de l'étranglement politico-économique marquée, depuis plusieurs mais, par l'accroissement de A politique de l'impérialisme en Amérique centrale est
' l'engagement militaire des Etats-Unis dans la région. La récente intervention de l'impérialisme US Jeannette HABEL
La stratégie politico-militaire américaine allie l'intensification des préparatifs de guerre avec la mise en route de manœuvres diplomatiques, dans le but d'acculer les révolutionnaires salvadoriens et nicaraguayens au dilemme d'un choix entre l'intervention militaire impérialiste et la capitulation politique à ses exigences. Dans tous les cas, il s'agit d'extirper le « cancer » révolutionnaire qui ronge l'Amérique centrale, et l'impérialisme US met en place un dispositif à cet effet. LA MISE EN PLACE D'UN DISPOSITIF
MILITAIRE REGIONAL Le Honduras a été transformé en base militaire régionale. Un centre régional d'entraînement militaire (CREMS) У est implanté pour prendre la relève de l'Ecole des Amériques de la zone du canal de Panama, qui doit fermer à la fin de l'année 1984, après avoir formé près de 50 000 officiers des armées de tous les pays du sous-continent latino-américain. Déjà, 2 500 soldats salvadoriens formés aux méthodes de la lutte antiguérilla par des « bérets verts » américains à Puerto Castilla sont rentrés au Salvador, et un millier d'autres participent à un nouveau cycle d'entraînement. Depuis le début, en août 1983, des manœuvres conjointes américano-honduriennes appelées Ahuas Tara II, 3 200 soldats américains auxquels se sont ajoutés 2 000 marines en novembre, stationnent sur le territoire hondurien. Le député hondurien démocrate-chrétien, Efrain Dias, reconnaît qu'il s'agissait d'une véritable « occupation militaire ». Bien que le Pentagone ait présenté ces manœuvres, qui doivent durer six mois, comme un exercice de routine dans le cadre d'un accord signé avec le Honduras il y a presque 30 ans, jamais autant de soldats américains (plus de 5000) n'avaient été mobilisés dans ce pays pour aussi longtemps. Si le Honduras est l'épicentre de la contre-offensive américaine, les autres pays de l'isthme centro-américain ne sont pas oubliés dans le dispositif régional.
Au Guatemala, le récent coup d'Etat du général Mejias a permis d'éliminer le général Rios Montt, personnage trop Mon personnage trop
La révolution dans l'étau
de l'intervention militaire et
à Grenade a valeur incontrôlable pour l'oligarchie. L'installation du général Mejias au pouvoir coïncide avec la réactivation du Condeca (Conet l'entraînement de soldats salvadoriens au Guatemala même, par une armée expérimentée qui a plus de 20 ans de pratique dans la lutte antiguérilla.
Au sud, les attaques aériennes lancées ces derniers mois contre le Nicaragua sont organisées à partir du Costa Rica et bénéficient de l'appui de la garde rurale nationale, tandis que de larges secteurs du parti gouvernemental apportent leur aide au traître Eden Pastora (2). Le ministre des Affaires étrangères du Costa Rica a même évoqué, lors d'un conseil de l'Organisation des Etats américains (OEA), le 4 la possibilité recours au Traité interaméricain d'assistance réciproque (TIAR), dit aussi Traité de Rio, contre le Nicaragua. Alors même que le 15 septembre, le président socialdémocrate Luis Alberto Monge décrétait la « neutralité » du Costa Rica, des centres contre-révolutionnaires d'entraînement existent dans ce pays.
La réactivation, le ler octobre, du Condeca, lors d'une rencontre à laquelle participaient le Guatemala, le Honduras, le Salvador et le chef de la garde nationale de Panama, en présence du chef du commandement sud des troupes US en Amérique latine, est une étape de plus dans l'unification des forces contre-révolutionnaires. Cette relance du Condeca est liée à la difficulté rencontrée par l'impérialisme d'utiliser le TIAR guerre des Malouines. En effet, contrairement à la lettre de ce traité, les USA se sont alors rangés du côté de l'agresseur britannique contre la nation latino-américaine agressée. Après le gel du Condeca consécutif à la guerre de 1969 entre le Salvador et le Honduras, dite guerre « du football », les USA ont dû d'abord régler le contentieux entre ces deux pays pour pouvoir réactiver cet accord et réaligner le Panama sur la diplomatie américaine.
Avec la renaissance de cet organisme, la remilitarisation du « triangle nord » (Honduras, Salvador, Guatemala) permet dont le but est de préparer l'intervenamericain a convoque, a tegucigalpa,
AMERIQUE CENTRALE d'avertissement pour toute l'Amérique centrale, pour les révolutionnaires salvadoriens, nicaraguayens, guatémaltèques, qui osent défier l'administration Reagan et le Pentagone. dernier, une réunion d'urgence des chefs militaires du Guatemala, du Salvador, du pour discuter — d'après les propos d'Adolfo Calero, leader des Forces démocratiques nicaraguayennes (FDN) (3) — d'un plan d'invasion du Nicaragua et du Salva-
L'INVASION DE GRENADE, TEST
POUR UNE INTERVENTION MILITAIRE EN AMÉRIQUE CENTRALE
Le débarquement des marines à Grenade, le 25 preuve du fait que l'impérialisme US n'est pas disposé à tolérer un régime révolutionnaire au Nicaragua et les menaces d'extension de la révolution en Amérique centrale qui en résulteraient. Le problème, pour l'administration de Ronald Reagan, est de trouver les moyens d'enrayer le processus révolutionnaire en limitant au minimum le coût politique et humain d'une participation directe des troupes US. C'est pourquoi, dans la phase actuelle, les USA tentent de combiner les préparatifs militaires des armées centro-américaines et les pressions économiques et
Mais il ne fait aucun doute que l'impérialisme américain est engagé dans un engrenage militaire qui vise à défendre ce frontière ». En février 1982, Reagan avait déclaré que la région constituait « une artère commerciale et stratégique absolument capitale pour les USA. Près de la moitié de notre commerce, les 2/3 de nos
1. Le Conseil de défense centro-américain (Condeca) est un traité de défense nationale mis en place, en 1963, à la suite de la victoire de la révolution cubaine, sous la direction du dictateur nicaraguayen Anastasio Somoza, afin de coordonner les actions contre la « subversion » intérieure. Il a été enterré après la guerre dite « du football », en 1969, entre deux de ses membres, le Salvador et le Honduras.
2. Eden Pastora, connu comme le commandant « Zéro ». ancien dirigeant de la guérilla du Front sandiniste. Après la victoire, il fut nommé responsable des milices populaires. Il a quitté le Nicaragua en 1982 et s'est engagé dans le combat militaire contre-révolutionnaire depuis des bases situées au Costa Rica.
3. Organisation contre-révolutionnaire composée d'ex-somozistes et dont les bases sont situées au Honduras.
importations de minerais d'intérêt stratégique passent par le canal de Panama ou le golfe du Mexique. Le Salvador est plus près du Texas que le Texas du Massachusetts ». De la sécurité de la zone dépendent donc les « intérêts vitaux » des USA. Cette politique a été synthétisée plus clairement encore par le sous-secrétaire d'Etat à la Défense, Fred C. Ikle, qui affirmait, en septembre : « Nous devons empêcher la consolidation du régime sandiniste au Nicaragua, car il se transformerait en arsenal pour l'insurrection. Si nous ne pouvons l'empêcher, alors nous devons nous préparer à la partition de l'Amérique centrale. Une telle situation nous forcerait alors à établir une nouvelle ligne de front dans le conflit Est-Ouest, ici, sur notre continent. » (International Herald Tribune du 13 septembre 1983). Au cas où le Congrès américain refuserait d'accroitre l'aide US à la contre-révolution, « la seule façon de protéger les démocraties pourrait être, pour les USA, de déployer des forces dans ces pays, comme en Corée ou en Allemagne de l'Ouest », déclara aussi Ikle. Le but affiché est clairement d'empêcher la consolidation du régime sandiniste, la discussion portant ensuite sur les meilleurs moyens d'y parvenir.
Cette appréciation est pourtant contestée aux USA par certains porte-parole de la bourgeoisie américaine qui appréla situation économique et dramatique. Les pays de l'isthme sont en effet impliqués dans la guerre, alors même que les conséquences économique situation sociale explosive.
DES OPTIONS DIFFÉRENTES DANS
L'ADMINISTRATION AMERICAINE ?
Dans ces conditions, toute intervention militaire doit répondre à plusieurs questions qui sont au centre des réflexions de l'administration américaine et du Pentagone : a) est-il possible de ne faire que les troupes du « triangle sans aide directe des marines? b) sinon, comment faire en sorte que l'intervention soit rapide et efficace, et que les soldats américains ne s'enlisent pas comme au Vietnam ? c) quelles possibilités y a-t-il d'établir un gouvernement provisoire sur une portion du territoire nicaraguayen « libéré », qui bénéficie d'un appui social assez large pour permettre, end'imposer une véritable symétrie avec le Salvador et, en particulier, d'exiger, comme le propose Reagan, « la dissolution de l'armée sandiniste (EPS) et sa fusion-recomposition avec les forces belligerantes contre-révolutionnaires » de 1 Alliance révolutionnaire démocratique (ARDE) (4) et de la FDN ? d) quelles peuvent être les conséquences d'une intervention sur les élections présidentielles américaines de l'automne 1984, en particulier sur la réélection de Reagan? A ces questions, les cercles dirigeants US n'apportent pas tous la même réponse.
Des secteurs du Parti démocrate, plusieurs Eglises, certains intellectuels, considèrent qu'il faut tirer les leçons du passé et réorienter la politique US en abandonnant la perspective d'une solution militaire qui serait en définitive contraire aux intérêts à long terme des USA, d'une solution politique négociée accompagnée de réformes économiques et socia-
Des responsables du Parti démocrate font des propositions qui s'incrivent dans le cadre de la plate-forme électorale de ce parti pour 1984. Ils préconisent une alliance avec le Mexique et le Venezuela pour engager des négociations, cesser l'aide à la « subversion » et « réconcilier » l'opposition nicaraguayenne — y compris celle qui est à l'extérieur — avec le gou-
Pour le sénateur Leogrande (5) (consultant du Parti démocrate), la politique de Reagan est contraire aux intérêts compris de l'impérialisme, car elle radicalise la révolution et détériore les rapports des USA avec leurs alliés latino-américains et le tiers-monde, ce qui revient, en fait, à redorer le blason de l'URSS. Leogrande estime que le choix politique des USA porte sur deux options différentes, la première prenant le risque d'une victoire militaire des révolutionnaires, qu'il considère comme probable au Salvador, ce qui aura pour conséquence que les USA devront traiter avec les artisans de la victoire militaire, tandis que l'autre option consiste à miser sur une solution politique négociée qui permette de porter au pouvoir les hommes qui auront été les artisans du dialogue et de la négociation.
permettrait de « qu'au Salvador comme au Zimbabwe, la guerre civile débouche sur des élections libres et démocratiques ». Cette politique, plus conforme aux intérêts des bourgeoisies latino-américaines, est d'ailleurs celle que défend le groupe de la Contadora (6).
Le choix actuel de l'administration Reagan repose sur la conviction qu'il est dans les conditions actuelles, pour désamorcer le conflit centro-américain en menant à bien les réformes nécessaires. De telles réformes supposeraient, en effet, un changement important des de forces entre l'oligarchie et l'armée d'un côté, et, de l'autre, les secteurs de la bourgeoisie intéressés à une autre politique économique, l'élargissement du marché intérieur, l'augmentation de la demande par la mise en route de réformes économiques et sociales et d'abord la réforme agraire, l'intervention acerue de l'Etat pour aider les investissements.
Reagan a done mené une politique d'agression multiforme, sur la puissance militaire. LES OBJECTIFS DE LA CONTADORA
ET DE L'INTERNATIONALE SOCIALISTE Pourtant, cette politique interventionniste se heurte aux intérêts de cerlatino-américaines. Comme l'a déclaré le président colombien Belisario Betancur, « ceux qui pas les racines sociales des politiques latino-américaines ou les attribuent a des causes ideologiques dans la confrontation Est-Ouest, sement les graines du chaos et de la guerre » (El Pais, 8 octobre1983). Le président mexicain, Miguel de la Madrid, ne dit pas autre chose lorsqu'il dénonce le danger « des démonstrations de force qui menacent de provoquer une conflagra-
C'est cette interprétation qui fonde la démarche du groupe de la Contadora, qui préconise une solution négociée du conflit centro-américain et la mise en œuvre d'un « plan de développement pour la paix » dans l'isthme. Un tel plan a pourtant peu de chances de voir le jour, tant les possibilités de l'imposer aux oligarchies locales sont illusoires et tant la profondeur de la crise est grande. Le préde la Banque centrale du Costa Rica et porte-parole des Etats centro-américains a, lors de la réunion de la Banque inter-américaine de développement (BID), à Bruxelles en septembre de cette année, évalué entre 20 et 23 milliards de dollars les investissements nécessaires d'ici à 1990 pour que le Costa Rica, le Guatemala, le Honduras, le Salvador et le Nicaragua retrouvent leur niveau de vie de ... 1980. La possibilité de mettre en œuvre un tel plan de développement se heurte à des obstacles de taille, aussi bien politiques et économiques que sociaux.
L'opposition l'oligarchie à la moindre réforme accroît l'explosivité sociale. C'est la raison pour laquelle sa domination ne peut se maintenir que sous la forme de dictatures militaires qui scellent forces armées, grands latifundistes et la bourgeoisie pro-impérialiste, et garantissent ses privilèges, notamment quant a la propriété foncière. Toute l'expérience récente en Amérique
Best marquée par l'échec des tentatives de réforme agraire. Au Salvador, par exemple, il y avait, en 1980, 300 000 tamilles sans terre, soit pres de 2 millions de Salvadoriens. 76 000 d'entre elles devaient profiter de la réforme en devenant membres de coopératives sur des exploitations de plus de 500 hectares ou propriétaires des lopins de terre qu'ils auparavant. Cette « réforme dépassé son initial. Elle est totalement paralysée depuis les élections de mars 1982, qui ont donné naissance à un gouvernement de coalition entre la Démocratie-chrétienne
4. Le directoire de l'ARDE était composé d'Alfonso Robelo du Mouvement démocratique nicaraguayen (MDN), d'Eden Pastora du Front révolutionnaire Sandino (FRS), jusqu'à son départ du pays, du Misurasata (Unidad Sandinista de Misquitos Sumas y Ramas) et d'un courant social-chrétien qui vient de s'y intégrer et qui provient du Parti social-chrétien du Nicaragua.
5. William Leogrande: « L'impasse dorienne ». paru dans Politique internationale. numéro 20. Consultant auprès du comité du Parti démocrate au Sénat.
6. Nom de la petite ile de la Contadora. proche de Panama, où ce groupe fut fondé au début de l'année 1983 par la Colombie, le Venezuela, le Mexique et le Panama. Il est appuyé dans ses options politiques par les partis sociaux-démocrates cains de l'Internationale socialiste.
(Arena, parti extrémiste de droite). Ce parti contrôle le ministère l'Agriculture et les organismes chargés d'appliquer la réforme ... qui se sont empressés de bloquer les crédits destinés
Dans ce contexte, une politique réformiste qui mette l'accent sur une augmentation de l'aide économique et une diminution de l'aide militaire est d'autant moins crédible que la corruption prend des proportions gigantesques. Le dernier scandale en date a eu lieu au Honduras, où 200 tonnes de lait données par la Communauté (CEE) et destinées aux enfants des écoles subtilisées par le ministre de l'Education, qui les a mises en vente au lieu de les distribuer gratuitement. Et ce, dans un pays où, d'après le trésorier de la Fédération syndicale des travailleurs du nord du Honduras, « toutes les 20 minutes un enfant meurt de malnutrition ».
C'est pourquoi l'existence et les progrès de la révolution nicaraguayenne sont effectivement un défi pour l'impérialisme et les oligarchies locales, ses acquis sociaux réalisés en quatre ans rendant crédible la lutte pour une autre société.
Le groupe de la Contadora, créé il y a maintenant presque un an, cherche à empêcher une intervention militaire qui aggraverait la situation en Amérique centrale et sur le reste du continent. « La propagation de l'incendie à tous les pays du bassin de la Caraibe ... voire à tout l'hémisphère », comme l'a déclaré le président colombien, menacerait alors directement ces bourgeoisies au pouvoir. C'est pourquoi leur objectif est d'éviter une intervention militaire directe, en jouant un rôle politique et diplomatique autonome en défense de leurs intérêts économiques et commerciaux propres.
Les forces révolutionnaires peuvent tirer profit de ces différences d'intérêts entre les USA et certaines bourgeoisies latino-américaines. Mais, dans la dernière considérable, Mexique et du Venezuela, a facilité les pressions du FMI et aggravé la tutelle de l'impérialisme. La défense de leurs intérêts propres, qui sous-tend leur volonté de jouer un rôle de médiateurs dans la région, est rendue plus difficile. La crise économique et la chute des revenus pétroliers ont compromis le projet de « nouvel ordre économique régional » de Carlos Andres Perez (7), qui supposait l'instauration de démocraties pluralistes et le maintien du système économique en vigueur.
Pour rétablir la paix en Amérique centrale, la Contadora met l'accent sur la nécessité de parvenir une solution politique négociée faisant l'économie d'une intervention militaire, par la combinaison de pressions politiques, économiques et diplomatiques, afin d'amener, au Salvador, le FMLN à accepter de participer aux élections de 1984, dans la perspective d'établir un gouvernement de coalition représentatif qui pourrait négocier un cessez-le-feu, restructurer les forces armées, et mener ensuite à bien une politique de réformes. Au Nicaragua, il s'agit prétexte de « démocratiser » le pays en y organisant là aussi des élections — d'obliger le FSLN à faire marche arrière.
ETABLIR UN PARALLELE ENTRE
LE NICARAGUA ET LE SALVADOR
Selon la Contadora, il y aurait, dans ces deux pays, deux dictatures « totalitaires », toutes deux confrontées à une opposition extérieure et intérieure légitimes, qu'il faudrait « réconcilier » avec la nation pour retrouver la paix. Cette « réconciliation » pourrait s'effectuer grâce à la participation de tous les secteurs à des élections, le renforcement de la démocratie passant dans chacun des pays par le suffrage universel.
Cette symétrie des négociations régionales a commencé à se mettre en place : le voyage de Stone, ses rencontres avec le FDR salvadorien reconnu de facto comme force belligérante, légitiment des contacts ultérieurs avec d'autres forces belligérantes (contre-révolutionnaires) au Ni-
Mais elle implique un réajustement de la politique menée à leur égard.
L'ARDE, interlocuteur plus « valable » et plus honorable que les gardes somozistes de la FDN, était considérée jusqu'à présent par la CIA comme peu
Men raison du comportement jugé « irresponsable » principal dirigeant. Elle bénéficie désormais d'un appui financier beaucoup plus important, d'un appui militaire fourni par la CIA via Iscaël (Inforpress, tembre 1983), dont les effets se sont faits sentir récemment lors des attaques contre l'aéroport de Managua, qui ont coïncidé avec les raids de la FDN contre les dépôts de pétrole de Puerto Sandino. Bien que les partisans de TARDE aient nié toute coïncidence, les porte-parole de la FDN au Honduras ont déclaré avoir été préalablement informés de l'attaque de l'aéroport de Managua (International Herald Tribune, 30 septembre 1983), la CIA ayant fourni des bateaux à la FDN et des avions à l'ARDE (Latin America Weekly
21 octobre 1983). Robelo a confirmé que son organisation, le MDN, était « mieux comprise » par les USA, tout en précisant que des appuis financiers lui viennent de nombreux pays, notamment du Venezuela, du Mexique, de la Colombie, principaux acteurs du groupe de la Contadora (Le Monde, 22 sep-
A cette aide matérielle s'ajoutent des initiatives destinées à élargir la représentativité politique de l'ARDE et sa base sociale à l'intérieur du pays. Le ralliement d'une fraction du Parti social-chrétien nicaraguayen devrait élargir son audience internationale aux démocrates-chrétiens, préciser les contours politiques des secteurs de l'opposition au régime dans la perspective d'un gouvernement provisoire d'unité nationale qui regrouperait des forces allant des partis de droite à la
D'autres forces politiques se réalignent en fonction des échéances, comme l'indique la création récente de la Sodeca (Social-démocratie d'Amérique centrale) (Inforpress, 22 septembre 1983) à fin septembre, comprenant le parti Action démocratique (AD) du Salvador (parti à l'Assemblée constituante, défenseur de la libre entreprise, dirigé par Magana dont le gouvernement fut renversé dans les années 1960 par les militaires), le PSD du Nicaragua (parti d'opposition membre de la Coordination démocratique « Ramiro Sacasa» en contact avec l'ARDE) (8) et le Parti d'action populaire (PAPO) du Panama. La Sodeca se propose d'établir une coordination directe des sociaux-démocrates dans la région et d'inviter les partis dont l'orientation lui serait proche, pour qu'ils s'intègrent à l'organisation. Aucun des partis membres de la Sodeca n'appartient à l'Internationale socialiste (IS), bien que la Sodeca se réclame de la social-démocratie. Au Salvador, le parti reconnu par l'Internationale socialiste est le Mouvement national révolutionnaire (MNR), membre du FDR. Au Nicaragua, le FSLN a un statut d'observateur. L'Internationale socialiste voit d'un assez bon œil un élargissement à droite de ses forces politiques dans la région, qui marges de manœuvre propres face au FSLN et au FMLN.
Les dernières semaines ont vu se préciser les exigences de la Contadora et de l'IS à l'égard du Nicaragua. Elles ont porsur l'avancement de la date des élections et la nécessité de négociations régionales, et non bilatérales comme le demandait le FSLN. Ceci a été confirmé par Carlos Andrès Perez, ancien président du Venezuela et représentant de l'IS, qui a expressément demandé au FSLN d'avancer le calendrier politique de la « normalisation » du Nicaragua à 1984 au lieu de 1985, afin de « lever les doutes qui se sont formés sur le projet politique du sandinisme ». Cette exigence, janvier 1983 par la Coordination démocratique « Ramon Sacasa », a été exprimée de nouveau en octobre, à Madrid, à Tomas Borge sous forme d'un quasi-ultimatum (El Pais du 11 octobre 1983).
Ces faits sont dans la droite ligne des propositions Document d'objectifs examinées au début de septembre par la Contadora et les chanceliers de 5 pays d'Amérique centrale. Ce document vise à « garantir le libre accès de différents courants d'opinion aux élections » et « à promouvoir des actions de réconciliation na-
7. Secrétaire de l'Action démocratique 8. La Coordinadora regroupe trois partis (la CTN et la CUS), et le COSEP. Elle a décidé de ne pas participer à la discussion du projet de loi sur les partis, malgré les appels réitérés du FSLN.
tionale dans les cas où de profondes divisions se sont produites au sein de la société, en établissant des systèmes représentatifs et pluralistes » (Inforpress du 15
Parallèlement, l'impérialisme a précisé ses objectifs lors d'une rencontre qui s'est tenue le 10 novembre à Managua, dans un climat de tension extrême, entre Richard Stone et le coordinateur de la junte sandiniste. Alors que le Condeca étudiait les modalités d'une intervention militaire contre le Nicaragua, l'ambassadeur US proposait au FSLN d'engager un dialogue avec les forces de l'opposition armée au régime, afin d'apporter un remède aux pressions qui pèsent sur le pays. Son idée est « d'établir un dialogue entre les Nicaraguayens, semblable ou supérieur à celui qui existe entre les Salvadoriens » pour voir « s'il est possible de diminuer ou d'éliminer la violence et d'établir une démocratie pluraliste » (El Pais, 12 novembre 1983).
Complétant ces propositions, le 9 lors d'une New York, Alfonso avait précisé que le but, « après la victoire sur les sandinistes », était de reconstituer l'unité nationale en faisant entrer dans le gouvernement « des sandinistes, des libéraux, tous ceux qui seront prêts à mettre sur pied de nouvelles structures pour préparer des élections dans les six mois », en prenant pour modèle « ni Moscou, ni Washington, ni Castro, ni Pinochet, mais le Costa Rica, la plus prestigieuse et la meilcentrale » (le Monde, 12 novembre 1983).
Pour rendre ces propositions plus « convaincantes », le Pentagone a informé que, le 18 novembre, des exercices de débarquement de véhicules amphibies auraient lieu sur la côte du Honduras, accompagnés de mouvements de troupes en hélicoptère, dans le cadre des manœuvres conjointes honduro-américaines. Cet exercice ressemble beaucoup à une répétition générale.
L'objectif d'une intervention ne senécessairement une invasion généralisée, mais éventuellement la création d'un gouvernement provisoire sur une portion du territoire nicaraguayen. Reconnu par plusieurs pays, dont USA, il demanderait une aide militaire selon un scénario semblable à celui qui avait été envisagé lors de l'invasion de la baie des Cochons, à Cuba, en 1961. Certains des membres potentiels de ce gouvernement provisoire, tel Arturo Cruz, ont appartenu au gouvernement révolutionnaire et serviraient d'interlocuteurs aux sandinistes dans le cadre d'une solution négociée à la pointe des baïonnettes, qui imposerait, comme à la Grenade, une « démocratie prestigieuse », selon bonne mesure, les preséconomiques s'ajoutent aux pressions politiques et militaires. Le FMI a menacé le Mexique de bloquer les prêts qu'il lui octroie, si le gouvernement mexicain continuait à exporter du pétrole au Nicaragua, en dépit des retards de paiement du régime sandiniste. Le FMI a recommandé au Mexique de récupérer le paiement du mois de septembre, sinon le Fonds se verrait obligé de réviser les conditions de la renégociation de la dette extérieure mexicaine, qui est estimée à 80 milliards de dollars. La décision du empêcher la livraison de de brut au Nicaragua. Ce pétrole a pourtant finalement été livré, moyennant le paiement par le gouvernement de Managua de la somme de 2,5 millions de dollars, soit la moitié de la valeur de ses achats de pétrole mexicain. Le Nicaragua devra désormais mensuellement la moitié de ses achats de pétrole au Mexique, pays qui est son seul fournisseur de brut et auquel il doit environ 50 millions de dollars (El Pais, 3 octobre 1983).
Pour le cas où les arguments du FMI ne suffiraient pas, la FDN avait annoncé au Honduras sa décision de provoquer le naufrage de tout bateau mexicain qui livrerait du pétrole à Managua (El Pais, ler octobre 1983). Esso Standard se devait de prendre sa part à cette campagne, en refusant de transporter du pétrole au Nicaragua, compte tenu des risques de sabotage. Ainsi, le Nicaragua, assiégé de toutes parts, doit assurer la protection des pétroliers mexicains, vitaux pour lui, par des navires de guerre.
Les USA rappelent au Mexique et au Venezuela, au cas où ils l'oublieraient, que leurs ambitions régionales ont comme limite leur propre dépendance à l'égard de Washington, encore accentuée par la crise économique. Entre les pressions militaires, les pressions politiques, les pressions économiques, l'étau se resserre sur le Nicaragua.
LA POSITION DU FSLN Le FSLN appuie l'activité de la Contadora. Il considère que, quelles que soient ses limites, elle contribue à retarder une intervention militaire directe, élargit ses marges de manœuvre, lui permet de gagner du temps et de consolider la révolution,. Les révolutionnaires nicaraguayens ne comptent pas sur la Contadora pour défendre leur révolution, mais, climat de « va-t'en-guerre » qui règne à Washington après l'invasion de la Grenade, ils utilisent le répit que leur les manœuvres diplomatiques, quitte à prêter à la Contadora des positions politiques qui ne sont pas précisément les siennes. C'est ce qu'a aussi fait Fidel Castro, lorsqu'il a déclaré être « d'accord avec les propositions de la Contadora pour que soit recherchée une solution politique sur la base ... de la non-intervention dans les affaires intérieures des pays, ce qui suppose que chaque pays ait le régime politique de son choix : capitaliste s'il le préfère, socialiste si tel est son choix, ou un régime mixte, s'il le souhaite, si un régime mixte est possible » (Granma, 3 août 1983). Mais la Contadora ne laisse pas tout à fait au Nicaragua le choix de son régime politique, voilà le problème ...
Le discours de Fidel Castro rejoint le sens général des « Six points » proposés en juillet par le gouvernement nicaraguayen (cf. Inprecor numéro 156 du 12 septembre 1983). Ces propositions signifient la fin des manœuvres, la cessation du blocus, un accord bilatéral de non-agression entre le Honduras et le Nicaragua, et la cessation de toute aide militaire à des forces antigouvernementales en Amérique centrale. Mis à part ce dernier point, il est clair que si ces conditions étaient réalisées, la stabilité des dictatures latino-américaines et le pouvoir des oligarchies locales seraient vite menacés.
Le point le plus contestable de ces propositions concerne le Salvador, dans la mesure où il s'agit d'un engagement d'arrêt de fournitures d'armes et de toute aide extérieure aux forces en conflit avec le gouvernement. Toutefois, la diplomatie américaine a considéré ce dernier point comme non significatif, car « non vérifiable » (Latin America Weekly Report, 29 juillet 1983). Quant à la direction du FMLN, elle n'a pas pris de position publique. En tout état de cause, il est difficile de dire quelle serait la portée réelle d'un accord diplomatique de ce type.
Le deuxième cycle des manœuvres diplomatiques a été marqué par la réunion en septembre des chanceliers de la Contadora, ainsi que des cinq pays centro-américains, dont le Nicaragua. De cette réunion est issu un Document d'objectifs (parfois appelé Pacte de Panama) en 21 points, approuvé à la fois par le groupe de la Contadora, le Honduras, le Salvador, le Guatemala, le Costa Rica et le FSLN. Il représente, de la part de ce dernier, des concessions diplomatiques importantes. Le document mentionne : la réduction des armements et des effectifs militaires, la nécessité d'accords pour diminuer le nombre de conseillers militaires étrangers ; l'arrêt du trafie d'armes; l'arrêt de tout appui militaire ou logistique à des personnes ou organisations qui tentent de déstabiliser des gouvernements de la région ; le refus d'appuyer des actes de terrorisme et de sabotage; le respect des droits de l'homme et des droits civiques ; l'adoption de mesures qui garantissent une réelle participation populaire à la prise de décisions politiques des Etats, par le libre accès des différents courants d'opinion aux processus électoraux, l'impulsion d'actions de réconciliation nationale là où de profondes divisions internes se sont produites dans la société, et l'établissement de régimes pluralistes et représentatifs.
Mais quelle concrétisation peut avoir le souhait affirmé d'arrêter le trafic d'armes au Honduras et au Nicaragua, ou de cesser d'armer les mouvements qui « déstabilisent » les gouvernements? Et comment les gouvernements du Nicaragua et du Salvador pourraient-ils avoir une conception commune des actions réconciliation nationale? Enfin, comment accorder crédit à un document signé par le Honduras, militairement occupé par les USA, préparant une invasion contre le Nicaragua, mais qui affirme être favorable au retrait des bases militaires ? Comment croire aux affirmations du Guatemala ou du Salvador sur le respect des
droits de l'homme, l'arrêt des actes de sabotage et de terrorisme ? Le FSLN, confronté à une manœuvre diplomatique de grande envergure, semble avoir répondu à la manœuvre par la manœuvre, ce qui est de bonne guerre, mais ne va pas sans risques : la réconciliation nationale au Nicaragua, c'est la réconciliation avec l'ARDE et la FDN, et la constitution d'un gouveravec la « contra », autrement dit la capitulation et la fin de la révolution.
Les dirigeants révolutionnaires nicaraguayens ne sont pas tombés naivement comprendre leur référence au Document d'objectifs comme une manœuvre nécesdans cette diabolique machine à négocier. La garantie réside dans le fait qu'ils misent d'abord sur la force du peuple en armes pour défendre la révolution, comme le montre la mise sur pied des milices et du service militaire obliga-
Néanmoins, l'impérialisme n'a pas manqué de se saisir des propositions du Document d'objectifs pour donner une légitimité à la « contra », ce qui a obligé le FSLN à proposer, fin octobre, quatre projets de traités de paix. projets de traités abandonnent ce qui, dans le Document d'objectifs, pourrait enferrer le FSLN dans la négociation avec
Le premier traité bilatéral entre les USA et le Nicaragua prévoit le non-usage de la menace et de la force. Le deuxième traité de paix avec le Honduras garantit qu'il ne sera prêté aucune aide à des individus qui veulent déstabiliser l'autre gouvernement. troisième traité est un accord conjoint concernant le Salvador, qui engagerait les pays à suspendre toute assistance militaire aux parties en conflit. Le dernier projet engagerait les cinq pays latino-américains intérieures des autres nations signataires
Les différences entre ces projets et ceux de la Contadora, approuvés auparavant par le FSLN, sont importantes. Premièrement, parce que ces projets sont soumis comme « un tout indivisible, car l'omission de n'importe lequel d'entre eux affecterait le maintien des autres » (Agence nouvelle du Nicaragua, ANN, 2 novembre 1983). C'est un point décisif, car cela revient à dire qu'en échange de l'arrêt de toute intervention, et si le principe de la non-ingérence était respecté, le Nicaragua s'engagerait à ne prêter aucune aide à des forces qui voudraient renverser d'autres gouvernements. clair que si une telle situation devait se produire, personne ne se risquerait prêter longue vie à la dictature salvadorienne, et plus généralement aux oligarchies de l'isthme. Au Salvador, l'armée est tenue à bout de bras par les conseillers américains, la victoire des forces révolutionnaires ne tarderait pas. Deuxièmement, le FSLN a rompu l'engrenage diplomatique qui l'engageait dans la négociation avec la contre-révolution, et les références à la « réconciliation nationale » ont disparu. C'est pourquoi le porte-parole du Département d'Etat a accusé le Nicaragua de « s'éloigner » des propositions de la Contadora et d'en boycotter les démarches. En proposant des traités de paix, le FSLN essaye de déjouer les traquenards diplomatiques, malgré marges de manœuvre dérisoirement faibles.
En fait, le FSLN considère de plus en plus une invasion militaire comme inévitable. Selon Daniel Ortega, elle pourrait décembre, à la d'incidents frontaliers avec le Honduras, l'intervention l'armée hondurienne, l'appel au Condeca, l'occupation d'un morceau du territoire nicaraguayen, gouvernement provisoire que la contre-ré. volution n'a pas été capable d'imposer (ANN, 9 novembre 1983).
L'ARMÉE SALVADORIENNE
SUR LA DÉFENSIVE L'évolution de la situation au Salvador renforce les risques de guerre en Amérique centrale. Depuis deux mois, l'armée salvadorienne a subi de nombreuses pertes lors des combats avec la guérilla. La nouvelle offensive du FMLN, commencée au début du mois de septembre, l'a mise sur la défensive. Les meilleures unités, y compris les bataillons d'élite en provenance du Honduras, sont en difficulté. Les forces révolutionnaires estiment à 1 400 les tués, blessés, prisonniers ou disparus des forces gouvernementales en cinq semaines. Les subies par l'armée dépasseraient le nombre d'hommes rentrés au Salvador après avoir été entraînés par les « bérets verts » à Puerto Castilla. Les forces révolutionnaires seraient désormais aux portes de plusieurs villes de la zone économique vitale (Ee Monde diplomatique, novembre 1983). Début septembre, le FMLN attaquait San Miguel, troisième ville du pays. Fin octobre, il contrôlait la ville de Suchitoto, à 40 km de San Salvador, la capitale, ainsi que l'unique route d'accès à la ville. L'armée répliqua par des bombardements de civils, sans parvenir à reprendre l'initiative. Selon des conseillers améril'ensemble des affecté, depuis septembre, 9 provinces sur 14 (International Herald Tribune, 5-6 novembre 1983).
Les officiers américains s'interrogent sur la faible rentabilité des troupes d'élite entraînées au Honduras, qui sont la cible principale du FMLN, et s'inquiètent des sources d'information dont bénéficie le FMLN sur les déplacements de troupes et l'importance des forces envoyées en renfort qui, régulièrement, tombent dans des embuscades (International Herald Tribune, 7 septembre 1983). Le résultat, c'est la crainte des soldats de sortir de leurs casernes de peur de tomber dans ces
Le Pentagone cette situation. Fred Ikle, sous-secrétaire d'Etat à la Défense, vient de déclarer : « Avec les 64,8 millions de dollars approuvés pour 1984, nous n'avons pas les moyens d'améliorer leur capacité de riposter rapidement », et reconnaît que la mobilité de l'armée n'est pas suffisante pour répondre aux attaques de la guérilla. « On ne peut pas faire beaucoup plus pour améliorer les capacités des forces gouvernementales à répondre rapidement si nous ne fournissons pas plus d'hélicoptères et d'avions légers », a-t-il ajouté. (International Herald Tribune, 15 novembre 1983). Autant d'éléments qui confirment que des signes de démoralisation existent dans l'armée gouvernementale et que l'impérialisme doit passer à une étape supérieure d'investissement de forces.
L'offensive militaire de septembre du FMLN a coïncidé avec une crise politique profonde. Les manifestations de masse ont repris. Une importante manifestation de paysans en faveur de la réforme agraire a eu lieu récemment, ainsi que 2 grèves dans le secteur public (à l'Institut du logement et à la Sécurité sociale), événements d'autant plus significatifs que le pays est en état de guerre et que face à cette réactivation du mouvement de masse, les bandes paramilitaires ont fait d'Aubuisson lui-même, porte-parole de l'extrême-droite au gouvernement, les escadrons de la mort sont composés d'officiers de recrudescence de leurs activités n'est pas étrangère aux divisions qui affectent le haut commandement militaire.
La profondeur de la crise politique est attestée par la démission du président du Conseil central chargé de préparer les élections de mars 1984, et par la paralyde l'Assemblée constituante chargée de rédiger une nouvelle Constitution. En septembre, elle n'avait encore approuvé que 39 articles sur 210, alors qu'elle était censée avoir quasi terminé ses travaux. L'Assemblée bute sur la question brûlante de la distribution des terres et de la limitation de la propriété foncière. Les grands propriétaires fonciers et le président du Comité interpartis chargé de trouver un com-
Sont en effet défini leurs principes en ces termes : « La propriété est une extension vivante de la personne humaine et qui est accordée par Dieu, notre devoir est de la conserver, de la protéger, et d'éviter à tout prix que des personnes étrangères, des délinquants ou des terroristes nous privent de ce droit si sacré. »
Get les contradictions entre les
partisans de l'Alliance républicaine nationaliste (Arena) et les démocrates-chrétiens ont atteint un point extrême. Les bandes parallèles font peser des menaces de mort sur les députés jugés trop réformistes, en particulier les démocrates-chrétiens, qui ont proposé une limitation de la superficie des propriétés foncières jugée trop basse. Les grands propriétaires qui bloquer tous les projets redistribution des terres sont les pourvoyeurs de fonds des groupes paramilitaires. La crise politique est telle qu'un coup d'Etat est de moins en moins exelu.
Les conversations préliminaires entre trent que, pour l'impérialisme, la perspective des négociations relève de la manœu« bienveillance » du Congrès américain, à neutraliser l'opinion publique américaine et internationale, tout en réorganisant
Get en intensifiant les préparatifs militaires. Le FMLN a déjà fait savoir qu'il était exclu qu'il participe à des élections sans garanties : pour le Front, ces garanties passent par la formation d'un gouvernement de transition large et serait chargé de préparer les élections. Pas d'élections sous la dictature, telle est la position des révolutionnaires. C'est ce qui a bloqué les pourparlers avec Richard Stone et la Commission de paix du gouvernement salvadorien.
Cependant, le FMLN a repris l'offensive diplomatique et précisé ses perspectives, bien que les USA aient utilisé les négociations comme pomme de discorde, pour diviser les différents courants du Front, puisque la mort de deux des dirigeants des pulaires de libération (FPL), les commandants Ana Maria et Marcial, semble avoir été liée à des divergences à propos de ces questions, comme en témoigne le dernier discours de Marcial quelques jours avant
Le FMLN cherche à utiliser le dialogue comme instrument de politisation et mobilisation; proposition pourparlers continuent au Salvador même, que soit organisé un grand débat permettrait au Front de populariser ses positions et de sensibiliser l'opinion publique, en déjouant le piège de l'administration Reagan.
Le FMLN vient de faire connaître ses dernières propositions en septembre, dans un rapport du commandant Joaquin Villalobos, intitulé « Les 4 points pour lesquels lutte le FMIN (10):
1. L'établissement d'un nouvel ordre économique et social (...) qui utilise le potentiel du secteur privé (...) afin de ne pas affecter la capacité de l'économie nationale (et dans lequel) la réforme agraire et bancaire et la nationalisation du commerce extérieur devraient briser les grandes concentrations de capitaux.
2. L'établissement d'un gouvernement de large participation représentant toutes les forees politiques démocratiques, y compris le FMLN-FDR (...) qui garantisse la liberté d'expression et d'organisation, le respect des droits de l'homme et la tenue d'élections véritablement libres avec la participation de tous.
3. Une nouvelle armée constituée sur la base de l'armée actuelle et des forces militaires du FMLN. Car, « recomposer le pouvoir militaire en considérant qu'il armées est une nécessité fondamentale sans laquelle il est impossible d'avoir la paix. Le FMLN ne propose pas la destruction de l'armée, l'organisation d'un nouveau pouvoir militaire sur la base de l'armée actuelle et du pendante et non alignée.
Il serait hasardeux d'émettre un jugement sur la portée de ces propositions. Entre leur énoncé et leur réalisation, il y a la réalité des rapports de forces dynamique de la lutte des classes.
La question la plus épineuse est évidemment celle de l'armée. Mais quelle serait la situation de l'armée salvadorienne face aux forces intactes du FMLN, sans l'aide américaine? Les conseillers militaires yankees ne reconnaissent-ils pas eux-mêmes l'existence de divisions dans la hiérarchie militaire et de complicités à un haut niveau avec la guérilla ? Ces propositions n'ont-elles pas pour objectif de démoraliser officiers et soldats en levant l'hypothèque qui peut peser sur leur avenir ? Le FMLN a toujours donné une importance très grande à la démoralisation des militaires, à la nécessité de provoquer un « effondrement moral » pour rempor-
L'armée salvadorienne compte certes 25 000 hommes. Elle est portée à bout de bras par l'impérialisme, et pourtant elle est tenue en échec par 7 000 guérilleros. Les directions révolutionnaires d'Amérique centrale ont maintenant des années de lutte derrière elles et l'expérience de deux révolutions victorieuses: la révolution cubaine et la révolution nicaraguayenne, qui ont utilisé le terrain diploma-
Run certain succès. Elles mènent un combat qui représente un défi colossal à la puissance impérialiste la plus forte du monde. Les manœuvres diplomatiques ne sont certes qu'un accessoire de la lutte armée, mais leur rôle peut être décisif pour stimuler le soutien populaire du peuple américain qui occupe une place stratégique pour la révolution centro-amé-
LES VÉRITABLES ENJEUX Pour l'impérialisme, les négociations une bataille politique pour gagner l'opinion publique américaine et la mettre en condition d'accepter l'intervention.
Pour le FSLN et le FMLN, la diplomatie est une tribune destinée à impulser la solidarité internationale. Les enjeux de cette bataille se concentrent sur deux questions clés :
1. L'impérialisme exerce les pressions maximales pour amener la direction sandiniste à abandonner le Salvador en échange d'un sursis de paix pour le Nicaragua. Mais il ne fait aucun doute que l'étranglement de la révolution salvadorienne ne serait que le prélude à l'étouffement de la révolution nicaraguayenne elle-même. La contre-proposition visant à renvoyer la balle dans le camp impérialiste ne peut être que l'arrêt de toute intervention étrangère, ce qui signifie le retrait des troupes, des bases, des conseillers US en premier lieu, à charge pour l'impérialisme de refuser et de faire ainsi une nouvelle fois la démonstration que les dietatures en place n'existeraient pas sans lui.
2. La deuxième question est celle de l'utilisation de la « démocratie » et des élections de façon parallèle au Nicaragua et au Salvador. Sur cela non plus, il ne peut y avoir d'équivoque. Le Salvador est en état de guerre. Les élections ne peuvent avoir lieu sous les bombes et les assassinats des bandes parallèles. Il faut des garanties. C'est pourquoi le FMLN propose un gouvernement multipartite, provisoire, pour organiser le processus
Get en garantir le caractère démocratique. Un tel gouvernement consacrerait l'illégitimité de la dictature et la légitimité du combat des forces révolutionnaires. Il serait une défaite pour Ungo, président de ramener les paramilitaires à la raison, dès lors que les forces du FMLN seraient
Par contre, au Nicaragua, la question des élections se pose en d'autres termes.
renversée par une insurrection Sous Somoza, l'impérialisme, qui se fait aujourd'hui le champion des élections, n'avait pas de tels
Le FSLN s'est déjà engagé à tenir des élections en 1985. Il a garanti le pluralisme politique avec la Loi sur les partis. En distribuant les armes au peuple, il donne un gage de démocratie qu'aucune des dictatures d'Amérique centrale soutenue par les USA n'est en mesure de donner. Le renvoi sine die des élections à Grenade est là pour montrer ce que valent les promesses démocratiques de l'impérialisme. Les pressions exercées sur le FSLN pour qu'il avance à 1984 les élections prévues pour 1985 ont d'abord un but : justifier les préparatifs d'invasion.
C'est pourquoi le soutien sans faille à la révolution en Amérique centrale est une tâche prioritaire pour donner un coup d'arrêt aux « va-t'en-guerre » de l'administration Reagan, pour renforcer la lutte contre la remilitarisation, pour battre en brèche le paravent démocratique derrière lequel se cachent, en Europe occidentale, tous ceux qui ont rallié l'impérialisme dans sa croisade anticommuniste. •
Jeannette HABEL, 15 novembre 1983. 9. Voir la revue Quatrième internationale, numéro 12, à paraître.
10. Ibid. 11. Villalobos : article paru dans Cuadernos Politicos, numéro du premier trimestre (janvier-mars) 1983.