NOUVELLES DU MOUVEMENT OUVRIER ET DE L'INTERNATIONALE
CHYPRE
Pour un Etat indépendant et socialiste ! La proclamation, le mardi 15 novembre, d'une République turque dans la partie nord de Chypre s'ajoute à une série d'événements qui ont nourri la division et l'hostilité entre les communautés grecque et turque de l'ile.
L'impérialisme anglais et américain a toujours utilisé l'existence de ces deux communautés nationales pour manipuler les données politiques et sociales, non seulement à Chypre même, mais aussi en Grèce et en Turquie, afin d'assurer propres intérets stratégiques dans la gion.
L'histoire de la majorité chypriote grecque et de la minorité chypriote turque a toujours été marquée par de violents conflits dont les étapes importantes, du dernier quart de siècle, sont les suivantes:
- En avril 1955, l'EOKA (Organisation nationale des militants chypriotes), a déclenché la lutte armée contre les autorités britanniques et pour l'Enosis, c'est-à-dire le rattachement de Chypre à la Grèce. Cette organisation était dirigée par Monseigneur Makarios du point de vue politique et, sur le plan militaire, par le général Grivas qui, pendant la guerre civile en Grèce, avait participé à la chasse aux militants communistes. Il est évident que la minorité turque ne pouvait pas se reconnaitre dans le chef de l'Eglise orthodoxe, pas plus que dans un général ultra-nationaliste grec. Les Britanniques en ont profité pour organiser une unité militaire composée de Chypriotes tures et d'officiers britanniques pour affronter le mouvement favorable à l'Enosis. Enfin, l'Ordéfense nationale (TMT), formée par la bourgeoisie chypriote turque demandait déjà la partition de l'ile en deux zones. Le conflit inter-communautaire, attisé par la collaboration d'une partie des Chypriotes turcs avec les Britanniques et par la direction nationaliste de l'EOKA, a débouché sur une véritable guerre civile pendant l'été 1958.
- En 1959, les accords de Zurich et de Londres consacrent « l'indépendance » de Chypre, qui reste formellement membre du Commonwealth. Ils attribuent aux deux communautés des représentations différentes dans les municipalités, dans les tribunaux et au gouvernement. Depuis ces accords, les Chypriotes grecs et tures se sont organisés en syndicats et associations paysannes séparés par communautés nationales, tandis que la Grèce, la Turquie et la Grande-Bretagne s'entendaient pour «garantir l'indépendance du pays », les Britanniques conservant, au passage, quelque 130 kilomètres carrés de bases militaires...
- De nouvelles violences ont éclaté entre les deux communautés, lorsque Makarios a tenté de modifier la Constitution en faveur de la communauté chypriote grecque. Les Chypriotes turcs se sont alors retranchés dans leurs territoires et leurs députés et ministres ont refusé de sièger.
- En juillet 1974, les troupes turques débarquaient sur l'ile et occupaient environ 40 % du territoire. Dès lors, deux Etats séparés existaient de facto : l'Etat chypriote grec avec 60 % du territoire au sud de l'ile et l'Etat chypriote ture avec 40 % du territoire au nord de l'ile (les Chypriotes tures 18% de la population). L'invasion turque a fait quelques milliers de morts et a contraint 200 000 Chypriotes grecs à émigrer au sud, pour s'y réfugier. Une frontière imperméable a sanctionné la division
La décision que vient de prendre le chef de la communauté chypriote turque, Rauf Denktash de proclamer un nouvel Etat ne peut être considérée comme une simple évolution du conflit intercommunautaire. Denktash savait qu'il n'avait rien à perdre en proclamant un nouvel Etat. Mais il n'a pas non plus grand-chose à y gagner. Il peut certes trouver avantageux de pouvoir se présenter comme le chef d'un Etat et non seulement comme le dirigeant d'une communauté, mais la reconnaissance de la Turquie, la seule acquise à ce jour, n'est pas suffisante pour cela. La proclamation de « la République turque du Nord de Chypre » s'inscrit vraisemblablement dans le cadre de l'offensive actuelle de l'impérialisme américain, au Liban comme en Amérique centrale.
Depuis l'arrivée au pouvoir de la social-démocratie en Grèce, en 1981, de nombreuses manifestations de masse ont eu lieu contre les bases américaines. Il en existe quatre en Grèce. Le gouvernement d'Andreas Papandreou qui est largement revenu sur ses promesses électorales et mène une politique d'austérité et de concessions à l'impérialisme, n'a pas toutefois réussi à démobiliser un puissant sentiment anti-impérialiste et anti-américain, bien qu'il ait passé un accord selon lequel les bases américaines devraient être retirées de Grèce, à la fin de la décennie.
Pour la Turquie, la proclamation de l'Etat turc au nord de Chypre peut certes être considérée comme un succès politique et être utilisée sur le plan intérieur, mais le changement reste limité par rapport à la situation de fait qui existe depuis 1974.
Il faut donc concevoir l'initiative de Denktash dans le cadre plus global de la politique impérialiste dans la région, comme la prise d'un nouveau gage pour faire pression aussi bien sur la Grèce que sur Chypre, et s'assurer une base stratégique durable. Les masses chypriotes grecques ne s'y sont d'ailleurs pas trompées, qui se sont mobilisées, en riposte, non seulement contre les troupes turques, mais aussi contre l'impérialisme, sur les mots d'ordre : dehors les troupes turques, dehors l'impérialisme !
Il n'a jamais existé à Chypre de pode classe, les travailleurs grecs et tures chypriotes, contre les bases impérialistes et pour le socialisme. C'est ce qui a permis aux classes dirigeantes de manipuler le conflit intercommunautaire et de dresser les travailleurs les uns contre les autres. Le puissant Parti communiste chypriote quant à lui, s'est toujours aligné sur la bourgeoisie chypriote grecque.
Aujourd'hui l'axe de la lutte deretrait des troupes turques, mais aussi des troupes de T'ONU et des bases militaires britanniques ;
- pour un Etat chypriote indépendant et socialiste garantissant les droits nationaux de la minorité chypriote turque !
- pour le retour des réfugiés chypriotes grees chez eux !