Mais et les a oper me ras et il Bat concis il testl rech, a ALGRE le « marxisme léninisme » de pacotille que professe la clique militaire,
-delà des liens de ce pays avec l'URSS et du Parti congolais du travail (PCT) au pouvoir avec les « partis frères » du PCUS ou du PC cubain, l'économie est toujours
C'est ce que démontre très méthodiquement l'article ci-dessous consacré à la place de la production pétrolière, contrôlée par la société française ELF et la société italien-
CONGO sous l'emprise impérialiste, principalement celle des compagnies françaises. ne AGIP, dans l'économie de ce pays. André BASSINET
Le pétrole est exploité au Congo depuis plus de 10 ans. Les premières années, la production a oscillé irrégulièrement entre 1 et 2 millions de tonnes par an, alors que celle du Gabon, par exemple, variait à la même époque entre 12 et 14 millions de tonnes par an. Les recettes qu'en a tiré l'Etat congolais sont restées à un niveau très modeste pendant toute cette période. A partir de 1980, les revenus pétroliers connu une brusque augmentation, due à un accroissement notable de la production, mais plus encore à la hausse des prix mondiaux du pétrole. Ainsi, de 1979 à 1982, la production a été multipliée par 1,6, passant de 2,8 à 4,5 millions de tonnes par an, alors que la valeur de cette production a été multipliée par 4,5 et les recettes fiscales par 5,5.
Ce boom pétrolier s'est amorcé moment même de la préparation du Plan quinquennal actuel (1982-1986). Ce Plan fut done conçu dans l'idée que l'Etat congolais disposerait toujours de ressources croissantes, fondées sur un développement important de la production d'hydrocarbures et sur un maintien de la tendance à la hausse des prix. Les planificateurs s'étaient fiés aux déclarations des sociétés pétrolières (la société française ELF et la firme italienne AGIP) qui, en 1980, avaient fait état de découvertes intéressantes permettant d'escompter une forte augmentation de la production. Le plan quinquennal prévoyait donc une production de 5,2 millions de tonnes en 1982, de près de 6 millions de tonnes en 1983, et envisageait différentes hypotheses variant entre 7 et 11 millions de tonnes pour la période allant jusqu'en 1986, et retenait une fourchette de prix de 32 à 35 dollars le baril pour l'année 1982, et de 46,8 à 51,2 dollars pour l'année 1986.
Le produit de l'extraction du pétrole représente plus de 80 % du Produit intérieur brut (PIB) du Congo. La rente pétrolière, ou plus exactement la part de la rente qui n'est pas directement prélevée par les sociétés pétrolières étrangères, qui transite par l'Etat, donne à celui-ci et au groupe politique qui en détient les rênes, une puissance d'intervention énorme sur la société.
Les recettes fiscales provenant directement du pétrole ont représenté les 2/3 des ressources de l'Etat congolais durant les trois dernières années. A cela, il faut ajouter les recettes induites constituées par les impôts sur les sociétés sous-traitantes. L'Etat congolais a en effet obligé la plupart des sociétés pétrolières étrange. res intervenant comme sous-traitants de l'activité pétrolière (constructeurs de plate-formes pour l'exploitation off-shore, monteurs de canalisations, entreprises de travaux publics construisant les installations à terre, etc.) à créer des filiales congolaises et, comme telles, ces sociétés sont soumises à l'impot local. De plus, les depenses locales du employé par ELF et ses sous-traitants ont favorisé l'implantation de tout un secteur d'activité, surtout commercial, à Pointe-Noire (1), qui paye aussi des taxes l'Etat. Enfin, les importations de matériel par les entreprises du secteur pétrolier et des biens de consommation destinés à l'assistance technique étrangère donnent lieu à perception de droits de douane. Au total, c'est done plus des 3/4 des recettes de l'Etat que fournit, directement et indirectement, l'activité pétrolière. L'effet d'entraînement direct de l'activité pétrolière sur le secteur privé ou les entreprises publiques congolaises reste pourtant modeste. Il ne se fait sentir qu'à Pointe-Noire, et davantage dans les activités commerciales (supermarchés, hôtellerie, ete.) que dans les activités directement productives.
L'AFFECTATION
DE LA RENTE PÉTROLIERE L'augmentation des recettes de l'Etat a entraîné un gonflement important des dépenses dites « de fonctionnement », et un accroissement plus important encore des investissements. La masse salariale versée dans la Fonction publique a connu un accroissement notable, cependant très inférieur à l'augmentation générale des dépenses de l'Etat. Mais cette augmentation a servi à accroître le nombre des fonetionnaires, qui a doublé de 1970 à 1979, mais pas du tout à mieux les payer. De 1980 à 1982, la masse salariale dans la Fonction publique a crû au même rythme que l'inflation (16 % par an). Mais dans le même temps, la politique de recrutement intensif s'est poursuivie sur un rythme de 9 % par an. En francs constants, la masse salariale distribuée aux fontionnaires en 1982 a été identique à celle de 1980, alors que dans le même temps le nombre de fonctionnaires s'est accru de 18,5 %. Le pouvoir d'achat de chacun d'entre eux a, en moyenne, diminué d'autant. congolais élargit, par cette politique, sa base sociale, mais n'approfondit pas son assise. Même mal payés, les fonctionnaires forment une catégorie moins défavorisée que beaucoup d'autres. En augmentant leur nombre, le pouvoir cherche indubitablement à prendre des garanties contre les risques sociaux d'une croissance vertigineuse du nombre des « scolarisés et diplômés sans emploi », qui se multiplient dans les villes. En même temps, en pesant sur les salaires, le gouvernement crée les conditions d'un mécontentement dans une catégorie qui est portant sa base de reproduction sociale. Plus que les dépenses en personnel, ce sont les dépenses consacrées à l'acquisition de matériel pour l'administration qui ont erû dans le budget de fonctionnement : elles ont triplé en trois ans. Pourtant, il n'y a pas une seule photocopieuse en état de marche dans plusieurs ministères, les administrations manquent de papier, et il y a une pénurie criante de chaises et de tables de classe dans les écoles. Mais il est vrai qu'il est plus facile de détourner des fonds consacrés à l'achat de matériel qu'aux salaires du personnel.
Cependant, c'est le budget d'investissement qui a le plus profité de la manne pétrolière. Dès l'annonce du gonflement des recettes, les dirigeants congolais ont saisis d'une véritable frénésie de réalisations de routes et d'aéroports. En 1982, plus du tiers de la rente pétrolière aura été affectée aux voies de communication. Au défit de toute prudence, presque tous les programmes prévus au Plan ont été engagés en même temps dès la première année. La prédilection du personnel dirigeant pour ce genre d'infrastructures s'explique aisément. En dehors de leur caractère de réalisations de prestige, c'est sur les opérations de travaux publies qu'il est le plus facile de percevoir des commissions royales. Les pots-de-vin versés aux différents responsables congolais pour enlever les marchés grèvent en général le prix des routes de près de 20 %. Cela représenterait donc une somme de 6 milliards de francs CFA pour 1982 (2). Bien entendu, ces mil-
1. Pointe-Noire, seconde ville du pays et port principal, est située au centre de la zone d'extraction pétrolière, qui est essentiellement une extraction en mer.
2. Le franc CFA est la monnaie liée au franc français, qui a cours dans tous les pays de la « zone franc n. Un franc CFA vaut 0,02 francs français. Dans l'article, nous avons maintenu tous les chiffres en franes CFA.
liards sont ensuite répartis « en cascade » au sein d'une clientèle politique recrutée le plus souvent en fonction de l'appartenance à la même région d'origine ou au même clan. C'est en fait par ce biais que s'opère la reproduction de la base sociale du régime.
Le secteur ferroviaire représente, après les routes, le poste de dépenses d'investissement le plus important. La reconstruction de la section Bilinga-Loubomo de la voie ferrée Congo-Océan constitue l'un des plus gros scandales de dépassement des coûts de travaux de l'histoire du Congo, pourtant féconde en la matiè re (3).
Par rapport aux dépenses d'infrastructure, la part du budget de l'Etat attribuée au secteur directement productif (agriculture, exploitation forestière, mines, industrie, pêche) est faible et se traduit surtout par très peu de création d'unités nouvelles. En fait, la plus grande partie des crédits alloués au secteur productif sont des subventions de fonctionnement. Une dizaine de milliards de francs CFA figurent à ce titre au budget du ministère des Finances, mais il faut y ajouter un montant sensiblement équivalent prélevé sur le budget d'équipement sous l'étiquette « Mesures de redressement des entreprises ». En effet, il n'existe pratiquement pas une seule entreprise publique qui ne soit déficitaire. Cela s'explique principalement par les détournements dont ces entreprises font l'objet, et aussi par l'incroyable gabegie qui règne au niveau des approvisionnements. Les crédits alloués au secteur productif ne sont donc pas à proprement parler des investissements destinés à développer le potentiel de production, mais plutôt des dotations accordées pour essayer d'assurer une reproduction simple du capital. C'est un véritable travail de Danaïdes, les entreprises étant le tonneau percé où viennent se servir les favoris des politiciens qu'en remerciement d'un travail ou en fonction d'un lien de parenté ou d'allégeance ethnique on a placé aux postes de responsabilité.
PILLAGE IMPÉRIALISTE
SANS VERGOGNE En fait, la rente pétrolière, ou du moins la part de la rente pétrolière qui est versée à l'Etat congolais (ELF et AGIP prélèvent à la source de confortables bénéfices), ne fait que transiter par le Congo. Une proportion considérable repart dans les poches de l'étranger. Les grands hôtels de Brazzaville sont envahis par les représentants commerciaux des multinationales. C'est à qui vendra le plus de « projets de développement » mirifiques, de firmes modèles « clés en main », ou de mesures pour redresser le secteur public ...
Dans le secteur industriel notamment, les « prospecteurs placiers » des multinationales jouent sur le fait que les entreprises d'Etat sont toutes déficitaires pour en attribuer le mauvais fonctionnement à la « vétusté » du matériel ou au fait que les équipements sont « dépassés ». Les mesures de redressement entreprises comportent toujours un chapitre « renouvellement des équipements » qui est en général la seule mesure réellement appliquée. Personne parmi les technocrates de l'administration congolaise ne se soucie de savoir si les équipements jetés ainsi au rebut n'étaient pas réparables, ou si les nouveaux fonctionnent mieux que les précédents.
Aucune prospection n'est menée non plus, du cote congolais, pour savoir si les équipements ou les services vendus le sont à un prix « normal » au regard du marché
RE international. Les machines peuvent être vendues 2 à 3 fois plus cher qu'en Europe, personne ne protestera. A vrai dire, tout le monde est intéressé à ce que les équipements soient vendus le plus cher possible : les fournisseurs étrangers, parce qu'ils majorent leur bénéfice, les responsables congolais, parce qu'ils touchent un pot-de-vin calculé au pourcentage de la transaction. Qu'importe si, ensuite, l'entreprise publique est incapable de rembourser les crédits à l'achat que le deur ou une banque étrangère lui ont consenti. L'Etat remboursera à sa place ou lui versera une subvention grâce aux
Les fournisseurs étrangers n'hésitent même pas à recourir aux subterfuges les plus grossiers pour enlever un marché. Mais sont-ce encore des subterfuges ? Personne n'est dupe. Ainsi, il est courant qu'en cours de construction, le coût d'un ouvrage soit réévalué de 100%, sans soulever beaucoup de protestations de la congolais (4). D'autres sociétés agissent plus subtilement. C'est le cas du groupe Doumeng, notamment dans son rôle de gestion de l'entreprise nationalisée MAB (voir encadré). C'est aussi le
3. Les coûts des travaux avaient d'abord été estimés à 16,5 milliards de francs CFA, mais c'est pour le cette somme que le marché avait été finalement enlevé par un groupe italo-germano-francais. Prévus pour être terminés en 1980, les travaux durent toujours et l'entreprise réclame 94 milliards, dont 73 milliards ont déjà été versés, pour les terminer en 1984. Entre 1978 et 1982, les dépenses de ce projet auront consommé l'équivalent de prés de 1/5 des revenus pétroliers de la période.
4. La firme allemande Klockner s'était engagée à remettre en état une usine d'allumettes (Falco) pour 540 millions de francs CFA. Aprés la livraison d'une partie du matériel, elle récla-
COMMENT LES PÉTROLIERS
PILLENT LE CONGO A LA SOURCE
La société nationale française ELF contrôle 62 % de la production pétrolière congolaise (le reste étant produit par la société italienne AGIP). ELF a vendu, en 1982, 2,8 millions de tonnes de pétrole congolais pour un montant de 208 milliards de franes CFA. Sur cette somme, elle a dû payer 96 milliards à l'Etat congolais, 38 milliards à titre de la « redevance », qui est calculée en prélevant 17,5 % du prix officiel sur chaque tonne de pétrole
ADIEN -NGOUABI En l'honneur de l'ex-président N 'Gouabi, sur les murs de Brazzaville. (DR) produite, et 58 milliards au titre de l'impôt sur les bénéfices (5).
Mais qui calcule les bénéfices ? C'est ELF qui fournit à l'Etat congolais le montant de ses coûts de production et le montant de ses investissements consacrés à la production et à la recherche. Quand on sait que les équipements (plate-formes pétrolières, canalisations, machines de forage, pompes, etc.) sont fournis par des sociétés liées au groupe ELF, ou par la société Bouygues, dans laquelle Albin Chalandon, PDG de ELF jusqu'en juin 1983 (et ancien ministre gaulliste) a des intérêts personnels et familiaux, on peut se douter que ces équipements sont nettement surfacturés. En fait, cela revient à peu près à ce que le groupe ELF fixe lui-même les bénéfices sur lesquels il va payer un impôt. Pauvre société ELF ! Justement, en 1982, ses frais d'exploitation ont été plus élevés qu'elle ne l'avait prévu en début d'année. AGIP aussi d'ailleurs. Alors, les deux sociétés, au lieu de verser 103,7 milliards, comme elles s'y étaient engagées au début de l'année, n'ont versé que 91,9
Et comme la conjoncture s'avère bien mauvaise pour 1983, non seulement ELF et AGIP exigent que le prix officiel du pé. trole soit réduit dans les mêmes proporma 3 milliards de francs CFA pour terminer les travaux, Le gouvernement congolais s'exécuta. son président déclarant : « Compte tenu des nécessités de rééquilibrage régional, le projet Falco se fera quel qu'en soit le prix. » Cette usine est évidemment située dans la partie nord du pays, d'où viennent les dirigeants de la clique militaire actuellement au pouvoir.
5. Le Congo a obtenu la des conditions moins avantageuses que les pays du Moyen-Orient. En Arabie Saoudite, la redevance est de 20 % au lieu de 17,5 %, et l'impôt sur les bénéfices de 85 % au lieu de 60 à 75 % suivant les gisements au Congo.
tions que les prix de l'OPEP (Organisation des pays exportateurs de pétrole, dont le
Congo n'est pas membre), mais ils demandent que soit révisé le mode de calcul de l'impôt sur les bénéfices. Faute de quoi ... ils ne garantissent pas ce que deviendra le rythme de la production pétrolière. Ils l'ont d'ailleurs déjà fortement ralenti dans cette première partie de l'année
1983, histoire de montrer que s'ils extraient du pétrole au Congo, c'est quasiment par charité ...
La raffinerie de pétrole inaugurée en 1982 est propriété de l'Etat congolais, qui l'a payée au prix fort. Mais elle est gérée par une compagnie d'économie mixte, la Congolaise de raffinage (CORAF), dont les actions sont réparties entre HYDRO-CONGO (société nationale jouissant du monopole de la distribution des carbupour 60% et ELF pour 40% L'accord conclu entre les partenaires stipule que la CORAF ne fera ni bénéfice ni perte, et qu'elle achètera tout son pétrole à ELF. Mais ce pétrole, la CORAF l'achète à ELF au prix officiel, c'est-à-dire 33 dollars US le baril. Le prix officiel sert à déterminer le montant des redevances et des taxes. Il est, depuis de nombreuses années, supérieur au prix réel du marché En 1982, la différence était de 3 à 5 dollars par baril. Cela signifie qu'ELF arrive, grâce à cet accord, à vendre au Congo le pétrole extrait sur place à un prix 8 à 15 % plus cher que sur le marché mon-
Environ les 2/3 de la production de la raffinerie sont constitués par du fuel lourd (mazout), et 1/3 par des produits dits « légers » (fuel-oil utilisé dans l'industrie, gaz-oil, essence, kérozène utilisé par les avions, mais aussi à usage domestique pour les lampes à pétrole, 90% des Congolais n'ayant pas l'électricité), et gaz butane. Les produits légers sont destinés au marché intérieur, mais le fuel lourd est essentiellement exporté, car il ne peut être utilisé que pour le chauffage domestique (ce qui n'est guère nécessaire sous l'équateur), pour les centrales thermiques, ou pour faire marcher les bateaux (le Congo n'a pas de flotte maritime).
Le prix du fuel lourd sur le marché mondial est en très forte baisse. C'est en effet sur la consommation du fuel lourd qu'ont principalement porté les mesures de restriction de la consommation mises en œuvre par les pays consommateurs. En revanche, la consommation de produits pétroliers tels que l'essence, le gaz-oil, le kérozène pour avions, continue à s'accroître. La CORAF a donc du mal à écouler ses produits lourds à l'exportation. ELF, qui possède un réseau international dont la CORAF est dépourvue, lui rachète son fuel lourd pour le revendre à l'étranger. Cependant, le prix proposé par ELF est indexé sur le cours mondial moyen. Ce prix, qui était de 185 dollars la tonne en décembre 1982, est passé à 140 dollars en février 1983.
Dans ces conditions, la CORAF serait déficitaire (ce que ses statuts lui interdisent) si elle ne compensait pas les pertes sur les exportations de mazout par un relèvement du prix des produits « légers »
sur le marché intérieur. Et comme elle produit deux fois plus de produits lourds que de produits légers, on peut dire que fois que les cours mondiaux du fuel lourd baissent d'un point, il faut relever le prix de l'essence, du gaz-oil, ete., de deux points.
On aboutit ainsi à ce paradoxe : depuis que le Congo possède une raffinerie, les Congolais, entreprises et particuliers, payent leur carburant 50% plus cher que lorsqu'il était importé. Grâce à l'accord conclu avec ELF, le Congo possède le privilège d'être sans doute le seul pays au monde où, chaque fois que les prix des hydrocarbures baissent sur le marché international, ils augmentent deux fois plus à l'intérieur du pays !
Cette politique offre à ELF, qui n'a pas un sou d'investissement à débourser pour la raffinerie (6), les avantages suivants : quand la raffinerie sera en pleine production à fin 1983, ELF se verra garantir un marché de 1 million de tonnes (1/3 de sa production locale) vendues à la CORAF à un prix nettement supérieur à celui du marché mondial. Ensuite, ELF prélèvera sa commission sur la revente du fuel lourd à l'exportation sans avoir à supporter la baisse du prix de celui-ci. Enfin, ELF facture en sus ses services comauprès de la CORAF.
On pourrait multiplier les exemples de ce genre. La mise en coupe réglée de l'économie congolaise par l'impérialisme s'effectue avec la bienveillante complicité d'un régime qui parade à New Dehli à la Conférence des non-alignés ou dans les réunions de l'Organisation de l'unité africaine (OUA), dans les rangs des « durs », au sein du camp « progressiste ». Les rues de Brazzaville sont jalonnées de banderoles dénonçant l'impérialisme ou la « bourbureaucratique parasitaire des marchés de l'Etat ». C'est sans doute pour édifier les hommes d'affaire étrangers, l'attaché-case plein de contrats mirifiques, qui viennent déjeuner à l'hôtel Méridien avec les responsables congolais (7).
LOURD DE CONTRADICTIONS Les contrats de gestion que nous citons, avec ELF ou avec le groupe Doumeng, ne prévoient pour les entreprises publiques dont la gestion est prise en main par l'étranger, qu'un bilan « équilibré », c'est-à-dire même pas des profits permettant d'assurer de nouveaux investissements. Dans ces exemples, les responsables congolais se contentent de chercher à toucher les plus grosses commissions. Ainsi s'exprime le caractère parasitaire et dépendant de l'impérialisme de la bourgeoisie néo-coloniale locale, dont c'est une fraction militaire, regroupée sur une base ethnique, qui détient les rênes de l'appareil d'Etat.
Avant de bénéficier de la manne pétrolière, la clique dirigeante congolaise avait tenté de mener une politique de prélevement centralisé du surproduit dégagé dans l'agriculture. Le paysan se voyait contraint par la loi de vendre toute sa production à des offices d'Etat, au prix le plus bas, et d'acheter à ces mêmes offices tout ce dont il avait besoin, au prix maximum. Mais pour réussir à dépouiller ainsi les paysans, il faut avoir les moyens coercitifs de sa politique. La paysannerie congolaise fit la grève de la production ou vendit au marché noir. D'où pénurie et hausse des prix pour les consommateurs. Les magasins et hangars de stockage de l'Office des cultures vivrières sont vides depuis plusieurs années, et le circuit d'Etat ne porte plus que sur moins de 20 % de la production nationale de maïs et de 2% de celle de manioc. Qu'importe après tout, puisque l'« or noir » supplée à tout, depuis 3 ou 4 ans. Ledit Office continue à s'équiper en camions, en hangars et en bureaux .. malgré le fait qu'il tourne à vide.
La rente pétrolière est devenue la source quasi exclusive de revenu de la classe dirigeante, sans pour autant que cela lui permette d'asseoir les bases d'un développement du capital local. On ne peut même pas dire que les détournements permettent à certains bénéficiaires de se constituer des entreprises privées, source d'une accumulation substantielle. Certes, dirigeants ont, par l'entremise d'hommes de paille, des intérêts dans des restaurants, des bars, des boîtes de nuit, des sociétés de commerce, ou pratiquent la spéculation foncière. Mais cela reste dans des secteurs spécifiques et secondaires de l'économie, l'essentiel des ressources et de la production étant contrôlé l'impérialisme. Lorsque la baisse de la rente pétrolière amènera une récession générale d'achat, ces petites entreprises péricliteront.
Sans possibilités d'assurer la reproduction élargie, ni même la reproduction simple du capital (le potentiel productif du pays se dégrade de jour en jour), la bourgeoisie congolaise reste une bourgeoisie du pouvoir pour négocier au mieux l'impérialisme le montant des commissions qu'elle touche. En ce sens, l'alliance diplomatique du Congo avec l'URSS et Cuba est un élément de chantage qui sert à la bourgeoisie néo-coloniale de ce pays pour faire monter lesdites commissions. En même temps, elle constitue une garantie que l'impérialisme ne remplacera pas par un coup d'Etat l'équipe des courtiers actuels s'ils se montrent un peu trop gourmands. Force est de reconnaître que les profits des compagnies pétrolières ne sont pas génés par cette alliance politique.
Les perspectives se sont assombries depuis la fin de l'année 1982. La consommation pétrolière est en baisse et le prix du pétrole, nettement surévalué, subit un mouvement de repli. Les compagnies pétrolières ont done tendance à ralentir leur dans les champs pétroliers d'exploitation difficile, où la marge bénéficiaire, inférieure à celle des pétroles du Moyen-Orient, est réduite par la baisse des prix. Déjà en 1982, la production congolaise a été inférieure aux prévisions : 4,5 millions de tonnes au lieu de 5,2 millions. En 1983, aux dires des pétroliers, la production sera encore inférieure aux prévisions du Plan (de 10 à 15 %), et on laisse entendre qu'elle plafonnnera les années suivantes autour de 5 ou 5,5 millions de tonnes, au lieu de monter jusqu à 7 ou 8 millions de tonnes, comme prévu.
Quant au prix officiel du baril de pétrole, les compagnies exigent qu'il soit au minimum ramené au niveau de celui de POPEP, prix officiel (qui sert à caleuler les redevances versées à l'Etat) et le prix du marché. Jusqu'où descendra-t-il? Au moins à 29 dollars le baril, peut-être même jusqu'à 25 dollars, au lieu de 33 dollars en 1982.
La chute des recettes pétrolières de l'Etat par rapport aux prévisions budgétaires devrait être, en 1983, de 25 %. A cela s'ajoutent les effets récessionnistes sur l'économie locale de la diminution des investissements effectués par les pétroliers. La région de Pointe-Noire risque d'être sérieusement affectée : tous les sous-traitants qui travaillaient pour ELF et AGIP au montage ou à la réparation du matériel ont des carnets de commande vides depuis janvier 1983. Plusieurs sous-traitants d'origine étrangère ont déjà liquidé leur filiale congolaise, d'autres commencent à licencier du personnel. Ces sous-traitants du secteur pétrolier fournissent au fisc une part notable de ses recettes ordinaires. L'Etat va donc subir un manque à gagner de ce côté-là aussi. Celuici est estimé provisoirement, pour 1983, à 8 milliards de francs CFA. C'est done au moins de 60 milliards qu'il a fallu envisager de réduire le budget 1983 en cours d'année. Les capacités d'emprunt du Congo sur le marché financier international s'amenuisent. En effet, le pays a eu recours à un emprunt démesuré ces dernières années.
Les remboursements exigibles en 1983 se montent à 87 milliards, c'est-àdire très nettement plus de la moitié des recettes pétrolières. Il a donc été nécessaire de réaménager précipitamment en mai 1983 le budget de l'année en cours. Opération douloureuse. Il fallait à la fois tailler dans le budget de fonctionnement et dans le budget d'investissement. Cela risquait de mécontenter d'un côté les fonctionnaires, et de l'autre les dirigeants d'entreprises publiques. Après de subtiles tractations, les réajustements budgétaires en baisse ont été opérés sur des postes où l'on a sans doute jugé que les bénéficiaires avaient moins de capacités à faire entendre leurs protestations. Ainsi, on a supprimé 1,15 milliard de francs CFA de dotation pour la réfection des lycées, 350 millions destinés à des adductions d'eau potable prévues dans certains villages, les crédits destinés à l'électrification de deux villages. En revanche, on a soigneusement préservé les crédits affectés à l'aménagement de la résidence du président de la République qui, en 1983, coûte le prix de l'électrification de 46 villages.
En fait, lors de ce remaniement du budget, le gouvernement congolais n'a réalisé que des économies « de bouts de chandelle ». L essentiel des dépenses prévues au budget initial a été maintenu. Après de longs débats au sein des instances dirigeantes, il a été décidé de ne pas comprimer davantage les salaires des fonctionnaires que ce qui avait été prévu. Les plus gros contrats d'équipement, et notamment les contrats routiers, ont été
6. Simple société de gestion, la CORAF a été créée avec un capital dérisoire de 10 millions de franes CFA, dont 4 millions, soit à peine le prix d'un camion, à la charge de la société ELF.
7. Pour une analyse détaillée de la situation politique congolaise, des forces sociales en présence et de la nature du régime, se reporter à l'article de Claude Gabriel, « Congo, un masque progressiste pour un Etat néocolonial ». dans Inprecor numéro 101, du 13 mai 1981.
maintenus, trop d'intérêts étant en jeu. De sorte que le gouvernement n'a réussi, en juin 1983, qu'à établir un budget rectifié, dont l'impasse (excédent des dé. penses sur les recettes) atteint la coquette somme de 110 milliards de francs CFA.
Encore faudrait-il ajouter à ce gées, dont les ministères ont caché l'existence au moment de l'adoption du budget rectifié et qu'on découvre peu à peu depuis. En l'espace d'un mois, on a pu s'apercevoir que 10 milliards de dépenses au moins n'avaient pas été pris en comcachant à ses petits camarades quelques opérations douteuses.
Le budget initial comportait déjà une 73 milliards de francs, qui devait être déjà couverte par l'emprunt. Mais porter le montant de ces emprunts de 73 à 110 ou 120 milliards apparaît hors de question. Les créanciers étrangers prennent peur, car ils ne voient pas comment le pays sera en mesure de rembourser les dettes arrivant à échéance les proconcours à des emprunts supplémentaires abois, tente de discrètes démarches auprès de l'Elysée, sur le thème suivant : « Si le Congo est obligé de réduire de façon draconienne ses commandes d'équipement et ses projets routiers, ce sont les sociétés françaises opérant au Congo qui vont en souffrir. » En d'autres termes : « Financez notre budget, l'argent repartira dans les poches de vos entreprises. » Il se peut que le gouvernement Mitterrand-Mauroy soit sensible à cet argument en faveur de la « relance », c'est-à-dire en faveur de la Creusot-Loire, TPM, Alsthom ... Mais il demandera de contrôler plus étroitement la part du déficit budgétaire qui ne va pas aux entreprises françaises ... et qui sert aux dirigeants congolais pour leurs propres opérations financières. cause, il réclamera la réduction des dépenses de fonctionnement, et les premiers visés seront alors les salaires des fonctionnaires. Si le gouvernement français restait de marbre, le Congo serait peut-être amené, avant la fin de l'année, à déclarer une suspension de paiement Lors de la renégociation de l'échéancier, ce seraient alors le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale qui essaieraient d'imposer leurs doute de manière encore plus exigeante.
Mais, pensent les dirigeants congolais, comment réduire les dépenses sans créer de graves remous sociaux et sans toucher à ses propres revenus ? Et, quant à réduire les salaires des fonctionnaires ordinaicela n'est-il pas dangereux aussi, à l'heure où l'on assiste à un certain réveil des travailleurs, même si celui-ci se manifeste moins par le recours à la grève que par des mouvements de fronde lors de la visite d'un responsable ou par des actes de sabotage collectifs?
André BASSINET, Paris, 6 juillet 1983.