Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

TCHAD

Le contexte de l'intervention impérialiste française

· Inprecor n° 156, 12 septembre 1983 · p. 15-17 · 3 526 mots

France Afrique

PRES une présence militaire quasi permanente au Tchad durant les quinze der-

A nières années, assortie d'au moins deux interventions directes massives de l'armée

- française dans les combats de 1968 à 1971, et ensuite en 1978, voilà le corps expeditionnaire français (3 000 hommes au total, sans compter les 1 500 soldats zaïrois)

à nouveau acheminé dans ce pays. C'est là déjà une des meilleures preuves de la poursuite, par l'actuel gouvernement Mitterrand-Mauroy, de la politique impérialiste

Pour essayer de retrouver le fil des événements dans l'imbroglio tchadien, nous consacrons un premier article à un retour historique destiné à restituer le contexte général de la présente situation tchadienne. Dans un prochain numéro d'Inprecor, nous analyserons plus particulièrement l'actuelle intervention impérialiste francaise au ments protestataires qui tenteront d'or- dont plus du tiers du budget - principaleimpérialiste française de ses prédécesseurs. Tchad et ses implications. François CAZALS

Deux fois et demi plus étendu que la France pour un peu plus de 4 millions d'habitants, le Tchad se décompose en deux régions bien distinctes séparées par le 13e parallèle, qui coupe le pays à la

Tehad. Au Nord, des populations islamisées nomades ou semidont l'activité pastorale prédominante. Leurs relations commerciales (vente du bétail) et leurs références ethniques et culturelles les orientent plus vers des contacts avec les pays limitrophes (Libye, Soudan, Niger) qu'avec le Sud, où se regroupent des populations animistes ou christianisées, sédentaires et pratiquant l'agriculture, proches de celles qui peuplent la République centrafricaine voisine.

Les relations pré-coloniales entre ces deux populations étaient déjà marquées par la violence. Les peuples du Nord, organisés dans des royaumes islamiques, dopillage et les razzias les populations plus dispersées du Sud.

Cependant, ces deux groupes population d'une importance numérique à peu près équivalente, ne constituent pas des unités parfaitement homogènes. Elles sont à leur tour traversées par des particularismes ethniques. Ainsi, bien qu'islamisées à 95 %, les populations du Nord se divisent en Toubous à la frontière libyenne, Kanembou à l'Ouest, Ouaddaïens à l'Est, et une minorité arabe, notamment à la frontière soudanaise. Au Sud, en plus

Sara prédominant, composé d'une quinzaine d'ethnies, la population se subdivise en ethnies, sous-groupes et solidarités locales différenciées.

Cette mosaïque de populations explique que les divisions politiques qui, dans ce pays, ont souvent recoupé d'anciennes rivalités tribales ou régionales, ne se

TCHAD soient pas simplement limitées à l'opposition principale Nord-Sud.

La domination coloniale française ne parviendra pas à intégrer les activités et l'administration de ces populations disparates dans le cadre national arbitrairement défini. Le Nord ne sera totalement occupé qu'en 1913. Les nombreux tâtonnements pour la délimitation des frontiè res illustrent les difficultés rencontrées par le colonisateur. Par exemple, le Logone et deux autres circonscriptions du Sud successivement rattachées au Tchad et à la Centrafrique jusqu'en 1930, alors que le Tibesti, au Nord, était rattaché au Niger. En 1935, le président français Pierre Laval çédait à l'Italie mussolinienne, alors puissance coloniale de la Libye, la bande d'Aouzou au nord du Tchad. Cet accord servira ensuite de base à la revendication territoriale du colonel Mouammar Kadhafi, dont les troupes occupent cette zone depuis 1973.

L'islam constituant un frein à la christianisation et à la francophonie, la politique d'assimilation coloniale s'appliquera principalement aux populations du Sud. Et c'est aussi dans ce Tchad « utile » que se concentreront les quelques activités agricoles, industrielles et commerciales implantées par le colonisateur (coton, filature, comptoirs commerciaux, etc.). Alors que durant la période pré-coloniale les royaumes islamiques du Nord dictaient leur loi aux populations du Sud, avec le colonialisme et la scolarisation les rapports de forces s'inversent.

A l'Indépendance, en août 1960, c'est donc la petite bourgeoisie francophone appartenant à l'ethnie Sara qui, autour de François Tombalbaye, président du pays en 1962 et de son parti unique, s'emparera des institutions du nouvel appareil d'Etat. La petite bourgeoisie arabophone du Nord (commerçante et intellectuelle) se voit ainsi évincée de l'accès à une source importante d'enrichissement et de pouvoir. Elle constituera le terreau des éléganiser l'opposition armée au nouveau ré. gime. Ce dernier est d'ailleurs, dès l'origine, un Etat largement fictif. Jusqu'en 1964 par exemple, ce sont les Français qui administrent directement le nord du pays.

Le pouvoir administratif de l'Etat néo-colonial ne disposera jamais d'une réelle dimension nationale. Les premières mesures destinées à étendre son influence au nord du pays et les exactions d'une administration exclusivement sudiste seront à l'origine de la révolte des Moubi à Mangalmé, dans le Centre-Est du pays, en octobre 1965. Puis, derrière leur chef traditionnel, le Derdei, alors réfugié en Libye, mais dont le fils Goukouni Oueddei a rejoint le Front de libération nationale du Tchad (FROLINAT) créé en 1966, les Toubous se soulèvent dans le Borkou-Ennedi-Tibesti (BET) en mars 1968.

UN ETAT FICTIF

SOUTENU PAR LA FRANCE Dès la fin de l'année 1968, les forces françaises basées au Tchad s'opposent aux rebelles toubous. Le régime de Tombalébranlé par ces révoltes, en appelle à l'intervention directe d'un corps expéditionnaire français. Légionnaires et troupes d'infanterie de marine, environ 2 000 débarquent en pour « pacifier » pays. Tortures et massacres émaillent l'œuvre « pacificatrice » du général De Gaulle, faisant plusieurs milliers de victimes. Lors du retrait du corps expéditionnaire français, en juin 1971, 2 000 soldats français se maintiennent encore sur le terrain (dont 600 conseillers militaires, soit un pour treize soldats tchadiens).

Parallèlement à son action armée, le gouvernement français, inquiet de l'ampleur de la révolte, imposera une réforme administrative pour tenter de réduire les causes de l'irrédentisme des populations du Nord tout en renforçant le pouvoir l'Etat néo-colonial. Cette « mission pour la réforme administrative » (MRA) propose de confier certaines tâches administratives au Nord, à des chefs musulmans, ce qui revenait en fait à entériner l'autonocette région. Mais après une courte période où Tombalbaye acceptera de jouer le jeu français de la « réconcinationale », il sombrera dans le fanatisme tribaliste.

Inspiré de la doctrine de l'« authenticité» de Mobutu au Zaïre, Tombalbaye va rebaptiser les villes et les personnes, renforcer la base ethnique de l'appareil d'Etat, dissoudre son propre parti, incarcérer des militaires tchadiens, et instituer la pratique du yondo l'ethnie Sara) pour tous les fonctionnaires. « révolution culturelle », le dictateur est renversé en avril 1975 par un coup d'Etat militaire soutenu par la France, qui instaure un Conseil suprême militaire (CSM) dirigé par le général Félix Malloum.

Pour Paris, il s'agit dès lors d'éviter un effondrement complet de l'Etat tehadien,

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ment alimenté par l'aide française et des exportations tournées à 80% vers l'ancienne métropole coloniale — est consacré aux dépenses militaires. Mais les orientations de l'impérialisme français, qui dispose traditionnellement de plusieurs centres d'intérêt au Tchad, sont tiraillées entre diverses options. Les secteurs de la bourgeoisie coloniale (du coton ou de l'import-export) liés directement à l'exploitation du Tchad « utile », et leur lobby à Paris, verraient d'un bon œil une partition du pays, qui abandonnerait le Nord désertique à l'infuence islamique. Mais le gouvernement français se sent aussi lié par l'intérêt stratégique du Tchad au cœur du continent africain, souhaite pouvoir créer les conditions d'une exploitation impérialiste des richesses minières et énergétiques récemment découvertes au Nord (pétrole, uranium), et appréhende surtout les conséquences néfastes de la solution de la partition pour le reste de ses néo-colonies d'Afrifrançaise tient donc le cap de la recherche d'une équipe capable d'endiguer la décomposition de l'Etat installé à N'Djamena. Mais aux fluctuations des options françaises, voire même à la menée simultanée d'orientations divergentes, et donc au changement incessant de ses alliés locaux. Ces manigances contribueront aussi à accélérer l'éclatement du champ politique local.

Toutefois, le gouvernement français va envisager de plus en plus concrètement la perspective d'une négociation entre le CSM et le FROLINAT terme à la lutte armée. Il faudra cependant encore plusieurs années pour voir se concrétiser cette politique, dans des conditions telles qu'elle ne sera pas à stabiliser pour autant l'Etat tchadien et de mettre fin à la guerre. Elle au contraire qu'accentuer les convoitises des différentes fractions polimilitaires en présence. Car, simultanément à l'effondrement du régigouvernemental, le FROLINAT se décompose au travers d'un processus de n'enrayeront pas des accords unitaires tactiques et ponctuels.

UN FROLINAT CARTELLISÉ

A L'EXTREME L'opposition armée du FROLINAT aurait pu devenir un creuset où se serait forgée une authentique conscience nationale des masses tchadiennes, représentant

June alternative à l'effondrement de l'Etat néo-colonial, aux pesanteurs régionalistes de la société traditionnelle, aux diverses propositions impérialistes et aux nombreuses pressions des Etats africains de la région. Mais l'objectif nationaliste et démocratique initial du FROLINAT ne fut pas atteint. Mieux même, très rapidement il devint un simple vernis idéologique couvrant une pratique empreinte de régionalisme, de rapports autoritaires avec les masses rurales, de stricte conception militariste de la lutte et, finalement, de compromis tous azimuts (concernant notamment la présence française). Par son im-

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Sarh REPUBLIQUE C CENTRAFRICAINE km 300 4 plantation limitée au nord du pays, le FROLINAT est demeuré un mouvement de défense des intérêts et des revendications démocratiques des masses islamisées

Après l'instauration du parti unique par Tombalbaye et la répression, en septembre 1963, dans la capitale, d'une des rares mobilisations populaires urbaines de ce pays (300 morts), l'axe de la lutte s'est déplacé vers les régions rurales du Nord et du Centre-Est. Mais les révoltes souvent spontanées de ces populations contre l'administration centrale ressemblent fort à des jacqueries paysannes. Des éléments de la petite bourgeoisie arabophone tenus à l'écart de l'appareil d'Etat vont tenter de se porter à leur tête. Toutes tendances confondues - depuis des militants nationalistes jusqu'aux Frères musulmans — ils fondent le FROLINAT en 1966 à Nyala, au Soudan. L'objectif du noyau initial et du premier président, Ibrahim Abatcha, pour la plupart d'anciens membres de l'Union nationale du Tchad (UNT, un mouvement urbain ayant participé à la vie politique du pays à partir de 1958) est de parvenir, sur la base d'un programme nafédérer les révoltes en cours pour organiser un véritable front de lutte armée contre le régime.

Le projet initial va pourtant très rapidement dégénérer. Tout d'abord, c'est le Front de libération du Tchad (FLT), une composée d'originaires du Ouaddaï, qui se met à l'écart du processus unitaire. C'est ensuite, après la mort au combat d'Abatcha, en 1968, la direction du FROLINAT qui tombe entre les mains d'un intellectuel petit-bourgeois, le Dr. Abba Siddick, ancien ministre tchadien sous le régime de la

1958. Avec lui, c'est l'activité diplomatique, depuis Alger ou Tripoli, qui domine, tandis que sur le terrain, le Front reste divisé

Première armée de l'Est et la Seconde armée du Nord, dirigée par Goukouni et Hissène Habré, un ancien sous-préfet de l'administration de Tombalbaye qui rejoint la lutte armée à la fin de 1971. Les liens entre ces deux maquis ne dépassent pas leur coordination dans les organes centraux du Front, qui se réunissent à l'extérieur du pays.

Soumis en permanence à des conflits internes qui prennent la plupart du temps le contour d'oppositions ethniques ou régionales et la forme d'affrontements fratricides, le FROLINAT va connaître un processus de régression qui le conduira à devenir, petit à petit, un conglomérat de cliques militaristes sans véritable projet politique national.

Ainsi, après l'exclusion de Baghalani, dirigeant d'un courant confessionnaliste arabe qui formera le FROLINAT « Volcan » dans l'Est, des batailles sanglantes auront lieu entre les deux camps. scission définitive intervient ensuite en 1972 entre l'armée du Nord, dont la direction est transformée en Conseil de commandement des forces armées du Nord (CCFAN), dirigé par Hissène Habré et Goukouni, et le FROLINAT « originel » d'Abba Siddick, soutenu par la Première armée de l'Est ou Forces populaires de libération (FPL). Plus tard, une crise au sein du CCFAN, autour de l'attitude a adopter vis-a-vis de la bibye, qui aidait le FROLINAT mais occupait la bande d'Aouzou, provoque, fin 1976, le départ d'Hissène Habré et de sa tribu, le Goranes Annakaza, qui installent leurs maquis dans le Biltine, à l'Est.

Pourtant, malgré leurs divisions, les différentes forces rebelles occupent une portion importante du pays, au Nord et à l'Est, où les maquisards lèvent l'impôt, contrôlent les autorités locales, perçoivent des droits de douane sur les transactions avec les pays limitrophes, etc. Mais cette implantation reste localisée. Aucune des tendances du FROLINAT n'a défini de politique en direction des masses paysannes du sud tchadien. Pourtant, 600 000 paysans cultivent le coton pour le compte de la Cotontehad, une société à participation française. Dans leur grande majorité, ils resteront à l'écart de la lutte menée par le FROLINAT.

Limitée à sa dimension militaire dans des régions désertiques ou semi-désertiques, l'action du FROLINAT s'est trouvée aussi très dépendante de l'aide extérieure et de ses arrières. Ainsi, le Soudan, la Libye, voire le Nigéria influeront, au nom de leur propre problématique, sur l'orientation de la lutte du FROLINAT. La Libye, par exemple, a successivement soutenu Abba Siddick contre Habré et Goukouni (emprisonné en Libye 1971-1972), puis Goukouni contre Habré, puis la fraction arabe pro-libyenne d'Acyl Ahmat (scission du FROLINAT « Volcan ») contre Goukouni, puis toutes les tendances à la fois contre Habré et les sudistes, puis les sudistes de Kamougué favorables à la partition du Tchad « utile » en 1979, puis aujourd'hui le Gouvernement d'union nationale de transition entre la (GUNT) de Goukouni dans son ensemble.

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Louar

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Nigéria favorisera la création Mouvement populaire de libération du

(MPLT) dans la région du Tchad, à l'Ouest. Le Soudan appuyera le FROLINAT, puis ensuite Hissène Habré dans les dernières années. Enfin, l'impérialisme français n'a pas non plus manqué de jouer sur plusieurs tableaux. A tel point qu'en 1979, lors des négociations de Kano, au Nigéria, il y a, en plus des pays africains limitrophes représentés et de la France, pas moins de onze tendances tehadiennes, dont la majorité sont issues du FROLINAT (1).

L'IMBROGLIO TCHADIEN

Dès que la perspective de négociations entre N'Djamena et la rébellion est apparue comme une position affichée du gouvernement français, des pressions ont eu lieu pour permettre l'apparition d'un interlocuteur valable du côté du FROLINAT. On assista done à une recomposition ephémère de l'unité du FROLINAT, sous l'égide de la Libye. Une fois Abba Siddick renié par ses hommes en 1977, toutes les tendances, hormis celle d'Hissène Habré, se réunifient sous la direction de Goukouni, à la mi-mars 1978. Grâce à des pressions conjointes sur leurs alliés locaux, la France et la Libye parviennent, une semaine plus tard à Benghazi en Libye, à faire signer au général Malloum et à Goukouni un accord de cessez-le-feu. Celui-ci n'aura pourtant pas de suite.

Depuis février 1978, le FROLINAT de Goukouni a lancé une offensive militaire et contrôle la moitié du pays, faisant 2 000 prisonniers gouvernementaux. Giscard d'Estaing, qui veut d'une négociation écrasement de ses alliés, envoie 2 500 hommes et du matériel militaire, et parvient à endiguer l'avance des

FROLINAT. Paradoxalement, la Libye et la France sont alors favorables à une négociation. « A plusieurs reprises au cours des derniers mois, note un spécialiste de la question tchadienne, le gouvernement libyen semble essayé d'enrayer quelque peu l'offensive du FROLINAT, la dernière fois le 23 avril 1978 en envoyant un télégramme à Goukouni lui demandant "d'arrêter les hostilités en cours", ce qui n'a pas été de son

Tout en protégeant N'Djamena, Paris pousse le général Malloum et Hissène Habré, en discussion depuis 1977, à gouverner ensemble. Sur la base d'une charte fondamentale adoptée en août 1978, Hissène Habré est nommé Premier ministre et Malloum Président. L'impérialisme croit tenir en main le début d'une solution au conflit tehadien avec le tandem Malloum-Habré. Les forces d'Habré sont armées par la France et ses cadres militaires envoyés en stage en métropole. Paris exulte, saluant l'arrivée d'Habré comme « une étape importante dans le processus d'unification du Tchad et l'acheminement vers la paix (3) ». C'était pourtant de tout le contraire qu'il s'agissait.

En février 1979, c'est la première bataille de N'Djamena. Sur la base d'une propagande pro-musulmane, Habré mobilise ses partisans contre les sudistes et le président du gouvernement. Grâce bienveillante neutralité des troupes françaises et à l'aide des forces de Goukouni, il prend le contrôle de la capitale. Les fonctionnaires et les populations originaires du Sud (70 000 à 80 000 personnes) se replient dans leur région d'origine, fondant en avril 1979 un comité général pour administrer le Sud, et reçoivent paradoxalement l'appui de la Libye. Pour éviter la

Paris relance une initiative diplomatique, après les affrontements inter-ethniques de Moundou au Sud. En novembre 1979, d'union nationale de transition (GUNT). La guerre civile n'est pas terminée pour autant. Les différends entre le président du GUNT, Goukouni, et son ministre de la Défense, Hissène Habré, provoquent de nouveaux affrontements en mars 1980 dans la capitale. A cette époque, Hissène Habré, qui pressent sa défaite, pense que « le rempart le plus sûr pour la défense de notre souveraineté nationale France (4) ». Les troupes françaises se retirent pourtant en avril, et le gouvernement « légitime » du GUNT fait appel à la Libye, dont les forces entrent à N'Djamena en décembre 1980.

Pourtant, là encore, la situation consurprenante volte-face. D'un côté, le gouvernement Mitterrand nouvellement élu parvient, au terme de nombreuses pressions, à obtenir le retrait des troupes libyennes en novembre 1981 (5). Par ailleurs, dès le début de 1981, Hissène Habré, qui se réorganise près de la fronfinancier des Etats-Unis et de ses alliés locaux, l'Egypte et le Soudan. Un an plus tard, soit le 7 juin 1982, les forces d'Haentrent victorieusement mena. Et le 9 juin 1983, l'Organisation de l'unité africaine (OUA) reconnaît la « légitimité » du nouvel occupant de la capitale. Pas plutôt reconnue officiellement, cette légitimité est déjà mise en cause par les exclus du pouvoir, autrement dit toutes les autres tendances composant le GUNT qui lancent, en juin 1983, une offensive dans le Nord du pays.

C'est à l'appel désespéré d'Hissène Habré que répondra, en juillet-août derniers, le gouvernement Mitterrand, en envoyant des centaines de tonnes de maté. riel militaire, puis environ 3 000 soldats français, au se voir entraîné dans une guerre coloniale.

NON A L'INTERVENTION

FRANÇAISE Un Etat largement fictif dès l'origine, un interventionnisme permanent de l'impérialisme français, un mouvement de libération ne disposant jamais réellement d'une dimension nationale et régressant au fil des ans vers un amalgame de cliques militaires vivant sur le dos des masses, un chaos écomique et administratif inimaginable, voilà à grands traits le contexte du conflit tehadien.

Aucune des tendances du champ politique actuel ne peut prétendre, dans ce cadre, représenter une perspective répondant un tant soit peu aux aspirations historiques des masses populaires tehadiennes en général. Toutes subordonnent leur rapport aux masses à leur intérêt militaire propre. Le choix de l'impérialisme, qui s'est dessiné en faveur d'Hissène Habré, n'infirme pas ce jugement. Cela signifie seulement que le personnage, la cohésion et l'efficacité militaire de ses troupes semplus de gages d'efficacité pour le redressement que les autres fractions.

Rappelons que dans le camp du GUNT de Goukouni, soutenu par la Libye se trouvent des personnalités telles que Kamougué ou Djogo, chefs militaires sudistes formés en France, ayant participé pendant des annees a la repression contre le FROLINAT. D'autre part, c'est Goukouni qui, en septembre 1979, réclamait le du départ des troupes françaises du Tehad et se déclarait ensuite favorable à l'envoi d'une force inter-africaine, envisagée par la France et les Etatsseule aspiration immédiate des masses populaires tchadiennes est le re-

June vie et une activité régularisées, comprenant la fin des combats, le départ des troupes françaises et la démilitarisation de la société. Mais celles-ci sont aujourd'hui embrigadées dans les différentes fractions qui s'opposent, en exil, et de toute manière sans voix au chapitre. Dans cette situation, parler de défense de l'intégrité nationale d'un Etat qui n'en a jamais réellement été un, c'est être amené à défendre la fraction qui, aujourd'hui, du fait de la conjoneture, a la mainmise sur cet appareil d'Etat moribond. Oser proposer un Etat centralisé ou une fédération ou une partition pour l'avenir du Tchad, c'est encore se soucier de comment arriver à faire cohabiter entre eux les chefs de ces différentes fractions, plus qu'à œuvrer à une unité nationale qui ne peut venir justement que d'un dépassement, par les masses populaires elles-mêmes, des clivages régionalistes et ethniques actuels, dont les cliques militaires en conflit sont à la fois l'expression et les génitrices.

Pour un gouvernement qui se revendique du vote des travailleurs français, reconnaître le droit des populations tchadiennes à disposer de leur propre destinée, c'est en tout premier lieu retirer les troupes françaises, arrêter d'alimenter le de bataille en armes, et éviter l'engrenage d'une guerre coloniale.

François CAZALS, 2 septembre 1983. 1. Voir Inprecor numéro 75, du 17 avril 2. Robert Buijtenhuijs, Le FROLINAT et les révoltes populaires du Tchad, 1965-1976. Edition Mouton, Paris, 1978, p. 457. Voir aussi le Monde du 25 avril 1978.

3. Le Monde, 1er septembre 1978. 4. Le Monde, 7 février 1980. 5. Voir Inprecor, numéro 114, du 7 dé6. Le Monde, 10-11 mai 1981.

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