A rest a legal » que lorsqu'il est réalise dans un hopital acerbété par une province, U Canada, l'avortement est régi par une clause du Code criminel. Un avortement avec le consentement d'un comité d'avortement thérapeutique, seul habilité à décider si la poursuite d'une grossesse met en danger la vie d'une femme. Cette loi, qui nie totalement tout droit des femmes à la libre décision, laisse la pratique de l'avortement à la merci des caprices et des préjugés des médecins et administrateurs hospita-
Le bilan est clairement mis en évidence par un rapport de Statistique Canada du
14 juin dernier. Près du quart des seuls 237 hôpitaux disposant de comités d'avortement thérapeuthique n'ont pratiqué aucun avortement en 1981. Plus de 73 % de tous les avortements légaux ont été pratiqués dans 15 % seulement de ces hôpitaux. Le nombre des avortements légaux a diminué entre 1980 et 1981, passant de 65 855 à 65 127.
Des milliers de femmes vont donc se faire avorter aux Etats-Unis - leur nombre a doublé depuis 1979 - ou doivent avoir recours aux avortements clandestins. Le chiffre de
2 651 femmes allant se faire avorter chaque année aux USA donné par les statistiques
C'est dans ce contexte que des médecins ont décidé de braver la loi pour créer des cliniques d'avortement indépendantes — à Winnipeg et Toronto, ainsi qu'ils l'avaient fait auparavant au Québec - et procurer ainsi des possibilités d'avortement dans de bonnes conditions médicales et dans un climat de dignité et de respect pour les femmes. En ce sens, les cliniques d'avortement indépendantes répondent à un besoin réel et urgent de milliers de femmes. Les différentes organisations de femmes se sont d'ailleurs mobilisées derrière cette initiative, en réclamant du gouvernement la légalisation de ces cliniques. La répression ne s'est pas faite attendre, puisque plusieurs médecins et infirmiers des deux cliniques installées à Winnipeg et Toronto ont été inculpés, en juin dernier, de « complot en vue de provoquer des fausses-couches chez les femmes enceintes », risquant ainsi une peine de prison à vie. Des descentes de police ont ensuite été effectuées dans ces cliniques pendant l'été, suscitant une riposte significative,
C'est la mobilisation pour la défense des personnes inculpées, des cliniques indépendantes et leur légalisation par le gouvernement, étape importante du combat des femmes pour le droit à l'avortement et à la libre décision d'avoir ou non des enfants, indépendantes ne reflète pourtant qu'une partie de la vérité. malgré la période estivale peu propice à la mobilisation. qu'analyse l'article ci-dessous. Penny DUGGAN
Au cours des derniers mois, la question de l'avortement a véritablement dominé la vie politique au Canada, tout principalement dans la partie anglophone du Canada. Au mois de juillet, l'hebdomadaire canadien Maclean's décrivait ainsi l'atmosphère qui régnait dans le pays: « Partout, les Canadiens prennent position sur le droit ou non à avorter... Dans les magasins, dans les écoles, dans les meetigns politiques, on discute du problème de l'avortement et celui-ci a cessé d'être considéré comme une question politique marginale, voire futile. »
Ce débat a été déclenché par l'ouverture de deux cliniques d'avortement indépendantes, l'une à Winnipeg, l'autre à Toronto. Parmi les praticiens qui y exercent, on retrouve, entre autres, le Dr. Henry Morgentaler, dont on avait beaucoup parlé en 1975, lorsqu'il avait fait dix mois de prison pour avoir pratiqué des avortements illégaux dans sa clinique de Montréal. Cependant, au cours de ses trois procès survenus à Montréal, aucun jury ne l'avait condamné, et son attitude
CANADA des cliniques d'avortement résolue avait abouti à ce que soit reconnu, dans la province du Québec, droit des femmes à avorter sur leur propre requête, dans des cliniques fondées par le système d'assurances sociales, dans les grandes villes tout du moins.
Le fonctionnement des cliniques de Winnipeg et de Toronto entre en contradiction avec la loi fédérale sur l'avortement de 1969. En effet, selon cette loi, la femme qui a décidé, en accord avec son médecin, de subir un avortement, doit ensuite recevoir l'approbation d'une commission médicale (dénommée TAC, Comité d'avortement thérapeutique) composée en règle générale de trois médecins
One peuvent pratiquer les avortements. La loi établit également qu'un avortement ne peut être pratiqué que si la vie ou la santé de la femme sont en danger. Dans la mesure où ces termes ne sont pas définis, ils peuvent être interpré. tés soit dans un sens très large, comme le fait l'Organisation mondiale (OMS), qui estime que la santé de la danger si son bien-être social est menacé, soit dans un sens très restrictif, c'est-à-dire si la femme risque de mourir ou de se suicider du fait de sa grossesse.
Avec ce système, ce sont finalement les opinions personnelles des médecins ou des communautés locales qui déterminent, dans chaque région, si les femmes peuvent ou non avorter légalement dans leur hôpital. Pour les hôpitaux, il n'est pas obligatoire de mettre en place un TAC, et seuls 30 % d'entre eux l'ont fait. Dans les petits hôpitaux, où l'on ne compte pas même quatre médecins, c'est de toute façon chose impossible. situation est particulièrement mauvaise dans les régions rurales. Dans un rapport de 1977, une commission d'enquête du gouvernement conclusion que ce système avait conduit à une « grande injustice » entre les femmes désirant avorter.
restrictive de la loi sur l'avortement n'est pas le seul obstacle auquel les femmes ont à faire face. Sous la hôpitaux réduisent le nombre d'avortements à pratiquer, du fait des restrictions budgétaires. L'avortement étant considéré comme un acte médical « non essentiel », de moins en moins de lits sont disponibles
Il ne faut pas oublier non plus l'activité des défenseurs fanatiques du « droit à la vie ». Dans certaines régions, ils sont parvenus à exercer de fortes pressions dans les hôpitaux et à limiter sévèrement le nombre d'avortements pratiqués. Moncton par exemple, dans la province du Nouveau-Brunswick, l'hôpital a cessé, pendant six mois, de pratiquer des avortements sous la pression d'une vaste campagne accusant les médecins de procéder à un « holocauste en silence ». Selon le Toronto Star, « même une fillette de douze ans, enceinte à la suite d'un viol, ne peut avorter légalement (au Nouveau-Brunswick), les médecins étant intimidés par des fanatiques organisés en groupes de pression » (4 novembre 1982). Cepenselon les résultats d'un sondage d'opinion effectué en 1982, 72 % des Cadécision d'avorter devait être laissée à la femme et à son médecin.
La situation à Toronto se détériore rapidement, bien que ce ne soit pas la pire que l'on puisse trouver au Canada. Judy Rebick, dirigeante de l'Union de l'Onles cliniques d'avortement (OCAC), s'en explique de la manière suivante : « Au cours des deux dernières annous avons débattu des problèmes d'accès à l'avortement en mettant en avant les faits suivants : le long délai imposé aux femmes, la somme qu'elles ont à payer en sus des assurances médicales,
Trend les avortements aux femmes ayant de l'argent et des relations. Au cours des deux derniers mois, tous les hôpitaux de Toronto ont sévèrement restreint ou même cessé de pratiquer des avortements au-delà de la quatorzième semaine de grossesse. Cela a été à l'origine d'une véritable crise dans la ville, les femmes qui découvrent leur grossesse trop tard ou qui ne réussissent pas à obtenir un rendez-vous à temps avec le
comité ne pouvant se faire avorter nulle part, que ce soit dans la ville de Toronto ou dans la province de l'Ontario. »
L'OCAC a été créée en septembre 1982, lorsque des femmes investies dans le mouvement de santé publique, des travailleurs sociaux et des juristes décidèrent que quelque chose devait être fait pour lutter contre la détérioration de la situation, convaincus désormais que les démarches de couloir visant à faire pression pour obtenir une clinique « indépendante » (1) ne menaient à rien.
Ils décidèrent alors de créer une clinique du type de celle du Dr. Morgentaler et de mener une campagne analogue à celle qui avait été menée au Québec. Le Dr. Morgentaler fut sollicité pour apporter son aide, ce qu'il accepta de faire, avec un autre médecin, le Dr. Smoling.
PREMIERS PAS VERS
UNE MOBILISATION DE MASSE
Une soixantaine de groupes femmes furent invités au mois de septembre 1982 à un meeting qui fut un succes et donna naissance à l'OCAC. Cette nouvelle organisation décida qu'une campagne visant à faire évoluer l'opinion publique et à obtenir le droit à une clinique d'avortement indépendante devait, pour avoir du gagner un soutien de L'OCAC se fixa pour objectif de gagner ce soutien aussi vite que possible.
La date d'ouverture de la clinique fut fixée au mois de novembre 1982, et un rassemblement de masse fut organisé pour le 18 novembre, une série d'appels ayant été publiés dans les journaux. Le Dr. Morgentaler fit une intervention au cours de rassemblement, dont l'ampleur et la portée montrèrent, pour la première fois, qu'un mouvement de masse existait potentiellement sur la question. Ouverte en novembre, la nouvelle clinique fut ensuite contrainte d'évacuer ses locaux et de nouveaux locaux ne furent trouvés qu'au printemps 1983.
L'OCAC n'en a pas moins continué son activité. Si elle soutient la mise en place de la clinique, considérée comme un exemple test, elle se bat aussi sur un autre terrain, plus large, à savoir pour la légalides cliniques indépendantes et pour l'abrogation des lois fédérales sur l'avortement, régies par la clause 252 du Code criminel. Cela nécessite de mettre en œuvre une campagne d'éducation politique à long terme, d'intervenir dans le mouvement syndical de l'Ontario, de traparti démocratique (NPD, une formation de type social-démocrate disposant d'une certaine implantation ouvrière et opposée aux partis libéral et conservateur majoritaires à la Chambre des communes), et de prendre contact avec d'autres groupes organisations afin d'obtenir leur
Judy Rebick résume ainsi le succès que la campagne a obtenu sur ce point : « En une année, nous avons été capables de renverser totalement les termes du débat sur l'avortement; auparavant, la presse en parlait comme d'une lutte religieuse
(de la même façon qu'elle traite de la lutte en Irlande du Nord), alors que nous la percevions comme une lutte politique. C'est vrai, la presse avait toujours présenté ce débat sur l'avortement comme un débat hystérique, passionnel, religieux. Et nous avons réussi, en centrant le problème sur la question des droits des femmes et des droits de l'homme en général, à retourner complètement la situation en
L'EVOLUTION DE L'OPINION PUBLIQUE « Je peux parler de mon expérience personnelle à cet égard : il y a un an, si j'allais voir quelqu'un à un congrès syndical en disant: "J'appartiens à l'OCAC", jétais sure de m'entendre répondre: "Oh, vous savez, je suis contre l'avortement". Aujourd'hui, c'est une réponse que je n'entends plus du tout. On me dit plutôt : Bon, je suis contre l'avortement, mais je suis pour le libre choix. Je pense que la femme doit décider elle-même. Cela montre que cette campagne d'éducation a eu une influence profonde », note aussi Judy Rebick.
De nouveaux locaux ont été trouvés pour la clinique de Toronto, et elle a à nouveau ouvert ses portes en juin 1983. Presqu'immédiatement, c'est-à-dire deux semaines après, il y a eu une descente de faisait suite à une descente opérée un mois plus tôt dans la clinique de Winnipeg ouverte par le Dr. Morgen-
La police a fait irruption dans la clinique de Toronto un matin, le 5 juillet exactement, malmenant les infirmières et essayant d'interrompre un médecin en train de pratiquer une interruption de grossesse. Malgré la résistance du personnel, les policiers sont malgré tout entrés dans la salle alors qu'une femme se trouvait sur la table d'opération. Les patientes ont été intimidées par la police, qui les a interrogées sur ce qui se passait dans la clinique. Ces « témoignages » sont aujourd'hui utilisés dans le dossier à charge contre le Dr. Morgentaler, le Dr. Smoling et un autre médecin, accusés de « provoquer des fausses-couches », ce qui est passible d'une peine de prison à perpétuité.
Au cours de l'instruction, le rôle joué par le gouvernement s'est clairement dévoilé. Le procureur, qui, cela ne fait aucun doute, reçoit directement ses instructions du procureur général et du gouvernement, a demandé que la mise en liberté sous caution soit refusée, à moins que les médecins n'acceptent de se plier à son exigence, à savoir qu'ils ne mettent plus les pieds à la clinique. En refusant d'obtempérer à cette requête du Ministère public, les juges ont, par leur décision, créé un précédent d'importance. Les deux juges ont évoqué, pour se justifier face au Ministère, la nécessité d'éviter de faire de ces médecins des martyrs ou de les traiter comme des criminels. Il est certain que la campagne de sensibilisation de l'opinion publique menée par l'OCAC n'a pas été sans effet sur l'attitude des juges.
Au cours de cette période, les organisations opposées à l'avortement et au libre choix des femmes n'ont pas bougé. Elles comptaient sur la justice pour régler la question à leur place. Cette tactique s'est avérée être une erreur politique de taille, car la mobilisation en faveur du libre choix pour les femmes a été en mesure d'avoir de son côté la grande majorité de la presse qui a couvert son activité de façon largement positive. Il y a eu quelques actions isolées que les groupes opposés à l'avortement n'ont ni revendiqué ni condamné. Celles-ci ont été très violentes. Ainsi, le 15 juin, jour de l'ouverture de la clinique de Toronto, un homme a attaqué le Dr. Morgentaler avec une paire cisailles. Un peu plus tard, un individu mettait le feu à une librairie de femmes, qui se trouve dans le même bâtiment que la clinique.
La première manifestation contre la clinique a eu lieu en août. Elle était organisée par le groupe People Against Abortion Clinics (Adversaires des cliniques d'avortement). En dépit d'appels parus pendant quatre jours dans le Toronto Star et de bus mis à la disposition d'autres villes à travers tout l'Ontario, elle n'a pu rassembler qu'un millier de personnes.
1. L'OCAC définit la clinique d'avortements indépendante comme une clinique située dans des locaux indépendants des hôpitaux et assurant aux femmes des interruptions de grossesse dans de bonnes conditions médicales, à des tarifs bien moindres que si elles devaient se rendre aux USA, et dans le respect de leur dignité.
Par contre, le soutien et la mobilisation en faveur de la clinique ont été très puissants et on a vu des gens qui n'avaient jamais participé auparavant à des manifestations se joindre à ces mobilisations. Un rassemblement a été organisé quelques jours après l'incendie de la librairie de femmes, pour montrer que les groupes opposés à l'avortement étaient politiquement responsables de ce genre d'actions, même s'ils n'en étaient pas les auteurs directs. Près de 2 000 personnes y ont participé, au beau milieu de l'été.
Juste après la descente de la police, le 5 juillet, 150 personnes se sont rassemblées spontanément, en une heure, à l'extérieur de la clinique de Toronto. C'était une réaction militante, large, émanant de femmes pour l'essentiel, mais bénéficiant aussi d'un soutien non négligeable de la part des hommes. Les manifestants se sont assis sur les marches pour empêcher la police d'emporter l'équipement de la clinique. Le lendemain, 5 000 personnes participérent à un rassemblement très militant, alors qu'il n'y avait eu que 24 heures pour l'organiser. Selon Judy Rebick, « les gens n'étaient pas venus là pour se promener ou pour rencontrer des amis. Ils étaient venus là de façon combative. C'était très sensible à la façon dont ils entonnaient les mots d'ordre et défilaient dans la rue. On peut dire qu'au cours du dernier mois et demi, il y a eu à Toronto plus de manifestations sur l'avortement que de manifestations sur n'importe quel autre sujet en toute une année ».
Le Toronto Star a publié un sondage, dont les résultats indiquaient qu'après l'action de la police, 62% des personnes interrogées soutenaient la clinique, c'est-à-dire 3 ou 4% de plus qu'avant l'opération policière. LA RÉPONSE DU GOUVERNEMENT :
DÉMOBILISER LE MOUVEMENT
Visiblement, la tactique des gouvernements provincial et fédéral pour combattre ce mouvement sera de tenter de le démobiliser, en accordant des petits bouts de réformes. En août, Judy Ercola, ministre fédéral, a déclaré qu'il y avait effectivement un problème avec la loi sur l'avortement, et que ce problème était celui de l'accès à l'avortement. Les déclarations qu'elle a faites à ce sujet, avec le ministre d'Etat Mark MeGuigan, n'ont cependant pas encore été prises en compte par le gouvernement provincial. Ainsi, Judy Ercola a déclaré qu'il fallait améliorer les conditions d'accès à l'avortement, mais pas comme le fait le Dr. Morgentaler, qui « pratique des avortements comme on arrache une dent ». Il est possible que le fond de la réforme à venir soit de rendre les TAC obligatoires dans tous les hôpitaux d'une certaine dimension. Le gouvernement de la province de Manitoba a fait des tentatives dans ce sens en s'engageant à créer un service d'avortement dans un hôpital, mais pour l'instant, cette promesse est restée lettre morte.
Depuis la descente de police, l'OCAC a avancé une nouvelle revendication,
« pour le retrait des accusations portées contre Morgentaler et ses associés », parallèlement à sa revendication centrale de légalisation des cliniques d'avortement indépendantes. Elle se bat également pour « garder la clinique ouverte ». Actuellement, la clinique n'offre que des permanences de conseil, mais on espère qu'elle pourra reprendre la totalité de ses services aussitôt que possible.
La revendication centrale de la légalisation de la clinique a permis d'unir, comme cela a rarement été le cas, tous les - qu'il s'agisse de féministes socialistes, de féministes radicales ou libérales — et toutes les organisations qui, de près ou de loin, ont un rapport avec le mouvement des femmes. Tous ces groupes participent activement au développement de la campagne. Un large soutien a été apporté par la Fédération syndicale de l'Ontario (Ontario Federation of Labour, OFL) et son président, Cliff Pilkley, ainsi que par le comité des femmes de la Fédération. Cependant, il n'y a pas encore pour l'instant de véritable soutien organisé de la part du mouvement ouvrier au niveau d'une mobilisation de sa base, ceci bien qu'un grand nombre de femmes syndiquées soient venues aux rassemblements. Dans son orientation, l'OCAC s'efforce clairement de gagner le soutien du mouvement ouvrier, et les principaux leaders syndicaux sont intervenus à tous les rassemblements.
Les membres du NPD, ont également apporté leur soutien. En juillet, au cours du congrès fédéral de ce parti, une résolution condamnant les accusations portées contre le Dr. Morgentaler ainsi que l'opération menée contre la clinique de Winnipeg a été votée. Le Manitoba est la seule province du Canada a avoir un gouvernement NPD. Bien que le parti se soit prononcé pour le libre choix des femmes, la politique de ses dirigeants n'est pas favorable à l'abrogation de la loi contre l'avortement. Cependant, le comité des femmes du NPD s'est beaucoup battu pour le soutien à la clinique, et il y a une lutte très dure à ce sujet à l'intérieur du parti. Le dirigeant du NPD de l'Ontario, Bob Rae, est invervenu au cours du rassemblement qui a suivi la descente de police à la clinique de Toronto, et cela a représenté une grande vietoire pour l'OCAC. LE DÉBAT POLITIQUE DANS LE NPD :
POUR LE LIBRE CHOIX, MAIS AUSSI
POUR LE RESPECT DES LOIS Ce débat pose, à l'intérieur du NPD, d'importantes questions politiques, telle que celle de savoir si le NPD doit soutenir des actions illégales. Les dirigeants soutiennent que non, tandis que les militants, et particulièrement les militants syndicaux, font remarquer que le mouvement ouvrier n'existerait pas si certaines lois n'avaient pas été brisées par la mobilisation, qu'il est souvent nécessaire de casser des lois injustes pour les changer, et qu'il faut soutenir les mouvements sociaux sur
Bien que le gouvernement NPD du Manitoba soit directement responsable du harcèlement policier et de la fermeture de la clinique de Winnipeg, l'opposition organisée à l'intérieur du parti y a été moins forte que dans l'Ontario. Il aurait été possible, pour le gouvernement du Manitoba, d'accorder, dans les limites des lois existantes, un statut d'hôpital à la clinique, mais il ne l'a pas fait.
Le prochain stade de la mobilisation pour le droit à l'avortement doit être une campagne nationale coordonnée. Une coordination régulière existe déjà entre les provinces de la Colombie britannique, du Saskatchewan, du Manitoba et de l'Ontario, qui ont du matériel de propagande et des revendications communes et centrent leurs activités et leur propagande sur les cas test des cliniques de Toronto et de Winnipeg.
La journée d'action prévue pour le 1er octobre, centrée sur le libre choix en matière d'avortement, constituera la prochaine initiative organisée par le mouvement. Elle mettra en avant les revendications suivantes: droit des femmes à choisir librement, retrait de la loi sur l'avortement du Code criminel, légalisation des d'avortement indépendantes. actions sont déjà prévues dans de villes, Winnipeg, Toronto, Ottawa, Montréal, Halifax, etc. Les organisateurs reçoivent quotidiennement des informations concernant d'autres actions envisagées. Cette initiative sera la première action nationale sur l'avortement organisée par le mouvement des femmes depuis 1970.
La lutte pour gagner, défendre et étendre le droit à l'avortement a été, au niveau international, l'une des luttes principales du mouvement des femmes. L'ampleur du soutien dont bénéficie cette
campagne aujourd'hui au Canada montre combien grandes ont été les avancées pour gagner un soutien des masses en faveur des droits des femmes, tout au moins sur ce point précis.
UNE LUTTE TRES IMPORTANTE
Judy Rebick explique l'importance acquise par ce mouvement au Canada: « C'est la lutte la plus importante dans laquelle le mouvement des femmes s'est engagé depuis que j'y participe. (...)
" En premier lieu, je pense que la question de l'avortement est une question vitale pour la libération des femmes. Les droits concernant le contrôle des fonctions reproductrices sont fondamentaux, car si nous ne pouvons pas contrôler le fait d'avoir ou non des enfants, cela signifie que nous ne contrôlons pas nos propres vies, cela même dans le cadre d'une société capitaliste. Un contrôle des naissances totalement sûr, universel, apparaît clairement comme la meilleure solution, mais dans la mesure ou celui-ci n'existe pas, il nous faut avoir la possibilité d'avorter.
« L'attaque contre le droit à l'avortement n'est guère que le sommet de l'iceberg face à l'attaque contre les droits démocratiques à laquelle on assiste. Ce mouvement est à l'avant-scène de la lutte contre cette attaque plus générale qu'est la tentative, dans le contexte actuel de crise économique, de reprendre les droits que nous avons conquis. Grâce au soutien que nous avons gagné, nous sommes désormais en mesure de transformer ce qui était au départ une lutte défensive en une lutte offensive. Se battre pour l'ouverture de cliniques permet d'avancer vers la reconnaissance du droit des fem-
« En second lieu, tout cela a des implications importantes pour ouvrière en général, et pas seulement parce qu'elle est composée pour moitié de
Jusqu'à présent, n'est accessible qu'aux femmes qui ont de l'argent. Cette lutte est donc véritablement favorable aux femmes de la classe ouvrière, car ce sont précisément elles à qui, de fait, le droit d'avorter est dénié. Ainsi, dans un sens politique plus large, cette lutte pour les droits des femmes et les droits de l'homme en général, pour la défense des droits acquis, profite directement à la classe ouvrière dans sa totalité.
« En troisième lieu, il n'est pas très courant au Canada de voir un mouvement social indépendant du mouvement syndical s'affronter de cette manière au gouvernement. Notre mouvement a refusé de toutes sortes : ouverture du courrier par la police, menaces de mort, descentes de police, menaces d'emprisonnement à vie.
« Notre lutte, telle qu'elle a été menée, peut servir d'inspiration au mouvement ouvrier, elle témoigne aussi du fait qu'il existe, à côté du mouvement ouurier, d'autres secteurs qui, dans la société, sont prêts à lutter. L'alliance qui s'est mise en place entre le mouvement ouvrier et divers mouvements sociaux, en Colombie britannique pour lutter contre sa législation antisyndicale sévère et les restrictions budgétaires marque un pas de plus dans ce sens. Et ici aussi, dans la lutte pour le droit à l'avortement, on voit le mouvement des femmes et le mouvement ouvrier se rejoindre sur une question objet de polémiques, une question qui n'est pas strictement reliée au monde du tra-
« En fin de compte, la campagne a abouti à unifier et politiser le mouvement des femmes. Il y a eu de nombreux débats durant toute l'année passée sur la stratégie et la tactique à adopter. Les femmes qui, il y a encore deux mois, me disaient :
"Je ne crois pas aux manifestations, elles n'ont aucun effet" ; ont pu voir comment, une semaine après notre manifestation, un juge déclarait : "Je ne veux pas faire de ces hommes des martyrs ; vu le climat social, je vais les relâcher." Qui peut dire maintenant que les manifestations n'ont aucun effet? Aujourd'hui, les effets en sont manifestes, à un point même rarement atteint, car il s'agit d'une question brûlante, qui a sur la population un impact absolument énorme. »
Penny DUGGAN 25 septembre 1983.