Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

ETATS-UNIS

Un « marine » contre l'intervention à Grenade

Inprecor n° 163, 19 décembre 1983 · p. 24-25 · 747 mots

Amérique centrale

Un "marine" contre l'intervention à Grenade droit des soldats américains à pouvoir s'opposer à une intervention militaire du pays a été enregistrée à Cincinnati, dans l'Ohio.

Le 9 novembre, le sergent d'infanterie de marine Jim Stryffeler, militant de l'Alliance de la jeunesse socialiste (AJS), l'organisation de jeunesse liée au Parti socialiste des travailleurs (Socialist Workers Party, SWP), a obtenu une démobilisation anticipée du corps des marines, sans sanction punitive, alors même qu'il avait été menacé de passer devant une cour martiale pour s'être opposé à l'agression US de la Grenade et avoir annoncé son intention de participer à la manifestation de protestation antiguerre du 12 novembre à Washington. En mars de cette année, Stryffeler avait déjà adressé une lettre au journal Cincinnati Post, pour dénoncer l'intervention au Salvador. Le 27 août, il participa à la marche de protestation sur Washing ton et adhéra à l'AJS à la même époque. Alors qu'il était en permission, il avait ensuite annoncé son intention de donner une conférence de presse pour y expli quer son opposition à l'invasion de la

Pour l'empêcher de prendre la parole lors de cette conférence de presse, les marines annulèrent sa permission et le transférèrent dans une caserne hors de la ville, en lui ordonnant de se présenter à son service le matin même où était programmée la conférence de presse. Les autorités militaires avaient peur que ses dé clarations ne démasquent la propagande derrière laquelle l'administration Reagan dissimulait la réalité de son intervention militaire à la Grenade. En état d'arrestation le jour de la conférence de presse, à laquelle il n'a par conséquent pas pu se rendre, Stryffeler était interrogé sur ses idées et activités politiques. La réunion présence de toute la presse de Cincinnati. Le directeur de la Fondation pour la défense des droits politiques (PRDF), John Studer, y a lu un message du sergent

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Stryffeler, dans lequel celui-ci affirmait : « Mon nom est Jim Stryffeler. Je suis sergent des marines. Je suis dans les marines depuis cinq ans et demi. Je suis entré dans le corps des marines immédiatement après avoir terminé l'école secondaire, en pensant, comme beaucoup d'autres jeunes, que je pourrais y apprendre un métier.

« Je m'exprime aujourd'hui en tant que citoyen nord-américain qui s'oppose à l'invasion et à l'occupation de la petite île de la Grenade. J'ai l'intention d'agir selon mes convictions en participant à l'action légale et pacifique appelée par diverses organisations antiguerre, syndicades droits civiques et religieuses, le 12 novembre, pour protester contre cette invasion et l'accentuation du cours amévers la guerre en Amérique « Je lance aussi un appel à tous les soldats qui sont libres ce jour-là, et au reste de la population, pour qu'ils participent à cette importante expression publique nationale d'opposition à la politique guerrière de l'administration Reagan. » déclaration se poursuit « Mes convictions sont partagées par la majorité du peuple nord-américain et par un grand nombre de mes camarades marines. Mes actions, parfaitement légales, ont pourtant amené les autorités des marines adopter une attitude hostile à mon égard et à me menacer de me punir. Ils affirment que mon opposition à l'invasion de la Grenade est incompatible avec le service dans les forces armées. »

Des dizaines de personnalités locales et nationales étaient présentes ou avaient envoyé des messages de solidarité lors de cette conférence de presse, pour le droit de Stryffeler à présenter ses idées. Parmi elles, on notait Susan Schall, ex-lieutenant de la marine des Etats-Unis et dirides protestations contre la guerre du Vietnam, et Betty Jean Carrol, vice-présidente de la section 1138 de la Fédération américaine des employés du gouvernement (AFGE), qui organise les employés civils de la base aérienne de Wrigth-Patterson, à Dayton dans l'Ohio. Mel Mason, conseiller municipal socialiste (membre du SWP) de Seaside, en Californie, où se trouve la militaire Fort Ord, clara : « Le personnel militaire, auquel on demande de lutter et de mourir à la Grenade, a le droit constitutionnel de discuter, de débattre et de s'opposer ouvertement à la politique guerrière des EtatsUnis, quand il se rend compte que des guerres contre les travailleurs et les paysans d'autres pays sont contraires à ses propres intérêts. »

La décision des autorités militaires du corps des marines de démobiliser le sergent Stryffeler avant le terme de son contrat sans lui infliger de sanctions représente une victoire démocratique qui ne peut qu'aider les forces anti-interventionnistes aux USA en entérinant le droit des soldats américains à s'opposer à une intervention US à l'étranger.

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