Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

DOSSIER POLOGNE

Quelques exemples de grèves récentes

· Inprecor n° 162, 5 décembre 1983 · p. 16-17 · 1 130 mots

Syndicalisme Pologne

Dans le département W-4 de la fa• brique de lampes électroniques « Rosa Luxembourg », à Varsovie, le 10 juillet dernier, les travailleuses ont refusé leur paye et ont interrompu le travail. Elles n'en pouvaient tout simplement plus. Le salaire moyen dans ce département tourne autour de 7 000 à 8 000 zlotys (le salaire officiel 250 à 300 zlotys environ, au 31 dé cembre 1982, Ndir.). Que peut-on acheter avec ça aujourd'hui ? Le directeur promis une augmentation de 500 zlotys. Les travailleuses de W-4 considèrent, quant à elles, qu'elles devraient recevoir une augmentation d'au moins 2 000 zlotys. Seule cette somme pourrait les aider, alors que leur salaire actuel leur permet à peine de végéter. le 10 mai. Cela s'était terminé par des promesses et une petite augmentation de 300 zlotys, censée compenser les pertes sur le salaire aux pièces résultant de défauts dans les produits semi-finis qui leur sont fournis pour travailler.

A l'usine Hutmen à Wroclaw, les département W-3 ont arrêté le travail dans la nuit du 14 au 15 juillet. La cause immédiate de la grève résidait dans les conditions d'hygiène et de sécurité insupportables. Depuis un certain temps, la chaîne de décapage était en panne, les vapeurs acides envahissaient tout le bâtiment. La direction n'avait rien fait pour la réparer. La grève a duré toute la nuit. Le matin, la première équipe s'est mise en grève, en solidarité avec l'équipe précédente. Un miracle s'est alors produit : en quelques heures, la panne fut réparée.

Dans l'entreprise de réparation de • matériel ferroviaire ZNIK Ostrow Wielkoposlki, les 18 juillet et 18 août, il y a eu des grèves dans deux départements contre la baisse des salaires. Durant les négociations avec l'ensemble du personnel (comme les grévistes l'avaient exigé), la direction s'est engagée à modifier les normes. Personne n'a encore été réprimé.

A Bielsko-Biala, dans l'usine FSM • (Polski Fiat), les travailleurs de la forge de Skoczow (fabrique numéro 5 de la FSM) ont arrêté le travail durant la première équipe, le 4 août, pour protester contre les sanctions salariales prises envers ceux qui n'avaient pas travaillé le samedi libre du 30 juillet. A la suite de la grève, la direction a annulé les sanctions, tout en creant une commission censée enquêter sur les causes de la « tentative de grève ».

•Dans la fabrique de métaux légers • Kety, les travailleurs des presses ont refusé de travailler les samedis libres, ce que la direction avait voulu imposer en juin. Personne ne s'est présenté à l'usine durant plusieurs samedis consécutifs, en dépit du fait que la direction ait infligé à tous un avertissement avec inscription dans les actes, et qu'elle ait supprimé la prime. Au bout de quelques semaines, la direction a annulé les sanctions et annoncé que le travail du samedi était volontaire. Les travailleurs du même atelier ont interrompu le travail le 12 août, après avoir reçu une paye de plusieurs milliers de zlotys plus faible qu'auparavant. Ils se sont rendus au batiment de la direction. On ne les a pas reçus, l'explication étant que le directeur ne pouvait recevoir qu'une délégation de cinq personnes au maximum. Les travailleurs ont arrêté les machines. Deux heures après, le directeur s'est présenté en expliquant « qu'il faudrait travailler trois ans pour sortir de la crise ».

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de grèves récentes

A l'usine d'automobiles FSO • (Polski) de Varsovie, la première équipe des travailleurs de l'atelier de soudage (plus de 300 personnes) a déposé une demande de mutation dont le motif invoqué par tous était : « Les salaires n'ont aucun rapport avec l'effort fourni. » Le 12 août, la fabrique numéro 2 (salaire moyen autour de 7 000 zlotys) s'est mise en grève pour protester contre la suppression de la paye des samedis. La première équipe a arrêté le travail durant quatre heures, la seconde durant une heure et demie. Pendant la grève de la première équipe, le directeur Pietrzak est venu, essayant de stopper la grève par la menace de la dissolution de l'entreprise. Le 15 août, trois personnes ont été convoquées pour un interrogatoire, dont l'ex-membre de la direction de Solidarité l'entreprise, Cala. Deux jours après, lors d'une nouvelle « discussion » entre la direction et les travailleurs, le même Cala, prétendument au nom des travailleurs, a proposé de rattraper les pertes de production causées par la grève en travaillant un samedi. « contre-partie », le directeur Pietrzak a promis d'augmenter les salaires de tous jusqu'à 15 000 zlotys. La date de réalisation été communiquée.

Traduit d'Inprekor polonais numéro 12, octobre 1983.

LES PAYSANS AUSSI

Depuis début juillet, une grève paysanne se poursuit dans les montagnes de Bieszczady. Les paysans des villages allant d'Ustrzyki Dolne à Ustrzyki Gorne et à Wotlina ne livreront plus leur lait. La grève a commencé le 3 juillet dans les villages de Dolzyca, Baligrod et Komaneza. Divisée en cing étapes, elle a duré jusqu'au 8 août. La grève avait un caractère tournant : tous les jours elle était prise en charge par deux nouveaux villages. 80 % des paysans ont pris part à la grève. Les motifs essentiels de cette action étaient :

- le bas prix du lait à l'achat (selon le nouveau système de prix, le lait est moins cher que l'eau minérale) ,

- l'augmentation des prix des machines agricoles, des outils, des engrais et des services publics (le prix du tracteur Ursus C-350 est passé, en juillet, de 340 000 zlotys à 470 000 zlotys, et le prix d'une moissonneuse a été augmenté de 25 000 zlotys) ;

- l'intégration à la base de calcul de l'impôt foncier de l'assurance pour la terre et ses produits.

Les paysans exigent par ailleurs la classification du lait en cinq catégories de qualité, avec une différence de 9 zlotys au litre entre la première et la cinquième catégorie. Le 8 août vers 11 heures, le vice-ministre de l'Agriculture est arrivé à Ustrzyki Dolne. Il était censé négocier avec les paysans en grève. Cependant, il n'y a pas eu de discussions, car les autorités, voyant arriver les paysans, se sont enfermées dans la mairie. Les détachements de la milice, présents dans le village depuis le matin, ont fait leur apparition près de la mairie, encerclant les paysans. Après quelques heures, ces derniers se sont dispersés, en annonçant une nouvelle grève pour le 14 août, en deux étapes : les villages situés entre Ustrzyki Dolne et Czarna ne livreraient pas de lait entre le 14 et le 16 août, et les villages situés entre Polana et Ustrzyki Gorne prendraient le relai entre le 17 et le 19 août.

Robotnik numéro 26, Varsovie, 12 septembre 1983. (*) La traduction ci-dessus est due au bulletin du Comité de coordination du syndicat Solidarnose en France, Robotnik 83 numéro 10, du 15 novembre 1983.

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