Attaques gouvernementales contre la gauche dominicaine Une importante vague de répression a été déclenchée par le gouvernement de Salvador Jorge Blanco et du Parti révolutionnaire dominicain (PRD, formation membre de l'Internationale socialiste) contre le mouvement ouvrier. Plus de 100 dirigeants et militants du Front de la gauche dominicaine (FID), un front politique de dix organisations de gauche récemment mis en place, ont été arrêtés. Parmi eux figurent les dirigeants du Bloc socialiste (BS), Leo Mercedes, Edgar Erickson, Wellington Peterson Pieterz et Victor Morales, un membre du Comité central du Parti communiste dominicain (PCD), Carlos Dore Cabral, et beaucoup d'autres militants et dirigeants de gauche.
Le président Jorge Blanco a accusé le FID d'« organiser des grèves, des occupations de terre, d'églises, et de réaliser des manifestations dans tout le pays, dans un but déstabilisateur ». En relai à ces déclarations, Jose Francisco Pena Gomez, dirigeant du PRD (et par ailleurs vice-président de l'Internationale socialiste), a accusé les organisations incriminées d'être compromises dans la création d'une « école de guérilla ». C'est là aussi la thèse du haut commandement des forces militaires et de la police, qui ont fait publier dans la presse des documents affirmant qu'il « existe une école d'entraînement pour guérilleros », et citant les noms de 43 dirigeants connus des organisations de gauche comme étant des enseignants de
Enfin, pour compléter le tableau, deux sociologues cubains, qui avaient été invités à participer à un séminaire sur les méthodes de recherche en milieu rural, ont été appréhendés et expulsés. Les autorités les ont accusés d'ingérence politique et de participation à un plan de déstabilisation du gouvernement dominicain.
Pourtant, le motif réel de cette vague répressive n'est pas à mettre en rapport avec une quelconque ingérence cubaine ou menace de guérilla, mais plutôt avec la montée des revendications et des mobilisations ouvrières et populaires face au non respect par le gouvernement du PRD des promesses faites lors des consultations électorales de mai 1982. Aucune de ces promesses n'a été tenue, que ce soit la promesse d'une profonde réforme agraire, le remplacement par l'Etat des animaux abattus lors d'une épidémie de fièvre porcine, la construction d'écoles et de logements pour les victimes sinistrées du cyclone « David » de 1978, la garantie du droit à l'organisation syndicale et l'amélioration des conditions de vie des travailleurs, la construction de routes et nouvelles avec Cuba et les pays socialistes dans le cadre d'une politique internationale indépendante par rapport à l'impérialisme, la garantie des libertés et des droits publies des Dominicains. Ainsi, aussitôt après les élections de mai 1982, les mobilisations se sont multipliées.
Mais, en réprimant le mouvement de masse, le gouvernement du PRD entend se garantir des conséquences locales de la montée révolutionnaire en Amérique centrale. Il tente ainsi d'endiguer la mobilisation populaire contre l'agression nord-américaine dans la région. La provocation contre la gauche dominicaine a d'ailleurs été montée sur la base d'informations d'un département des services de renseignement (la DNI) très proche des Américains et des services de sécurité de l'armée.
Le FID a déjà répondu aux accusations gouvernementales, dans une lettre ouverte à Pena Gomez, et lancé un appel à une mobilisation internationale pour exiger la libération des militants emprisonnés. Cet appel est d'autant plus important que le FID affirme que cette vague de répression fait partie de la première phase d'un plan qui pourrait se poursuivre par des simulacres d'actions de guérilla patronnés par certains corps militaires et les services de renseignements, pour accentuer encore la répression. Un communiqué du FID précise d'ailleurs qu'« un groupe de militaires du bataillon (...) établi à Constanza a choisi la communauté de la Sabina pour organiser une provocation au travers d'un simulacre d'entraînement et d'actions de guérilla. »
Des télégrammes de protestation peuvent être adressés à : Dr. Salvador Jorge Blanco, Président de la République, Palacio Nacional, Saint-Domingue, République Dominicaine. Les doubles de ces messages de solidarité sont à envoyer à : Saint-Domingue, République Domini-