Inprecor 1974–2004

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PEROU

Un bilan autocritique du Parti révolutionnaire des travailleurs

· Inprecor n° 164, 9 janvier 1984 · p. 18-19 · 1 934 mots

Pérou et Bolivie Mexique

L'autocritique du Parti révolutionnaire des travailleurs

Les élections municipales de novembre se sont soldées par un important progrès électoral d'IU, alors que le Parti révolutionnaire des travailleurs (PRT) a connu un recul qui sanctionne l'échec de sa politique d'alliance et de son activité électorale. Ces résultats ont conduit nos camarades à réexaminer cette situation et à rendre publique une importante autocritique, que nous reproduisons ci-après.

« Le bon révolutionnaire n'est pas celui qui ne se trompe jamais, mais celui qui est capable de reconnaître ses erreurs et de les corriger. » 1. Les résultats des élections municipales ont ouvert une nouvelle situation dans le pays. Le fait le plus important qui marque ce changement est le triomphe massif d'Izquierda Unida dans les élections, à Lima et dans d'autres villes importantes.

Cela n'a pas seulement signifié une défaite du gouvernement, mais une victoire du courant d'opposition ouvrier et populaire au régime. Cette victoire électorale de la gauche met à l'ordre du jour la possibilité concrète et tangible d'aspirer à un gouvernement représentant les travailleurs et non plus la bourgeoisie.

2. Notre parti ne partage pourtant pas cette victoire. A

Lima et dans quatre de ses quartiers populaires, comme dans les villes de Moliendo, Tacna, Juliaca et Arequipa, notre parti a présenté des listes alternatives à celles d'IU. En plus d'un cas, il a centré sa campagne électorale sur la critique d'IU. Le résultat de cette orientation a été une défaite électorale et politique pour le PRT.

3. Nous ne pensons pas que notre erreur ait résidé seulement dans le fait de n'avoir pas retiré nos listes pour apporter un soutien critique à IU. Nous estimons que cette erreur a été plus importante et plus profonde. Depuis pratiquement sa fondation (en 1978, ndlr.), notre parti a suivi une ligne dogmatique et sectaire opposant, à tort, la défense de positions révolutionnaires et la construction du parti à la pratique du front unique.

C'est cette attitude qui a empêché de comprendre la portée qu'avait, en 1978-1979, l'unité FOCEP-UDP. Cette même orientation sectaire était présente dans le fait de n'avoir pas défendu avec l'UDP l'existence de l'ARI, même après que le Parti ouvrier marxiste révolutionnaire (POMR),

UNIR et le PCR l'aient abandonnée en 1980. Et c'est ce qui a barré la voie à un front révolutionnaire alors possible.

C'est cette même politique dogmatique qui nous a maintenus de façon irresponsable à l'écart d'IU, en septembre

1980, quand cette coalition s'est constituee comme cadre unitaire de la gauche. Depuis lors, notre parti est resté, à tort, en marge d'IU.

4. Notre parti a compris que, sans l'unité du mouvement ouvrier et populaire, il ne peut y avoir ni victoires ni révolution. Les positions révolutionnaires n'ont aucune perspective de succès si elles ne sont pas capables de gagner la majorité sur le terrain du front unique.

L'expérience tragique de Grenade, où la division des révolutionnaires a permis l'invasion impérialiste, est une preuve en négatif de cette affirmation. La victoire de la révolution au Nicaragua et ses progrès au Salvador, obtenus sur la base d'une ferme défense de l'unité, en sont une preuve positive. comme l'alternative unitaire démocrati- listes après l'éclatement de l'Alliance réque des travailleurs et de la gauche sur le plan électoral, dans la continuité des 30 % des voix obtenus par le FOCEP, l'UDP et d'autres organisations aux élections à l'Assemblée constituante en 1978, ces dernières élections municipales. des 30% de voix dispersées sur plusieurs

5. Notre parti, en rendant cette autocritique publique, reconnaît qu'Izquierda Unida est le cadre de front unique des travailleurs et du peuple péruvien. C'est pourquoi c'est dans IU que doit être impulsée l'action commune des partis de gauche, et c'est en son sein que doivent se dérouler le débat et la confrontation démocratique entre les diverses options qui existent dans la gauche.

En affirmant ceci, notre parti s'engage publiquement à travailler unitairement et loyalement dans ce cadre et à impulser ses comités de base.

6. Cette déclaration ne signifie pas, loin s'en faut, que notre parti renonce à sa position de lutte conséquente en défense des intérêts des exploités, ni à ses points de vue politiques et programmatiques.

Notre parti n'a jamais caché et ne cachera pas maintenant ses différences avec la direction d'IU, mais il s'engage à une discussion sérieuse de ces différences sur la base du respect mutuel et de la défense de l'unité du front unique.

C'est pourquoi le PRT affirme : - La nécessité d'étendre l'unité réalisée dans IU à tous les terrains : construire la Centrale unique des travailleurs, construire une seule centrale paysanne.

- La nécessité de démocratiser les organisations ouvrières et populaires et de combattre toute forme de bureaucratisme ou d'usurpation de la démocratie de masse.

- La nécessité d'impulser dans tout le pays des fronts de défense du peuple fondés sur les assemblées populaires en tant qu'organismes de front unique et de lutte de masse, et comme futurs organes de pouvoir populaire, tâche qui incombe aujourd'hui en tout premier lieu aux maires élus d'IU.

- La défense de l'indépendance politique des travailleurs face aux diverses options de la bourgeoisie et, par conséquent, le refus d'une alliance avec l'APRA.

- La nécessité urgente de passer de la victoire électorale à une victoire effective contre le gouvernement, à travers la mobilisation de masse, pour le défaire.

- La nécessité de préparer les masses sur tous les terrains, y compris celui de l'autodéfense, pour affronter le militarisme, qui cherchera à empêcher par tous les moyens la marche des travailleurs au pouvoir.

— La conviction que seule la rupture avec l'impérialis me et le début de transformation socialiste de l'économie pourront tirer le pays de la crise, et que seul un gouvernement des travailleurs fondés sur leurs propres organes de pouvoir pourra garantir réellement les droits démocratiques et sociaux pour les masses.

7. Le PRT appelle ses militants et sympathisants à faire la preuve pratique du cours nouveau que nous donnons à notre parti, en donnant non seulement un exemple de combativité et de sacrifice en défense des intérêts des exploités, comme ils le font déjà, mais encore en devenant les meilleurs défenseurs de l'unité de la gauche et des organisations de masse.

8. Considérant qu'IU représente le chemin de l'unité pour les masses, nous demandons l'intégration du PRT à IU. Dans les prochains jours, nous formaliserons notre demande d'admission.

Parti révolutionnaire des travailleurs, Lima, le 3 décembre 1983. FOCEP et l'UDP en 1978, déçu par volutionnaire de gauche (ARI) en mai l'ARI, et résolu par le réformisme en no1980, des 28% atteints déjà par IU à vembre 1980 sans la participation des Lima en novembre 1980, et, finalement, par les 34 % de Barrantes, à Lima, lors de

2. Sur l'analyse de Sentier lumineux, se reporter à Inprecor numéro 144 du 20 février Le besoin d'unité exprimé par le 1983.

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EONCHACALLA.

trotskystes, fait aujourd'hui le succès d'IU. A travers deux processus électoraux municipaux, des dizaines de milliers de dirigeants populaires, jouissant d'une réelle autorité et représentativité, ont pu se regrouper et s'exprimer dans ce front, lui conférant une autorité indiscutable et le légitimant en tant que direction majoritaire des exploités et opprimés du pays.

Non seulement IU a concentré les voix des partis qui la composent, mais elle a reçu aussi l'appui des forces les plus variées, qui vont de l'Alliance révolutionnaire socialiste et l'Alliance populaire socialiste, jusqu'à des « vélazquistes » notoires, comme Fernandez Maldonado, et de petites organisations pro-albanaises (Voix communiste), et d'autres qui se réclament du trotskysme (Parti socialiste des travailleurs - Ligue ouvrière socialiste).

"Gramorone LA POLARISATION DES FORCES BOURGEOISES La bourgeoisie, qui serrait les rangs en 1980 autour de l'Action populaire, s'est maintenant polarisée autour de deux tendances : celle de l'APRA, vieux parti national bourgeois, qui a une présence organisée très importante dans l'ensemble du pays et arbore un projet social-démocrate d'une part, et le Parti populaire chrétien de l'autre, qui est arrivé en troisième position aux élections avec 18 %, l'emportant même à Moquega et dans certains quartiers importants de Lima.

Le PPC est parvenu à capitaliser, sur la droite, le mécontentement envers la politique populiste. Il est devenu représentant homogène des monopoles indigènes associés au capital financier international. Sur les décombres de son allié, l'AP, le PPC passe dans I'« opposition », en exigeant un régime autoritaire néo-libéral. L'alliance AP-PPC s'est détériorée et elle peut s'achever avant même la venue à échéance de son pacte, en juillet 1984. La crise politique de la bourgeoisie a aussi donné lieu à la création de nouveaux petits partis ou à la réapparition d'autres. (...)

Ces élections municipales constituent également une défaite pour l'appareil militaire bourgeois. (...) Le général Briceno, commandant général de l'armée, a poussé ses déclarations anticommunistes jusqu'à amalgamer IU et Sentier lumineux (2). Après le résultat du 13 novembre dernier, la question de l'attitude à adopter devant un éventuel gouvernement de gauche se

UNIDDS VENCEREMDS

Manifestation populaire au Pérou, il y a quelques années. (DR) pose au haut commandement militaire, dont le poids politique ne cesse de croitre. Dans ce cadre, les frictions internes aux forces armées sont manifestes.

Mais elles feront bloc pour empêcher l'accession d'IU au pouvoir dans le cadre d'élections générales. La possibilité d'un coup d'Etat reste à l'ordre du jour.

LA DEFAITE

DE « SENTIER LUMINEUX » Les masses ont voté contre le gouvernement, faisant prévaloir le droit démocratique qu'elles ont arraché par leurs mobilisations dans la décade des années 1970. Et si Sentier lumieux n'a pas été défait militairement, il a sans aucun doute connu une défaite politique. A Ayacucho, les masses ont voté contre la tyrannie policière et militaire de l'Etat, contre le gouvernement, et pour le candidat le plus gauche. La grève de 72 heures appelée par Sentier lumineux échoué, il est clair que, dans tout le pays, les masses conservent des illusions sur la démocratie bourgeoise et sur les grands partis traditionnels. Sentier lumineux a montré qu'il manque d'autorité politique auprès des masses, que quand les forces armées prennent le contrôle du pays pour 72 heures, ses possibilités de mobiliser ses détachements sont réduites ou anéanties. Il apparaît clairement qu'on ne peut construire un appareil militaire révolutionnaire en dehors des masses, de leurs expériences et des objectifs propres qu'elles se fixent.

UNE PROFONDE

CRISE ECONOMIQUE La base matérielle de l'actuelle crise politique se maintient et s'approfondira (3). A la fin de 1983, la chute de la production n'aura pas de précédent, même par rapport à celle du krach de 1930 ou celle du siècle dernier pendant la Guerre du Pacifique. La production globale chutera d'au moins 14 %. La faillite de la structure productive interne et la ruine des campagnes sont les conséquences dramatiques d'un cycle récessif qui va affecter à court terme la branche bancaire financière. Le taux d'inflation atteindra les 140 %, accompagné d'une dévaluation de 130 % et d'un endettement extérieur de 15 milliards de dollars (120 milliards de francs). Enfin, le taux de chômage absolu et dissimulé dépasse les 50 % de la population économiquement active.

Telle est la base de l'actuelle crise politique que la bourgeoisie s'efforcera de résoudre dans un délai qui va de ces élections municipales aux élections générales de mai 1985, en appelant à un regroupement politique de ses forces, à la collaboration de classe pour empêcher le débordement des masses, dans la perspective d'une « défaite à froid » des travailleurs ou d'un coup d'Etat, d'un écrasement violent qui mettrait fin à la courbe ascendante de luttes empêchant l'éclatement de la forme actuelle de domination démocratique parlementaire.

« COMBATE SOCIALISTA » Lima, novembre 1983. 3. Cf. Inprecor numéro 161 du 21 novembre 1983.

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