Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

POLOGNE

Le défi de Solidarité

· Inprecor n° 156, 12 septembre 1983 · p. 18-20 · 3 689 mots

Jacqueline Allio était le pseudonyme de Jacqueline Heinen, membre de la direction internationale dans les années 1980, responsable du travail femmes et du travail sur la Pologne.

Pologne Syndicalisme

S puste dianes de mo lens de pronos on mantest dans ta plupart to OLIDARITE a, une fois de plus, en ce troisième anniversaire des accords de plusieurs dizaines de milliers de personnes ont manifesté dans la plupart des grandes villes, malgré la présence d'un dispositif policier impressionnant et agressif.

La junte polonaise qui, comme d'habitude, a tout fait pour minimiser l'ampleur de la mobilisation, a néanmoins été contrainte de reconnaître que des manifestations avaient eu lieu à Varsovie, Gdansk, Cracovie, Nowa Huta, Wroclaw, Poznan, Lublin, Czestochowa et dans d'autres villes encore. A Nowa Huta, Wroclaw, Lubin et Czestochowa, des

Par ailleurs, l'appel à boycotter les transports en commun a été largement suivi dans les grandes villes. A Varsovie par exemple, les travailleurs de la fabrique automobile FSO (Polski FIAT) et ceux de l'aciérie Huta Warszawa - qui toutes deux sont à la périphérie de la ville — ont parcouru à pied le trajet jusqu'au centre-ville. On ne sait, par contre, encore rien sur les éventuelles grèves perlées et débrayages auxquels Lech

Commentant ces mobilisations, Lech Walesa a estimé, le ler septembre, que « ce

31 août a été une grande réussite, peut-être la plus grande du syndicat ». « Il ne s'agissait pas, a poursuivi le leader de Solidarité, de se mettre en face des tanks, mais de montrer à quel point nous sommes nombreux. Il faudra bien que quelqu'un en tire les

POLOGNE affrontements entre les manifestants et la milice ont duré tard dans la nuit.

Walesa avait appelé les travailleurs de tout le pays, le 23 août dernier.

conséquences.»

Jacqueline ALLIO

A une semaine du troisième anniversaire des accords de Gdansk, les médias occidentaux ont retransmis une image plus que symbolique : celle du face à face, dans la salle même où avait été proclamée, le 31 août 1980, la naissance légale des syndicats indépendants, entre le vice-

Premier ministre actuel, Mieczyslaw Rakowski et les 2 000 ouvriers des chantiers navals Lénine, Lech Walesa en tête. Une séance houleuse, où les attaques du représentant du gouvernement contre Solidarité hors-la-loi, accusé d'être responsable de tous les maux, ne devaient susciter que sifflets et quolibets. Quand, n'hésitant pas à se contredire, il affirma :

« Solidarité n'existe plus/», il vit se dresser toute une salle qui lui répliqua :

« Ce n'est pas vrai. Solidarité vit et viura.

Nous voulons des syndicats libres. Liberté pour les dirigeants emprisonnés! »

Venant après l'annonce de la reddition de l'un des dirigeants de la Commission provisoire de coordination de Solidarité (TKK, direction clandestine nationa- res ».

Le défi de Solidarité

Lors de la visite du Pape, en juin dernier. (DR) le) - Wladyslaw Hardek, de Cracovie -, cette rencontre, dont la télévision polonaise a retransmis certains extraits, aura à coup sûr contribué à atténuer les effets d'une désertion qui n'aurait pu qu'entraî ner le désarroi parmi les militants du syndicat clandestin. Elle faisait suite à l'ultimatum lancé au pouvoir par la Commission clandestine navals Lénine, exigeant du gouvernement qu'il entreprenne des négociations avec le syndicat, et appelant les travailleurs de la cote baltique et de la Pologne tout entière à s'engager, en cas de refus, dans une grève perlée à partir du 23 août. Lech Walesa avait appuyé cet appel en déposant une gerbe de fleurs devant le monument aux morts de Gdansk, le 15 août.

Le pouvoir a répondu à cette menace dans les termes les plus durs. Le même jour, Rakowski affirmait à la télévision : « Nous ne négocierons pas avec Walesa ni avec un quelconque groupe clandestin », reprenant ainsi les arguments habituels selon lesquels les « accords de Gdansk ont été passés avec la classe ouvrière et non avec des aventuriers contre-révolutionnai-

Le face à face des chantiers Lénine s'est terminé, comme on le sait, par un fiasco pour Rakowski et par une victoire éclatante de Walesa, acclamé par ses camarades. Il était alors difficile d'évaluer l'ampleur du mouvement de grève — notamment en raison du ralentissement permanent de la production dü au manque matières premières - et de mesurer son écho dans le reste du pays. Mais une chose apparaissait d'ores et déjà certaine : les mesures d'intimidation du gouvernement, proclamant l'état d'alerte dans toute la région, à la suite de l'ultimapar les ouvriers de Gdansk, n'ont pas suffi à leur faire baisser la tête.

Parallèlement, le pouvoir a bien été obligé de constater que la campagne qu'il avait lancée contre l'Eglise, accusée «pratiques inquisitoriales et de terrorisme spirituel », n'a pas non plus réussi à faire taire la hiérarchie catholique. Dans un communiqué daté du 26 août, au lendemain de la visite de Rakowski aux chantiers Lénine, les évêques, reprenant à leur compte les propos du Pape sur les idéaux d'août 1980, réaffirmaient la nécessité d'apporter une réponse aux « justes attentes de la population » concernant « l'amnistie générale, le pluralisme syndical, la réembauche des personnes licenciées en raison de leurs convictions, le droit des étudiants à l'enseignement, enfin, le rétablissement de tous les clubs d'intellectuels catholiques ».

A eux seuls, ces deux faits en disent long sur le degré d'instabilité politique qui persistait en Pologne, deux mois après la visite du Pape, et le caractère explosif de la situation à la veille des mobilisations du 31 août.

LIMITES ET RÉALITÉS

DE L'AMNISTIE Dans une déclaration du 3 juillet der-nier, la TKK affirme : « Une levée de l'état de guerre qui ne s'accompagnerait pas de l'abrogation de la législation adoptée à sa faveur, législation qui a annihilé toute possibilité d'initiatives et d'actions sociales indépendantes, mais garantirait aux autorités des prérogatives comparables à celles de l'état de guerre, ne serait qu'un geste sans réelle portée politique. » En effet, la classe ouvrière polonaise ne se bat pas seulement, depuis le 13 décembre 1981, pour la levée de l'état de guerre et la libération de tous les prisonniers politiques, mais aussi pour le rétablissement de tous les droits démocratiques et syndicaux reconnus dans les accords de Gdansk ou conquis par la suite par Solidarité. Or, que reste-t-il de ces accords ? « La messe radiodiffusée le dimanche », selon les mots de Walesa.

C'est pourquoi, dès que le contenu des mesures adoptées parallèlement à la levée de l'état de guerre fut connu, la TKK a lancé un appel engageant les travailleurs polonais à célébrer le troisième anniversaire des accords de Gdansk en descendant dans la rue le 31 août, et en organisant un boycott des transports publies durant deux heures. C'était sa réponse à l'« amnistie » proclamée par le général Ja-

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reuil. Modalités de versement comme pour Inprecor français, avec mention : « Pour ruzelski le 22 juillet dernier. Une « amnistie » qui libère les uns et maintient les autres en prison et, parmi eux, les principaux dirigeants de Solidarité d'avant le 13 'décembre 1981 et du mouvement de réaprès cette date. Une « amnistie » qui s'accompagne de nouvelles lois votées par la Diète permettant de réincarceux qui participeraient à une « organisation dissoute » ou à « l'organide toute action de protestation contraire aux prescriptions de la loi », et d'étouffer toute pensée indépendante de manière encore plus efficace qu'auparavant. Sans parler de l'introduction, dans la Constitution, d'un paragraphe permettant à tout moment la réintroduction de l'état d'urgence. Ces lois s'accompagnent de nouvelles mesures qui restreignent encore davantage la liberté des travailleurs et envisagent la prolongation du temps de travail ainsi que la suppression des samedis libres, conquête de Solidarité.

Aussi limitée soit-elle, l'amnistie du mois de juillet est néanmoins l'expression du rapport des forces imposé au pouvoir par le mouvemnt de masse depuis dix-huit mois. Malgré l'état de guerre, malgré la répression, malgré la mise hors-la-loi du syndicat, la position de la Junte restait plus qu'instable, et il fallait bien qu'elle fasse quelques concessions sur le plan politique, faute de pouvoir en faire sur le plan économique. Des mesures entraînant une élévation du niveau de vie, à défaut de lui gagner la sympathie des travailleurs, lui auraient au moins permis de réduire au silence, pour un temps, une partie d'entre eux. Mais l'état de crise croissante où se trouve la Pologne, la gabegie effarante qui prévaut dans le domaine industriel, l'incapacité du gouvernement à réduire la dette interdit et continuent à Jaruzelski de faire le moindre geste sur ce plan et de tenter d'endiguer ainsi le mécontentement de la classe ouvrière (1). VIENT DE PARAITRE EDITION POLONAISE NUMÉRO 10-11 WYWIA Au sommaire : - La situation politique à la veille du 31 août ; - Interview d'un militant de Solidarité incorporé dans la police anti-émeu- La crise économique en Pologne et ses racines; - Le mouvement pacifiste à l'Est ; - La répression en Turquie. Prix du numéro : 15 francs. Commandes à Inprekor polonais ». Abonnement d'un an (6 numéros) : 75 francs.

L'INSTABILITÉ DU POUVOIR

La base sociale du regime reste donc plus que fragile. Début juin, lors de la réunion du Comité central du POUP (Parti ouvrier unifié polonais), un dirigeant de Wroclaw, a déclaré qu'« une partie des membres du POUP continue à avoir des moraux, idéologiques et politiques », au point qu'un grand nombre de militants du Parti n'a pas encore adhéré aux nouveaux syndicats, qui ne comptaient toujours que trois millions d'adhérents à l'époque. Mais il faut souligner que, même largement exagérés, ces chiffres sont encore bien en deçà de ceux non seulement des anciens syndicats de militants du POUP d'avant août 1980.

Rien d'étonnant dès lors à ce que la dans son allocution de clôture de la session du Comité central, ait insisté sur le fait qu'un bon nombre de cellules de base « n'ont pas été réactivées », accusant une grande partie des membres du POUP de « faire preuve de passivité ».

Cela explique aussi la grande peur des bureaucrates, vissés à leur fauteil dans la maison du Parti durant la visite du Pape, et regardant les foules qui acclamaient Jean-Paul Il grâce aux émissions de télévision retransmises spécialement pour les apparatchiks du POUP. Des bureaucrates, comme le rapporte un « observateur » vie, « médusés par le nombre de l'ennemi, par le constat que toute la jeunesse est contre eux. Amers parce que tout ce qu'ils avaient à offrir, ils l'ont offert avant la venue du Pape et que, maintenant, ils n'ont plus rien entre les mains pour acheter les gens, que tout recommence et qu'ils ne voient pas quelles methodes utiliser pour venir à bout des gens. Inquiets parce qu'ils ne se sentent forts O KRYZYS

GOSPODARCE

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cena: 15FF. 211, 106F9, 775

PEC, 2, rue Richard-Lenoir, 93100 Montque sur le plan militaire et que c'est bien peu. Des bureaucrates écrasés moralement au même titre qu'ils avaient été apeurés physiquement face à Solidarité. Angoissés par l'échec de quarante ans de travail idéologique (2) ».

Jaruzelski et sa clique peuvent montrer d'autant plus inquiets que les diverses fractions de la bureaucratie sont profondément divisées sur la ligne de conduite à tenir, et par les intérêts divergents des divers appareils et groupes de pression. Les attaques insidieuses de Moscou contre Rakowski ne sont pas faites pour les rassurer. Les rumeurs persistantes et sans cesse renaissantes du limogeage possible de l'équipe en place témoignent de l'instabilité du pouvoir et de ses difficultés à résoudre les problèmes majeurs auxquels il est confronté sur le plan politique, social et économique.

En ce sens, et comme c'était prévisible, la visite du Pape n'a rien changé de fondamental à la situation. Ceux qui avaient quelque illusion à ce propos ont dû déchanter, à commencer par la fraction des bureaucrates soutenant Jaruzelski. Depuis des mois, ils ne cachaient pas leur espoir — contre les avertissements des « durs » et de leurs alliés à Moscou - que le maintien de l'invitation de ce citoyen pas comme les autres leur permettrait de se concilier la population et d'accréditer l'image d'un cours plus libéral de la Junte. Ce dernier élément était indispensable pour donner un prétexte aux gouvernements occidentaux de renoncer sans fausse honte à leur politique de sanctions économiques (politique contestée dès le départ par les milieux financiers et qui tenait d'ailleurs beaucoup plus des déclarations d'intention que de la réalité) et de venir au secours de la Junte.

Les faits ont donné, là-dessus, quelque raison d'espérer à Jaruzelski après l'acceppar les banques occidentales, au mois d'août, de rééchelonner le paiement de la dette. De ce point de vue, la visite du Pape a effectivement contribué à élargir les marges de manœuvre de l'équipe en place face à la fraction des « durs ». Mais il en va tout autrement en ce qui concerne les dispositions des Polonais à l'égard du

L'ATTITUDE DE L'ÉGLISE Pourtant, la fraction au pouvoir sait qu'elle peut compter sur une attitude ou-

1. La dette extérieure de la Pologne est actuellement de 27 milliards de dollars. La production nationale nette a connu une baisse de 9 % en 1982 par rapport à l'année précédente, et la production agricole a diminué de 4,5 %. Quant aux investissements dans l'industrie, ils ont diminué de 20 %, régressant au niveau de 1971 et touchant particulièrement les achats de machines et équipements. 50 % des machines sont hors d'usage ou en voie de l'être dans les secteurs de l'agriculture et de la construction. L'augmentation du coût de la vie a été de 105 % en 1982. avec des hausses moyennes de 237 % dans l'alimentation et de 185 % pour les biens de consommation courante. La hausse des salaires réels, elle, ne dépassait pas 51 % en moyenne.

2. Wola, bulletin clandestin de Solidarité. Varsovie, numéro 21-22, 27 juin 1983.

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profonds remous au sein du clergé, car et l'évocation du souvenir de leurs frères verte à son égard de la part d'une partie de la hiérarchie catholique. Les paroles d'adieu du président de la République, Henrik Jablonski, assurant au Pape que sa visite avait révélé les « opinions convergentes sur bien des points du chef de l'Eglise avec le gouvernement polonais », notamment en ce qui concerne la « nécessité de la confiance, de l'entente et de la réconciliation », ainsi que la défense de « l'esprit de tolérance », ne constituent pas de pures formules de politesse ni la simple expression de la faiblesse d'une bureaucratie réduite à chercher à tout prix l'appui du chef de l'Eglise dans ses efforts de normalisation. L'attitude du haut clergé au lendemain de la visite du Pape reflétait un souci correspondant de maintenir de bons rapports avec les autorités polonaises. Les sanctions prises contre de nombreux prétres jugés trop combatifs ou trop enclins à se mettre au service de Solidarité - au travers, notamment, de mutations subites vers de lointaines paroisses de campagne - représentent autant de coups directs contre l'activité du syndicat clan-

Comme le remarquait la rédaction d'un bulletin de Solidarité de Cracovie, dans un numéro antérieur à la visite du Pape, les informations parvenant des entreprises expriment de plus en plus souvent « de la préoccupation face aux développements actuels des contacts entre les représentants de l'Eglise catholique et les syndicalistes de Solidarité. Depuis quelques semaines en particulier, on peut observer des faits nouveaux dans l'attitude du clergé. Comme le suggèrent nos lecteurs, le compromis que l'Eglise essaie de négocier avec le régime Jaruzelski avant la visite du Pape va peut-être de pair avec l'exigence de changements dans certaines activites du clergé, et avant tout du bas clergé ». Pour l'illustrer, la rédaction publiait la lettre d'un groupe d'ouvriers des aciéries Lénine, Nowa Huta, qui signalait que « les personnes qui viennent a leglise demander la célébration d'une messe à l'intention des ouvriers ou de syndicalistes se sentent malvenues, voire rejetées. Les autorités de l'Eglise traitent avec arrogance et mépris les gens qui, dans ces temps difficiles, se réunissent pour chercher aide mutuelle et consolation dans la prière ».

Ces ouvriers protestaient avant tout contre l'attitude du cardinal Macharski qui, à plusieurs reprises, après s'être engagé à dire une messe devant l'autel de Solide Mistrzejowice, à Nowa Huta, avait tout simplement laissé tomber les fi-

« Cette façon de nous traiter nous étonne beaucoup, nous les ouvriers, car nous nous souvenons qu'il y a peu, alors que nous agissions encore dans la légalité, il bénissait les croix et les étendards de notre syndicat. Est-ce qu'on aurait tellement peur de nous, les ouvriers, les urais syndicalistes ? Si c'est le cas, nous pouvons affirmer que nous n'avons pas changé. Nous restons de vrais croyants. Mais nous ne pouvons accepter le fait que les hautes autorités de l'Eglise ne nous traitent pas avec sérieux. Nous savons ce que nous voulons et quel est l'objectif auquel nous tendons. Reste une seule question : on marche ensemble ou séparément ? (3) »

Ces propos remettent à leur juste place les récentes déclarations des évêques mentionnées plus haut et la portée des envolées lyriques dudit cardinal Macharski en particulier. En même temps qu'elle réagit contre les attaques du pouvoir à son égard, la prise de distance de la hiérarchie catholique vis-à-vis de Solidarité montre bien qu'en tant qu'institution prétendant se placer au-dessus de la mêlée, l'Eglise poursuit ses buts propres et n'entend pas soumettre ses intérêts à ceux d'un mouvement de masse, dont la volonté d'autonomie et les objectifs politiques remettent objectivement en cause sa propre autorité, tant il est vrai que l'Eglise n'est vraiment forte que lorsque le pouvoir bureaucratique et le pouvoir potentiel de la classe ouvrière sont affaiblis.

L'attitude de la hiérarchie catholique n'est cependant pas sans provoquer de nombreux sont les prêtres qui, de dimanche en dimanche, loin de s'en tenir à des appels à la réconciliation, encouragent les fidèles à l'action, tel ce prêtre de Varsovie qui déclarait dans un sermon, au lendemain de la prétendue amnistie : « Nous attendions qu'elle efface tous les délits, et non que des gens démocratiquement élus restent en prison. (...) Je m'adresse à tous ceux qui ont quitte le pays ou sont toujours incarcérés. Je vous dis: "Dieu vous donnera la victoire". » Après quoi une prière fut lue en chaire « pour la lberté de la nation. pour que les clandestins, les personnes licenciées trouvent une aide fraternelle, pour que les médias ne servent pas à propager le mensonge, enfin, pour que libres de toute peur, les Polonais puissent réaliser les nobles idéaux d'août 1980 ».

Comment ne pas voir dans ces propos la pression exercée par les masses et son effet sur l'état d'esprit de toute une partie du clergé directement en contact avec les travailleurs, et sensible à leurs préoccupations et à leurs aspirations ?

« IL N'Y A PAS DE LIBERTÉ SANS SOLIDARITÉ!» De la visite du Pape, en effet, ce sont moins les appels répétés de ce dernier au « dialogue nécessaire entre le pouvoir et la société » que les travailleurs polonais auront retenu, que les passages de ses homélies sur la « volonté de vaincre », sur le respect nécessaire des droits démocratiques de l'homme et du citoyen et, en particulier, sur la reconnaissance du droit de s'organiser en syndicats, droit qui ne relève pas de l'Etat, mais qui est un « droit inné », et sur le droit à l'autogestion ou-

Analysant le voyage de Jean-Paul II du point de vue de son caractère politi-

Run syndicaliste anonyme affirme dans un bulletin clandestin : « J'attribue une importance particulière non aux paroles de Jean-Paul II, qui est passé maître dans l'art des allusions et des ambiguïtés, ni aux déclarations de Jaruzelski ou de Jablonski, qui sont des champions en matière de fourberie, mais aux cris et aux manifestations des masses rassemblées pour des messes gigantesques. (...) Les gens des petites entreprises et des milieux atomi-

Partisans - qui subissent chaque jour la propagande et l'endoctrinement de la presse et de la télévision, ont pu se convaincre par eux-mêmes que Solidarité vit, qu'il est fort et puissant et ne songe pas à capituler. (4) » Le sentiment de force qui se dégageait de la foule imprégnait chacune des manifestations qui s'organisèrent à l'issue des rassemble-

A Cracovie en particulier, près d'un demi-million de personnes ont défilé durant des heures aux cris de : « Il n'y a pas de liberté sans Solidarité ! A bas l'Etat de guerre, la Pologne c'est nous ! Elections démocratie! Liberté pour tous les prisonniers politiques !» Outre les slogans de soutien au Pape, à Lech Walesa, à leurs leaders emprisonnés, tombés sous les coups de la répression, les participants à cette manifestation s'adressaient constamment à ceux qui les regardaient défiler en scandant : « Venez avec nous, aujourd'hui ils ne nous tapent pas dessus ! » Et aux miliciens en particulier : « Jetez vos matraques, venez avec nous ! Sois humain, ne frappe pas ton frère ! »

Ce sentiment de force, on le retrouvait une semaine après la levée de l'état de guerre, lors de la manifestation de 10 000 personnes rassemblées sous le sigle du syndicat clandestin pour célébrer le 39e anniversaire de l'insurrection de Varsovie, tout comme chez les milliers de personnes qui avaient participé, la veille, à une messe célébrée dans la capitale afin de prier pour la réalisation des idéaux de

Mais il semble bien, une fois de plus, que le degré d'organisation du mouvement clandestin reste en deçà de la combativité des masses. La préparation des mobilisations du 31 août a fait apparaître certaines dissonances au sein de Solidarité, entre la TKK d'un côté, tiers navals Lénine de Gdansk et Walesa de l'autre. Ces derniers avaient lancé un appel qui allait plus loin que celui de la TKK. Leur appel fut appuyé un peu plus tard par le dirigeant de la TKK Zbigniew Bujak, sans qu'on sache au juste si les autres régions approuvaient cette initiative et si elles étaient prêtes à se solidariser avec les ouvriers de la Baltique.

La question de la coordination des structures clandestines de Solidarité et de leur débat pour définir les perspectives politiques du mouvement apparaît plus débouché à la mobilisation des masses. •

Jacqueline ALLIO, 3. Tymezasem, bulletin clandestin de Solidarité, Cracovie, numéro 11, 3 mai 1983. Solidarité, Cracovie, numéro 60, 2 juillet 1983.

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