Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

CISJORDANIE ET GAZA

L'ordre sioniste règne dans les territoires occupés

· Inprecor n° 157, 26 septembre 1983 · p. 6-9 · 4 749 mots

Palestine et Israël Syndicalisme

L'ordre sioniste dans les territoires occupés

CISJORDANIE ET GAZA

Pteroies occupe demande deputin la vere de 1963

RES d'un million et demi de Palestiniens vivent dans les (500 000 dans la bande de Gaza et plus de 800 000 en Cisjordanie), sans oublier les 600 000 Arabes « israéliens ». A l'aide de la répression et d'un appareillage juridique instituant le contrôle israélien sur les terres appartenant antérieurement à la Jordanie, à des propriétaires absents ou à des récalcitrants à l'occupation sioniste - sans compter les expropriations pour

« sécurité » - les Palestiniens ont été peu à peu dépossédés de leur terre.

La répression s'est encore accentuée après la nomination du général Ariel Sharon comme ministre de la Défense durant l'été 1981, renforçant l'orientation de la politique israélienne vers une prise de possession de ces territoires occupés. Lorsqu'il était ministre de l'Agriculture, Sharon s'y était déjà employé, en favorisant l'installation des colonies juives dans les territoires occupés. Sa tactique était alors, d'après le président de la Ligue israélienne des droits de l'homme, Israël Shahak, de faire « occuper par des colonies tous les "points sensibles" de Cisjordanie et de Gaza et d'encercler par ces implantations des "blocs" de population palestiniennes de quelques dizaines de milliers de personnes » (interview à la revue Afrique-Asie du 21 janvier 1980). Depuis lors, l'on est passé à la phase d'installation de colons israéliens au cœur même de ces « blocs » palestiniens, comme en témoigne la volonté d'installer des colons juifs au centre de la commune d'Hébron.

Multiplication des colonies sionistes et attaques contre les populations palestiniennes et leurs élus nationalistes sont donc allés de pair ces dernières années. Mais la répression officielle, qui a conduit à la mise en place d'une administration coloniale « civile » des territoires occupés fin 1981, à la destitution des maires palestiniens qui l'ont boycottée et à leur remplacement par des officiers israéliens, se double d'un terrorisme juif émanant des colons israéliens des territoires occupés et des groupes François MAILLAN

Au coucher du soleil, 365 jours par an, un tracteur se met en route sur la plage de Gaza. Tirant derrière lui un traîneau de lourds branchages, il efface toute trace dans le sable sur une largeur de 5 mètres. Un ou deux kilomètres plus loin, un autre tracteur prend le relais, et ainsi de suite sur les 50 kilomètres de côte de la bande de Gaza. A la nuit tombée, pour faire respecter le couvre-feu nocturne imposé sur le littoral, un dispositif militaire serré se met sur le qui-vive : barrages routiers, patrouilles, miradors dont les projecteurs balaient la côte. Au petit matin, des supplétifs bédouins, spécialistes de la lecture des traces et engagés à prix d'or par l'armée israélienne, scrutent les sillons tracés la veille. Tout franchissement de la ligne est repéré. Le nombre et la destination probable d'éventuels clandestins débarqués pendant la nuit fait l'objet d'hypothèses précises. Les perquisitions et rafles dans les camps de réfugiés voisins peuvent être opérées, car, depuis une dizaine d'années, l'intrusion L'armée israélienne en Cisjordanie. (DR)

Reportage sur la situation des Palestiniens sionistes les plus extrémistes. C'est à eux que revient la paternité de l'attentat de mai 1980 contre les maires palestiniens des communes de Ramallah et de Naplouse, et de l'attaque, en juillet dernier, de l'université palestinienne d'Hébron. Autant de meurtres et de tentatives d'assassinat qui demeurent totalement impunis.

« Les colonies sont une couveuse psychologique pour le terrorisme juif », reconnaît lui-même l'ancien chef des services secrets israéliens, Abraham Akhitouv (cité par le Monde diplomatique de septembre 1983). Les propos d'un colon de KiryatArba rapportés par le quotidien israélien Haaretz du 5 août 1983, sont éclairants sur ce dernier point : « Nous nous occupons, avoue-t-il, de la dispersion des manifestations, des actes de représailles contre les habitants palestiniens et de la destruction des voitures, pour faire sortir l'armée de son apathie et pour que ses chefs comprennent que nous tiendrons les rênes s'ils ne le font pas. »

L'action terroriste des colons israéliens renforce l'activité répressive gouvernementale contre les populations palestiniennes (180 jours de couvre-feu en deux ans en Cisjordanie et à Gaza) dans le but d'intimider et de faire fuir les populations autochtones des territoires occupés. Car, à 30 000 colons juifs pour plus d'un million de Palestiniens, la politique d'annexion israélienne rencontre quelques difficultés. C'est sans doute pour tenter d'y remédier que le président de la commission de la Défense et de la sécurité à la Knesset, le Parlement israélien, s'est récemment déclaré favorable à l'expulsion des adolescents palestiniens coupables d'avoir lancé des pierres sur les véhicules israéliens.

C'est dans ce contexte que le reportage que nous publions ci-dessous s'emploie à décrire la situation que vivent les populations palestiniennes des territoires occupés face à la colonisation sioniste, et celle des 600 000 Arabes « israéliens ».

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Un bon millier de colons sont aujour- et, inexorablement, les orangeraies sont de l'armée israélienne s'y fait sans problèdepuis qu'en 1971-1972, un commandant de la place, du nom d'Ariel Sharon, s'est chargé de « nettoyer » les camps et de les mettre au pas avec des méthodes dont la brutalité avait causé à l'époque un tollé dans l'opinion internationale. Sur le dense réseau de ruelles qui parcourent les camps, rendant aisées les incursions de l'armée sioniste autrefois périlleuses, est venu se plaquer un quadrillage de larges avenues tirées au cordeau et ouvertes à coups de dynamite

Maintenant, camps, les postes militaires surplombés de miradors signalent tout déplacement suspect. Rassemblements et manifestations sont ainsi immédiatement repérés, et les forces de répression sont à pied d'œuvre dans l'instant. La résistance est mise à gesolidement bridée et contrainte à

LA SITUATION DES RÉFUGIÉS

PALESTINIENS DE GAZA 500 000 Arabes palestiniens s'entassur cette bande côtière large d'une quinzaine de kilomètres. Ils sont 2 240 par km2. Environ 300 000 d'entre eux sont des réfugiés parqués dans treize camps. De vague baraques ont remplacé les tentes du début. Pas d'eau courante ni d'électricité au foyer, pas d'égoût, une protection médicale dérisoire eu égard à la situation sanitaire. La plupart des habitants des camps n'ont d'autres ressources que les rations de vivres et de vêtements que leur fournit l'UNWRA (Office de secours et de travaux des Nations-Unies pour les réfugiés de Palestine et du Pro-

Chaque semaine apporte son lot de nouvelles sur la destruction d'une maison pour vice de forme dans le permis de construire ou pour non respect des normes de construction ! Tel pâté de maisons parce qu'une route « stratégique » doit le traverser, ou tout simplement parce que la sécurité militaire en a décidé ainsi, ou alors parce que les limites de tel camp doivent être alignées. Leurs habitants passeront des semaines, parfois des mois, sans toit, dormant sous ce qui reste des orangeraies de Gaza, en attendant de trouver un logement, toujours provisoire. Un provisoire qui dure depuis 38 ans, et que les 16 années d'occupation sioniste ont rendu plus précaire encore. Il n'y a que la famine qui sépare encore les réfugiés de Gaza de la misère totale.

Mais tout n'est pas que misère à Gaza. De temps à autre, le paysage laisse voir un village moderne, cossu, disposant de tout le confort moderne : coopérative, centre universitaire ou lieu de villégiature. Ce sont les 14 colonies israéliennes installées après la pacification « sharonienne » en 1972, dont le rythme d'implantation s'accélère depuis l'évacuation du Sinaï en application des accords de Camp David.

L'attention de l'opinion est actuellement retenue par la précipitation de la colonisation en Cisjordanie, de plus grande ampleur, et qui se confronte à une réelle mobilisation palestinienne. Pourtant, par bien des aspects, celle de Gaza, si l'on peut encore établir une échelle en la matière, est plus monstrueuse encore. d'hui installés à Gaza. Il est prévu d'en implanter 10 000 d'ici à 1988. Dans le cadre du Réseau administratif de colonisation, tous les piliers de l'Etat sioniste concourent au projet : ministères, armée, institutions religieuses et partis politiques (le Parti travailliste, 5 colonies ; le Likoud, coalition gouvernementale, 8 colonies ; le Goush Emounim, « bloc de la foi », 1 colonie). La philosophie d'ensemble est maintenant établie. Il s'agit d'adosser une activité agricole et une infrastructure touristique à un certain nombre d'institutions religieuses (elles participent à l'implantation de trois des colonies) permettant de fixer les 10 000 colons permanents auxquels viendront s'ajouter « colons du week-end ». Ceux-ci, tout en participant et en étant intéressés au développement des colonies, trouveront un cadre propice pour des « retraites religieuses et récréatives le long de la jolie côte qui amélioreront la qualité de la vie », comme le vante la campagne promotionnelle de mai 1983, campagne dont le succès a dépassé à un tel point les prévisions les plus optimistes du gouvernement que celui-ci a dû augmenter substantiellement, fin juillet, les subventions allouées

Ce succès est dû au fait qu'outre les aides et subventions que reçoivent les candidats-colons à leur installation, aucune des colonies ne se trouve à plus de 10 minutes en voiture des frontières israéliennes de 1948 et qu'un réseau routier indépendant les reliera entre elles sans qu'à aucun moment il faille traverser agglomération palestinienne. La qualité des services proposés est de niveau élevé. En plus des services récréatifs sur place, une navette bancaire quotidiennement mille Israéliens de la de Gaza disposent de quatre ambulances pour eux seuls, soit seulement une de moins que les 500 000 Palesti-

Le principe de la séparation des Juifs et des Arabes est celui sur lequel fonctionne l'ensemble du projet. Contrairement à ce qui est la règle dans l'Etat d'Israël maintenant, même les travaux de fordans l'agriculture et le bâtiment sont accomplis par les colons eux-mêmes. C'est cette garantie d'un apartheid méticuleusement organisé et l'appât de conditions de vie confortable, qui alimentent la « ruée » vers Gaza-la-tranquille, derrière le bouclier militaire et au milieu d'une mer de misère et d'oppression.

Mais un problème demeure : un dede Palestiniens L'achèvement du projet suppose le déplacement d'une fraction importante d'entre eux vers l'intérieur des terres, aux confins du désert. Aussi, la maîtrise des sources d'eau douce est-elle impérative pour irriguer les cultures et remplir les piscines des colons. Entendra-t-on une nouvelle fois dire que le génie et l'esprit pionnier d'Israël ont transformé un désert en jar-

D'ores et déjà, plus aucun Gazéen n'a le droit de planter le moindre oranger arrachées, celles qui restent ne produisant plus suffisamment pour tenir face à la concurrence israélienne. Une importante source de revenus est ainsi tarie.

Enraciner une population juive israélienne nombreuse et prospère dans la bande de Gaza est à la fois un impératif et une gageure. Un impératif parce que depuis l'évacuation du Sinaï, Israël refuse de quitter une seule parcelle supplémentaire de terrain. Il se doit donc de rendre l'occupation irréversible. La politique de colonisation est de ce point de vue la seule possible. Mais c'est aussi une gageure, car le décuplement en cinq ans du nombre de colons sur ce territoire surpeuplé et exigu, dans les conditions qui sont prévues, suppose un niveau de répression élevé allié à une asphyxie graduelle de toute survie so-

C'est précisément sur une longue suite de cruels paris de ce type que s'est construit l'Etat d'Israël. Et c'est ce qui explique que, dans le cas de Gaza, c'est un retour aux principes fondamentaux de la colonisation sioniste que préconise le gouvernement pour réussir l'opération.

CISJORDANIE :

RÉPRESSION ET SOLIDARITÉ Lundi 25 juillet 1983, le tribunal militaire de Naplouse eut à juger une grave affaire d'agitation anti-israélienne. Le 30 octobre 1982 dans la soirée, les paysans du village de Salfeet avaient organisé une réception pour remercier les 150 étudiants de l'université palestinienne de Bir-Zeit (plusieurs fois fermée par l'occupant sioniste) venus leur prêter main-forte pour la récolte des olives. Des airs traditionnels ont été chantés et un poète local a dit des vers. Il n'en fallut pas plus pour traduire en justice le maire, deux conseillers du village et le poète.

Le dossier de l'accusation est tellement mince que le juge militaire - un avocat israélien qui satisfait ainsi un mois par an son « sens du devoir patriotique » - fait finalement reporter le procès et l'affaire tourne au vaudeville. Un des conseillers de Salfeet, faussement naif, a beau s'exclamer : « N'ai-je donc même plus le droit de chanter une chanson dans mon pays? », chacun sait que ce qui est poursuivi c'est, en fait, le maintien d'une activité agricole, l'expression de la solidarité entre les étudiants et les paysans, le maintien des traditions culturelles palestiniennes, l'attachement des élus à l'identité palestinienne et leur refus de capituler devant l'occupant.

D'autres « affaires » se succèdent devant le tribunal. Cette semaine-là, le tribunal militaire condamnera chacun deux collégiens d'avoir jeté des pierres contre un véhicule israélien. Un étudiant prendra six mois pour avoir été en possession d'un drapeau palestinien et l'avoir arboré en public.

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Pour « appartenance illégale à une organisation interdite », une quinzaine d'hommes entre 15 et 60 ans, écoperont de 18 mois de prison. Six mois pour un jeune accusé d'avoir été en possession de la photo du martyr Dalal Al Mograpi et du texte d'un discours d'un dirigeant de l'OLP. Un an avec sursis pour quatre femmes accusées d'avoir « reçu des fonds hostiles en provenance de Jordanie ». Une mère et sa fille sont condamnées à pour ne pas avoir déclaré être en possession du fusil de leur mari et père détenu.

Ces condamnations sont le pain quotidien des Palestiniens vivant sous l'occupation. A l'hôpital palestinien d'Al Makasid, sur le mont des Oliviers à Jérusalem, qui emploie 400 salariés, 10 % du personnel a connu les prisons israéliennes. Les trois membres du bureau du syndicat de l'hôpital totalisent 10 ans de détention (respectivement 5, 3 et 2 ans). « Mais, dit l'un d'eux, cela n'a rien d'exceptionnel. Nous savons tous que nous y retournerons probablement. Peut-être demain ... On ne sait jamais. C'est le prix à payer pour défendre nos droits. »

Nous demandons à ce militant comment il peut expliquer l'activité syndicale à Al Makasid. « Il s'agit, essentiellement par des dons des Palestiniens de l'étranger. Le reste des frais est payé par les malades eux-mêmes. L'existence même de l'hôpital doit être défendue pied à pied. 95 % du personnel est syndiqué. Notre activité consiste surtout à aider les Palestiniens des camps et des villages les plus pauvres. Le syndicat a mis sur pied une équipe médicale de 10 à 12 syndiqués, tous les syndiqués participant à tour de rôle. Les militants se rendent sur place et dispensent des soins. Les cas quelques cas de typhus ont été repérés, alors que l'UNWRA ferme des dispensaires ! Nous mettons actuellement sur pied un système d'aide médicale aux prisonniers et à leurs familles. Mais notre but en tant que syndicat n'est pas en soi l'aide médicale. Nos interventions sont autant d'occasions de débats et d'impulsion de mobilisations pour le droit à la dignité, à la santé pour tous, au respect de conditions d'hygiène élémentaires. »

En effet, toute association ou organisation palestinienne consacre une part importante de son activité à faire vivre de d'entr'aide et de secours, qui unissent les différentes couches des masses palestiniennes dans la lutte pour la survie : depuis les étudiants de Bir-Zeit qui aident un paysan palestinien à mettre sa terre en valeur pour éviter l'expulsion, jusqu'au syndicat du bâtiment qui organise un chantier de volontaires pour assainir un quartier insalubre. « Au bout de toutes ces actions inscrites dans notre mobilisation d'ensemble dessine notre droit de vivre libres en Palestine », explique un militant du conseil étudiant de l'université de Bir-Zeit.

Mardi 26 juillet 1983, la situation se tend brusquement en Cisjordanie. Un commando armé de fusils-mitrailleurs fait irdans l'université palestinienne d'Hebron, à l'heure des examens, tirant pendant 7 minutes sur tout ce qui bouge : 3 morts et une trentaine de blessés. L'armée toute proche, qui met d'ordinaire quelques minutes pour disperser les manifestations étudiantes, a besoin d'une heure pour intervenir. « Les assassins sont tranquilles, ils sont couverts », conclut un des étudiants blessés, qui a perdu un œil, rencontré à l'hôpital d'Al Makasid où il a été hospitalisé.

Chacun sait, et les autorités en conviennent, que les meurtriers venaient de Kiryat Arba, une grosse ce'onie sioniste qui jouxte Hébron. Pourtant, pour « préd'une semaine s'appliquera aux seuls hations et les personnalités palestiniennes appellent à une grève générale jours, qui sera massivement suivie. A Jérusalem, Naplouse et Bir-Zeit, des manifestations sont violemment dispersées.

Une semaine plus tard, le gouverneur militaire d'Hébron ordonne l'évacuation de la gare routière et le stationnement des autobus dans une cour d'école. Rien ne doit retarder la saisie du terrain ainsi libéré pour renforcer la colonie de 20 faau cœur même d'Hébron, à un jet de pierre de la casbah, et qui représente une provocation permanente. Cette affaire est un condensé de la politique de colonisation galopante de la Cisjordanie en vue de son annexion pure

Il suffit de lire dans le Jerusalem Post du 5 août les propos de Neura Bleicher, la femme du rabbin qui anime la colonie de Beit Romano à Hébron, pour mesurer d'esprit de ces « pionniers ». « Quand vous vivez vraiment ici et que vous prenez conscience que vous êtes le ba'alat bavit, le "propriétaire", que cela vous appartient, alors il n'y a pas de quoi être effrayés... Revenez donc ici, non pas dans 50 ans mais dans 10, et vous verrez quelle florissante ville juive sera devenu Hébron. Ce sera une ville juive, avec une majorité juive. Bon, peut-être n'y aura-t-il pas encore de majorité juive. Ce n'est pas important. Ce qui compte, c'est qu'Hébron sera juive ... Il n'y a rien de surprenant dans l'idée que 20 familles juives soient "propriétaires" d'une ville de 70.000 Arabes. Chaque peuple a sa patrie, et la terre d'Israël est celle des Juifs. La nature a décrété que les palmiers poussent dans les vallées et non sur les collines. Le retour des Juifs sur la terre d'Israël est une affaire de la nature. La terre n'est devenue fertile que lorsque ses vrais propriétaires - le peuple juif - y est revenu ... Le peuple juif est le cœur de l'humanité, et si le cœur est sain, le corps est sain. Si le peuple juif est sain, le monde entier sera sain. Et le peuple d'Israël sera sain lorsqu'il se tiendra debout, droit, sur sa propre terre. » commentaire serait superflu, mais ce ne sont pas seulement les propos d'une illuminée. Le récit que fait un responsable syndical de l'Union des travailleurs de la construction, d'Hébron, montre comment ce ne sont pas des paroles en l'air, que cette idéologie se traduit dans

LES MOYENS DE L'EXPANSION SIONISTE « Le 10 juin 1983, la police entre dans le local du syndicat. Elle arrête notre secrétaire général, saisit les archives, la bibliothèque, les posters et les portraits qui ornent les murs, et s'en va. Trente minutes plus tard, l'armée arrive et fait voler la porte en éclats. Les vitres des fenêtres du local sont brisées à coups de crosse. Les coupes et les tenues sportives de l'équipe de football du syndicat sont saisies, ainsi que les registres et la caisse. Ce n'est pas tout : deux jours plus tard, tous les membres du bureau sont arrêtés. Des poursuites sont engagées pour constitution illégale d'un syndicat, puis elles se transfor ment en pressions pour que nous dissolvions le syndicat, ce qui atteste en soi la légalité du syndicat, dont les statuts sont régulièrement déposés et enregistrés. Pressions vaines: un mois plus tard, nous sommes relâchés. L'un d'entre nous est assigné à résidence pour six mois, les autres doivent pointer deux fois par jour à la police d'Hébron, mais toujours au poste de police le plus éloigné possible de leur domicile. Il arrive au secrétaire général d'être convoqué par la Sécurité militaire à Tel Aviv, qui se trouve à plus de 100 kilomêtres d'Hébron. Il se présente avec sa convocation, attend toute la journée pour se voir remettre une nouvelle convocation pour le lendemain. Le lendemain, on lui dit qu'il peut rentrer chez lui. »

Quant à la lutte syndicale, « elle se mène dans des conditions extrêmement difficiles, à l'image de ce que subissent les travailleurs. Ils sont 150 000 dans les territoires occupés qui quittent leur domicile à trois heures du matin pour se rendre au travail en Israël. Les usines et les chantiers sont à 1 heure et demie de route, mais il leur faut prévoir plusieurs heures d'attente aux deux ou trois barrages qu'ils doivent franchir : fouilles, présentation de documents, interrogatoires, et ceci tous les jours, car ils n'ont pas le droit de passer la nuit en Israël. Là-bas, ils n'ont aucun droit syndical, et seuls les travailleurs juifs sont éligibles aux comités d'entreprise, alors que certaines entreprises occupent jusqu'à 80 % de travailleurs arabes. De plus, ces travailleurs doivent payer des taxes sur leurs salaires pour payer le budget de la Défense, taxes qui atteignent parfois 50 % de leur paye.

« Les travailleurs qui restent ici sont employés dans de petites entreprises dépassant rarement 10 ouvriers et atteignant 40 salariés dans quelques cas exceptionnels. La sécurité sociale est inexistante. C'est le syndicat qui dresse une liste de médecins et de pharmaciens qui acceptent de réduire leurs honoraires pour les syndiqués et leurs familles.

agriculture est étouffée. 40 % des terres ont été confisquées. Notre commerce ne peut soutenir la concurren ce avec le commerce israélien, dont les marchandises destinées aux territoires oc cupées sont subventionnées. Le but pour-

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suivi est la destruction de toute économie et de toute infrastructure qui pourraient constituer les bases d'un Etat palestinien. Ce qui se prépare ù terme, c'est notre expulsion en masse de Cisjordanie. croyez surtout pas qu'ils en sont incapa-

En effet, un étudiant de Bir-Zeit qui se reconnaît dans les positions de la « gauche palestinienne » (on désigne ainsi le Front populaire de libération de la Palestine, FPLP, de Georges Habache, et le Front démocratique et populaire de libération de la Palestine, FDPLP, de Nayef Hawatmeh), envisage très concrêtement une telle perspective : « Regarde font monter la tension. Notre étouffement est trop lent. Nous résistons. rouleau compresseur ne va pas assez vite et les contradictions internes à la société israélienne la minent. Ils n'ont que la fuite en avant comme solution. prépare, c'est un nouveau Deir Yassine (1), mais cette fois en plus grand. Un Sabra et Chatila dans les territoires occupés. En représailles à l'assassinat d'un colon à Hébron, dans une bagarre, ils ont ratonné le centre-ville, incendié les halles et le souk et commis ce carnage à l'université. Vingt de nos camarades de Bir-Zeit ont été condamnés à 18 mois de prison parce qu'ils manifestaint contre ce crime (l'instruction du procès à duré cinq jours), et une manifestante de Naplouse a été abattue la veille de son mariage. Sa famille n'a même pas pu assister à l'enterrement. Ce qui se passe à Hébron est bien plus qu'une épreuve de force pour implanter la colonie. Cela ressemble à une répétition générale de quelque chose de terrible. C'est la résistance du peuple palestinien, la réaction des autres Etats, et celle de l'opinion mondiale qui sont tes-

« Non, ne dites pas que nous voulons les Arabes, déclare pourtant Neura Bleicher. Ils peuvent vivre ici et jouir de tous leurs droits, mais nous leur accorderons ces droits parce qu'Hébron est notre ville ! »

UM EL FAH'M, VILLAGE ARABE

EN ISRAEL Finalement, nous nous sommes rendus en Israël même, dans le village arabe d'Um El Fah'm, au sud de la Galilée, pour voir comment cela se passe. « En 1948, explique Marwane, militant d'Abna Al Ballad (les Fils du village, organisation radicale nationaliste arabe), le village comptait 4 000 habitants. Aujourd'hui, nous sommes 23 000. A cette époque, des alentours ont été détruits. Une partie des habitants ont fui. D'autres se sont réfugiés ici. La croissance démographique a fait le reste. C'était un village agricole, mais il n'y a plus un seul paysan aujourd'hui. 84% des terres ont été confisquées. Le terrain qui reste est presque entièrement construit, s'entassent dans ce qui est devenu une ville-dortoir. »

Avec plus de 20 000 habitants, Um El Fah'm peut prétendre au statut de vé. ritable ville, lequel lui est toujours refusé par l'administration devoir verser les subventions que cela entraîne. Résultat, l'électricité n'a été installée qu'en 1972, et il n'y a toujours pas d'égoûts. Quant à l'eau courante, installée en 1966, elle provient de la même station de pompage qui arrose les terres du kibboutz voisin, au nom évocateur de Miami. En période de basses eaux, l'alimentation du village est coupée pour n'être rétablie que durant la nuit, « parce que le bétail du kibboutz ne boit pas la nuit, et ce n'est pas une blague », me dit en riant Mohammed, 13 ans.

Mohammed va à l'école. Dans une salle de classe de 20 m2, avec ses 45 camarades, il apprend l'histoire du peuple juif, la littérature juive, et étudie des textes de la bible. L'étude de l'histoire arabe se réduit à quelques leçons sur l'Islam. Le tout est enseigné en hébreu, par des enseignants arabes à des enfants arabes. Il y a des cours d'arabe bien sûr, mais il s'agit de l'étude d'une langue étrangère. Um El Fah'm compte 12 écoles primaires, dont la moitié sont installées dans des locaux loués. Il n'existe aucune subvention pour en construire de nouvelles. Le village se situe sur un coteau et les maisons prennent appui sur des piliers. Le propriétaire loue l'espace entre les piliers, on dresse des murs et l'on y installe une classe. Vu le nombre d'enfants, vingt classes sont ainsi aménagées chaque année aux frais des habitants, et souvent sans même une fenêtre. Mohammed ne sait pas ce que c'est que de jouer sur un terrain de sport à quoi ressemble un jardin Les salariés d'Um El Fah'm, soit 95 % de la population active masculine, vont travailler à quelque 80 à 100 kilomètres de là dans l'agglomération de Tel Aviv. Parce qu'ils sont « Israéliens », ils peuvent se syndiquer à la centrale syndicale Hismais ne sont pas éligibles aux fonctions syndicales. S'ils se syndiquent malgré tout, c'est pour bénéficier des services de la Kupotholim, la caisse de sécurité sociale gérée par la Histadrout. Par contre, les allocations familiales ne leur sont pas versées, alors qu'une famille compte huit enfants en moyenne. Mais il ne s'agit pas là de « discrimination raciale », expliquent les autorités. C'est simplement parce que les allocations familiales ne sont accordées qu'aux Israéliens ayant rempli leurs obligations militaires. Et puisque les Arabes ne sont pas appelés sous les drapeaux, le tour est joué. Les Juifs qui sont exemptés ou réformés du service militaire, eux, par contre, perçoivent les allocations. C'est là une des multiples astuces cyniques utilisées pour limiter la natalité arabe en Israël. Voilà comment les Arabes dans l'Etat dIsraël « jouissent de tous leurs droits ». Bien Manifestation d'écoliers palestiniens en soutien à l'OLP en 1974. (DR) sûr, ils ont le droit de vote, mais ça ne tire guère à conséquence, puisqu'ils ne représentent que 15 % de la population totale (3,5 millions d'habitants). LA SOLIDARITÉ INTERNATIONALE

« Mais est-ce que les travailleurs français savent seulement ce que nous endurons ? Nous vous demandons de dire ce que vous avez vu, de transmettre cette image de souffrance de notre peuple. Notre lutte sera longue et dure. Nous savons que nous avons affaire aux plus puissants des ennemis. Derrière Israël, il y a les USA, il y a le silence complice des Etats européens. Il y a aussi, hélas, celui des régimes arabes. Le problème palestinien sera résolu grâce à notre mobilisation, à notre volonté et à notre ténacité. Il sera résolu par l'union des travailleurs et par tous les peuples épris de paix. Face à ce que sont nos ennemis, c'est notre devoir de nous libérer, et la défaite de nos ennemis sera aussi celle de tous les oppresseurs. » C'est ainsi que s'exprimait Hisham, dirigeant syndical à Jérusalem, début août. Il dépend des militants ouvriers français de répondre à cet appel. Et aux communistes révolutionnaires de faire en sorte qu'il puisse être entendu.

François MAILLAN, Jérusalem, 15 août 1983. 1. Le terrorisme sioniste est inhérent à l'installation même de l'Etat d'Israël en Palestine. En septembre 1948, 250 Arabes (femmes, enfants, vieillards) du village de Deir Yassine étaient assassinés par l'armée secrète sioniste Irgoun, pour terroriser la population palestinienne.

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