IRLANDE du référendum tement référendum organisé en République d'Irde « oui » contre 48,09 % de ce et son pouvoir sur la scène politique n'ont cessé de décroître depuis lors.
LA SIGNIFICATION
DE L'AMENDEMENT La victoire pour les évêques impliquée par les résultats du récent référendum semble devoir n'être que de courte durée. C'est là un point de vue partagé par toutes les forces engagées dans la Campagne contre l'amendement (AntiAmendment Campaign, AAC). Cette analyse est-elle simplement une tentative de chercher un réconfort à peu de frais ? Le meilleur moyen de répondre à cette interrogation est de se demander non pas ce que dit l'amendement, mais de recher-
Uses implications mendement est censé interdire les avorte-
1. Pendant la campagne électorale de 1982, le Fine Gael et le Fianna Fail s'étaient engagés à organiser un référendum afin d'ajouter à la Constitution un amendement interdisant à jamais la légalisation de l'avortement, déjà proscrit depuis 1861. Le Fine Gael devait ensuite se prononcer contre la formulation dudit amendement. La campagne pour l'introduction de cet amendement a été lancée par des organisations soutenues par la hiérarchie catholique, dont les plus importantes sont la Campagne en faveur de l'amendement pour la vie (TLAC) et la Société pour la défense de l'enfant à naître (SPIEC), qui comptent parmi leurs dirigeants d'éminents gynécologues du pays.
ments, mais l'avortement est déjà un acte illégal depuis la loi de 1861 votée au Parlement de Westminster, alors que l'ensemble de l'Irlande était encore une colonie britannique. Il y a deux ans, lorsque la campagne en faveur de l'amendement a démarré, dix femmes irlandaises par jour se rendaient en Grande-Bretagne pour se faire avorter. Sans doute, le 7 septembre a-t-il vu un nombre équivalent de femmes faire de même, et sans doute en est-il ainsi aujourd'hui comme il en sera encore de même dans l'avenir.
L'introduction d'un amendement contre l'avortement dans la Constitution n'a de sens que si les « avortements invisibles » en Irlande sont soumis à un coup d'arrêt. Lorsque la campagne en faveur de l'amendement a démarré, elle a mis à jour un dessein particulièrement odieux chez ses défenseurs : un changement constitutionnel qui aurait dû permettre à n'importe quel citoyen, au nom de la « situation sans défense » du fœtus, traduire en justice, en la dénonçant, toute femme suspectée de vouloir aller avorter en Grande-Bretagne. Les implications en auraient été dramatiques : tests de grossesse dans les aéroports, peines de prison pour les femmes enceintes, etc. Si une grande partie de la population irlandaise est opposée à l'avortement, signifie nullement qu'elle aurait avalisé ce types de mesures extrêmement réaction-
Les forces en faveur de l'amendement ont peu à peu abandonné cette idée. En fin de campagne, elles ont même prétendu que l'amendement n'affecterait aucunement la juridiction présente et la pratique médicale en vigueur ... ce qui, si cela était vrai, rendrait toute leur campa-
Ce n'était d'ailleurs pas là le seul but poursuivi par les défenseurs de l'amendement dont l'intégration à la Constitution va encourager ceux qui, à droite, aimeraient fermer les cliniques qui dirigent vers la Grande-Bretagne les femmes désirant se faire avorter. Se préparer à riposter à de telles attaques apparaît aujourd'hui comme une tâche prioritaire à ceux qui se sont mobilisés contre l'amende-
D'un autre côté cependant, les leaders des grands partis politiques ont été quelque peu effrayés par leur alliance avec l'extrême droite sur cette question. Au fur et à mesure que les résultats du référendum arrivaient, des membres du Parlement opposés à l'avortement ont multiplié les déclarations pour affirmer, de manière hypocrite, qu'ils que les restrictions concernant la contraception devraient être modulées, qu'il la question du divorce, réformer les lois sur les enfants illégitimes, etc. L'ampleur de la campagne contre l'amendement les a forcés a opérer ces retraites. Les sondages d'opinion montrent, par exemple, qu'il y a maintenant une majorité de deux contre un en faveur de l'abolition de l'interdiction du divorce inscrite dans la Constitution. Il y a deux ans, le chiffre était de un contre un. Il pourrait même y avoir un référendum sur le divorce au moment des élections européennes de juin 1984.
LES PARTIS POLITIQUES
ET LE RÉFÉRENDUM Le principal parti gouvernemental, le Fine Gael, bien qu'étant favorable à l'introduction d'un amendement sur la question de l'avortement dans la Constitution, s'est opposé à sa formulation. Garret Fitzgerald, leader du parti et premier Ministre, a appelé à voter « non ». Cependant, son parti a été sérieusement affecté par des divisions internes, suffisamment profondes pour que puisse être remise en cause sa capacité à rester au gouvernement jusqu'à la fin de son mandat.
Si ce gouvernement tombe, la classe sera confrontée à de graves problèmes. De juin 1981 à novembre 1982, en l'espace de dix-huit mois, il n'y a pas eu moins de trois élections générales pour tenter de parvenir à mettre en place un gouvernement stable. Un effondrement précoce de la coalition actuelle entre le Parti travailliste et le Fine Gael ouvrirait une nouvelle période de crise et d'instabilité gouvernementale, et cela à un moment où la bourgeoisie a besoin de mettre en œuvre une politique de fermeté.
Le principal parti d'opposition, le Fianna Fail, espère tirer profit de cette crise. Conformément à ses traditions de parti nationaliste bourgeois, il a fait preuve d'une unité parfaite en faveur du « oui ». Et conformément aussi à son opportunisme, ses dirigeants ont été les premiers à faire de grandes déclarations sur la nécessité de changer les lois sur le divorce et la contraception.
Comme le Fine Gael, le Parti travaila été traversé par de divisions à propos du référendum. Au vu des résultats, il va enregistrer une perte d'influence, sur sa droite comme sur sa gauche, influence par ailleurs déjà bien entamée du fait de sa participation à un gouvernement dont la politique est nettement dirigée contre la classe ouvrière.
Dans cette situation, le grand gagnant sera vraisemblablement le Workers Party (Parti des travailleurs, formation réformiste issue d'une scission du Sinn Fein dans les années 1970, très antirépublicaine), qui a pris une position claire mais tout à fait opportuniste contre l'amendement, déclarant que celui-ci rendrait, de par ses motivations confessionnelles tholiques, la Constitution vis-à-vis des protestants. Il a par ailleurs refusé de rejoindre l'AAC, sa prise de position étant motivée par des raisons élec-
Le Sinn Fein, principal parti anti-impérialiste, ne s'est pas engagé du tout dans la campagne, du moins officiellement. S'il était opposé à l'amendement, il n'appelait pas pour autant à voter « non », dans la mesure où il ne reconnaît pas la Constitution et donc ne participe pas, de façon generale, aux élections.
participation individuelle de certains militants du Sinn Fein à la campagne, ni la présence de tous les autres petits partis anti-impérialistes à l'AAC n'ont pu effacer le dommage qu'il a causé au mouvement nationaliste et anti-impérialiste par rapport à ceux qui attendaient de sa part des réponses sur les questions sociales, politiques et économiques. Le soutien apporté par le Fianna Fail à la campagne en faveur du « oui » était accompagné de la rhétorique « républicaine » rituelle et hypocrite. En fin de compte, tout cela a conduit à développer davantage l'idée que républicanisme et catholicisme ne font qu'un.
Pour le futur, une leçon doit être me républicain ne signifiera jamais rien tant qu'un soutien actif ne sera pas apporté à tous les opprimés en Irlande. Seule cette démarche peut permettre de faire avancer la cause de l'unité de l'Irlande. Les femmes veulent des réponses immédiates sur la question de leurs droits, et elles ne seront pas convaincues par des promesses sur ce qui adviendra lorsque la domination de la Grande-Bretagne sur l'Irlande aura pris fin. Le référendum à venir sur le divorce sera un test à cet
De façon plus générale, les résultats du référendum ont représenté un certain succès pour les forces opposées à l'amendement, des dizaines de milliers d'électeurs irlandais l'ayant rejeté, par leur vote.
Le nombre élevé d'électeurs ayant voté « non » montre de toute façon que la question n'est pas définitivement close, et il apparaît dans une certaine mesure comme un revers pour la droite extrémiste favorable à l'amendement, qui attendait un résultat dérisoire de ses adversaires. La question de l'avortement et du droit des femmes à choisir est appelée à être de plus en plus discutée en Irlande.
De ce point de vue, parallèlement à la proposition d'organiser une conférence destinée à préparer les futures campagnes de défense face aux attaques contre les centres de planning familial, contre les femmes, etc., la mise en place d'un Tribunal international apparaît comme une pour dénoncer les crimes contre les femmes. Un tel tribunal, chargé d'examiner contre les femmes irlandaises au regard de leur droit à contrôler leur propre corps leur permettrait de tisser des liens avec le mouvement international des femmes, qui a déjà eu à faire face à ce genre d'attaques dans de nombreux pays. Il apparaîtrait également pour ouvrir le débat sur le droit des femmes au libre choix d'avoir des enfants, en faisant la liaison entre le droit à la contraception et
Aine FURLONG Dublin, septembre 1983.