SORGARNY
LE PARTI. L'état de guerre a anéanti les dernières bribes de son prestige et de autorité, et a réduit sérieusement ses rangs (même les chiffres officiels, falsifiés de diverses manières, l'indiquent). Cela a eu pour conséquence l'élimination de ses éléments libéraux, les rênes de la direction se trouvant aux mains des dogmatiques extrémistes. A première vue donc, il n'y a pas de changement à espérer à ce niveau : le parti est certainement bien plus « dur » qu'il y a deux ans. La thèse absurde de certains cercles de Solidarité, selon laquelle on ne voyait pas « avec qui discuter, à propos de quoi et dans quel but » (cette these qui a permis de briser facilement le mouvement des « structures horizontales » et qui a conduit au déroulement désastreux du IXe Congrès du POUP) n'est partiellement juste que maintenant. Mais même aujourd'hui la situation n'est pas désespérée. Il existe de nombreux signes montrant que des voix critiques à l'adresse du WRON parviennent des organisations ouvrières du parti fortement affaiblies, souvent, il faut le dire, de la part des « ultras ». La défiance vis-à-vis de la direction se développe à la base. Et la peur d'être durablement éliminé par la nouvelle élite kaki prévaut
NITA
NAR
Varsovie, le 16 juin 1983. (DR)
L'érosion des structures du pouvoir
l'appareil. Le processus différenciation ne fait que recommencer
L'ARMEE. La croyance naïve et sentimentale de Solidarité que « l'armée est avec la nation et n'interviendra pas contre les ouvriers » ne s'est pas matérialisée le moins du monde, du moins durant les premiers mois. Au contraire, l'armée était l'épine dorsale la plus solide du système du pouvoir et n'a montré aucune hésitation. Son isolement par rapport à la société, le dressage idéologique fait par la revue Zolnierz Wolnosci et la Direction politique centrale (de l'armée, ndlr.), le dévalorisation, d'autres facteurs, tout cela a influé pour que l'armée reste monolithique. Mais cela, c'est déjà le passé. Les symptômes de désagrégation sont nombreux. Les officiers-commissaires se sont rapidement laissés corrompre. Dans les postes civils qu'ils occupent, concurrence avec les apparatchiks et les technocrates. Parmi les officiers plus jeunes, le sentiment que l'état de guerre n'a rien réglé du point de vue social se développe de plus en plus. Le bourrage de crâne des commissaires politiques ne fait que susciter des rires. Cela ne mène à rien pour l'instant, vu la discipline militaire, mais la situation peut se modifier à l'avenir. Dans le milieu des généraux, on constate plusieurs orientations, depuis celle directement inspirée de Moscou, faite de méfiance envers Jaruzelski, jusqu'à celle, plus libérale, qui s'exprime chez les dirigeants des armes techniques et les cadres des académies militaires. Parmi les sous-officiers de base, les sympathies pour Solidarité sont massives. Le lavage de cerveaux de l'appareil politique est peu efficace et conduit souvent à des résultats contreproductifs.
LA POLICE. Pour des raisons évila situation la plus difficile connaître est celle qui prévaut au sein de la sécurité et de la milice. On sait cependant qu'outre les cyniques et les brutes, éléments indispensables au fonctionne. ment de toute police (saut, peut-etre, la police anglaise), une grande partie des forces de sécurité est constituée de gens instruits et bien plus intelligents, par exem ple, que ceux de l'appareil du parti. Du fait de la nature même de leur travail, ils sont très au courant des vraies opinions sociales. Depuis l'époque de Mozar, des tendances nationalistes s'y sont fortement développées, tendances qui peuvent conduire à diverses positions politiques. Il semble qu'au sein du ministère de l'Intérieur plusieurs fractions s'affrontent, et il est clair que l'armée place ses hommes aux postes clefs, ce qui provoque un rejet du WRON en fonction des intérêts de caste. Tout cela peut ne pas avoir d'influence sur le fonctionnement des services spé. ciaux, mais on ne peut exclure que ces luttes prennent de l'importance lorsque les conflits au sein du pouvoir s'aiguiseront.
L'ADMINISTRATION. Tant parmi les hauts fonctionnaires de l'Etat qu'au sein des cercles dirigeants de l'économie, le soutien à l'état de guerre était au début quasi-unanime. Cela a bien changé. Les partisans de la réforme économique voient que leurs perspectives s'éloignent de plus en plus. Les adversaires de la réforme ne sont pas sûrs de leur position. Les uns et les autres ont parfaitement conscience que ce n'est que dans la propagande que l'économie a « bougé ». Les plus intelligents se rendent compte que rien n'est possible sans changements politiques qui satisferaient ne serait-ce que partiellement la société. Depuis que l'épée de Solidarité ne pèse plus sur les têtes des directeurs, la fascination pour une politique de la main de fer a peu à peu disparu, car elle s'avère peu efficace. De plus, une partie des cadres est déçue, convaincue que ses privilèges sont trop faibles. Une autre partie, liée aux milieux qui réflé chissent, voit le fiasco de la politique du WRON et commence à s'identifier aux buts de l'ensemble de la société. Il semble que la désintégration de ces milieux aille dans la bonne direction. (...)
Pol X., traduit de Vacat, numéro 4, mars 1983.