Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

RDA

« Nous revendiquons le droit au refus », lettre à Erich Honecker

Inprecor n° 164, 9 janvier 1984 · p. 15-16 · 871 mots

Allemagne Europe de l'Est Femmes

Nous voudrions, dans cette lettre, vous exposer quelques problèmes qui nous préoccupent depuis l'adoption de la nouvelle loi sur le service militaire du 25 mars 1982 et, en particulier, la clause sur la conscription des femmes. Nous sommes des femmes avec ou sans enfants, catholiques, évangéliques ou non croyantes ; certaines d'entre nous ont survécu à une guerre ; d'autres se sont vues épargner cette pénible expérience. Mais une chose nous unit : nous ne sommes pas indifférentes et nous ne voulons pas donner notre assentiment silencieux à une loi qui impose aux femmes de nouveaux devoirs ne coïncidant pas avec la compréhension que nous avons de nos tâches.

Lettre à Erich Honecker

Nous, femmes, nous voulons briser le cercle de la violence et rejeter toute utilisation de la violence comme moyen de réfemmes, nous ne considérons pas le service militaire pour les femmes comme une expression de leur égalité, mais comme une négation de leur « être femme ». Nous voyons notre égalité avec les hommes non pas dans le fait que nous nous tenions aux côtés d'hommes qui prennent les armes, mais aux côtés de ceux qui, comme nous, ont appris que les

« Ennemi » ou « Adversaires » signifient à vrai dire un anéantissemet de l'être humain, que nous refusons.

Nous, femmes, considérons le fait litaire comme une menace contre les aspirations à un désarmement moral et militaire, menace qui enterre la voix de la raison sous l'obéissance militaire.

Nous, femmes, nous nous sentons, pour cela même, particulièrement appelées à protéger la vie, à soutenir les vieux, les malades et les faibles. L'action contre la guerre et pour la paix ne peut se dérouler que dans le domaine social et éducatif, si nous ne voulons pas échouer avant la femmes, nous nous défendons contre le fait de devoir un jour nous retrouver dans les rangs de l'armée et défendre un pays qui deviendrait inhabitable, même après une guerre conventionnelle qui, en Europe, se terminerait probablement par une catastrophe nucléaire.

femmes, nous croyons que l'humanité est aujourd'hui au bord d'un gouffre et que l'accumulation de nouvelles armes ne peut mener qu'à une catas-

Page 16

pe militaire a toujours été fausse. Cepen- questions pourra effectivement s'ouvrir. • trophe démente. Ce terrible naufrage peut, peut-être, être empêché, si toutes les questions soulevées par cette réalité peuvent être discutées publiquement. L'article 65, paragraphe 3 de la Constitution de la RDA prévoit qu'avant leur adoption, les lois fondamentales soient soumises à une discussion publique, et qu'il soit tenu compte des résultats de cette discussion pour leur formulation définitive. A notre avis, il s'agit bien d'une loi fondamentale, tant par son sujet même que par le fait que la moitié de la population de la RDA est immédiatement concernée.

Nous, femmes, ne sommes pas prêtes à être enrôlées dans le service militaire général, et nous revendiquons le droit légitime au refus. Le droit de refuser est nécessaire, car l'adoption de cette loi, qui impose l'incorporation des femmes au service militaire général, représente une limitation de notre liberté de conscience. (...)

Le discours que le professeur Arba tov, membre de l'Académie des sciences de l'URSS, a prononcé devant le Congrès de la paix des religions du monde, à Moscou, nous a encouragées à vous adresser encore une fois nos questions. Nous exprimons le souhait que les responsables de cette nouvelle loi sur le service militaist Frieder tadt de 3des Fri Mobilisation officielle contre l'OTAN à Berlin-Est. (DR)

"On enseigne la guerre à l'école"

Lettre de Katja Havemann Notre lettre à Erich Honecker a rencontré un grand écho. En plus des 150 signatures initiales de Berlin, Halle et Dresde, elle a été signée par de nombreuses femmes qui voulaient ainsi marquer leur refus d'un éventuel service militaire obligatoire pour les femmes. Elles pensent re se montrent disposés à mener une discussion publique. Nous sommes certaines que vous connaissez ce discours, mais nous en citons malgré tout quelques phra-

Le professeur Arbatov (...) mentionne les mythes selon lesquels l'accumulation d'armes et de force de frappe est susceptible de contribuer à la sécurité : « Tous ces mythes nourrissent la course aux armements. On cherche aujourd'hui à les cacher sous des formules et des énigmes compliquées pour lesquelles on utilise une terminologie incompréhensible pour le profane. Je n'exclus pas le fait que cela soit fait exprès pour garder le "non-

', l' "homme de la rue", On dit même parfois que l'on ne devrait pas aborder avec cet homme la question des armes nucléaires, les problèmes de la guerre et de la paix, car il mélangerait et gâcherait tout. Mais, d'après moi, c'est là le plus gros, le plus dangereux et le plus nuisible des mythes. Ce probleme devrait être abordé avec la participation active de tous ... si l'on veut servir les hommes et

Nous n'aurions pas pu trouver meilleur plaidoyer pour la nécessité de notre pétition. Nous vous prions de nous accorder la possibilité d'un débat public. • Enrenuienst inderNVA Peace enst! chatten! que la militarisation croissante de notre société est en contradiction avec la volonté de paix si souvent proclamée par nos dirigeants politiques. (...)

Pour nous, l'affirmation que la paix puisse être maintenue par la force de frap-

Une erreur sur cette page ?