Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

BRESIL

Raul Pont : pour en finir avec le régime

· Inprecor n° 155, 18 juillet 1983 · p. 18-19 · 1 356 mots

Raul Pont "La seu

c'est den finir Six mois après les élections de novembre dernier, nous pouvons faire une estimation plus précise de leurs résultats et des modifications de la conjoncture politique et économique du pays. Les faits historiques sont toujours plus clairs que les analyses triomphalistes ou que les fumeuses promesses électorales.

Pendant les élections, le PT fut traité de diviseur, de gauchiste aventuriste, pour s'être refusé à grossir la caravane de l'opposition libérale et pour n'avoir pas propagé la fable du « vote utile ». Nous affirmions, pendant la campagne, que toute victoire libérale, si écrasante soit-elle, ne modifierait pas profondément la nature du regime, vu le caractere immobiliste et modéré du « front large » formé par le

Nous pourrions, aujourd'hui, mettre en évidence d'innombrables exemples de pratique de conciliation avec le régime dans la gestion de la crise, comme caractérisant nombre des nouveaux gouvernements d'Etat passés aux mains de l'oppo-

Il suffit cependant de rappeler les récentes critiques significatives du secteur progressiste de la hiérarchie de l'Eglise de Sao Paulo, émises par la bouche de l'évêque Dom Evaristo Arns, contre le gouvernement de Franco Montoro. Les évêques le issue à la crise, avec le régime... progressistes attirent l'attention sur la distance qui sépare les promesses électorales des positions concrètes assumées jusqu'à présent. Egrener le chapelet des conciliations et des trahisons ne ferait que répéter des évidences.

Alors que des millions de travailleurs vivaient dans l'euphorie « d'avoir gagné les élections », c'est la perplexité devant l'absence de changement qui, depuis lors, domine et, plus récemment encore, ce sont la frustration et la désorientation, le scepticisme envers les nouveaux projets et les nouvelles solutions proposées, comme envers les politiciens et les partis qui les ont menés une fois de plus en bateau, qui apparaissent, tandis que le régime militaire ne perdait pas son temps pour regagner le terrain perdu.

Comptant sur des alliés sûrs dans les principaux Etats, ce dernier a repris l'ofavec vigueur: soumission au Fonds monétaire international (FMI), décret-loi 2012 qui modifie les réajustements salariaux, plus une accumulation de décrets sur un rythme quasi hebdomadaire, qui aboutit à rendre la vie du salarié et du travailleur sans cesse plus insup-

L'expression la plus extrême de la conciliation des gouverneurs élus par l'opposition fut sans aucun doute d'avoir

Page 19

assumé avec zèle le rôle de « partis de l'ordre », en interdisant les manifestations de chômeurs, à Sao Paulo comme au Mi-

Mais ces oppositions respectueuses ne peuvent, sans danger, jeter le masque aussi rapidement. Inquiètes de leur propre incapacité à tenir leurs promesses, elles commencent déjà à chercher de nouvelles échappatoires pour sauver leur prestige oppositionnel aux yeux des masses, sans compromettre leurs postes et leurs engagements dans l'administration commune de la crise du régime capitaliste et du régi-

Si les responsables de la crise sont le régime, Figuereido et l'Economie successifs, pourquoi tis d'opposition ne lancent-ils pas leurs de députés et de maires, le poids des grands Etats qu'ils gouvernent, leurs milliers de responsables municipaux pour orienter le désespoir des masses de chômeurs contre le véritable ennemi ?

LA GRANDE MANOEUVRE

DES « PRÉSIDENTIABLES » De son côté, le régime a lancé sa grande manœuvre de diversion, avec la présentation des candidats « présidentiables».

Alors que Delfim Neto (ministre du Plan et de l'Economie, ndir.) et compagnie livrent à l'impérialisme ce qui reste encore du pays, et accablent les exploités avec leurs mesures économiques, une dizaine, ou plus, de « présidentiables », se lancent aux quatre coins du pays à la chasse aux soutiens, à la publicité dans la presse, aux alliances ... Le résultat tragi-comique de toute cette agitation, c'est de voir la faillite du parti au pouvoir, le Parti démocratique et social (PDS), qui, se niant en tant que parti, délégue président en exercice le pouvoir de désigner « son » candidat aux présidentielles. Cette situation pathétique n'a d'équivalent que dans le caractère « lumpen » de la grande bourgeoisie brésilienne.

Que propose l'opposition pour faire face à cette mascarade ? De lutter pour les élections présidentielles directes, nous dit la direction du PMDB. Et, pour que rien ne se passe, elle forme une « commission » chargée de « conduire la lutte », autrement dit d'éviter toute mobilisation. Pour ne laisser planer aucun doute, Brizola devient plus royaliste que le roi et propose la prolongation du mandat du général Figuereido pour deux années supplépouvoir lui promet en échange que la démocratie complète sera tous les échelons, depuis le maire jusqu'au président de la République.

Rien n'est plus lamentable que cette absence de véritables propositions alternatives en pleine crise, chaque jour plus profonde et insupportable.

UNE CONSTITUANTE LIBRE

ET SOUVERAINE SANS FIGUEREIDO

Pour qu'il y ait une cohérence entre ce que nous affirmions durant la campagne électorale à propos du régime et notre politique dans la situation présente, le PT ne peut se contenter de se mettre à la remorque d'une consigne du type : « Elections directes immédiates ». La défense des élections directes fait partie de notre programme et il est évident que nous l'avancons. Mais c'est insuffisant à un moment où se développe la collaboration des oppositions libérales avec le régi-

Miser sur les élections comme issue politique à la crise, c'est exactement faire le jeu du régime, qui vise seulement à se perpétuer à la tête de l'Etat sous un autre masque. Que changerait pour le pays l'accession à la présidence d'un civil comme Tancredo Magalhaes Pinto, ou même

Guimaraes (deux personnalités bourgeoises membres du PMDB, ndlr.), avec un exécutif qui concentrerait entre pouvoirs dont aujou l'hui le général Figuereido ? Ce n'est pas là ce qui intéresse la grande majorité de la société qui a voté en novembre en faveur des oppositions.

Joindre ses forces aux libéraux autour du seul thème des élections directes, c'est aujourd'hui rester à la remorque de ces secteurs. Ce dont a besoin le PT, c'est d'assumer une orientation d'ensemble, non personnalisée, qui affronte directement le régime et tout son appareil juridique et institutionnel. Ce n'est pas avec les élections directes que l'on va se débarrasser du Code du travail, de la Loi sur la grève, de la Loi de sécurité nationale, et de tout le pouvoir législatif aujourd'hui concentré à la présidence de la Répu-

Ce dont les secteurs populaires d'opposition ont besoin, c'est d'un parti, d'une organisation politique qui assume résolument une alternative globale au régime, c'est-à-dire la convocation d'une Assemblée constituante libre et souveraine, sans Figuereido, et avec une totale liberté d'organisation pour les partis.

Il est évident que le PT n'aura pas le monopole de ce thème. Mais sa prise en charge peut être décisive pour attirer des secteurs de gauche du PMDB ou du PDT, qui n'ont aucun intérêt à demeurer plus longtemps sous la tutelle de libéraux et de caudillos, puisqu'ils s'affirment communistes et socialistes.

POUR UN NOUVEAU BLOC OUVRIER ET POPULAIRE Ce que la conjoncture rend nécessaire, du point de vue des travailleurs et des exploités, c'est la formation d'un nouveau bloc de forces où notre parti ne sera plus le seul fidèlement engagé du côté des classes exploitées et populaires.

La formation de ce front, d'un nouveau bloc politique incluant les socialistes, les communistes, les secteurs de gauche de l'Eglise, enfin tous ceux qui veulent réellement une transformation sociale, créerait une nouvelle situation. Tant que nous resterons un petit parti isolé, tant que le Parti communiste et le PC do Brasil (d'origine maoiste, aujourd'hui pro-albanais, ndlr.) resteront sous l'hégémonie de politiciens bourgeois, tant que les socialistes au sein du PDT continueront à espérer convertir au socialisme un caudillo porté par le culte de la personnalité, rien ne changera dans la situation et nous raterons l'occasion d'un changement

Nous réaffirmons que le PT peut jouer un rôle important en ce sens, dans la mesure où il se constituera en interlocuteur sérieux face aux autres secteurs d'opposition, en œuvrant pour la constitution d'un bloc ouvrier et populaire qui écarte les libéraux et les conciliateurs de la direction de l'opposition au régime.

Raul PONT, Em Tempo, numéro 173, Sao Paulo, 23 juin 1983. Un symbole du PT, la force des travailleurs. (DR) VITÓRIA

Une erreur sur cette page ?