ES élections municipales du 13 novembre dernier ont exprimé avec une netteté sans appel le refus, par une majorité absolue des électeurs, de la politique gouver.
• nementale menée par la coalition de l'Action populaire (AP) et du Parti populaire chrétien (PPC). L'AP, qui avait emporté les élections présidentielles de mai 1980 avec environ 45 % des voix, ne recueille, trois ans après son arrivée au gouvernement, que 12 % des suffrages. Le parti du président Belaunde Terry se place ainsi en quatrième position derrière l'Alliance populaire révolutionnaire américaine (APRA), qui ob-
La politique économique ouvertement pro-impérialiste et la répression accrue dirigée par le gouvernement de Belaunde Terry se trouvent ainsi irrémédiablement sanctionnées par un vote massif de rejet. Même si c'est l'organisation bourgeoise d'opposition, l'APRA, qui en profite le plus, l'IU remporte la victoire dans plusieurs mairies, dont celle de la capitale, Lima. Une autre caractéristique de ces résultats est l'échec du boycott électoral prôné par le groupe guérillériste Sentier lumineux, У compris dans la région d'Ayacucho, où il avait appelé à une grève générale de 72
De son côté, le Parti révolutionnaire des travailleurs (PRT), section péruvienne de la IVe Internationale, présentait des listes dans six villes, dont Lima. Il y obtint à peu près partout des résultats très modestes, dont les plus significatifs sont ceux de Juliaca
(5 %) et de Tacna, où il dépasse le score de l'IU. Nos camarades du PRT tirent un bilan critique de leur orientation politique dans cette campagne. Cela les a conduits à rendre publique une autocritique concernant leur politique d'alliances et leur rapport avec la
L'article qui suit est extrait de Combate Socialista, organe du PRT, numéro du mois de novembre. Il analyse les résultats électoraux des municipales du 13 novembre, ainsi que l'approfondissement des perspectives de mobilisation de masse qu'ils signi-
Victoire électorale de l'Izquierda unida aux municipales tient 35 % des voix, la Gauche des suffrages, et le Parti populaire chrétien, qui plafonne à 18 %.
heures, les 11, 12 et 13 novembre.
coalition IU, que nous publions ci-après en encart.
fient. Nous le publions dans une version légèrement abrégée.
« COMBATE SOCIALISTA »
Les élections municipales ont ouvert une nouvelle période dans la situation politique. Les masses ont voté contre le gouvernement et l'Action populaire (AP), qui est le grand perdant, à moins de deux ans des élections générales prévues pour mai
1985. L'APRA apparaît comme la force de rechange possible pour un régime discrédité, et le Parti populaire chrétien
(PPC) s'affirme comme une force politique organisée au niveau national. Mais les vainqueurs de ces élections ont sans aucun doute été les travailleurs, à travers le soutien massif qu'ils ont apporté à Izquierda Unida (IU).
LES PROGRES DE L'APRA
Les résultats officieux donnent à l'APRA le plus fort résultat électoral et le plus grand nombre de municipalités dans le pays. Elle avait obtenu 35 % aux élections à la Constituante de 1978, 22 % puis 16,9 % seulement aux deux élections de 1980. Elle passe cette fois-ci à 39,7 % des votes validés. Cette victoire électorale la tendance
« jeune » Alan
Garcia-Sanchez-Alfredo Barnechea, face à la tendance « intermédiaire » d'Armando
Villanueva-Cox-Valle Riestra.
Du fait de ce résultat électoral, la concrétisation à court terme d'une allian-
PEROU unie (Izquierda Unida, IU), qui enregistre le tiers ce de l'APRA avec IU paraît exclue, dans la mesure où tout projet de front entre les deux formations supposerait une rupture sur la gauche de ce parti réformiste bourgeois. Ceux qui revendiquent un le « refus d'un accord avec le communisme » et misent sur une victoire électorale de l'APRA en 1985, sont sortis renfor-
Tirant parti des mécanismes de la démocratie bourgeoise, ils s'efforcent de surmonter la crise politique actuelle en
1. En 1978, la coalition de gauche regroupée dans le Front ouvrier, populaire (FOCEP) atteignit un score électoral de 11 % pour les élections à l'Assemblée constituante. Cette coalition était composée non seulement d'organisations révolutionnaires comme le PRT ou le POMR, mais aussi de dirigeants PUDP n'en faisait pas partie.
En vue des élections législatives et présidentielles de mai 1980, se formait une coalition plus large, l'Alliance de la gauche révolutionnaire (ARI). Celle-ci, formée à l'initiative du PRT et des organisations centristes UDP et Avant-garde révolutionnaire (VR), regroupait aussi des organisations maoïstes comme UNIR et le PCR, et le POMR (alors lié au courant lambertiste). L'ARI était prête à soutenir, sur une plate-forla candidature présidentielle de Hugo Blanco, créditée par les sondages d'un résultat potentiel supérieur à 20 % des suffrages. Malheureusement, l'ARI devait éclater avant les sous la double action des groupes maoistes (UNIR notamment) et du POMR, qui présentant l'APRA comme alternative au gouvernement discrédité de la coalition AP-PPC. Il s'agit de prévenir l'explosion de la forme de domination démocratique parlementaire, qui connaît une crise profonde, avec un régime discrédité, un Parlement qui délibère sur des faits accomplis, de graves conflits au sein de la bourgeoisie, et des forces armées qui partagent de fait le pouvoir gouvernemental.
Mais, à l'évidence, la nécessité de résoudre la crise politique et de faire face à la débâcle économique exige une défaite des travailleurs qui sont, même sur le terrain déformant des élections bourgeoises, les principaux protagonistes de la situation politique actuelle.
UN TRIOMPHE
D'IZQUIERDA UNIDA (IU) La coalition d'Izquierda Unida, comdu Parti communiste péruvien (PCP), de l'Union démocratique populaire (UDP), du Parti communiste révolution naire (PCR), du Front ouvrier, paysan, étudiant et populaire (FOCEP), et de l'Union nationale de la gauche révolutionnaire (UNIR), arrive en effet au second rang de ce scrutin (1). Son candidat à la mairie de Lima, Alfonso Barrantes, l'a emporté haut la main, avec plus de 527 000 voix, soit 34%. Et à Cuzco, Puno, Huancavelica, Huancayo, IU des triomphes retentissants. Cependant, pour s'être présentée divisée, IU a été défaite à Arequipa, Moquegua,
Le triomphe de cette coalition à Lise trouve concentré un tiers de l'électorat national, ainsi que le résultat dans l'ensemble du pays, constituent une victoire pour les travailleurs, qui ont exprimé dans les urnes leur volonté d'en finir avec une situation intolérable. Ils ont infligé une défaite au gouvernement en parvenant à rassembler, autour d'exigences démocratiques, de larges couches d'opprimés, de chômeurs, des membres de professions libérales, des commerçants, artisans, paysans, jeunes, etc.
IU a conquis la confiance de la majorité écrasante de la classe ouvrière et de la paysannerie, parce qu'elle se présente s'en retirait sur décision d'un comité internatioalors formé sous la direction de Nahuel de scissionner de la IVe Internationale, et de Pierre Lambert, dirigeant de l'OCI française. Le PRT, qui se trouvait maintenir coûte que coûte l'ARI avec l'UDP, ou d'entériner son éclatement, optait pour la seconde solution. Il formait alors une petite coalition avec le POMR et le Parti socialiste des travailleurs (PST) et endossait ainsi une part de responsabilité dans l'éclatement de l'ARI, dans la dispersion du capital électoral constitué à l'époque du FOCEP, et dans la frustration de ne pas participer à l'émergence d'un puissant pôle de lutte de classe.
L'échec de l'ARI ouvrait l'espace à la formation, pour les municipales de novembre 1980, d'une nouvelle coalition, la Gauche unie (Izquierda Unida, IU), dont le centre de gravité, du fait de la présence du PCP (stalinien) et de l'absence du PRT, était différent du FOCEP et de l'ARI, et dont la délimitation de classe était moins nette.