Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

BRESIL

« Lula » : la grève générale est à l'ordre du jour

· Inprecor n° 155, 18 juillet 1983 · p. 17-18 · 1 870 mots

Syndicalisme Brésil

P brésilien et précber les problemes que rencontre le Parti des avaleus (P), OUR illustrer la physionomie actuelle des débats dans le mouvement ouvrier dont quelques-uns sont abordés dans l'article précédent, nous publions ci-après deux documents extraits d'Em Tempo, journal bimensuel marxiste et révolutionnaire

Le premier de ces documents est une entrevue accordée par Luis Inacio Da Silva

« Lula » à Flavio Andrade, responsable d'Em Tempo, et publiée dans le numéro 172 du 2 juin 1983 de ce journal. Dans cet entretien, le président du PT, « Lula », affirme la nécessité de la préparation d'une grève générale comme riposte permettant aux travailleurs de faire face à la politique gouvernementale, et réaffirme un certain nombre des principes de base du PT, à l'encontre des attaques de certains élus de ce parti mem-

Le second document est l'éditorial d'Em Tempo, du 23 juin dernier (numéro

173), rédigé par Raul Pont, vice-président du PT du Rio Grande do Sul, membre du directoire national du PT et également membre du comité éditorial d'Em Tempo. Dans cet éditorial, Raul Pont pose le problème central de la nature du mot d'ordre qui devrait être proposé dans le cadre de la perspective d'une élection présidentielle pour

1985. Il s'oppose aux partis d'opposition bourgeois, qui se focalisent sur la revendication de l'élection directe, au suffrage universel, au président de la République, et à ceux qui, au sein du PT, voient déjà se profiler une perspective de collaboration avec les formations d'opposition de la bourgeoisie libérale. Raul Pont, au contraire, affirme la nécessité pour le PT de développer une politique de front unique en direction des secteurs qui se réclament du socialisme ou du communisme au sein du PMDB et du

PDT, en vue de constituer, sur la base d'une orientation globale de rupture avec le régime et ses institutions, un « bloc ouvrier et populaire qui écarte les libéraux et les con-

DOCUMENTS engagé dans la construction du PT. bres de la chambre des députés. ciliateurs de la direction de l'opposition au régime ».

Flavio ANDRADE : - Comment analyses-tu la période que traverse actuellement le Parti des travailleurs (PT) ?

« LULA » : - Nous sommes actuellement dans un moment de rénovation des directións, et ce processus ravigote le parti. J'ai vu, dans diverses municipalités, des camarades disposés à la lutte. Je crois done que la tendance est à la sortie de la situation où nous nous trouvons, avec un PT plus fort, engagé dans les luttes de masse, dans les rues, les usines et les quar-

Lula "La grève générale est la riposte de l'heure ...

tiers. Pour cela, l'organisation en noyaux de base est indispendable.

Il est clair, aujourd'hui, que nous ne pouvons nous contenter d'un parti qui dépendrait seulement des débats aux niveaux national et parlementaire. Ces débats ne rendent pas compte, du point de vue de la classe travailleuse, de la crise que connaît le pays. Nous avons besoin d'une action de masse. (....)

— Tu parles de politique de masse et tu suggères des mobilisations. Mais il s'a-

« Lula » avec des dirigeants de la CFDT française. (DR)

git-là de méthodes d'action plus que d'un projet politique proprement dit. Quelle est, à ton avis, l'orientation politique qu'il faut aujourd'hui pour le Parti des travailleurs ?

- Pour moi, il ne fait aucun doute que c'est cette position combative que nous devons adopter. Les problèmes qui mobilisent la classe ouvrière, pour l'heure, sont ceux du chômage, des prestations sociales, des loyers, de la politique salariale. C'est autour d'eux que doit s'engager l'action du Parti. (...)

En plus de cela, c'est aussi le moment pour le PT d'assumer la campagne pour des élections directes à la présidence de la République. C'est ainsi que nous pourrons nous opposer à cette collection de « présidentiables » qui vont accaparer ce processus : par une action de rue, de masse, pour l'élection directe, combinée aux autres thèmes déjà mentionnés. Pour nous, l'important n'est pas de lancer d'ores et déjà un nom, notre candidat, à la différence de la conception qu'ont les camarades du PDT. (...)

- Pour en revenir à la question de la lutte sociale, il y a le problème de la grève générale comme forme de lutte contre la politique économique de la dictature. Comment vois-tu cette perspective en rap port avec les tâches du PT ?

- Je crois que non seulement le mouvement syndical, mais aussi d'autres secteurs de la société, sont préoccupés par la question du chômage — et on ne voit pas comment il pourrait en être autrement -, mais sans qu'existe à court terme de proposition capable de donner un élan à la mobilisation. Alors,

Run climat, exemple, où toute manifestation de chômeurs est considérée comme un défi à la démocratie de Monsieur Montoro (gouverneur de l'Etat, élu par le PMDB, ndir.), il y a déjà là un premier obstacle à l'acmasses. D'aucuns aimeraient bien que la question du chômage puisse être résolue au niveau des discussions, des cabinets, des plans ou du Parlement seulement. J'ai participé à plusieurs réunions syndicales, où beaucoup expliquaient qu'on ne peut pas faire ceci parce que ça va embarrasser le gouvernement Montoro, et qu'on ne peut pas faire cela, parce que ça va déstabiliser, etc.

Ainsi, on inhibe toute action d'envergure de la classe ouvrière. Pour moi, il est clair que le problème aujourd'hui es celui des propositions. Le mouvement i, ndical a déjà présenté des propositions, jusqu'à satiété : réduction du temps de travail, suppression des heures supplémentaires, stabilité de l'emploi, réforme agraire, investissements publics, etc. Ce que les demandent maintenant c'est : « Comment faire? ». C'est là qu'intervient la grève générale. Je crois que c'est la riposte de classe qui est à l'ordre du jour et qui permet d'unir dans l'action ceux qui travaillent et ceux qui chôment. La difficulté tient moins à l'état d'esprit de la classe travailleuse qu'à celui de certains diri-

Page 18

geants syndicaux. La grève est possible, même si cela ne s'applique pas exactement de la même façon à toutes les catégories professionnelles. Mais certains secteurs fondamentaux peuvent débrayer. Si, à Sao Paulo, on arrête le secteur bancaire, le métro, les bus, et encore quelques catégories importantes, tout l'Etat de Sao Paulo est paralysé.

Ce qui fait défaut, c'est la conscience des dirigeants à ce sujet. Parce qu'une grève ne se produit pas comme ça, spontanément, parce que tous les travailleurs décident d'arrêter. Il est important et décisif que les dirigeants en prennent l'initiative et fixent l'heure du débrayage.

Je crois done que la grève générale est à l'ordre du jour. Maintenant, ce n'est pas au PT de « faire » la grève générale. Il doit être solidaire, aider à la prise de conscience de la classe travailleuse, étre partie prenante de son déclenchement, et apporter soutien, dans mesure nécessaire.

Il y a aussi le problème des chômeurs. La difficulté, aujourd'hui, des qu'on réunit une masse de chômeurs, c'est qu'ils réclament un emploi, un logement, de l'eau, de l'électricité, des aliments, et qu'on n'a aucun moyen de résoudre immédiatement ces questions. Alors, qu'est-ce qu'on veut qu'ils fassent ? On leur dit d'attendre ? On leur prêche la patience? Il est important de ne pas chercher à chapeauter ces mouvements. Il est important qu'ils agissent librement pour voir s'ils parviennent à sensibiliser non seulement le gouvernement à l'échelle municipale et à celle de l'Etat, mais aussi le gouvernement fédéral. Il y a des gens qui pensent qu'il faut encourager les travailleurs à faire eux-mêmes les branchements d'eau et d'électricité, pour faire ainsi échec aux coupures pour non-paiement dans les maisons des chômeurs. Mais ne serait-il pas plus facile de s'orienter vers la revendication de l'exemption de taxes et de paiement pour les chômeurs ? Je crois qu'on doit aller dans ce sens.

Mais tout cela ne résoud pas la question. Il faut qu'il y ait des protestations et des manifestations publiques. Je ne sais pas exactement sous quelle forme, mais une seule chose est sûre : il faut qu'il y ait des protestations. Pour que les gens et les autorités soient sensibilisées à une politique de création d'emplois. Ou, au moins, pour faire comprendre que si rien n'est fait, l'affaire peut prendre la tournure que, précisément, la classe ouvrière doit lui faire prendre.

- A propos de la lutte politique, tu as parlé des élections directes à la prési dence de la République. Mais si on lie cette revendication à l'abrogation de la Loi de sécurité nationale (LSN), au droit de grève, à l'abolition de la structure syndicale actuelle, il ne s'agit plus seulement des élections directes, mais d'un ensemble de revendications démocratiques. N'est-ce pas une façon en somme honteuse d'arriver, en fin de compte, à la revendication d'une Assemblée constituante, que tu as toujours récusée jusqu'à présent ? Ou, encore, l'actualité du problème des élections directes ne souligne-t-elle pas davantage l'urgence, pour le Parti, de réviser sa position sur la Constituante ?

- Eh bien, je crois que nous devons engager la lutte contre le type de succession au pouvoir qui se dessine. Nous devons aussi choisir le drapeau qui rassemble la plus grande quantité possible de secteurs sociaux d'opposition. Aujourd'hui, par exemple, le thème de la Constituante ne fait pas l'unité dans les rangs du PT. Les élections directes, si. Donc, c'est par là qu'il faut aller. Maintenant, si le pré-congrès du Parti se décide pour la Constituante, alors nous devrons nous engager, unis, derrière ce drapeau. (...)

- Pour passer maintenant à des questions internes, quelle est ton appréciation sur le déroulement de la lutte engagée au sein du PT, principalement de la part de certains parlementaires qui se sont adressés à la grande presse en formulant des critiques féroces contre le Parti ou contre

- Je me suis fixé pour règle, dans cette période pré-électorale, au sein du Parti, d'avaler parfois des couleuvres pour ne pas empirer les choses. Mais il y a de la mauvaise foi dans ces divulgations à la presse, en ce sens qu'elles tendent à donner l'image d'une crise grave et tumultueuse annonçant la fin du Parti, ce qui n'a rien à voir avec notre réalité. Ce comportement ne vise pas à construire le Parti. Il n'y aide en rien.

La circulaire que nous avions envoyée et qui a fait l'objet de ce remue-ménage, avait pour but d'exiger qu'aucune direction, aux niveaux municipal, étatique ou fédéral, n'engage sa signature sur un document quelconque qui soit contraire au programme du Parti. Elle ne visait en rien à empêcher que les militants puissent défendre, à l'intérieur du Parti, la position de leur choix, quelle qu'elle soit. Ce qui n'est pas acceptable, c'est que des militants du parti, en particulier de la direction, à l'issue de congrès où telle ou telle décision vient d'être approuvée mocratiquement, commencent à élaborer des documents ou à faire des déclarations opposées au programme du Parti. Il faut que ces camarades gardent un minimum de sens des responsabilités, parce qu'en tant que dirigeants du Parti, ils doivent appliquer plus que quiconque ce qui a été décidé.

Une fois que quelqu'un à choisi un parti déterminé, il doit en respecter les options de base et les instances.

Em Tempo, numéro 122, Sao Paulo, 2 juin 1983.

Une erreur sur cette page ?