Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

FINLANDE

Une longue tradition de gouvernements de collaboration de classes

· Inprecor n° 154, 4 juillet 1983 · p. 20-23 · 3 958 mots

URSS et Russie Syndicalisme

ES caractéristiques de la vie politique finlandaise sont largement déterminées par sa situation géographique spé

/ cifique, à la frontière nord-ouest de l'Union soviétique, et par l'importance des relations commerciales entretenues avec ce pays (près de 60 % du pétrole brut consommé en Finlande provient d'URSS). Depuis son arrivée au gouvernement en 1956, le président de la République, Urho Kaleva Kekkonen, s'est montré partisan d'une large coopération économique avec l'URSS et a fait preuve d'un certain équilibrisme diplomatique sur les grandes questions internationales. Une seconde caractéristique des vingt-cinq ans du règne de Kekkonen a été sa réussite à mettre en place, à partir de 1966, des gouvernements de collaboration de classes, regroupant sociaux-démocrates, communistes, et des membres de sa propre formation bourgeoise, le Parti du centre. Les partis ouvriers communistes et sociaux-démocrates finlandais ont donc de longues années de pratique de ces formules gouvernementales front populistes.

Bien qu'elle ait été qualifiée de « coup porté contre le capitalisme » par Radio-Moscou, l'élection, le 26 janvier 1982, du candidat social-démocrate Mauno Koivisto à la présidence de la République, n'a pas marqué pour autant un bouleversement fondamental des données politiques du pays. En matière

Pekka HAAPAKOSKI

L'élection à la présidence de la République de Urho Kaleva Kekkonen, en mars 1956, a coïncidé avec le plus important affrontement de classe de l'après- guerre. Pendant trois semaines, un demi- million de travailleurs ont mené une grève générale totale. La première année du gouvernement Kekkonen a également été marquée par une grave instabilité économique, par une série de crises gouvernementales, par une division importante de la social-démocratie et du mouvement syndical, ainsi que par de graves conflits au de la bourgeoisie et de la classe ouvrière, quant à la politique étrangère du pays.

En vingt-cinq ans de pouvoir, Kekkonen a réussi à transformer son image de marque. De politicien contesté - membre du Parti agrarien, aujourd'hui Parti du centre —, il est devenu une figure bonapartiste autoritaire, contraignant les représentants politiques du mouvement ouvrier aussi bien que du grand capital à se soumettre à sa direction et à le reconnaître comme l'« arbitre » suprême, non seulement sur les questions de politique étrangère, mais aussi sur la politique intérieure.

En ce qui concerne les organisations du mouvement ouvrier - les sociaux-dé.

mocrates et les communistes -, la tactique spécifique de Kekkonen fut d'abord de les évincer et de les affaiblir, afin de les

« intégrer » par la suite aux cabinets gouvernementaux (à partir de 1966) et d'en faire les principaux instruments de la coopération ment où se font sentir, ble de la Banque de Finlande. analyse la signification. nouvelle politique économique mise en œuvre vers le milieu des années 1960. L'objectif premier de cette nouvelle politique économique était de réaliser une modernisation et une restructuration de l'économie finlandaise par le moyen d'un plan d'industrialisation accélérée et d'une politique de contrôle des salaires.

DES DÉCENNIES DE COALITION

DE COLLABORATION DE CLASSES

Le seul moyen politique pour accomplir un tel projet était un gouvernement de front populaire comprenant des ministres sociaux-démocrates et communistes comme garantie que la base de ces partis n'offrirait pas trop de résistance aux plans de modernisation de la bourgeoisie. Avec le recul du temps, il est manifeste que les objectifs de la bourgeoisie ont été largement atteints. L'acceptation totale des règles du jeu par les partis ouvriers a été un facteur déterminant à cet égard.

Certes, de larges secteurs du mouvement syndical ont engagé des luttes mili-

1. En matière de politique extérieure, et comme la plupart des candidats à la présidence de la République, Koivisto s'est déclaré favorable à la poursuite de la « ligne Paasikivi-Kekkonen ». Le Monde diplomatique de juillet 1982 définit cette orientation comme suit : « Politique déterminée et appliquée par dents de la République de 1945 à 1981, et qui peut se résumer par la formule : " (...) confiance mutuelle et coopération internationale constructive entre Etats aux systèmes sociaux difféelle se manifeste dans les rapports de bon voiside politique extérieure, Koivisto, qui vient de signer à Moscou un protocole reconduisant pour vingt ans le Traité d'amitié, de et d'assistance mutuelle conclu entre les deux pays en 1948, ne s'est guère écarté de ce que l'on appelle la

« ligne Paasikivi-Kekkonen » (1). Sur le plan intérieur, au moà retardement, les effets de la crise économique internationale, l'élection de Koivisto a exprimé une double réalité : d'une part, le vote populaire massif pour le candidat présenté par le Parti social-démocrate (SDP) et, de l'autre, le soutien tacite de fractions bourgeoises à celui qui fut l'ancien Premier ministre de Kekkonen et l'ancien responsa-

Cependant, les élections législatives des 20 et 21 mars derniers n'ont pas confirmé l'ampleur de la poussée électorale social-démocrate enregistrée lors de l'élection de Koïvisto. Il faut dire qu'elles intervenaient un an après l'entrée en fonction du gouvernement de coalition de classe de Koïvisto, qui a mené, depuis lors, une politique d'austérité. Elles constituaient donc un premier test électoral pour le nouveau président de la République et pour sa politique, dont l'article publié ci-dessous tantes dans les années 1970. Mais cela n'était pas suffisant pour contrebalancer les résultats globalement positifs pour la bourgeoisie de la politique de front popu-

Cette politique a divisé le Parti communiste. Cependant, la minorité du PC qui y était hostile n'avait guère la perspective de se transformer en alternative révolutionnaire pour le mouvement ouvrier.

Dans de telles circonstances, la division du PC a surtout profité à la bourgeoisie.

Ainsi, les quinze dernières années du pouvoir de Kekkonen ont permis au capitalisme finlandais de surmonter, mieux que d'autres pays européens, la crise économique internationale. Tout au moins du point de vue des profits et de la concurrence internationale. Le prix à payer par les ouvriers a été élevé : baisse importante des salaires réels et restrictions sévères des budgets sociaux. Le chômage s'est maintenu à un niveau élevé et des centaines de milliers d'ouvriers ont été contraints à

Le résultat le plus grave fut que les partis ouvriers participaient de plus en nage entre la Finlande et l'URSS, mais aussi dans une recherche de l'équilibre nécessaire entre les pays occidentaux et les pays orientaux dans leurs relations avec la Finlande. »

2. Le seuil des 150 000 chômeurs, soit environ 6,5 % de la population active, était dépassé en décembre 1981. En 1983, le chômage atteindre 180 000 personnes, compter le chômage dissimulé par l'émigration.

Dans certains endroits, comme le grand port de

Turku au sud-ouest du pays ou la région agricole de Vaasa, le chômage a progressé de 60 % en

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plus à la mise en œuvre de la politique du gouverement bourgeois, privant ainsi leurs membres de toute perspective de résistance à la campagne de la bourgeoisie. Ces partis agissaient comme des partis gouvernementaux et étaient perçus comme tels par leurs militants. Ils se trouvaient même en conflit croissant avec les intérêts économiques les plus élémentaires de la classe ouvrière. C'est ainsi qu'ils affaiblirent leur propre base électorale.

C'est précisément cela - un affaiblissement qualitatif de l'identité de classe et de la force du mouvement ouvrier -qui constitue l'héritage politique majeur de Kekkonen. Il passera dans l'histoire comme l'homme qui a finalement « maté » le mouvement ouvrier finlandais traditionnel et l'a forcé à collaborer avec les forces bourgeoises dirigeantes pour achever le processus de restructuration économique le plus extensif qu'ait connu la Finlande. Kekkonen fut obligé, en fin de sa carrière, d'élargir de plus en plus son bonapartiste. dictait les principales lignes de la politique nationale et étrangère, mais il devait également intervenir de plus en plus fréquemment dans les conflits quotidiens qui opposaient les différents partis politiques, afin de les résoudre.

LA CRISE DES MÉTHODES

BONAPARTISTES DE KEKKONEN

Quand on en arriva là, des secteurs croissants de la bourgeoisie commencérent à percevoir le danger d'un tel système : était devenu tellement dépendant d'un seul homme qu'ils commencèrent « père » susceptible de remplacer le vieux président de plus en plus sénile.

Au début des années 1980, Kekkonen avait, du point de vue de la bourgeoisie, accompli sa tâche historique. Progressivement, des critiques croissantes se sont élevées contre lui, et la pression pour qu'il abandonne le pouvoir n'a cessé de grandir. Tombé brusquement malade en 1981, Kekkonen ne pouvait dès lors plus remplir les fonctions attachées à son poste et cela mit immédiatement à l'ordre du jour la question d'un changement de régime.

En fait, il y avait déjà un candidat à la présidence disponible, pouvant être considéré comme apte à conduire la Finlance lors de la période Kekkonen vers une « nouvelle ère » et susceptible d'obtenir un large soutien à son projet : le politicien social-démocrate et banquier Mauno Henrik Koivisto.

Le projet de Koivisto peut être résumé brièvement de la façon suivante : d'un côté, il tente d'exploiter le mieux possible la marge de manœuvre politique dont il dispose et de maintenir la coopération économique avec l'Union soviétique telle qu'elle avait été développée durant la période Kekkonen. En même temps, dans le domaine de la politique intérieure, Koïvisto compte sur une poursuite de la « politique de consensus » (en d'autres termes, une politique de collaboration de classes) et un renforcement des industries d'exportation sur la base d'une acceptation « volontaire » de l'austérité par les travailleurs. pense qu'il peut mener à bien sa politique en utilisant davantage les canaux parlementaires normaux et en ayant moins recours à des méthodes autoritaires. La clé de la capacité de Koïvisto à réussir cette réorientation réside essentiellement dans sa popularité sans précédent et son image soigneusement cultivée de père du « miracle économique finlandais », ainsi que dans la position renforcée de la socialdémocratie au sein du mouvement ou-

KAPITALISHIN

KR/ISI

vrier finlandais et sur l'arène politique en général. classe démocrate. Pour les secteurs les plus clairvoyants de la bourgeoisie, il était un banquier. Et pour l'électorat en général, Koivisto était présenté comme l'« homme du peuple tout entier ». Malgré sa carte de membre du Parti social-démocrate, Koïvisto a fidèlement, et toute sa vie, servi la bourgeoisie finlandaise. Il a débuté sa carrière comme briseur de la grève des dockers dirigée par les communistes, en 1949, et comme organisateur des opérations de chasse aux sorcières. Elle s'est poursuivie dans les ministères et la Banque nationale de Finlande, où son activité a été marquée par des options

3. En tant que Premier ministre du président Kekkonen ou gouverneur de la de Finlande, Koivisto a des responsabilités didu mark finlandais survenue en 1967 et dans la politique d'austérité menée en 1975. Ce sont là des antécédents appréciés par la bourgeoisie.

4. La Finlande possède deux langues officielles, le finnois, parlé par la grande majorité de la population, et le suédois. Cet article ayant été écrit en suédois par un camarade finlandais résidant en Suède, tous les sigles des formations politiques sont dans cette langue.

économiques et financières profondément antiouvrières (3).

L'homme qui a été élu neuvième président de la Finlande, le 26 janvier 1982, par un vote massif mais extrêmement hétérogène d'un point de vue de classe, ne pourra pas maintenir très longtemps son image d'« homme du peuple tout entier » dans les conditions de crise économique croissante des années 1980. Les électeurs de la classe ouvrière sont de plus en plus nombreux à réaliser que ce n'est pas « leur » Koïvisto qui siege au palais présidentiel. L'aura populiste autour du nouveau président commence à s'estomper, et il se voit de plus en plus contraint d'avoir recours aux méthodes les moins « délicates » de l'ère Kekkonen. Un an d'exercice du pouvoir aura été suffisante pour ternir l'image populaire de Koivisto, et les élections législatives de mars 1983 en ont été la première indication.

L'ÉVOLUTION DU VOTE

POUR LES PARTIS OUVRIERS Les résultats des législatives de 1983 montrent clairement ce qui est arrivé au soutien électoral dont bénéficiaient les partis ouvriers au cours des vingt-cinq dernières années (voir encadré). Dans les années 1950 et au début des années 1960, la moitié environ de l'électorat votait pour le Parti social-dé mocrate (SDP) et l'Union démocratique du peuple finlandais (DFFF, coalition électorale du PC) (4). Ces deux organisaAinsi, KHP désigne le Parti constitutionnel (le parti le plus à droite) : KF, l'Union des chrétiens finlandais : SP, le Parti de coalition nationale (principal parti bourgeois traditionnel) : SFP, le Parti populaire suédois (parti de la minorité suédoise) : CP, le Parti du centre (l'ancien Parti agrarien, qui a fusionné avec les libéraux) : FLP, le Parti rural finnois (parti populiste réactionnaire) : SDP. le Parti social-démocrate: DFFF. l'Union démocratique du peuple finlandais (coalition électorale du Parti communiste).

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tions avaient alors à peu près la même force, la DFFF ayant cependant un léger avantage dû à la division de la social-démocratie. Puis, au cours de la période qui a suivi, deux nouvelles tendances ont clairement pris forme. D'un côté, le vote global pour les partis ouvriers a connu un recul régulier qui situe maintenant leur score électoral au niveau des 40 % des voix. D'un autre côté, ce déclin s'est opéré essentiellement aux dépens la DFFF, la social-démocratie ayant, quant à elle, globalement maintenu son électorat, après s'être remise de sa division.

Le mouvement ouvrier dans son ensemble a été affaibli. De plus, toutes les pertes ont affecté son aile traditionnellement plus radicale. Les principales raisons de cette évolution sont assez claires. Tout d'abord, la participation continue, depuis 1966, des partis ouvriers aux gouvernements de front populaire a considérablement diminué la confiance que les travailleurs leur portaient. Ensuite, la querelle qui dure et divise depuis maintenant quinze ans le PC sape de plus en plus la crédibilité de ce parti aux yeux des travailleurs radicalisés. Sur le plan purement parlementaire, le cours des sociaux-démocrates et des staliniens a mené insoluble. Plus ils devenaient des partis purement parlementaires et gouvernementaux, moins ils étaient capables de rasautour d'eux et de leur programme. été proclamée l'une des grandes gagnantes des élections législatives de mars 1983. Mais, avec 26,8 % des votes, elle n'a pas réussi, en fait, à atteindre le nombre de voix qu'elle avait durant toute la période d'après-guerre, à l'exception des années de division dans les années 1970 (5). L'« effet Koivisto » tant attendu (44% des voix aux élections présidentielles de 1982) ne s'est absolument pas traduit au niveau des législatives.

Malgré la position relativement forte du SDP dans le mouvement ouvrier, les résultats de l'élection montrent que ce parti continue à perdre sa base organisée politiquement active sur les lieux de travail. En même temps, l'idéologie de l'appareil, et même la composition sociale des couches dirigeantes du parti, prennent de plus en plus clairement un caractère technocratique bourgeois.

Après les années de division, le parti a été contraint, pour quelque temps, d'adopter un langage politique plus radical afin de regagner le contrôle qu'il avait perdu sur les syndicats. Mais une gestion prolongée du capitalisme finlandais et de son Etat, depuis 1966, a laissé une empreinte profonde sur l'image du parti et a accéléré davantage son cours vers une adaptation totale aux « réalités » du capitalisme finlandais. Aujourd'hui, la politique de défense des intérêts bourgeois n'a rien à envier à celle du parti de Willy Brandt en Allemagne de l'Ouest ou de Bruno Kreisky en Autriche.

La « frange de gauche », petite mais active, que l'on trouvait avant tout dans l'organisation de jeunesse du SDP et dans quelques sections, a été très largement intégrée par l'appareil du parti ou bien est tombée dans un silence embarrassé. A long terme, une plus grande opposition ne trouvera un potentiel qu'au sein du mouvement syndical, où la politique d'austérité et la ligne d'auto-restriction ont provoqué un certain mécontentement à la base et dans les directions intermédiaires.

LES FRACTURES

DU STALINISME FINLANDAIS

Le PC finlandais et la DFFF, aujourd'hui plus faibles que jamais depuis la période d'après-guerre, connaissent en outre une crise de crédibilité catastrophique parmi leurs membres et leur électorat traditionnel.

La querelle au sein du PC, longue de quinze années, entre deux courants qui sont restés globalement loyaux envers l'URSS, bien qu'à des degrés différents, a été un scandale perpétuel et une source de démoralisation pour les cadres du mouvement ouvrier. Année après année, ces derniers ont dû participer et assister à des déchirements internes qui n'ont

5. Une scission du SDP se présenta aux élections, de 1958 à 1979. Elle changea de nom à plusieurs reprises, passant du nom de Sociaux-démocrates indépendants à celui de Ligue social-démocrate des travailleurs et petits paysans. C'est en 1962 que cette formation obtint son meilleur score, avec 4,4 % des suffrages.

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jamais mené ni à un compromis durable ni à une scission définitive (6).

Dans tout autre pays en dehors du bloc soviétique, une telle lutte politique à l'intérieur d'un parti stalinien aurait mené depuis longtemps à la formation de deux partis distincts. Cependant, en Finlande, la mainmise traditionnelle des Soviétiques sur le parti et le rapport de forces relativement équilibré entre les fractions existantes, ont mené à un type de « solution » spéciale, qui voit les différentes fractions

Le « compromis » n'a cependant ja« coexistence pacifique » entre les fractions. Il s'agit plutôt d'accords périodiques au sommet qui, de façon systémati que, sont rapidement rompus à des niveaux intermédiaires, provoquant ainsi de nouveaux alignement, de nouvelles négociations et de nouveaux compromis.

Longtemps, cette lutte a opposé deux fractions relativement homogènes. Mais, au fil des années, le processus fractionnel s'est accentué et des différenciations plus profondes se sont développées au sein de la majorité comme de la minorité. Aujourd'hui, il existe huit ou neuf courants politiques différents dans le PC et la DFFF, couvrant toute la gamme, depuis le plus pur stalinisme des années 1930 jusqu'à chaque variante d'eurocommunisme, sans qu'aucune tendance de gauche, révolutionnaire ou allant dans ce sens, ne se dégage.

Cette crise à double face du mouvement stalinien finlandais — un affaiblissement constant et des divisions de plus en plus profondes est, bien sür, le reflet de la crise mondiale du stalinisme. Cependant, dans les conditions actuelles en Finlande, où il n'existe pas de noyau marxiste-révolutionnaire, elle menace à court terme de mener le secteur traditionnelleplus radicalisé ouvrier à son propre anéantissement, avec toutes les conséquences que cela pourrait avoir sur la lutte des classes et le rapport des forces global entre la classe ouvrière et les capitalistes en Finlande.

Les différents courants, tiennent au bloc de la majorité dans le PC et la DFFF, soutiennent tous le même cours qui, depuis quinze ans, mène le mouvement à la catastrophe. Ils sont toujours pour la participation au « gouvernement de front populaire », pour continuer à soutenir la politique antiouvrière d'austérité, et pour poursuivre l'intégration dans les institutions de l'Etat bourgeois, même si, pour des raisons tactiques, le parti doit rester hors du gouvernement pour quelque temps après les élections.

De son côté, la minorité continuera ses condamnations stériles de « la politique de collaboration de classes », alors qu'elle ne possède ni une stratégie alternative de réelle indépendance de classe ni la capacité d'organiser la résistance ouvrière dans les usines et les syndicats.

Le type de manipulation bureaucratique dans lequel est engagée la minorité, de même que sa servilité à l'égard des s'est manifestée en particulier par rapport

Le nouveau président Koïvisto. (DR) aux événements en Pologne - ont ôté toute crédibilité à ce courant aux yeux des jeunes travailleurs les plus radicalisés en Finlande, mais la crise actuelle menace de le transformer en cimetière politique pour les travailleurs radicalisés.

A court terme, il n'y a de perspective, ni pour la croissance économique

Get la stabilité politique que Koïvisto s'efforce d'atteindre, ni pour les transformations socialistes de la société telles que l'exigent les intérêts de la classe

Sur le plan économique, le « miracle finlandais » tant vanté n'a pas abouti à une solution durable du problème structurel du capitalisme finlandais, pas plus qu'il n'a diminué qualitativement sa vulnérabilité face à la crise. L'inégalité entre les secteurs d'exportation, de pointe et super-rationalisés et les autres secteurs industrialisés retardataires crée des goulots d'étranglement continus et un déséquilibre de l'économie dans son ensemble.

Une coopération économique extensive avec l'Union soviétique a permis au capitalisme finlandais de traverser la première récession internationale mieux que la plupart de ses concurrents régionaux. Mais l'augmentation des importations en graduellement l'efficacité d'un tel « cousà la crise. L'avenir, pour l'économie finlandaise, qui a toujours eu tendance à être en retard sur les mouvements cycliques internationaux, n'est guère prometteur.

Sur le plan politique, les difficultés à construire des coalitions gouvernementales stables et effectives sont plus grandes qu'à aucune autre période depuis 1966.

D'UNE RIPOSTE OUVRIERE

Pour sa part, la classe ouvrière a peu de raisons de considérer comme positifs les résultats du « miracle économique finlandais », ou la première année d'exercice du pouvoir par Koïvisto. Certes, après les baisses importantes des salaires à la fin des années 1970, les ouvriers de l'industrie finlandaise ont mieux réussi à maintenir leurs salaires réels que leurs camarades suédois par exemple. Mais, en même temps, les travailleurs des secteurs les plus faibles de l'économie ont dû en payer le prix. Les différences salariales se sont creusées et la situation des travailleurs mal payés est aujourd'hui pire que

De plus, ce que certains secteurs de la classe ouvrière ont gagné sur les salaires, ils l'ont perdu sous forme de bénéfices sociaux. Les mesures d'austérité introduites au cours de ces dernières années ont réduit les budgets sociaux, déjà bien mai-

Les prétendues n'ont pas vu une baisse significative du chômage. Atteignant aujourd'hui environ 7% de la population active, il est deux fois plus élevé qu'en Suède, et cela sans compter les centaines de personnes qui émigrent dans ce pays.

Les conditions pour que les travailleurs commencent à organiser une résistance à ce cours des événements sont aujourd'hui, du point de vue politique, pires qu'elles ne l'étaient il y a dix ou vingt ans. Leurs directions historiques ont si ouvertement et si totalement trahi leurs inté rêts, et pas seulement leurs intérêts immédiats, que les membres des grands par tis ouvriers, et même ceux qui votent pour eux, désertent de plus en plus vite le navire qui coule. En même temps, aucune direction ouvrière alternative n'est apparue.

Cependant, l'ossature de toute riposte future des travailleurs — les syndicats -demeure intacte. Comparé aux autres pays, le mouvement syndical finlandais est un des plus forts au monde.

Des signes de résistance croissante à la politique d'austérité et à la « ligne de l'auto-restriction » sont déjà apparus dans plusieurs syndicats. On a ainsi vu, cette année, des cas où les accords salariaux n'ont pas été acceptés et où les directions ont été forcées d'organiser un vote à la base. Les années à venir verront surgir de nombreuses luttes pour défendre les salaires, les droits syndicaux dans les entreprises, ou pour réclamer la diminution du temps de travail comme moyen de lutte contre le chômage croissant C'est de ces expériences de lutte que pourra émerger, à l'avenir, une nouvelle direction « lutte des classes » susceptible d'apparaître comme une alternative aux directions ouvrières réformistes.

Pekka HAAPAKOSKI Stockholm, avril 1983. exercer des pressions officielles dans le débat au sein du Parti communiste. Ainsi, à la veille du congrês extraordinaire du Parti communiste finlandais de la mi-mai 1982, un membre du Bureau politique du PCUS devait critiquer, devant une délégation de communistes finlandais, l'orientation majoritaire de ces derniers, nonçant « certaines tendances et faits que l'on peut observer dans le PC finlandais et qui me. nacent d'en modifier le caractère marxiste-léni niste (...), ce qui aurait des conséquences négati ves et de longue portée sur le développement de l'amitié et de la coopération finno-soviétique ». (Le Monde, 14 mai 1982.)

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