L'OCCASION du quatrième anniversaire du renversement de la dietature somoziste au Nicaragua, nous reproduisons ci-dessous l'essentiel d'un article publie dans Perspectiva Internacional (numéro 2, de mai-juin 1982), une revue marxiste-
Cet article ne reprend pas les analyses sur la trajectoire de la révolution sandiniste depuis juillet 1979, déjà développées notamment dans la résolution du Secrétariat unifié (SU) de la IVe Internationale, publiée dans Inprecor numéro 87-88, du 30 octobre 1980. Il revient en revanche sur les problèmes qui se sont posés et les débats qui ont eu lieu dans le Front sandiniste de libération nationale (FSLN) à la veille de la vic-
La junte de gouvernement du Nicaragua. (DR)
De quelques enseignements
de la révolution sandiniste
révolutionnaire éditée au Brésil en collaboration avec Inprecor. toire révolutionnaire. Daniel BENSAID
La révolution nicaraguayenne est l'expression d'une combinaison particulière entre la lutte contre la dictature et le combat contre l'impérialisme. Depuis le retrait des troupes américaines du Nicaragua en 1933, la dictature somoziste est demeurée étroitement liée à l'impérialisme. La Garde nationale, formée au début des années 1930 par les conseillers américains pour assurer le maintien de l'ordre régnant après leur retrait, était l'incarnation brutale de ce lien. C'est dans ce cadre structurel que se sont inserites les transformations profondes de la société nicaraguayenne au çours des vingt dernieres années.
La formation du Marché commun centro-américain, au début des années 1960, a permis l'essor relatif des activités industrielles. Le taux d'industrialisation du pays a passé de 13 % en 1950 à 19 % en 1970. Cette évolution prolongeait une expansion brutale, à partir de 1950, de la production de coton (de 3 000 tonnes en 1950 à 125 000 tonnes en 1965) et d'autres produits agricoles d'exportation, tels que le café, le sucre, la banane ou le tabac.
Ces mutations ont induit un élargissement sensible du marché intérieur et un développement du prolétariat agricole et urbain. A la veille de la révolution sandiniste, la population urbaine représentait plus de la moitié de la population totale. Le prolétariat agricole constituait cependant 40% de la population active et la classe ouvrière 10%, soit environ 75 000 personnes sur une population économiquement active d'environ 700 000 personnes en 1978. Une différenciation est apparue dans les rangs mêmes de la bourgeoisie, entre l'oligarchie liée au dictateur Anastasio Somoza et les secteurs bénéficiaires de l'expansion des années 1960.
A partir de 1967, le Nicaragua est entré dans une longue phase de dépression économique, pendant laquelle les rythmes de croissance furent inférieurs à ceux de la période 1948-1966. Il y eut cependant un mini-boom conjoncturel après le tremblement de terre de 1972. En effet, pendant les deux années qui ont suivi cette catastrophe, les investissements ont connu une brusque croissance due aux prêts extérieurs et à l'aide internationale. Mais le programme de reconstruction a surtout alimenté la spéculation, en particulier sur les terrains. De sorte que, malgré la reprise éphémère de 1974, il y eut, entre 1969 et 1974, 292 fermetures d'entreprises, soit plus du tiers des entreprises existant dans le pays (1).
LA VICTOIRE DES « MUCHACHOS »
Les cinq années de lutte révolutionnaire qui aboutissent au renversement de la dictature de Somoza partent de cette situation.
En 1974, Somoza arrache frauduleusement sa réélection. Une partie de la bourgeoisie d'opposition, sous l'impulsion du propriétaire du quotidien La Prensa, Pedro Joaquin Chamorro, boycotte ces élections et forme, en décembre de la même année, l'Union démocratique de libération (UDEL). Parallèlement, le 27 décembre, le Front sandiniste de libération nationale (FSNL) réussit une spectaculaire prise d'otages. De nombreuses personnalités et des dignitaires du régime sont échangés contre des prisonniers politiques. Ce parallélisme résume avant l'heure la course de vitesse qui va s'engager quatre années plus tard entre la révolution sandiniste et les tentatives réformatrices de la bourgeoisie d'opposition.
En 1975 et 1976, la répression est féroce. En réponse au coup d'éclat sandiniste, Somoza a proclamé la loi martiale. Il se dote de moyens exceptionnels pour écraser le mouvement révolutionnaire. De nombreux militants et dirigeants, dont Carlos Fonseca Amador, le fondateur du FSLN lui-même, sont tués. Les difficultés extrêmes de la situation provoquent dissensions et divisions dans le Front sandiniste, qui se scinde en trois tendances. Entre la tendance « guerre populaire prolongée » (« GPP ») et la tendance « prolétarienne » d'abord, puis apparaît tendance « tercériste », ainsi dénommée parce qu'elle était la troisième.
En 1977, Somoza croit être venu à bout de la guérilla. Il lève l'état de siège et propose l'ouverture de négociations. C'est aussi une façon de s'adapter au cours de la politique américaine du président Jimmy Carter, qui tente de s'opposer à la montée révolutionnaire dans la région en poussant les dictatures et les oligarchies centro-américaines a opérer des réformes visant à améliorer leur image de marque internationale. Mais, dès le mois d'octobre, les sandinistes reprennent l'initiative d'actions militaires urbaines, notamment à Masaya et à San Carlos, au sud de la capitale, Managua. En novembre, douze personnalités indépendantes, connues comme étant le « Groupe des 12 », alors en exil, lancent un appel à une solution nationale du conflit intérieur, intégrant
1. Voir à ce sujet les articles d'Oscar René Vargas, parus dans la revue marxiste latinoaméricaine Coyoacan, publiée au Mexique: « Nicaragua, économie et révolution », numéro 10 d'octobre 1980, et numéro 12 d'avril-juin 1981.
l'aile « tercériste » des sandinistes (2).
En janvier 1978, l'assassinat de Pedro Joaquin Chamorro marque un tournant de la situation. Le patronat réplique par une grève générale, le « paro patronal », du 24 janvier au 6 février. Pendant cette grève, les forces sandinistes attaquent les garnisons de Rivas et de Grenade, près du lac Nicaragua. En février, le quartier indigène de Monimbo, près de Masaya, se soulève presque spontanément.
Au fur et à mesure que les masses opprimées entrent en scène et que les forces révolutionnaires gagnent du terrain, la bourgeoisie d'opposition va rechercher davantage la conciliation et le compromis
En juillet, les « 12 » rentrent au pays. Un Front large d'opposition (FAO) est constitué entre l'UDEL, le Mouvement démocratique nicaraguayen (MDN, formation bourgeoise libérale d'Alfonso Robelo), le Parti socialiste nicaraguayen (parti communiste traditionnel) et l'aile « tercériste » du FSLN. Parallèlement se forme également le Mouvement populaire unifié (MPU), qui regroupe les organisations populaires de masse: syndicats, mouvement des femmes, comités, ete.
En août, le FAO lance un nouvel appel à la grève générale et, toujours parallélement, sous la direction d'Eden Pastora (le commandant « Zéro »), un détachement sandiniste occupe le Palais national et obtient la libération de 83 prisonniers politiques, dont Tomas Borge, membre direction nationale du FSLN. En septembre, le FSLN appelle à l'insurrec tion. Plusieurs villes se soulèvent simultanément, mais les troupes de choe de la Garde nationale somoziste écrasent les foyers insurrectionnels les uns après les autres. La répression est terrible et fait
Somoza pense alors avoir infligé une défaite durable aux forces révolutionnaires et pouvoir ouvrir des négociations avec la bourgeoisie d'opposition regroudans le FAO. L'Organisation des Etats américains (OEA), avec l'appui de l'impérialisme américain, envoie une commission de médiation pour jouer les intermédiaires. En novembre 1978, le « Groupe des 12 » et l'aile « tercériste » du FSLN dénoncent ces manœuvres et se retirent du FAO.
Cette rupture élimine en pratique l'un des principaux motifs de division au sein des forces sandinistes : le type d'alliance avec la bourgeoisie. Un rapprochement entre les trois composantes du FSLN est aussitôt amorcé, qui aboutira, en janvier 1979, à la formation d'une direction unifiée et, en mars, à la fusion des trois tendances.
Entre temps, en février 1979, voit le jour le Front patriotique national (FPN). A la différence du FAO, l'UDEL n'en fait plus partie. Le passage du FAO au FPN traduit une modification des rapports de forces, un déplacement du centre de gravité de la lutte, de la bourgeoisie d'opposition vers les masses prolétariennes et populai-
Get une hégémonie croissante du
HONDURAS EL SALVADOR RINCERN • MATAGALPA • CHINANDEGA LEON •BOACO Front sandiniste dans la direction de la avril, la dévaluation de 42% du cordoba illustre la gravité de la crise économique et aggrave la situation sociale, y compris pour les couches petites-bourgeoises. Dès mai 1979, c'est l'amorce de offensive finale. Pour s'y opposer, l'impérialisme américain, sentant la situation lui échapper, cherche alors la caution de l'OEA pour couvrir une intervention militaire directe au Nicaragua. Un responsabe US, Cyrus Vance, annonce que « les Etats-Unis envisagent de dépêcher des troupes nord-américaines au Nicaragua si la situation l'exige ». Seule l'Argentine donne son accord à l'envoi d'une telle « force de paix ». L'impérialisme ne parvint donc pas à obtenir l'aval de l'OEA ou d'un nombre significatif d'Etats latino-américains pour une intervention militaire directe. Dès lors, c'en était fini de So-
Le 4 juin, le Front appelle à la grève générale. Le 10 juin, le peuple de Managua se soulève. Le 16 juin, le Gouvernement provisoire de reconstruction nationale est formé. Le 17 juillet, Somoza s'enfuit. Ureuyo, qu'il a nommé pour assurer la transition, demande aux insurgés de rendre les armes et prétend rester en place, jusqu'en 1981. Un ultime élan populaire le chasse aussi et précipite l'effondrement de ce qui reste de la Garde nationale.
Le 19 juillet, le Gouvernement de reconstruction nationale s'installe à Mana-
L'ÉVOLUTION STRATÉGIQUE DU FSLN Se réclamant à l'origine de l'héritage d'Augusto Cesar Sandino, le général des hommes libres qui mena la lutte armée contre l'occupant américain dans les années 1930, avant d'être assassiné par Somoza, en février 1934, le Front sandiniste peut
NICARAGUA
EDES CARAIBE • LIGALPA
COSTA RICA apparaître comme une organisation antiimpérialiste ou nationaliste petite-bourgeoise. Pourtant, son profil est beaucoup plus précis et dessiné. Il ne s'agit pas d'une organisation anti-impérialiste comparable à ce que fut le Front de libération national (FLN) algérien ou à ce que sont de nombreux mouvements de libération africains
Par sa référence à la révolution cubaine, le Front sandiniste est relié à un courant du mouvement ouvrier international. Sa contribution à la conférence de l'Organisation latino-américaine de solidarité (OLAS), à la Havane, en 1967, fut l'une des plus radicales. L'interprétation même de l'héritage sandiniste met l'aecent sur le contenu de classe de la lutte anti-impérialiste : « Seuls les ouvriers et les paysans iront jusqu'au bout », disait le général des hommes libres.
Les témoignages et les reportages dans les rangs du Front sandiniste à la veille du renversement de Somoza montrent que, non seulement la direction centrale, mais encore une majorité de cadres intermédiaires du Front, se réclamaient ouvertement du marxisme et du socialisme, avec une clarté et dans une proportion sans comparaison avec ce qui fut le cas pour le Mouvement du 26 juillet de Fidel Castro, en 1958, à Cuba (3).
Des divisions importantes se sont produites dans le Front, en 1974, et ont abouti à l'éclatement du FSLN, en 1975, sous les coups de la répression. Les diver-
2. Le dirigeant sandiniste Bayardo Arce parle aujourd'hui du « groupe sandiniste connu comme les 12" » (« Nicaragua : révolution », in Cuba Socialista, numéro 1, décembre 1981).
3. C'est ce qui ressort notamment des nombreux témoignages recueillis par Francis Pisani. journaliste français du quotidien Le Monde, qui a accompagné l'offensive sandiniste à partir de la frontière hondurienne jusqu'au renversement de Somoza. Ces témoignages sont publiés en français dans un livre intitulé Muchachos: journal d'un témoin de la révolution sandiniste, édition Encre, Paris, 1980.
gences portaient sur le bilan des actions armées menées par les guérilleros, telle que la prise d'otages de décembre 1974 (qui servit de prétexte à Somoza pour proclamer l'état de siege) et la faible participation du mouvement sandiniste aux luttes ouvrières de 1973-1974 (ce qui permit au PSN — dénomination du Parti communiste - de renforcer son implantation syndicale). En octobre 1977, Somoza lève l'état de siège, mais la tendance « tercériste » du FSLN entreprend aussitôt de nouvelles initiatives armées à Masaya et à San Carlos. C'est à partir de ces soulèvements d'octobre 1977 que, d'après le témoignage du « commandante » Joaquin Cuadra (4), les divisions dans le Front seront les plus profondes. Mais elles remontent, selon lui, à 1974 : « Le premier d'entre nous à avoir parlé de stratégie insurrectionnelle, c'est le fondateur du FSLN, Carlos Fonseca Amador. Des discussions sérieuses ont lieu dès décembre 1974 à La Havane au sein du commando qui venait de réaliser l'opération contre la maison de Chema Castillo (prise d'otages dans la maison d'une personnalité somoziste, ndlr.). frontaient nettement. Les uns voulaient continuer à accumuler des forces et constituer une armée de guérilla dans les montagnes du nord, suivant l'idée générale de la guerre populaire prolongée. autres, principalement autour de Carlos Fonseca, Wheelock, voulaient passer à l'offensive et se rapprocher des zones habitées. Pour maintenir la cohésion, on adopta ligne bâtarde qui disait que "dans la lutte pour le socialisme". il était correct de retenir le concept de guerre populaire prolongée, mais que dans la lutte contre la dictature, il était permis de parler de processus insurrectionnel. »
Ce compromis est pour le moins paradoxal. En effet, l'idée de la « guerre populaire prolongée » était partagée par de nombreuses organisations politico-militaires au début des années 1970, y compris dans des pays comptant une forte classe ouvrière industrielle, comme l'Argentine et le Chili. Elle découlait d'un raisonnement logique mais formel, que l'on peut résumer ainsi : « En cas de victoire contre la dictature, l'impérialisme interviendra pour empêcher la marche au socialisme, il faut done commencer dès aujourd'hui la guerre l'ennemi de demain. » Le problème reste pourtant que la seule préparation des batailles du lendemain n'est pas une condition suffisante pour assurer la victoire de la lutte en cours. Dans le débat de 1974, ceux qui allaient se « prolétariens » (Wheelock) et en « tercéristes » (Ortega) d'une perspective insurrectionnelle qu'ils justifient au nom d'une première étape anti-dictatoriale de la lutte. Mais le rapprochement des lieux du combat militaire contre la dictature des zones urbaines et habitées implique un appui croissant des forces de guérilla sur les couches prolétariennes, dont les aspirations antidictatoriales et anticapitalistes sont difficilement scindables en deux. En fait, la stratégie insurrectionnaliste renforce la dynamique de révolution permanente, dès lors qu'elle dépasse une conétroitement s'appuyer sur la mobilisation et l'organisation des masses.
La tendance « GPP » du FSLN défendait une position guérillériste plus classique. Il s'agissait, pour ces militants, de partir de l'implantation de noyaux guérilla dans les montagnes pour accumuler des forces et passer progressivement à une guerre de mouvement, puis à une guerre de position, pour aboutir enfin à une victoire militaire totale. Elle considérait comme de dangereuses aventures les insurrectionnelles hâtives coûteuses en vies humaines. Les « GPP » avaient la réputation de compter dans leurs rangs davantage de convaincus que les « tercéristes » qu'ils soupçonnaient d'entretenir étroits avec certains secteurs de la bourgeoisie anti-somoziste. Un militant de cette tendance, interrogé à la veille de la victoire de juillet 1979, sur la signification de l'unification sandiniste, répond qu'il la voit comme une alliance momentanée, parce que « la bourgeoisie, on la trouve déjà chez les "tercéristes", alors ... » Campagne d'alphabétisation. (DR)
La tendance « prolétarienne » présentait, quant à elle, une orientation liant explicitement la lutte contre la dictature au combat pour le socialisme. Elle tirait des conclusions concrètes de sa perspective insurrectionnaliste, notamment l'importance de construire des organisations de mes ...) dans les villes. Wheelock est très sur la critique fondamentale qu'il l'orientation « GPP ». Il admet que la révolution nicaraguayenne a revêtu un aspect de lutte de libération nationale : « Nous n'avons pas connu, au Nicaragua, une lutte des classes sanglante, comme celle du Salvador par exemple. Il n'y a pas eu de guerre civile. Ici, tout le monde a lutté contre la dictature, même si celle-ci affectait particulièrement les ouvriers et les paysans. Le contenu de la lutte politique ressemblait à celui d'une guerre de libération nationale, dans le sens où nous étions dominés par la
Garde nationale qui, créée par les EtatsUnis lors de leur intervention directe, continuait à se comporter comme une véritable armée d'occupation. (5) »
Il y a, comme le dit Wheelock, une « ressemblance ». Mais pas une équivalence. La Garde nationale se comportait certes comme une armée d'occupation. Mais elle n'était pas une armée étrangère. Le résultat n'est pas le même. C'est ce que comprend parlaitement Wheelock du point de vue des taches pratiques, lorsqu'il déclare : « On disait à l'époque (1975-1976) que l'ennemi principal était l'impérialisme, que la lutte allait être longue et que donc, il fallait s'établir dans les coins les plus retirés de la montagne pour entreprendre la guerre depuis là-bas. C'est correct dans un processus de libération nationale avec intervention étrangère, quand on doit faire face à une puissance gigantesque venue de l'extérieur avec un potentiel historique puissant mais un pouvoir réduit de forces alliées. Dans ce cas-là, le terrain géographique doit être effectivement la montagne et la méthode doit être la guerre de guérilla. Mais qui allait nous suivre dans les montagnes? Pour que le peuple lutte contre l'impérialisme, il doit voir les gringos dans le pays en train de faire le coup de feu. (...)
«Le repli dans les montagnes avait en outre l'inconvénient de nous éloigner des travailleurs et de laisser en suspens une série de tâches d'importance extrême, telles que l'organisation des ouvriers sur les lieux de travail, l'organisation des paysans là où ils se trouvent. Parce que dans les zones du nord où nous avions établi des campements, il y a très peu de paysans. Nous en étions presque arrivés à former une réalité militaire contraire au processus révolutionnaire. On ne parlait pas de la dictature. On disait : l'impérialisme est l'ennemi immédiat. Une réalité lointaine en quelque sorte. Or, il fallait montrer l'ennemi concret et pas l'ennemi en général, l'impérialisme Nous étions capables de parler aux mili tants des finalités de la lutte, mais pas de trouver les consignes du moment. Nous n'apportions pas de réponse aux tâches à effectuer sur le champ: organiser les travailleurs, leur faire prendre conscience, les armer, organiser la logistique, accumuler des forces. Alors, nous sommes descendus dans les villes et nous avons réuni toutes les classes sociales dans la grève, car nous avons toujours été partisans converger les trois formes de lutte qui se combinent magistralement dans l'offensive finale : la grève, le soulèvement des villes et la lutte armée, de guérilla ou régulière. Trois formes de lutte historiques et non inventées par nous. On ne résoud pas les problèmes d'une révolution en disant : "Soyons tous guérilleros!". cela que nous nous sommes élevés. (6) » Ce qui peut paraître à postériori une évidence n'était pas une banalité dans les mouvements révolutionnaires armés du début des années 1970, où le fusil était
4. Texte publié in Muchachos, p. 81. 5. Muchachos, p. 183. 6. Muchachos. p. 73.
devenu la ligne de partage absolue entre réforme et révolution, avant qu'il ne soit découvert qu'il pouvait exister un réformisme armé, et que le fusil ne vaut que par les forces sociales qui s'en saisissent.
En même temps, on comprend à travers le discours de Wheelock ce qui pouvait éveiller la méfiance des partisans de la « guerre populaire prolongée ». Il parle de réunir dans la grève et l'insurrection toutes les classes sociales opposées à la dictature somoziste. Mais, en pratique, ces formes de lutte sont par excellence celles des couches prolétarisées. Tout le cours de la lutte, depuis la grève patronale de janvier 1978 jusqu'à l'offensive 1979, va le vérifier, en même temps que Front sandiniste sur le processus.
La tendance « tercériste » est apparue avec les mouvements insurrectionnels d'octobre 1977. Jusque-là, le FSLN était
Centre les tendances «GPP» et « prolétarienne ». Sa démarche part d'une critique de l'orientation de la tendance « GPP », considérée comme une tactique stérile d'« accumulation passive » de forces : « J'appelle politique d'accumulation passive de forces, a précisé Humberto Ortega, un représentant des "tercéristes", politique qui consiste à ne pas intervenir à accumuler des forces à froid. Cette passivité se manifestait au niveau de la politique des alliances. Il y avait aussi de la passivité dans le fait que nous pensions qu'on pouvait accumuler des armes, s'organiser, réunir les ressources humaines, à froid, sans combattre l'ennemi, sans faire participer les masses, et ce n'est pas que nous ne voulions pas le faire ; nous pensions seulement que si nous sortions trop les griffes, cela nous vaudrait d'être attaqués et écrasés. (7) »
Dans la même interview, Humberto Ortega précise que le débat stratégique qui s'était développé à la suite du coup septembre 1973, propositions : « La guerre de guérilla dont l'axe serait la montagne, ou la lutte armée dont l'axe serait les masses. (...) En vérite, on a toujours pensé aux masses mais on voyait en elles un appui à la guérilla, qui devait permettre d'asséner des coups à la Garde nationale. La réalité a été tout autre ; c'est la guérilla qui a servi d'appui aux masses pour que celles-ci, au moyen de l'insurrection,
La pratique nous a fait changer d'avis. Nous avons compris que pour vainere, nous devions non seulement faire passer à l'action nos contingents de guérilleros, mais aussi faire en sorte que les masses participent activement a la lutte armee, car le mouvement armé d'avant-garde n'allait iamais réunir assez d'armes pour écraser l'ennemi. » D'où la conclusion : « Notre stratégie insurrectionnelle a toujours gravité autour des masses et non autour d'un plan militaire. Ceci doit être clair. (8) »
L'autre aspect de l'orientation « tercériste », c'est son ouverture à la possibilité d'alliances avec la bourgeoisie anti-somoziste. Cette perspective est soulignée par Ortega lui-même comme le corollaire de l'offensive militaire : « Le FSLN a seulement changé de modalité de lutte à partir d'octobre 1977, passant d'un style défensif à un style offensif dans le domaine militaire. Il s'est lancé parallèlement et pour la première fois dans des alliances politiques tactiques, ce qui à l'époque était audacieux. (9) » Cette « audace » fut d'ailleurs l'un des points de divergence avec les « prolétariens » et les « GPP » jusqu'à la rupture du FAO, en octobre
Dans sa formulation, la ligne « tercériste » apparait done fortement marquée de volontarisme et d'avant-gardisme militaire. Elle part de l'idée que la conquête de l'initiative militaire crée un rapport de force permettant sans grand risque des alliances larges avec la bourgeoisie d'opposition sur le terrain politique. Sa faiblesse, c'est qu'elle s'accomode mal de l'initiative propre des masses susceptible de contrarier aussi bien ses plans militaires que les alliances avec la bourgeoisie.
C'est pourquoi, l'une des différences essentielles entre les « tercéristes » et les « prolétariens » porte sur leur conception du mouvement de masse. Alors que les « prolétariens » voient dans l'organisation du mouvement populaire la base même du projet insurrectionnel, les « tercéristes » développent une position substitutiste qui risque toujours de dériver vers des pratiques militaristes manipulatoires ou paternalistes dans leurs rapports avec les masses. Ortega le reconnaît d'ailleurs crûment, à propos des actions militaires d'octobre 1977 qui ont bouleversé le scénario électoral prévu par Somoza : « Quelques secteurs de la gauche qui se consacraient au travail syndical ont dit allaient bouleverser l'organisation mouvement des masses, mais il n'en a pas été ainsi. Il est certain que la répression allait frapper l'organisation visible, légale, des masses, mais elle n'allait pas détruil'organisation réellement révolutionnaire. Accepter ce point de vue, c'était tomber dans le piege de l'impérialisme qui consistait à offrir une ouverture démocratique bourgeoise à laquelle le mouvement syndical devait participer. Pour nous, il était préférable que ce mouvement syndical castré ne voie pas le jour. (10) » L'initiative militaire a donc alors pour but explicite de faire échouer l'ouverture démocratique tentée par la dictature.
Le cours concret du processus révolutionnaire dans sa phase finale a surmonté les divergences passées et remanié les positions préétablies. Lors de la grève patronale de janvier 1978, les « tercéristes » répondent comme à l'accoutumée en prenant parallèlement l'initiative armées sur les villes de Rivas et de Grenasoulèvement spontané du quartier indigène de Monimbo, en février, marque un tournant de la situation. Il populaires elles-mêmes. C'est leur radicalisation qui effraie la bourgeoisie d'opposition et la repousse de plus en plus du côté des solutions de compromis avec l'impérialisme et la dictature.
Humberto Ortega reconnaît lui-même que l'insurrection de septembre 1978 fut déclenchée sous la pression du mouvement des masses : « En fait, nous ne pouvions pas dire "non" à l'insurrection. Le mouvement des masses avait pris une telle ampleur que l'avant-garde était incapable de le diriger. Nous ne pouvions pas nous opposer à ce mouvement des masses, à ce fleuve. Tout ce que nous pouvions faire, c'était d'en prendre la tête pour le conduire à peu près et lui donner une direcinsurrection de 1978 coûta pourtant la vie milliers de personnes. Somoza crût avoir remporté une victoire décisive. Il s'agissait plutôt, en quelque sorte, des « journées de juillet » de la révolution nicaraguayenne — à l'image de celles de juillet 1917, qui annoncèrent la révolution d'Octobre en
Get d'une répétition générale dont les leçons politiques et militaires furent tirées pour la préparation de l'offensive finale de juin 1979. A la question « Pourquoi avez-vous lancé l'appel à l'insurrection finale en mai ? », Ortega répond : « Parce qu'il se présentait toute une série de conditions objectives toujours plus favorables: la crise économique, la dévaluation du cordoba, la crise politique. Et parce qu'après les événements de septembre, nous avions compris qu'il était nécessaire de conjuguer en même temps et dans un meme espace stratégique le soulèvement des masses au niveau national, l'offensive des forces militaires du front, et la grève nationale dans laque!le était engagé ou qu'approuvait de fait le patronat. Si nous n'avions pas conjugué ces trois facteurs stratégiques en un même temps et dans un même espace, la vietoire n'aurait pas été possible. On avait déjà appelé plusieurs fois à la grève nationale, mais sans la conjuguer avec l'offensides masses. Les masses s'étaient déjà soulevées, mais sans que cela soit conjugué avec la grève et alors que la capacité militaire de l'avant-garde était trop faible. Et l'avant-garde avait déjà porté des coups à l'ennemi, mais sans que les deux autres facteurs soient présents. C'est en septembre que l'on est parvenu à conjuguer ces trois facteurs, dans une certaine mais pas complètement, parce que nous ne contrôlions pas encore totalement le processus. C'est après septembre que nous avons exposé clairement dans une circulaire interne que si nous ne parvenions pas à conjuguer ces trois facteurs, il n'y aurait pas de triomphe. (12) »
L'axe stratégique, c'était la grève insurrectionnelle, bien exprimé par l'apparition d'un nouveau dicton populaire dans les derniers mois de lutte : « La grève sent
7. Interview d'Humberto Ortega avec Marta Harnecker, publié dans Granma, édition fran-
10. Discussion avec Marta Harnecker.
RADIO SANDINU SISTEM STA DE MEDIOS KHZ MHZ.
PARES VENCED la violence et la poudre. » En clair : la grève annonce l'insurrection.
DU RENVERSEMENT
A LA RÉVOLUTION SOCIALISTE
Pour la majorité des dirigeants sandinistes, il ne fait aucun doute que la lutte ne s'arrête pas au renversement de la dietature somoziste. Il s'agit d'une lutte pour le socialisme. Toute leur éducation à la lumière de la révolution cubaine et des theses de la conférence de l'OLAS va dans ce sens. « Ou révolution socialiste, ou caricature de révolution », comme le proclamait Ernesto « Che » Guevara. L'interprétation de la fameuse Sandino sur le rôle des ouvriers et des paysans le confirme aussi.
Historiquement, le prolétariat industriel est la force motrice de la lutte pour le socialisme. Mais il ne faut pas oublier les particularités du Nicaragua de Somoza. La classe ouvrière n'y représente que 10% de la population active, et parmi eux, 10% seulement (soit 1% de la population active) étaient syndicalement organisés à la veille du renversement de So-
Les premiers objectifs de la lutte sont donc l'obtention des libertés démocratiques et d'une réforme agraire radicale. La révolution doit se transformer en une ré. volution socialiste, mais elle commence comme une révolution démocratique et anti-impérialiste.
Dans ce cadre, les dirigeants sandinistes n'ont jamais caché qu'ils concevaient l'alliance avec la bourgeoisie d'opposition comme tactique et limitée dans le temps. Ainsi, Wheelock met-il clairement en garcontre les buts véritables des alliés bourgeois du FSLN. Il les accuse d'avoir cherché à « pactiser avec le pouvoir », puis « d'avoir essayé de trahir, après l'échec de l'insurrection de septembre 1978, à l'occasion de toutes les manœuvres qui ont eu lieu autour de la médiation ». Plus directement encore, il les accuse d'avoir essayé de monter leur propre guérilla avec l'aide du Venezuela et du Pérou, mais, poursuit-il, « ils n'avaient pas les moyens de mettre les masses en mouvement pour la guerre. Ils interdisaient les lectures révolutionnaires à leurs combattants. Ils étaient incapables de faire une révolution comme celle que nous sommes en train de mener à bien. Historiquement, ils étaient déjà liquidés comme avant-garde. Il est faux de dire qu'ils ont toujours été à nos côtés. On peut même dire que certains secteurs en tout cas ont lutté jusqu'au bout pour que l'alternative que nous représentions ne l'emporte pas. Trois jours avant que nous ne prenions le pouvoir, il y avait encore au Venezuela trois ou quatre messieurs qui cherchaient à amortir le triomphe et essayaient de mettre au point des manœuures pour escamoter la victoire (13) ».
De même, pour Humberto Ortega, l'hégémonie sandiniste est la question clef. Les alliances y sont subordonnées.
Oil s'agit, dit-il, de «manœuvres intelligentes. (...) Nous ne sommes parvenus à aucune alliance avec
Utiliser ce concept serait céder à la facilité du cliché. J'illustrerai mon propos en prenant le problème au niveau international. Un pays dont le processus est sérieusement consolidé, comme Cuba par exemple, doit pourtant tenir compte du rapport des forces extérieur pour se développer. Il doit maintenir ses relations avec le Mexique et les étendre avec l'Amérique latine et les pays non socialistes. Il en est de même pour des pays plus puissants. Il en est de même pour tout le monde. Nous avons seulement mené une politique permettant de nous développer. Pour y parvenir, nous avons établi des alliances de fait. Notre problème était de renverser le somozisme pour prendre le pouvoir et, de là, faire la révolution (14) ».
Le renversement de la dictature n'est pas l'aboutissement, mais le point de déchute du tyran Somoza, la situation de de pouvoir se transforme, elle n'est pas surmontée. Il y avait auparavant une dualité de pouvoir entre la dictature et la Garde nationale d'un côté, le mouvement révolutionnaire de l'autre. Après le 19 juillet 1979, la dualité de pouvoir prend un sens de classe plus précis, entre la bourgeoisie appuyée sur la propriété privée, qui représente alors encore 70% du secteur agricole et 80% du secteur industriel, et la révolution prolétarienne derrière son avant-garde sandiniste.
A l'approche de la victoire, les sandinistes avaient conclu un accord avec la bourgeoisie d'opposition, lui donnant des garanties sur l'organisation du futur pouLa prise de Managua en 1979. (DR)
voir politique, autour de trois questions fondamentales :
-la création d'une Junte de reconstruction nationale de cinq membres, comprenant deux sandinistes (Daniel Ortega et Moises Hassan), deux bourgeois (AIfonso Robelo et Violetta Chamorro) et Sergio Ramirez pour le « Groupe des 12» ;
— la fusion de l'Armée populaire sandiniste (EPS) et des restes de la Garde nationale ;
-la constitution d'un conseil d'Etat dans lequel les organisations bourgeoises
Qu'il se soit initialement agi d'un compromis sincère ou « d'une manœuvre intelligente », pour parler comme Humberto Ortega, le fait est que les rapports de forces réels ont balayé cet accord en quelques jours. Tout d'abord, il s'est rapidement révélé que le Front sandiniste s'était assuré une majorité dans la Junte de gouvernement avec la présence de Sergio Ramirez, qui n'était pas un simple arbitre entre les représentants du Front et ceux de la bourgeoisie.
Ensuite, la fausse manœuvre d'Ur cuyo, s'accrochant au pouvoir le 18 juillet 1979, a précipité la radicalisation des masses et la désagrégation finale de la Garde nationale. Elle répète presque point par point la vaine tentative du général Cantillo pour empêcher la révolution à Cuba, le ler janvier 1959. Cette tentative pour voler la victoire aux révolutionnaires cubains par un coup militaire de dernière minute provoqua une grève nationale de près d'une semaine, qui joua un rôle décisif dans le renversement de la dictature. Lorsqu'il entreprit sa tentative réactionnaire, Cantillo disposait encore d'une armée presqu'intacte, de la police, de la presse traditionnelle, de multiples appuis politiques. C'est la grève qui a fait baseuler le rapport de forces. Au Nicaragua, la poussée populaire finale contre Urcuyo a balayé toute perspective concrète d'une quelconque fusion entre l'EPS et la Garde nationale.
Enfin, le Front sandiniste a pris lui-même, en 1980, l'initiative de modifier la composition du Conseil d'Etat en faveur d'un nouveau dosage donnant une majorité aux organisations de masse sous son influence. Cette décision provoqua la démission de Robelo et Chamorro de la Junte de gouvernement, en mars 1980, et leur remplacement par Arturo Cruz Rafael Cordoba, deux autre représentants bourgeois choisis et désignés par la direction sandiniste elle-même. Ce simple exemple ne laisse aucun doute sur la source du pouvoir effectif au sein de la Junte de gouvernement.
De fait, la politique sandiniste après le renversement de Somoza consiste s'assurer le contrôle du pouvoir politique et militaire et à passer des alliances avec la bourgeoisie sur le plan économique, sous la forme notamment du maintien de l'« économie mixte ». Mais, à chaque
13. Muchachos, p. 224. 14. Ibidem., p. 145.
épreuve de force avec la bourgeoisie, le Front sandiniste s'est montré intransigeant sur le plan politique : création des milices populaires au début 1980, rectification de la composition du Conseil d'Etat, refus des élections réclamées par Robelo et son organisation, le Mouvement démocratique nicaraguayen (MDN), en août 1980. A condition d'avoir le pouvoir solidement en main, les sandinistes considèrent possible de faire des concessions à la bourgeoisie sur le terrain économique, et de se montrer souples sur le rythme du processus révolutionnaire
Nous voici au cœur du débat. Certes, aucune loi ne prescrit par avance ce que doit être le rythme exact des expropriations des intérêts bourgeois pour aller vers la socialisation de l'économie. En Russie, les bolcheviks eux-mêmes ont été amenés à aller plus vite qu'ils ne l'avaient initialement envisagé, du fait de la guerre civile.
Mais ce qui est illusoire, c'est de croire que la confiance des masses populaires conquise dans la lutte contre la dictature est un capital invariable, acquis une fois pour toutes. Aussi longtemps que la bourgeoisie réussit à préserver la base de son pouvoir économique, la propriété privée des moyens de production, elle ne renoncera pas à utiliser ses possibilités nationales, et surtout ses énormes appuis internationaux, pour saper l'autorité du pouvoir révolutionnaire et tenter de le diviser. Il est significatif que Robelo, au moment où il lançait les plus furieuses attaques contre le pouvoir sandiniste à propos du pluralisme, reprochait aux Etats-Unis de suspendre leurs subsides, car ces apports financiers contribuaient à renforcer le secteur privé.
Il est donc normal de dire, surtout dans un pays appauvri à l'extrême et saigné par une guerre civile dont le bilan est de 40 000 morts et 100 000 infirmes, que la réalisation du socialisme n'est pas possible tout de suite. Mais il faut ajouter que la révolution socialiste est l'aboutissement nécessaire pour consolider les conquêtes démocratiques et l'indépendance nationale. Toutefois, il ne faut pas confontre les termes « aboutissement » et « point de départ ». On ne peut sauter par-dessus l'évolution du niveau de la conscience des masses. Ceux qui étaient prêts au sacrifice pour chasser Somoza peuvent en même temps conserver de nombreux préjugés, notamment religieux. L'expérience quotidienne de la lutte, la campagne d'alphabétisation, comptent davantage pour faire avancer le niveau de conscience des masses populaires qu'un radicalisme verbal abstrait.
Mais, s'il ne faut pas brûler les étapes dans le développement de la conscience politique des masses, il faut ajouter aussitôt qu'il n'y a aucune muraille de Chine, aucune discontinuité entre l'accomplissement des tâches démocratiques et le début de l'accomplissement des tâches socialistes de la révolution.
Daniel BENSAID, article publié dans Perspectiva Internacional, numéro 2, Sao Paulo, mai-juin 1982.