Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

PARAGUAY

Mobilisations contre la répression et la dictature

Inprecor n° 157, 26 septembre 1983 · p. 24 · 614 mots

Syndicalisme

NOUVELLES DU MOUVEMENT OUVRIER ET DE L'INTERNATIONALE

PARAGUAY

Mobilisations contre la répression et la dictature

Au mois d'avril dernier, le journal du gouvernemental « Colorado » général-président Alfredo Stroessner, commencé une campagne publique contre les syndicats, les mouvements étudiants, les militants syndicaux et intellectuels, accusés de préparer une « conspiration communiste » pour construire dans le pays un « Parti des travailleurs ». Il appelait en même temps à l'unité du gouvernement et des partis bourgeois d'opposition pour défendre « la démocratie sans communisme ». En fait, aucun de ces prétendus partis d'opposition n'a levé le petit doigt pour protester contre cette campagne de répression.

Le 11 mai ont commencé les arrestations de nombreux militants recherchés par la police (cf. Inprecor numéro 153, du 20 juin 1983). Malgré cela, les associations étudiantes et les syndicats réprimés ont aussitôt lancé des campagnes de délense des prisonniers politiques et des organisations populaires menacés par l'escalade répressive menée par la dictature. Le 24 juin, le mouvement étudiant a organisé un forum sur le thème « Corporatisme et répression », au cours duquel deux médecins ont été arrêtés. Ce fait a déclenché une nouvelle vague de protestations dans les universités, qui s'est concrétisée par une grève des médecins de l'hôpital Clinicas qui a duré plus d'une semaine.

Les familles de prisonniers ont obtenu du clergé qu'il dise des messes hebdomadaires pour leur libération. C'est à la fin de l'une de ces messes, le 7 août dernier, au moment où commençait la grève de la faim des prisonniers, que les 400 personnes présentes sortirent en manifestation dans les rues de la capitale. Cette action fut rapidement réprimée. Il s'agit néanmoins là de la première manifestation d'opposition au régime depuis les mobilisations étudiantes de juin 1969 ...

Début août, un grand nombre des 56 prisonniers politiques du pays se sont mis en grève de la faim, en exigeant leur libération et le rétablissement des droits démocratiques, à l'occasion de l'entrée en fonction du général Stroessner, le 15 août, pour un septième « mandat présidentiel ». Le mouvement des prisonniers politiques inclut non seulement les déte. nus des arrestations du mois de mai 1983, mais aussi des paysans et des ouvriers arrêtés lors d'opérations policières en 1979, 1980 et 1981.

Traduisant la détérioration progressive de la situation de la dictature sénile du général Stroessner, les organismes de répression de l'Etat ont également agi contre d'importants organes de la « grande » presse bourgeoise. Zuccolillo, propriétaire du journal ABC, étroitement lié à de puissants groupes fi nanciers et immobiliers, ainsi que la fermeture pour un mois de Radio Nanduti, de grande audience, illustrent les difficultés que rencontre le régime face à d'importants secteurs de la bourgeoisie, en même temps qu'il affronte de fortes exigences dans les rangs mêmes du parti

La conjoncture politique au Paraguay s'inscrit en effet dans le cadre de la des dictatures du Cône sud de l'Amérique latine, qui signifie une remontée significative du mouvement de masse dans la région.

De ce fait, la chaîne de solidarité des dictateurs du Cône sud se défait aujourd'hui. C'est là un élément de première importance pour le développement de la lutte politique au Paraguay. Il faut certes rappeler qu'il existe une dynamique propre au processus paraguayen, où les facteurs objectifs de la crise et des luttes intestines bourgeoises se combinent avec des fac teurs subjectifs encore peu développés au sein du mouvement de masse qui se recompose lentement et fait preuve d'une confiance et d'une détermination croissantes pour défendre ses organisations et ses dirigeants emprisonnés (cf. Inprecor

148, du 25 avril 1983). La solidarité internationale des travailleurs doit donc se matérialiser pour la défense du mouvement ouvrier, étudiant et paysan du Paraguay.

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