillaient pas au hasard mais séparaient les hommes, des femmes et des enfants : les hommes étaient emmenés dans l'église catholique locale et fusillés , les femmes et les enfants étaient enfermés dans des batiments séparés où ils étaient brûlés vifs ou fusillés après avoir été violés par les soldats. La plupart des témoignages montrent que l'armée ne gâche pas de balles pour les femmes et les enfants. Nous avons reçu sans cesse des témoignages selon lesquels les soldats saisissaient les enfants par les pieds et leurécrasaient la tête contre les murs, ou les frappaient à mort, parfois à l'aide de cordes, ou encore les assassinaient à coups de baïonnette ou de machette (6). (...)

De nombreux réfugiés nous ont raconté avoir survécu aux massacres de l'armée en fuyant dans les collines ou dans les lopins de terre voisins, et en revenant dans leurs villages après le départ de l'armée. Mais, ayant peur de rester dans leurs villages, ils retournaient à leurs lopins ou dans les montagnes, essayant de survivre

4 tHar alez 200 18079 en plantant de nouvelles cultures avec des semences qui avaient été épargnées par l'armée. moins chanceux, avaient fui dans les montagnes avec leurs vêtements pour seuls bagages. Ils y reset dix ou onze mois, se nourrissant de fruits sauvages, de racines et d'herbes. Bien que les villages aient déjà été détruits, les soldats revenaient réguliérement que qu'ils rencontraient. (...)

Des témoignages directs confirment ce que nous avions publié dans le précédent rapport: l'armée guatémaltèque a créé une zone de tir à vue le long de la frontière avec l'Etat de Chiapas. Elle y poursuit systématiquement et essaie de tuer toute personne qui tente de traverser la frontière.

LES ACTIVITES DES PATROUILLES

Nous étions particulièrement intéressés à recueillir de la part des réfugiés interviewés des informations récentes sur les activités des patrouilles civiles. Americas Watch avait noté, dans son rapport de novembre 1982, que l'armée guatémaltèque tendait à considérer la « bonne volonté » d'un village pour former une pacomme un test « sympathies politiques ». Les villages qui forment de telles patrouilles sont considépar l'armée des villages « protection ». Ceux qui ne le font pas sont, par contre, considérés comme des villages « rouges » et sont la cible des attaques militaires. Le rapport de novembre soulignait également que l'armée utilisait ces patrouilles civiles non seulement en première ligne au cours des opérations contre la guérilla, mais aussi pour contrôler la population civile (7).

Sur la base de témoignages directs et d'informations collectées avant et après notre mission, nous sommes maintenant convaincus que les civils de sexe masculin sont enrôlés dans ces patrouilles sous la menace. La fonction essentielle de ces patrouilles est de tuer les civils considérés comme « subversifs » ou qui déplaisent aux commandants locaux de l'armée. Un homme, membre d'une famille issue de San Ildefonso Ixtlahuacan, dans le département de Huehuetenango, arrivé à Motozintla, dans l'Etat de Chiapas, le 6 mars 1983, c'est-à-dire à la veille de l'interview, nous a donné les informations suivantes à propos de la patrouille civile de son villa-

Début 1983, les soldats ont pénétré à San Ildefonso. Ils ont rassemblé les hommes et leur ont dit de former une patrouille civile et de s'enrôler parce que la guérilla était dans la région. Puis ils ont ajouté qu'un refus de leur part prouverait qu'ils faisaient partie de la guérilla, et ils seraient done exécutés. Dès lors, les villageois ont formé la patrouille.

Ce réfugié nous a également dit que les hommes de tous les villages voisins avaient été forcés de la même manière à former des patrouilles. Selon ses dires, le commandant de l'armée ordonnait aux membres de la patrouille de tuer des civils de leur village, et il arrivait parfois que les soldats tuent des membres de la patrouille. En janvier 1983, les soldats ont exécuté publiquement quatre personnes à San Ildefonso. L'un d'entre eux, Marcos Felipe Salus Gomez, âgé de trente ans, dirigeait la patrouille civile du village.

Ce réfugié déclare aussi que l'armée a exécuté près de 150 civils à San Ildefonso depuis août 1982, 60 d'entre eux assassinés en janvier et en Nous avons recueilli un récit semblable auprès d'un ancien membre de l'armée guatémaltèque que nous avons interviewé à Tapachula, dans l'Etat de Chiapas. Il a déclaré que les commandants locaux de l'armée considéraient les hommes qui hésitaient ou refusaient de rejoindre les patrouilles civiles comme des « ennemis » qui devaient être exécutés. De même, il a indiqué que le commandant local de l'armée préparait et donnait aux patrouilles

5. Ces réfugiés avaient fui les villages de Ballaj et de Montecristo, qui se trouvent dans la commune de Tajumulco, département de San Marcos. Voir l rapport de novembre 1982 d'Americas Wauch, p. 15. Du 20 novembre 1982 au 22 février 1983, les villages et les hameaux ont été, sur toute la commune de Tajumuleo, périodiquement bombardés et attaqués par l'armée guatémaltèque.

6. Nous avons appris par la suite nue les membres des patrouilles civiles étaient sévèrement punis quand ils n'étaient par capables de tenir le compte des armes et des balles fournies par l'armée, visiblement de peur que celles-ci ne se retrouvent aux mains de la guérilla. Cela est sans doute en rapport avec le fait que les massacres sont pratiqués de préférence avec des méthodes qui évitent l'utilisation des balles.

7. Le 4 décembre 1982, lors de sa rencontre avec le président Reagan, le président Rios Montt a déclaré que « 300 000 Indiens ont été maintenant organisés dans des unités civiles d'autodéfense ». (Communiqué numéro 01, Ambassade du Guatemala, Washingto: (DC), 3 décembre 1982.)

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civiles des listes de personnes à assassiner. Leurs membres étaient informés qu'en cas de refus d'obéir à ces ordres, ils subiraient le même sort. Il leur était également ordonné de dire que leurs victimes avaient été assassinées par la guérilla.

LE CAS DE PARRAXTUT De toutes les horreurs que nous avons entendues au cours de notre mission, aucune n'égale sans doute ce qui serait arrivé au village de Parraxtut, dans la commune de Sacapulas, département de Quiché. Nous utilisons sciemment ici un conditionnel, car nous n'en avons eu connaissance que par une information de seconde main. Nous l'avons recueillie auprès d'un prêtre catholique et d'une religieuse qui travaillent avec le Comité de coordination des services de réfugiés de l'Eglise catholique. Cette organisation s'est montrée digne de confiance, à nos yeux, sur la question des réfugiés. Ces deux personnes nous ont dit avoir obtenu cette information d'un membre de la patrouille civile de Chiul, qu'ils connaissent depuis des années et qui a déclaré avoir pris part au massacre.

Selon leur récit, l'armée guatémaltèque est entrée dans le village de Chiul, qui se trouve dans la commune de Cunen, département de Quiché, le vendredi 22 décembre 1982. Elle a ordonné aux hommes membres de la patrouille civile de se rassembler aussi rapidement que possible. Il s'agissait d'un grand village et il a fallu deux heures aux quelques 350 hommes (âgés de 15 à 65 ans) pour se rassembler. Le capitaine de l'armée aurait alors ordonné à ces hommes de marcher sur le village voisin de Parraxtut et déclaré qu'ils devaient se préparer à lui prouver qu'ils étaient des hommes. trouille civile entamaient leur marche d'une heure et demie en direction de Parraxtut, un nombre identique de soldats étaient emmenés par camions vers ce village. Ils ont rassemblé comme tous les hommes, femmes et enfants qu'ils ont pu trouver, et les membres de la patrouille, ont aidés à finir l'opération pour les maisons les plus éloignées. Une fois assemblés, les habitants ont été séparés en différents groupes d'hommes, de temmes et d'enfants (fait qui revient souvent dans les ré cits d'événements survenus dans d'autres villages). Toujours selon ces témoignages, le capitaine a alors ordonné aux membres de la patrouille civile de Chiul de prouver qu'ils étaient des hommes, en tuant toute la population masculine de Parraxtut (communauté qui a des liens culturels très étroits avec Chiul), avec les fusils que leur avaient donnés les soldats qui les encerclaient.

Une fois les hommes assassinés, les femmes auraient été séparées en deux groupes : les jeunes et les plus âgées. On a alors ordonné à la patrouille civile, sous peine de mort, de tuer les femmes âgées, et les plus jeunes ont été partagées entre les soldats pour être violées au cours de la nuit. Le lendemain, la patrouille civile a reçu l'ordre d'assassiner les jeunes femmes encore en vie, à l'exception de deux d'entre elles qui étaient particulièrement belles. Sur les instructions du capitaine, la première a été emmenée et la seconde, ayant supplié le capitaine de l'achever, a

D'après le récit qui nous a été fait, de nombreux enfants ont réussi à s'échapper durant la nuit, en se cachant dans les montagnes voisines. Certains ont été blessés en s'échappant, d'autres ont souffert du froid, un grand nombre d'entre eux

La patrouille civile de Chiul est retournée à son village, et les hommes ont été accueillis avec étonnement, car ils étaient toujours en vie. Le lendemain, de nombreux membres de la patrouille ont participé à une opération de recherche des enfants qui avaient fui. Quelques-uns d'entre eux ont été retrouvés encore vivants et ont été ramenés à Chiul. Pendant ce temps-là, l'armée disposait les corps de leurs parents afin de les mettre bien en évidence. (...)

Americas Watch demande au gouvernement guatémaltèque d'ouvrir une enquête qui fasse la lumière sur les événements qui se seraient produits à Parraxtut et demande, parallèlement, qu'une enquête indépendante soit menée par un organisme tel que l'Organisation des Etats américains (OEA). Si ces témoignages s'a-

Patrouilles militaires contrôlant la population rurale. (DR) vèrent fondés, nous demandons au gouvernement guatémaltèque de prendre toutes les mesures nécessaires pour engager des poursuites contre les officiers respon-

CONCLUSION DU RAPPORT A nos yeux, une conclusion implacable s'impose : le gouvernement du Guatemala est engagé dans une politique de violations les plus graves qui soient des droits de l'homme fondamentaux, et avant tout du droit à la vie. L'ampleur et le degré de brutalité de ces violations sont tels qu'ils ressortissent, en fait, à une politique d'extermination d'une partie significative de la population indienne du Guatemala. Pour les Etats-Unis, être associés à une telle politique équivaut à répudier tout principe de droit et tout respect de la personne humaine. interdit d'apporter une aide militaire aux gouvernements engagés dans une politique de violation grossière des droits de l'homme Americas Watch appelle à suspendre immédiatement toutes les ventes actuelles dans le domaine militaire et à refuser au gouvernement guatémaltèque l'assistance militaire réclamée. maintiennent leur soutien tant militaire que diplomatique au gouvernement Rios Montt, cela conduira guatemalteque - et cela commence de ià — à considérer les USA comme complices des violations des droits de l'homme, innommables et innombrables, commises par le gouvernement Rios Montt. Montt à cesser sa pratique d'assassinat de ses citoyens indiens et nous insistons auprès des Etats-Unis pour qu'ils rompent leurs liens avec un gouvernement dont la barbarie a atteint un degré qui fait honte à l'humanité.

Rapport d'Americas Watch sur le Guatemala, mai 1983.

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