Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

TCHAD

Rien ne justifie la présence des troupes françaises

· Inprecor n° 157, 26 septembre 1983 · p. 10-12 · 3 532 mots

Afrique France

Dinterme synonyme dun irasemblable chan economique et social (1), Fruit de EPUIS plusieurs années déjà, le Tchad connaît une situation de décomposition la balkanisation impérialiste de l'Afrique noire, ce conflit, véritable guerre civile où s'affrontent une multitude de cliques militaires régionalistes, sur lequel se greffe l'intervention de l'impérialisme français et des Etats de la région, représente en quelque sorte un condensé à haute dose des problèmes les pirs explosifs que connaissent tous les Etats néo-coloniaux du continent (dépendance économique et politique, pesanteurs régionalistes, faiblesse de l'Etat, voracité des cliques dominantes, clientélisme, etc.)

Tout au long des vingt années d'indépendance du Tchad, l'ingérence impérialiste française pour tenter d'y maintenir la fiction d'un Etat centralisé s'est exprisous des formes diverses, mais quasiment sans interruption : administration directe du nord du pays jusqu'en 1964; substitution de l'administration locale par la Mission pour la réforme administrative (MRA) en 1969 ; envoi d'un corps expéditionnaire en 1969, 1978 et 1983 ; aide à l'intervention d'une force interafricaine en 1981 ; présence permanente de centaines, parfois même de milliers de « conseillers » militaires ; monopole de l'exploitation des richesses locales ; aide financière

Les deux principaux aspects de cette ingérence, qui ressortent d'ailleurs de la répartition des crédits alloués au Tehad, sont l'assistance militaire pour essayer de forger une armée tchadienne, à défaut d'assurer l'existence réelle d'un Etat, et le financement du fonetionnement de l'administration locale. En 1976, 40% du budget militaire de la coopération sont attribués au Tchad. En 1978, sur les 399 millions d'aide française, 204 millions vont à « l'assistance militaire ». L'Etat tehadien a été ainsi totalement satellisé par Paris, sans que cela n'améliore pour autant le niveau de

Vie des masses, dont le revenu annuel par tête d'habitant est estimé à 700 francs. On peut dire que depuis l'indépendance, l'impérialisme français s'est substitué à l'Etat néo-colonial tehadien. La présence du commandant français Gouvernec, servant sous l'uniforme tchadien, à la direction des services de renseignements de l'armée tchadien-

TCHAD régulière pour alimenter le budget ... ne depuis l'indépendance jusqu'en 1976, en est une preuve éclatante. François CAZALS

Incapable de dompter les forces centrifuges en action et de souder une couche bourgeoise autochtone autour de la gestion de cet appareil d'Etat déliquescent, Paris se contenta, ces dernières années, d'alimenter les différentes cliques en armement au gré de leur participation au pouvoir. Ses rapports avec les différentes fractions locales restaient néanmoins tactiques et limités, car l'impérialisme français continuait malgré tout à mener sa entre Paris et ses protégés locaux ont été multiples, sans qu'aucune des tendances locales ne représente pour autant une orientation anti-impérialiste véritable. En 1982 par exemple, les Forces armées du nord (FAN) d'Hissène Habré, alors dans l'opposition, critiquaient le soutien français au gouvernement Goukouni en accusant Paris « d'entretenir la guerre à grands tant militaires que ques, en déversant quotidiennement et en énormes des armes sophistiquées à l'aéroport de N'Djamena (2) ». Quant au dirigeant sudiste Kamougue, aujourd'hui allié de Goukouni et des Libyens, tout aussi tactiquement qu'il fut l'homme de la France pendant de nombreuses années, il s'avère toujours très des troupes françaises compréhensif à l'égard de la politique de l'impérialisme français. Il déclarait notamment, en novembre dernier, à propos de la politique française: « Cette attitude est propre à la France, nous ne lui en voulons pas, nous savons bien que demain, si nous sommes à N'Djamena, la France viendra, comme elle l'a fait hier. Laissez la France de côté. Au moins, l'aide qu'elle amène profite aux Tchadiens. (3) »

Rompre avec une telle politique néocoloniale aurait signifié refuser de soutenir une quelconque des cliques militaires locales et remettre en cause l'ensemble des accords néo-coloniaux qui maintiennent ce pays dans le giron français. Ce faisant, c'eut été s'orienter vers la contestation globale d'un système de domination qui permet à Paris de contrôler l'économie de toute une série de pays d'Afrique noire. C'est, tout au contraire, pour faire la preuve de sa capacité à défendre de l'impérialisme français que le gouver3 000 soldats au Tchad au mois d'août

Des son arrivée au gouvernement, François Mitterrand manifesta sans détour son respect des engagements de la France vis-à-vis de ses néo-colonies africaines, y compris dans le domaine militaire. Du point de vue de la gestion du capitalisme français, le maintien de Etats dans la zone d'expansion privilégiée de la France est en effet une question fondamentale. Or, ce sont l'ensemble de ces accords de coopération qui en assurent la pérennité.

De nombreuses raisons concouraient néanmoins à une attitude prudente dans l'affaire tchadienne ; les diverses expériences d'embourbement des gouvernements bourgeois antérieurs, la complexité l'échiquer politique local, l'instabilité de l'Etat, mais aussi la nécessité de maintenir avec la Libye un bon niveau de relations commerciales. Et ce, d'autant plus favorablement l'élection de Mitterrand et invita même les sociétés françaises à participer aux différentes réalisations prévues troisième plan libyen de développemen (1981-1985).

LA POLITIQUE DE MITTERRAND

La première intervention du nouveau gouvernement français au Tehad date en

1981. Mitterrand proposera la constitution d'une force militaire inter-africaine destinée à remplacer le contingent libyen que Goukouni, alors président du Gouvernement d'union national de transition (GUNT) installé à N'Djamena, avait invité pour l'aider à repousser les attaques d'Hissène Habré. En novembre 1981, Paris réussira, après moultes presobtenir le retrait des troupes libyennes du Tchad, en échange d'une petià Goukouni, du paiement des fonctionnaires tchadiens, et de contingents militaires zaïrois, sénégalais et nigériens, dont la logistique et le financement étaient assurés conjointement par la France et les Etats-Unis. Paris présentait déjà cette initiative comme une solution « africaine » au conflit tchadien, l'action libyenne étant paradoxalement caractérisée d'« extérieure ». Il va sans dire, pourtant, que c'était la politique de la France qui était ainsi appliquée par les soldats africains interposés.

Toutefois, les promesses d'aides internationales faites à Goukouni ne l'empêcheront pas d'être renversé par Hissène Habré en juin 1982. Paris, qui ne dira mot de cette « agression » contre un gouvernement caractérisé comme « légitime » quelques mois auparavant, apporte alors son aide à Hissène Habré. Mais les troupes de Goukouni, réorganisées par la Libye, tout comme celles d'Habré l'avaient été par le Soudan et l'Egypte, prennent Faya Largeau le 24 juin 1983.

Les réactions immédiates à l'offensive de Goukouni seront empreintes d'une certaine prudence. Le ministre français

1. Cf. Inprecor numéro 156. du 12 sep2. Le Monde, Paris, 10 février 1982. 3. Libération, Paris, 3 novembre 1982.

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tion auprès des troupes d'Hissène Habré, che gouvernementale en soutenant l'envoi des Relations extérieures, Claude Cheysson, qualifie les affrontements de « combat de chefs » et reconnaîtra qu'« il n'y a pas d'intervention étrangère au Tchad (4)». L'ancien responsable colonial Pierre Messmer, déclare aussi que « la guerre civile tient justement au fait qu'il n'y a pas d'Etat tchadien ni de nation tchadienne (5) ». Dans la même veine, le Rassemblement pour la république (RPR)

Chirac, ancien ambassadeur à Kinshasa, affirme que combats qui se déroulent dans ce pays résultat d'une guerre entre les chefs de clans opposés ». Il ajoute même catégoriquement : « La France n'a aucun intérêt à prendre partie dans ces luttes intestines. (6) » La Libye semble être sur la même longueur d'ondes, et le colonel Moammar Kadhafi déclare à la même époque : « Le conflit tchadien est une lutte pour le pouvoir qui dure depuis vingt ans, et N'Djamena est comme un ballon dont les uns et les autres veulent s'emparer. Goukouni était à N'Djamena, Hissène Habré l'en a chassé. C'est maintenant Goukouni qui attaque, et il arrivera fatalement à N'Djamena. Mais nul ne peut assurer qu'il s'y maintiendra, et celui qui viendra après lui, Hissène Habré ou un autre, n'aura pas plus de garanties de gar-

Personne ne différencie les deux camps qui s'affrontent, ou n'attribue une quelconque dynamique anti-impérialiste ou déstabilisatrice à l'un d'entre eux. On se situe encore pour quelques jours dans le cadre d'un des multiples rebondissements de la guerre civile tchadienne. Pourtant le dans une aventure militaire Hissène Habré, qui reçoit une aide financière de Washington, en appelle à l'appui de la France, les Etats néo-coloniaux d'Afrique noire font aussi pression en ce sens, tandis que dans la presse bourgeoise largement diffusée la thèse d'une agression libyenne contre le gouvernement « légitime » d'Hissène Habré. Ce sont d'abord des tonnes d'armement et quelques dizaines de conseillers militaires qui sont acheminés à N'Djamena. L'engrenage de l'intervention est engagé. Mais le 14 juillet, François Mitterrand affirme encore : « Nous avons assisté le gouvernement légitime du Tchad par tous les moyens dont nous pouvions disposer, selon les termes de l'accord de 1976. Mais nous n'avons aucune raison d'aller au-delà, parce que cet au-delà n'a pas été négocié par nos pays. (8) »

Désireux à la fois de rassurer sa chasse gardée africaine et d'occuper le terrain au Tchad sur le plan diplomatique et militaire avant que l'administration Reagan, en croisade anti-libyenne, n'y prenne une initiative propre, le gouvernement français s'engage plus avant encore : envoi en juillet d'un contingent de 1 500 militaires zaïrois formé par les instructeurs français et déclenchement de l'opération «Manta », prétendue mission d'instrucqui aboutira à l'acheminement de 3 000 soldats français au mois d'août dernier.

UNANIMITÉ NATIONALE

ET CROISADE ANTI-LIBYENNE

L'hystérie anti-libyenne digne des émules de Ronald Reagan gagne les rangs des membres du Parti socialiste et du gouvernement. Le 18 août, le député socialiste Alain Vivien n'hésite pas à accuser Tripoli de « s'apprêter à lancer une offensive pour s'emparer de la capitale ». Le gouvernement français serait alors intervenu « pour arrêter l'envahisseur et l'obliger à négocier », car « on ne peut pas accepter un "Munich" africain (9)».

C'est sur la base d'une vaste intoxication de l'opinion publique que l'intervention militaire française s'est opérée. L'aide libyenne aux forces de Goukouni a été volontairement exagérée. Un journaliste présent à Faya Largeau au début juil-

« De tous les témoignages recueillis à Faya Largeau, il ressort qu'il n'y a ni troupes ni avions de combats libyens, ni même la fantômatique "légion étrangère" du colonel Kadhafi. Il y aurait par contre une dizaine de militaires libyens chargés des liaisons radio avec la Libye ainsi que de certains problèmes de logistique, notamment l'approvisionnement. (10) » Ce qui fut présenté par le gouvernement d'Hissène Habré comme le bombardement d'une ville tchadienne du Nord par 50 avions libyens n'était, en réalité, qu'une rapide action menée par deux avions seulement. Et ainsi de suite, jusqu'à présenter la guerre de clans que l'on s'accordait à voir au Tchad en une opération concertée de déstabilisation d'un gouvernement légitime. Il est donc factuellement faux d'affirmer que les forces françaises sont intervenues contre une agression libyenne. La vérité est que le gouvernement Mitterrand, suivant en cela la politique de ses prédécesseurs, a voulu servir de tuteur à l'Etat fantôme tehadien et s'est trouvé entraîné, pour ce faire, dans une opération de type néo-colonial, comme le Tchad en a connues bien d'autres dans le passé. Et l'hypocrisie touche a son comble lorsque les dirigeants français prétendent que leur action militaire doit garantir l'intégrité territoriale du Tchad, le droit à l'autodétermination et à l'indépendance populations. Ces affirmations n'ont d'ailleurs pas d'autres fonctions que d'obtenir le soutien, ou du moins l'accord tacite des masses populaires françaises à la politique néo-coloniale du gouvernement Mitter-

Ainsi, autour de cette intervention et de la propagande anti-lybienne s'est forgé un large consensus national des partis politiques, de la majorité comme de l'opposition. Jacques Chirac du RPR, l'ancien ministre Raymond Barre, Giscard d'Estaing se sont déclarés en accord avec le gouvernement Mitterrand.

Même le Parti communiste français, quelque peu gêné aux entournures, avalisa cette politique. Il synthétise d'ailleurs à sa manière toute la duplicité de la démardes troupes françaises tout en insistant sur la nécessité de négociations. Ainsi, Pierre Juquin, membre du Bureau politique du PCF, a reconnu le bien-fondé des accords néo-coloniaux signés avec le Tchad par Jacques Chirac, Premier ministre de Giscard d'Estaing en 1976, alors même que la position traditionnelle de son parti sur cette question est de réclamer la renégociation de ces accords. Tout en acceptant la nécessité de venir en aide à Hissé. ne Habré, celui-là même que l'Humanité, le quotidien du PCF, qualifiait d'agent du contre-espionnage français il y a quelques années, Juquin se dédouanait en affirmant que « la question numéro un au Tchad est de savoir comment sont aujourd'hui préparées et amorcées les négociations (11) ». De l'intervention militaire française, le dirigeant du PCF ne retenait plus que « les risques que comportent tout envoi de forces armées dans un environnement aussi complexe ».

LE ROLE DE LA LIBYE Certes, l'intervention libyenne aux côtés de Goukouni ne fait pas de doute. L'action libyenne au Tchad est d'ailleurs ancienne. Culturellement, les populations du Nord tchadien sont très proches de la Libye. Sans remonter au roi libyen Idriss, chef spirituel de la secte musulmane guerrière des Senoussis, très puissante chez les Toubous du Tchad, la Libye a de tout temps soutenu les populations musulmanes du Tchad. L'arrivée au pouvoir, en 1969, du colonel Moammar après le renversement de la royauté et des anciennes couches dominantes corrompues, accentua l'aide libyenne au Front de libération national du Tehad (FROLI-

C'est au nom d'une politique panislamique que la Libye appuiera les éléments « nordistes » les plus favorables à un rapprochement avec le monde arabe. La fraction pro-libyenne la plus fidèle est d'ailleurs une scission du FROLINAT, composée principalement d'Arabes qui représentent une minorité ethnique au

L'expansionnisme libyen, manifeste au Tehad, s'est notamment exprimé par l'occupation, depuis 1973, d'Aouzou, que l'on dit riche en uranium et en pétrole. A plusieurs reprises, la Libye exercera des pressions pour obtenir une division du Tchad en zones d'influence partagées avec la France. Elle paradoxalement retrouvée parfois l'alliée tactique des sécessionnistes « sudistes » comme Kamougué. Tour à tour, le régime libyen soutiendra différentes fractions en lutte et participera aussi à de nombreuses négociations avec la France et les Etats néo-coloniaux de la région. En 1979, Tri-

4. Le Monde, 29 juin 1983. 5. Le Matin de Paris, 7 juillet 1983. 6. Le Quotidien de Paris, 8 juillet 1983. 7. Le Matin, 1er juillet 1983. 8. Le Monde, 16 juillet 1983. 9. Le Matin, 18 août 1983. 10. Libération, 4 juillet 1983. 11. Le Monde, 31 août 1983.

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poli donne son aval à l'installation du GUNT dirigé par Goukouni. Lorsque celui-ci sera mis en cause par l'action d'Hissène Habré, les Libyens appelés à la rescousse interviendront massivement au Tchad à la fin de 1980. La Libye n'investira pourtant guère dans la relance de la économique tehadienne. Lorsque Goukouni réclame le retrait des troupes libyennes, fin 1981, celles-ci se retirent en moins d'une leur départ précipité laisse la place l'offensive anti-gouvernementale d'Hissène Habré, qui s'empare du pouvoir en juin

Certes, l'intérêt que la Libye porte au Tchad est mû par le souci stratégique de disposer à son flanc sud d'un Etat qui ne lui soit pas trop hostile et par la perspective de pouvoir mettre la main sur certaines richesses du sous-sol de ce pays. Disposant d'importants revenus pétroliers, la Libye a des moyens financiers à consacrer à cette entreprise. Mais bien qu'il soit en butte à de multiples pressions de la part de l'administration Reagan, l'Etat libyen n'en reste pas moins un pays dépendant. Cette dépendance s'exprime sous la forme du poids de la production pétrolière dans l'économie du pays. Le pétrole assure, en effet, la part la plus revenus de l'Etat, et, vendu pour 40% à des compagnies américaines, il maintient la Libye sous la pression du marché capitaliste international. Les mêmes projets de développement qui font de la Libye un pays semi-industrialisé renforcent aussi la dépendance de cet Etat vis-à-vis de la technologie occidentale et des achats de biens d'équipements industriels provenant de ces Etats.

Ainsi, 75% de ses importations de biens d'équipement proviennent des neuf plus grands pays impérialistes. En ce qui concerne la France, sixième partenaire commercial de la Libye mais second fournisseur militaire derrière l'URSS, 50 entreprises sont actives dans ce pays. Le montant global des contrats de vaux ou de services en cours d'exécution intéressant des compagnies francaises s'élève à 2,1 milliards de franes par an en moyenne. Paris a notamment vendu à Tripoli 150 Mirage en 1970 et 1978, des dizaines d'Alouette-III, une dizaine de patrouilleurs légers, 200 chars AMX, des missiles Crotale et Milan, le tout avec des contrats de formation prévus lors de ces

La valeur des achats libyens de matériels civils français est passée de 206 millions de franes en 1969 à 666 millions en 1972 et à 1 731 millions en 1974. A cette époque, le chef de l'Etat libyen déclarait : « Les Arabes ne comptent que deux vrais amis en Europe, la Yougoslavie à l'Est et la France à l'Ouest. (12) » Certes, les rapports se sont ensuite dégradés avec Giscard d'Estaing. Mais après chaque crise entre les deux Etats, Kadhafi ne manquait pas de faire des ouvertures en direction des industriels et du gouvernement français. Une convention de coopération était notamment signée en 1976, au même moment que les accords entre la France et le Tehad, par Jacques Chirac. objectives, de part et d'autre, pour tenter de parvenir à un réglement politique au Tehad, que tout le monde sait d'ailleurs provisoire, même si cela signifie qu'il faille passer par-dessus la volonté des fractions rivales sur le terrain. Cela s'est déjà réalisé lorsque la France et la Libye essayèrent d'imposer au régime de Félix Malloum et au FROLINAT la signature d'un accord de cessez-le-feu en 1978. Cela était aussi inserit dans les propos récents de Kadhafi, qui affirmait en juillet dernier : « La France devrait comprendre la position-clé de la Libye en Afrique. Je souhaite qu'elle comprenne que son intérêt est du côté libyen et que nous sommes pour elle un partenaire par excellen-

La tournée actuelle des diplomates français en Afrique a d'ailleurs pour objectif d'essayer de parvenir, sur la base du rapport des forces créé par l'intervention française au Tehad, à amener la Libye à composer et à forcer son protégé Goukouni à négocier. Toutefois, l'inconnue démarche reste la formule gouvernementale et étatique qui devrait surgir. Sur ce point, il règne le plus grand flou, tout ou à peu près ayant déjà été tenté au Tchad.

L'ENGRENAGE

DE LA GUERRE COLONIALE Pour les besoins de sa propagande dé magogique auprès des travailleurs çais, le gouvernement de François Mitterrand présente son action au Tchad comme une politique différente de celle menée par ses prédécesseurs. Or, l'envoi même du corps expéditionnaire français comme le paiement des fonctionnaires tchadiens illustrent la continuité de la politique impérialiste.

VIENT DE PARAITRE

AFRIQUE

Men lutte Troupes françaises hors du Tchad En vente à la librairie la Brèche, 5, SPECIAL TCHAD Tunis 75011 Paris, au prix rue de de 6 francs.

Outre l'effet de la dynamique militaire propre, qui donne beaucoup de poids à des décisions prétendument présentées commes des nécessités de défense corps expéditionnaire français, la fonction même de l'intervention française est d'insister sur son rôle dissuasif. Mais pour ce faire, il faut évidemment ne pas écarter la possibilité de l'entrée en action du corps expéditionnaire français. que Mitterrand a clairement précisé le 28 août dernier, en affirmant que « le dispositif que la France a installé lui donne les moyens, s'il le faut, de répondre militairement et vite à une nouvelle offensive ». Le rôle des troupes françaises est ainsi défini par le chef de l'Etat : « Nous exerçons aussi, en outre, un rôle dissuasif pour qui voudrait approcher de la zone où nous sommes. On sait également que menacées, nos troupes riposteraient et que pour mieux se défendre, elles ne limiteraient pas leur réplique à la seule défensive. (14) » Dès lors, l'engrenage de la guerre coloniale est enclenché. Des avions français ont déjà survolé une colonne des troupes de Goukouni, cette fois-ci sans tirer, semble-t-il. Il est facile d'imaginer la prochaine étape de l'engagement français.

L'action du gouvernement Mitterau Tchad reste donc étrangère aux intérêts des masses populaires tchadiennes et des travailleurs français. En cette période d'austérité pour les travailleurs français, de chasse aux immigrés pour les travailleurs étrangers en France, il s'agit, pour le gouvernement Mitterrand, au prix de dépenses de centaines de millions de franes, de défendre les armes à la main le mirage d'un Etat néo-colonial en pleine décomposition. Le consensus national dont bénéficia cette politique au sein du mouvement ouvrier organisé et parmi les partis bourgeois d'opposition fut seulement troublé par la campagne menée par des organisations d'extrême gauche, et principalement par la Ligue communiste révolutionnaire (LCR), qui, seules, se sont prononcées pour le retrait des troupes françaises du Tchad.

L'intervention militaire française n'est pas susceptible de trouver une solution à la crise chronique de l'Etat tehadien. Dès lors, le gouvernement Mitterrand est contraint de s'orienter vers le terrain des négociations, ce qui passe indubitablement par un accord avec Tripoli. Mais même dans cette éventualité, le gouvernement français aura contribué à l'accentuation de la guerre civile dont souffrent les masses tchadiennes. Rien ne peut done justifier le maintien des troupes francaises au Tchad.

Francois CAZALS, 18 septembre 1983.

12. Afrique-Asie, Paris, 24 mars 1980.

13. Le Matin, 1er juillet 1983.

14. Le Monde, 28 août 1983.

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