NOUVELLES DU MOUVEMENT OUVRIER ET DE L'INTERNATIONALE
POLOGNE
L'internationale des gouvernants et celle des citoyens En juillet 1983, Franz-Josef Strauss, chef de file de la très réactionnaire Union social-chrétienne (CSU) bavaroise de la République fédérale d'Allemagne (RFA), s'est rendu en Pologne. Les médias officiels ont fait grand cas de ses prises de position. Des commentaires ont été également publies dans la presse clandestine de Solidarité. Nous publions ci-dessous un article paru dans Obserwator Wielkopolski (L'Observateur de la Grande Pologne), bulletin de la Direction régionale provisoire (TZR) du syndicat de la Grande Pologne (région de Poznan).
Son auteur, Leszek Nowak, professeur à l'université de Poznan, théoricien d'un « matérialisme historique non-marxiste » et militant syndical, avait été interné à la suite de l'instauration de l'état de guerre pour son activité aux côtés des
La présente traduction à été publiée dans Robotnik 83 de septembre
« Il fallait freiner le chaos en Pologne. (...) Il est vrai que nous avons souhaité que le processus de libéralisation
Use développer sans anarchie Pourtant, beaucoup sont apparus. (...) De mes brèves impressions de touriste politique ressort la constatation que la situation en Pologne est de nouveau consolidée. »
Il serait superflu de s'attarder sur ces impressions n'étaient la personnalité de leur auteur et l'endroit où il a exprimé ces confidences. Il s'agit en effet de Franz-Josef Strauss et de son interview à Trybuna Ludu, du 25 juillet 1983, et reprise ensuite par d'autres journaux. A première vue, tout cela devrait donner des raisons de se moquer du pouvoir car, réellement, qui pourrait s'imaginer que l'organe du Comité central du POUP se réfère à l'avis de ce même Strauss qui, pendant tant d'années, est épouvantail, symbole du revanchisme allemand ? Les raisons d'en finir avec Solidarité sont-elles si peu crédibles que le pouvoir se sente obligé de les étayer par l'autorité du principal porte-parole de la réaction ouest-allemande ? Il est certain que l'idéologie ne connaît plus de limites quand sont mis en jeu les intérêts du pouvoir qu'elle représente. Toutes les volte-faces sont possibles. Remarquons cependant que cette constatation est vraie dans les deux sens. Elle ne concerne pas seulement « notre » pouvoir, mais aussi bien Strauss lui-même. Ce même Strauss, qui a eu tant de paroles d'estime pour Solidarité et qui a condamné l'instauration de l'état de guerre. Ce même Strauss qui en arrive, maintenant, à la conclusion que, malgré tout, Solidarité avait conduit au chaos, et qui reprend les thèses de ceux-là mêmes qui ont créé le chaos pour trouver des raisons de détruire Solidarité. Comment expliquer un pareil retournement? Certainement par les mêmes raisons qui expliquent le changement idéologique de notre pouvoir : le changement d'intérêts. Le mouvement de Solidarité a gagné à l'Ouest beaucoup d'estime et de respect. En soutenant Solidarité, Strauss, comme beaucoup de ses pareils, a stocké un capital politique. Il n'avait, en réalité, aucun de soutenir Solidarité : il est difficile d'imaginer qu'il appuie chez lui, en RFA, un mouvement qui revendique le droit des ouvriers à prendre le contrôle des usines. Une pareille exigence signifierait la liquidation de la bourgeoisie en tant que classe, alors que la CSU lui est intimement liée. C'est donc bien aujourd'hui qu'il exprime ses vraies opinions : que chaque mouvement de ce genre mène à l'anarchie, donc heurte l'ordre étatique. Ses opinions se rencontrent à mi-chemin avec celles des communistes, pouvant avoir des avis différents sur le choix des méthodes les mieux adaptées pour faire régner l'ordre, mais entièrement d'accord sur le point essentiel: l'ordre (d'Etat) doit régner. De cette manière, la réaction de la rive occidentale de l'Elbe rencontre la réaction de la rive orientale de ce fleuve, qui, par ailleurs, comme on dit, partage le monde en deux systèmes
Toute réaction se rencontre aujourd'hui sur le même terrain : l'acceptation du pouvoir en tant que pouvoir, et donc de cette manière de gouverner les affaires humaines qui s'appuie, en dernière analyse, sur le monopole de la violence. Les gouvernants de tous les pays font alliance entre eux, à la condition que leurs propres intérêts égoïstes ne soient pas contrariés. Sinon, ils ont recours à la guerre, en prétextant « la réalisation des intérêts nationaux ». Et ceci est valable pour tout pouvoir, quel qu'il soit et quel que soit son costume idéologique. Ces différences s'expliquer grande mesure par les conditions variables dans lesquelles travaillent les différents appareils du pouvoir. Il n'est pas difficile d'imaginer que Strauss, dans le système des trois pouvoirs, aurait dit la même chose que Jaruzelski.
De tout cela découlent pour nous des conclusions d'appui d'aucun Etat, mais chercher le soutien des citoyens de ces Etats. Notre mouvement est un mouvement de citoyens et, qu'on le veuille ou non, il est dirigé essentiellement contre le principe mê-
N'essayons donc pas de faire une percée dans l'Internationale des gouvernants, mettons plutôt notre espoir dans l'Inter-