Groupe révolution socialiste (GRS) Du 29 au 31 octobre dernier s'est tenu à l'Ajoupa-Bouillon, en Martinique, le 6e congrès du Groupe révolution socialiste (GRS), section antillaise de la IVe Internationale. L'essentiel du débat a porté sur deux points. L'un concernait la nouvelle situation créée par l'arrivée de la gauche au pouvoir dans la métropole colonialiste, l'autre analysait les conséquences de l'invasion américaine à la Grenade, dans le bassin de la Caraibe.
Sur le premier point, les congressistes ont constaté l'offensive de la droite coloniale, qui s'efforce de regagner ses positions électorales perdues après la victoire de la gauche en 1981 et les élections régionales. La gauche est ainsi devenue conseil régional de la Martinique. Rendant compte des débats du congrès, Révolution socialiste, organe du GRS, écrivait dans son édition du 5 novembre, que la situation locale « est marquée du sceau de l'offensive du patronat et de la droite colonialiste, qui cherchent à la fois à surmonter l'érosion électorale qu'ils ont subie, à contraindre le gouvernement socialiste-communiste fran çais à mener une politique intégrationniste-assimilationniste rigoureusement classique, et à préparer la reconquête du pouvoir, tant aux Antilles qu'en France ». Face à cela, les luttes des travailleurs ont tendance à se multiplier. L'offensive colonialiste coïncide donc avec « une réelle du prolétariat antillais. Cependant, si les luttes ont été dans l'ensemble plus nombreuses depuis le 10 mai 1981, et parfois sur des thèmes nouveaux (occupations de terres par exemple), il convient poursuit Révolution socialiste, de noter également qu'elles ont très souvent un caractère défensif et demeurent toujours localisées ».
Les partis réformistes - Parti communiste guadeloupéen, Parti communiste martiniquais et Parti progressiste martiniquais d'Aimé Césaire - se sont tous plus ou moins ralliés au nouveau gouvernement français, chacun d'entre eux s'ef-
AVERTISSEMENT Le prix de vente unitaire d'inprecor augmentera au début de l'année 1984 et passera à 12 francs français. Toutefois, les abonnements resteront encore à l'ancien tarif pendant quelques semaines. Alors profitez-en, abonnez-vous ou réabonnez-vous avant la fin février.
forçant d'apparaître comme l'interlocuteur privilégié du pouvoir colonial. Cependant, aucun changement significatif n'étant apparu dans les iles, ces partis sont désormais amenés à durcir le ton, en prenant toutefois bien garde de ne centra-
Dans ce cadre, la responsabilité GRS est importante. Encore faible numériquement, cette organisation a une influence très significative dans les deux iles (Martinique et Guadeloupe), comme en témoigne le très grand écho de son congrès à la télévision et a la radio. En Guadeloupe, ses militants participent à la direction du troisième syndicat de l'ile, le Mouvement d'action syndicale unifié (MASU). En Martinique, ils viennent de jouer un rôle déterminant dans l'animation de la grève du personnel de tous les grands hôtels. Sur le plan électoral, le GRS a dépassé le score du PCM à Fort-de-France en Martinique, et a eu deux élus aux conseils municipaux de Saint-Esprit et de l'Ajoupa-Bouillon, cette dernière municipalité étant dirigée par un ancien membre du GRS. A chaque occasion, le GRS s'efforce de rassembler toutes les forces anticolonialistes, malgré les réticences des PC ou du PPM, et le sectarisme des organisations nationalistes.
En ce qui concerne l'invasion de la Grenade, les délégués ont pu mesurer le coup énorme porté par l'impérialisme US et ceux qui ont pris la responsabilité d'assassiner Maurice Bishop et les principaux dirigeants de la révolution grenadienne. La droite coloniale peut aujourd'hui se déchaîner pour expliquer que l'indépendance est impossible pour les iles de la Caraibe et qu'il vaut mieux « rester français ». La Grenade représentait justement le symbole de ce que pouvait réaliser un peuple engagé dans une révolution sociale et anti-impérialiste. Dès le début de cette révolution, le GRS fut la seule organisation à populariser cette expérience. Sa direction avait établi des liens fraternels avec l'équipe de Maurice Bishop et, cet été, l'organisation Jeunesse d'avant-garde (JAG), liée au GRS, avait envoyé une brigade de jeunes dans l'ile. Le congrès a décidé de prendre des contacts avec toutes les organisations anti-impérialistes de la Caraibe pour créer un front de solidarité avec le peuple de la Grenade.
Enfin, des dispositions ont été prises pour améliorer le fonctionnement de l'organisation et son recrutement. En effet, l'importance du recrutement du GRS ne correspond pas à son influence, quand on sait, par exemple, que dans les deux fles l'hebdomadaire Révolution socialiste se vend à plus de mille exemplaires, et que le journal Jeunesse d'avant-garde se vend à plus de 500 exemplaires.
A la fin du congrès, Alain Krivine a apporté les salutations de la Ligue communiste révolutionnaire (LCR) de France et du Secrétariat unifié de la IVe Internationale, en insistant plus particulièrement sur la nécessité pour la LCR d'intensifier ses activités anticolonialistes et d'aider plus amplement l'intervention de la section « immigration » du GRS en France.•