P de sécouler turent de culte nate ont con e 1973
OUR la gauche thailandaise, les dix années qui viennent à 1978, les forces révolutionnaires ont connu, dans le royaume de Thailande, une croissance rapide, nourrie notamment par une vague sans précédent de luttes sociales et par la défaite de l'impérialisme américain en Indochine (1).
Avec la radicalisation de nouveaux secteurs sociaux, puis l'extension rapide des zones de guérilla, le Parti communiste de
Thailande (PCT) semblait bientôt en mesure, pour la première fois de toute son histoire, d'engager un combat sérieux pour le
Paul PETITJEAN
Quand, en 1973, la chute de la dictature militaire ouvre une période semi-démocratique, le Parti communiste de Thaïlande est encore en position très marginale dans le pays. Mais il est le seul à même de profiter rapidement de l'explosion de luttes de masses qui succèdent au soulévement étudiant et populaire de Bangkok d'octobre 1973. Les autres formations progressistes sont trop faibles, trop jeunes ou trop désorganisées pour offrir une alternative significative au PCT. Quand une nouvelle dictature s'impose en 1976, a l'occasion d'un sanglant coup d'Etat, c'est encore le PCT qui, seul, possède les zones refuges et les forces de guérilla à partir desquelles s'organise la résistance armée.
C'est alors que le PCT s'affirme véritablement comme la colonne vertébrale d'une gauche révolutionnaire dynamique.
Par milliers, des étudiants, des paysans, des ouvriers aussi, mais en moins grand nombre, rejoignent ses bases dans la jungle. En 1977, le Comité de coordination des forces patriotiques et démocratiques est constitué. Cela sanctionne le ralliement à la lutte armée de dirigeants syndicaux, universitaires et paysans, d'intellectuels connus, d'organisations politiques comme le Parti socialiste de Thailande.
En 1978, les forces de guérilla sont en plein développement. Selon les chiffres gouvernementaux, elles dépassent les
10 000 soldats (peut-être 12 000 ou
14 000). Selon les chiffres du PCT, elles atteignent les 20 000.
Pourtant, durant les quatre années qui suivent, le PCT est miné par de violentes divergences. Il est affaibli par une véritable hémorragie de militants. Il perd la majeure partie de ses principales bases de guérilla, dont nombre de celles qui avaient été établies dès avant 1973. Le Comité de coordination cesse d'exister et les principaux dirigeants qui avaient rallié la lutte armée en 1975-1976 retournent à Bangkok ou partent à l'étranger. Le quatrième congrès du PCT, longtemps reporté, se réunit en 1982. Loin de résoudre les con-
L'échec de la stratégie du "parti de jungle"
tradictions et de rétablir un semblant d'unité au sein du parti, il ouvre une nouvelle période de crise, marquée par des défections en masse et la reddition d'un membre du bureau politique.
Les années 1973-1982 ont été des années de vérité pour le Parti communiste de Thailande. Il a bénéficié d'une occasion historique pour enraciner et diriger un mouvement révolutionnaire à l'échelle nationale, pour surmonter enfin sa marginalité politique et les limites de son implantation géographique et sociale. Après avoir pu capter les nouvelles générations militantes, la direction du PCT n'a su résoudre ni les difficultés inhérentes à l'ouverture des conflits sino-indochinois, ni celles suscitées par l'évolution rapide de la situation dans le royaume lui-même. Elle a, au contraire, manifesté une dépendance à l'égard de Pékin, une sclérose politique et un conservatisme d'appareil
Les conséquences de cet échec du PCT sont graves. Le mouvement de masse est désorganisé, souvent désarmé. Les luttes sociales en pâtissent. Une génération militante reste désorientée et, dans une large mesure, démobilisée. L'initiative politique revient à la famille royale, à l'armée et aux grands partis bourgeois. Les forces progressistes sont paralysées, aucune formation révolutionnaire n'étant en mesure, aujourd'hui encore, d'offrir une
1. On trouvera une présentation générale de la Thailande et de ses problèmes, dans le livre La Thailande, de Jean Guilvout et James Bur-
Karthala, Paris, contient un chapitre sur l'évolution de la gauche thailandaise. L'Enjeu thailandais, de Sylvia 1979, présente une étude détaillée des luttes dé« Après les émeutes d'octobre 1973, une situation instable », Inprecor numéro 21 du 13 mars 1975, « Polarisation croissante des classes en Thailande », Inprecor numéro 38 du 20 novembre 1975, et « 6 octobre : une mesure de guerre civile », Inprecor numéro 63 du 25 novembre
2. Sur les débuts de la crise de la gauche thailandaise, voir « L'évolution des partis communistes thaï et philippins », Paul Petitjean, Inprecor numéro 84 du 11 septembre 1980, et
THAILANDE pouvoir. Mais depuis, le PCT et l'ensemble des forces progressistes du pays traversent une crise profonde qui s'affirme d'année en année plus grave et plus difficile à surmonter.
Cette crise a été favorisée par le retournement qui s'est opéré dans la situation régionale, en 1978-1979, quand les tensions entre les régimes vietnamien, cambodgien et chinois se sont aggravées au point de déboucher sur des conflits militaires ouverts. Mais, plus profondément, elle exprime l'impasse dans laquelle la politique poursuivie par la direction du PCT a mené les forces révolutionnaires thailandaises.
alternative concrète au PCT, lui-même divisé, très affaibli et sur la défensive (2).
Il est encore difficile de retracer l'histoire propre du Parti communiste
Thailande. Mais on peut dégager un certain nombre de grands problèmes qui permettent de mieux comprendre la nature de la crise du PCT et les raisons de son échec présent, problèmes qui restent au cœur des réorientations en cours dans la gauche thailandaise (3).
« LA CAMPAGNE
ENCERCLE LA VILLE »
Depuis le début des années 1960, une fois la fraction pro-maoïste devenue majoritaire à la direction du PCT, la stratégie de celui-ci se fonde sur une lente accumulation de forces militaires, progressant de la périphérie du pays (généralement des régions montagneuses et dépourvues de réseau routier) vers les zones de population dense et le centre. Cette vision stratégique s'exprime dans la formule clef suivante : « La jungle dirige le village, la campagne encercle la ville. »
Formellement constitué en 1942 (les premières organisations communistes du
Siam - ancien nom de la Thailande - remontent aux années 1930, mais ont été détruites par la répression), le Parti communiste a acquis durant la résistance antijaponaise, notamment dans le sud numéro 85 du 25 septembre 1980. Depuis cette époque, la crise du PCT s'est beaucoup aggravée. Tous ceux qui restaient encore avec le PCT et dont les noms étaient cités dans ces articles
- comme Seksan Prasertkul et Thirayuth Boonimie - ont maintenant rompu avec lui. On trouvera par ailleurs une abondante documentation sur l'évolution de la gauche thailandaise jusqu'à la veille du quatrième congrès du PCT dans le
Bulletin thaï d'information, c/o Thibeaut, 9, rue du Dauphiné, 93 600 Aulnay-sous-
Bois.
3. L'un de ces principaux problèmes concerne le contexte régional, la politique du PCT vis-à-vis du conflit sino-indochinois, et la nature de ses liens avec Pékin. Cette question importante ne peut être traitée ici. Se reporter donc à ce sujet aux deux articles précédemment cités, de septembre 1980, parus dans Inprecor.
pays, une certaine expérience militaire. Il tente plusieurs années durant, après la Seconde Guerre mondiale, de poursuivre une action de masse, politique et, pour l'essentiel, urbaine. Le durcissement d'un régime militaire dictatorial, à la fin des années 1950, convainc nombre de militants de la nécessité de se replier sur des zones forestières et éloignées des centres, mal contrôlées par l'appareil d'Etat, et de préparer la lutte armée. Mais la reconversion du PCT ne se fait pas sans mal et sans conflits internes. Ce n'est qu'en 1965 que les premiers noyaux de guérilla entrent en action, sous la pression des forces gouvernementales alertées.
De 1965 à 1973, la guérilla de l'Armée populaire de libération de la Thaïlande (APLT) connaît une croissance lente mais régulière, dans le nord-est et le nord, le long des frontières cambodgiennes et laotiennes, puis birmanes, et dans le sud du pays. Dans l'extrême sud musulman, ce sont les diverses fractions du Parti communiste de Malaisie qui sont nstallées du côté thailandais de la fron-
Avant 1973, la progression du PCT est donc lente, bien qu'il reçoive une aide extérieure importante. Mais le régime thaï n'est pas en crise ouverte, les Etats-Unis ne ménageant pas leurs appuis, et aucun autre parti ne fait mieux que le PCT, loin s'en faut. L'orientation définie par la direction du parti peut donc sembler d'autant plus justifiée qu'en 1973 cette direction, bien qu'elle soit en fait presqu'inconnue, bénéficie d'un prestige et d'une morale importants auprès des jeunes générations militantes. Rares sont les cadres de cette génération qui ont une formation politique originale et qui portent un jugement critique sur le « maoïsme » du PCT.
L'audience et le champ d'action Parti communiste s'élargissent brusquement avec la chute de la dietature militaire, en 1973, et la multiplication des luttes revendicatives et démocratiques. Mais c'est alors que les limites de l'organisation et de l'orientation du PCT apparaissent au grand jour.
L'appareil traditionnel du PCT privilégie l'action militaire. Or, de 1973 à 1976, l'heure est aux grandes mobilisations populaires, sociales et politiques. Au même moment, le parti investit les campagnes reculées et néglige Bangkok, la capitale. Or, c'est à Bangkok que le soulèvement d'octobre 1973 provoque la chute de la dictature. C'est à Bangkok que bat le cœur du mouvement étudiant et lycéen. C'est à Bangkok et dans ses banlieues que s'enracine l'ossature du mouvement syndical radical. C'est même à Bangkok que convergent les délégations paysannes venant exiger l'application et l'extension des lois agraires. C'est là aussi que se joue le succès du coup d'Etat d'octobre 1976 et que se sont menées, depuis lors, nombre de batailles politiques qui dominent l'ensemble de la vie nationale.
C'est parce qu'il réduit sa stratégie à l'accumulation progressive de forces militaires et qu'il refuse les actions de guérilla urbaine, que l'appareil central du PCT
CHINE
PAKISTAN
BIRMANIE •MANDALAY SINGAPOUR peut ainsi Bangkok durant ces années cruciales. Il y a évidemment des réseaux du parti qui opèrent dans la
Mais ils sont orientés vers l'extérieur : ils aident les guérillas, facilitent les liaisons nationales, et assurent la circulation de l'information. En 1973 il n'y a plus, pour raisons de sécurité dit-on, de direction politique propre pour la capitale, qui n'a d'ailleurs pas le statut d'une région autonome au sein du PCT. Chaque réseau du parti à Bangkok est directement relié à la direction nationale ou à une zone de guérilla rurale, dont la direction a autorité sur les militants intervenant dans la capitale.
Néanmoins, des militants du Parti communiste sont actifs dans de nombreuses luttes, à Bangkok comme en province.
réseaux prennent sur eux d'intervenir plus systématiquement dans les mouvements de masse. Mais il est impossible de mobiliser l'ensemble des militants urbains du PCT pour assurer le succès d'une campagne ou d'une initiative. La direction nationale reste largement ignorante de la réalité de la situation, car elle n'est pas sur le terrain. En tant qu'organisation nationale, le PCT est généralement absent, incapable de proposer des orientations concrètes de lutte et de travail, alors que le régime reprend l'initiative et que les jeunes générations militantes se heurtent à des échéances de plus en plus complexes et donc le parti? » demandaient souvent des cadres du mouvement étudiant et syndical en 1974-1975.
Le coup d'Etat d'octobre 1976 met fin à la période semi-démocratique et laisse place temporairement à un régime extrêmement répressif. Pour la direction du PCT, c'est en quelque sorte un « retour à la normale », comme elle l'avait prévu. L'accent mis les années précédentes sur le maintien et la consolidation des zones de semble maintenant pleinement justifié : militants et sympathisants quittent en masse les « zones blanches » (militairement contrôlées gouvernement) pour chercher refuge auprès du PCT, pour venger aussi, en s'engageant dans la lutte armée, les centaines d'étudiants massacrés lors du coup d'Etat et les
Pourtant, l'orientation militariste et rurale du PCT a coûté cher. La famille royale, l'armée, les groupes d'extrême-droite ont pu manœuvrer plus librement, préparant le coup d'Etat, multipliant les provocations et les pièges. Sans direction politique nationale, le mouvement né en 1973 ne pouvait éviter ni la division ni des erreurs coûteuses. Il ne pouvait garder l'initiative politique. De même, il ne pouvait préparer systématiquement et à l'avance le maintien en zones urbaines et en zones rurales « blanches » de réseaux militants capables, après le coup d'Etat, d'assurer une ossature clandestine au mouvement de masse. Quand l'exode vers les zones de guérilla s'est produit, trop rares étaient les militants et les cadres qui voulaient et pouvaient rester sur place pour assurer la continuité du travail politique. Le mouvement de masse, notamment syndical, ressent encore aujourd'hui les effets
Enfin, l'appareil traditionnel du PCT est resté étranger à l'expérience extraordinaire des luttes sociales des années 1973-1976. Or, c'est à partir de cette expérience que les nouvelles générations militantes ont rejoint l'Armée populaire et le parti. C'est aussi à partir de cette expérience que les nécessaires réorientations stratégiques pouvaient être discutées. « LA JUNGLE DIRIGE LE VILLAGE »
Il ne pouvait en effet y avoir simple « retour à la normale », c'est-à-dire maintien des orientations antérieures du parti, car la période 1973-1976 ne représentait pas un simple « interlude » entre deux dictatures militaires. La floraison des mobilisations populaires revendicatives et dé-
mocratiques sanctionnait l'entrée du pays dans une nouvelle époque : celle des luttes de classes modernes. La société thaïlandaise toute entière était en mutation. Pour s'adapter à ces transformations, le Parti communiste devait lui-même modifier sa ligne, son fonctionnement interne, sa mentalité, ses points d'appui. Il ne pouvait le faire qu'à partir d'une expérience vécue et analysée. Le ralliement en masse des nouvelles générations militantes, nées justement de la nouvelle réalité thailandaise, offrait au PCT une occasion unique pour ce faire. Mais l'appareil central du parti semble n'avoir jamais pu ou voulu comprendre l'existence même du problème.
La mutation que devait vivre le PCT, en relation avec celle de la société thaï, était, il est vrai, très profonde et complexe. Il ne s'agissait pas seulement de corriger une déviation militariste ou guérillériste, d'accorder une place plus importante à l'intervention de masse en milieu urbain, et de prendre distances par rapport à la bureaucratie chinoise. Pour comprendre ces problèmes, il faut revenir sur ce qu'était le PCT et sur l'originalité développement, références idéologiques maoïstes.
Plus encore que le thème de l'encerclement des villes par les campagnes, commun à toutes les organisations maoïstes traditionnelles, c'est celui de la « jungle qui dirige le village » qui éclaire cette originalité. On peut en effet dire que le PCT s'est constitué, durant les années 1960, en « parti de jungle ». Le centre de gravité politique et organisationnel du parti n'est pas devenu la campagne, mais bien la forêt et, dans une certaine mesure, même l'étranger, puisque c'est en Chine que réside une partie de l'appareil du PCT et que c'est de ce pays que provient l'aide. Le fait que le gros du parti et de l'Armée jungle est une réalité physique qui exqu'une certaine orientation politique. Elle représente un certain type d'insertion dans la société traditionnelle, un mode très particulier de lutte. C'est aussi une réalité physique qui détermine ment un mode de fonctionnement et une rigidité politique très difficiles à briser.
« La jungle dirige le village » une orientation qui a effectivement été mise en œuvre et qui a permis, un temps, la croissance de la guérilla. Au milieu des années 1970, le PCT et l'APLT sont déjà forts de plusieurs milliers de membres et disposent d'un appui de masse dans le Nord-Est et le Sud (dans le Nord, ils sont alliés à des tribus montagnardes). Mais le PCT et l'APLT s'imposent comme une force populaire de protection beaucoup plus que de révolution. Ils interviennent généralement pour protéger le village ou la tribu contre un ennemi extérieur (l'armée gouvernementale, le fonctionnaire corrompu, les chefs de gangs et « protecteurs », les pirates dans le golfe de Thailande ...) et pour offrir un service que l'Etat central ignore (médecine rurale, éducation des enfants des tribus envoyés se former en Chine...). Mais ils interviennent très rarement pour changer les rapports sociaux eux-mêmes.
En assurant une protection armée, le PCT s'attaque à des aspects particuliègraves d'oppression, et il symptomatique que le Parti communiste enregistre ses principaux succès dans des zones où l'administration s'aliène la potribus, les Thai-Lao du Nord-Est deshérité, le Sud relativement prospère mais sous la botte de l'administration centrale), et non dans les zones où l'économie de marché provoque les bouleversements sociaux les plus précoces (la plaine centrale, et notamment les provinces qui entourent Bangkok).
On comprend mieux, dans ce contexte, l'indigence extraordinaire du programme agraire du PCT, qui ne comporte ni analyse des structures variées de la société rurale thailandaise, ni présentation détaillée d'un catalogue revendicatif. Les témoignages de militants revenus de diverses zones de guérilla concordent : dans la plupart des cas, le PCT et l'APLT ont gagné une base populaire non pas à l'occasion de luttes revendicatives, mais en soutenant les villageois face à des menaces extérieures (déplacements de population liés à la construction de barrages hydraucontestation sur l'occupation de zones forestières gouvernementales, extorsions de fonds de la part d'un « parrain », exactions de l'armée ...).
Il est évidemment normal, vital même pour une organisation révolutionnaire, d'assurer, quand c'est possible, une telle protection. Mais, sans une autre forme d'insertion sur le plan national, ce mode d'intervention permet une extension progressive des zones de guérilla dans les régions propices, mais non une dynamisation des luttes sociales et politiques dans l'ensemble du pays. Le PCT a dû son succès local ou régional à sa capacité à s'intégrer à des mécanismes traditionnels de la société thaï: la fuite dans la forêt comme moyen de résistance face au pouvoir central, la création d'une dette de reconnaissance pour la protection accordée ou le service rendu (aide médicale, etc.), qui peut amener le village à soutenir la guérilla (aide alimentaire, informations), voire à envoyer un jeune dans les camps
Mais ce mode révélé particulièrement inadéquat quand des luttes sociales se sont développées sur le plan national. En 1974-1975, la paysannerie se mobilise dans le Nord contre les taux de fermage et, plus généralement, sur des questions comme le prix du riz. Des organisations de masse se constituent, comme la Fédération des paysans de Thailande (les étudiants de la ville de Chiang Mai et des militants du PCT aident à son développement). Des luttes s'organisent autour de l'adoption et de la mise en œuvre de lois gouvernementales. Des étudiant, des associations paysannes et des syndicats ouvriers. Une campagne d'éducation démocratique se poursuit, dans la foulée d'octobre 1973. Il faut, répondre à cruciaux, un programme d'action national avec des mots d'ordre revendicatifs centraux, une perspective concrète d'extension des organisations de masse, une consolidation rapide de nouvelles structures du parti dans les régions centrales. Le PCT, parti de jungle, est incapable de prendre l'initiative sur ce terrain.
Le même problème ressurgit en 1977-1978, une fois passé le choc du coup d'Etat d'octobre 1976. L'extension des zones de guérilla implique des tâches nouvelles : l'organisation de régions de population dense et plus centrales. Cette question se pose en termes particulièrement aigus dans le Nord, où l'APLT est traditionnellement implantée massifs montagneux où vivent des minorités ethniques. Il est maintenant possible et nécessaire d'implanter le mouvement dans la plaine elle-même. La direction du PCT impose son orientation habituelle : les structures du parti s'établissent dans la jungle, le village est contacté et organisé à partir de cette base forestière, l'objectif est d'amener des villageois à rejoindre les camps de jungle.
Cette politique échoue doublement. D'abord, parce que l'armée gouvernementale peut opérer trop rapidement dans ces zones pour que la jungle soit une protection suffisante. Ensuite, parce qu'il est difficile d'organiser le village de l'extérieur et que les paysans ne voient pas l'intérêt de rejoindre les camps de jungle. C'est après cet échec que de jeunes militants du parti, forts de l'expérience accumulée en 1974-1975, décident de s'établir directement dans les villages et non plus dans la jungle. L'expérience est concluante. Mais l'appareil du parti n'en modifie pas pour autant son orientation générale.
semble que l'intervention de masse ait parfois été organisée par les directions régionales ou locales avec plus de souplesse, notamment dans la région de Phuphan, située dans le Nord-Isan (Isan est le nom donné à la région du Nord-Est où vivent des Thaï-Laos). Mais, dans l'ensemble, le PCT reste un parti de jungle. Plus grave encore que sa sous-estimation du travail urbain, son mode d'insertion traditionnel, aux frontières de la Thailande moderne, lui interdit, compte tenu de
la rigidité de sa direction, de développer un travail de masse conséquent, que ce soit dans les zones « roses » militairement contestées, ou dans les zones « blanches ».
LA CASSURE
Si ce problème profond n'est appaau grand jour que récemment, c'est parce que le PCT n'agissait, avant 1973 que dans des régions périphériques, bien que souvent peuplées, comme dans le Nord-Est et le Sud. Mais c'est aussi parce que, pour des raisons historiques variées (4), le royaume de Thailande n'avait encore jamais été secoué par une crise sociale et politique d'ensemble. Il y avait évidemment oppression et exploitation, pauvreté même. Mais la crise des rapports sociaux dans l'agriculture n'a commencé à se manifester que tardivement, ainsi que la dialectique nationale des luttes urbaines et rurales. C'est maintenant chose faite, et c'est pourquoi les années 1973-1976 représentent un tournant si important dans l'histoire du pays et du mouvement révolutionnaire.
Le PCT devait se transformer pour répondre aux nécessités de la nouvelle période. Mais l'influence de Pékin d'une part (5), et la structure du parti de l'autre, ont rendu cette transformation particulièrement aléatoire.
La crise du PCT a commencé à s'exprimer en 1979, au moment où il a perdu ses bases installées au Laos, quand Vientiane et Hanoi ont sanctionné son alignement de fait sur Pékin et les Khmers rouges en le chassant brutalement de ses sanctuaires. C'est tout d'abord le Comité de coordination des forces patriotiques et démocratiques qui a perdu toute substance. Ce Comité n'avait jamais donné naissance à de véritables structures de front uni. Ses membres étaient pour la plupart regroupés dans un camp situé au Laos, étroitement contrôlé par le PCT, isolé du mouvement et des luttes. Après la rupture avec Vientiane, certains de ses membres sont restés au Laos, d'autres sont partis à Kunming, en Chine, certains sont revenus en Thailande. Mais, de toutes façons, jamais le PCT n'a accordé de rôle politique réel aux partis et personnalités membres du Comité de coordination. Sa constitution s'est réduite à une opération de propagande : il est resté un comité au sommet, dont les membres étrangers au PCT n'avaient aucune tâche effective à remplir. Il est mort avec les démissions successives de ceux qui en faisaient partie.
Aux problèmes de l'intervention en milieu urbain, du travail politique et du travail de masse, s'ajoutent ceux des alignements internationaux et de la pratique de front uni. Et celui de la démocratie interne. Jamais il n'a été possible d'organiser, au sein du PCT, une discussion significative sur le plan national, interrégional. Longtemps, la direction centrale contentée de réaffirmer l'orientation traditionnelle, de gloser sur les étudiants incapables de supporter les difficultés la vie de guérilla, de diriger par le silence face aux questions de plus en plus pressantes soulevées par les militants de avec le PCT.
Réfugiés cambodgiens en Thailande. (DR) base et les cadres moyens. Isolés dans les camps de jungle, la majorité des anciens étudiants ne pouvaient ni engager un débat effectif ni, au moins, développer un travail d'implantation propre. Ils en sont partis de plus en plus nombreux, ainsi d'ailleurs que des paysans et des ouvriers. L'énorme majorité de ceux qui avaient rejoint le PCT en 1975-1976 l'a maintenant quitté. Et il en va aujourd'hui de même avec de nombreux anciens cadres.
A la suite du quatrième congrès, les structures de plusieurs régions du PCT se sont en fait effondrées. Ce congrès, tenu en 1982 sous la forme de trois assemblées régionales plus ou moins simultanées, reliées par liaison en morse à Kunming, offrait une dernière chance au parti de juguler la crise ouverte. Des blocs régionaux se sont confrontés et les thèses des courants « réformateurs » l'ont emporté de justesse. Elles défendaient une orientation accordant plus d'importance à l'intervention en milieu urbain et au travail politique, prônant une « ligne de masse » réclamant une politique internationale plus indépendante. Le fait que les thèses des « réformateurs » l'aient formellement emporté montre qu'une discussion démocratique au sein du PCT, ouverte à temps, et la tenue d'un congrès représentatif, auraient pu limiter les effets de la crise et engager d'importantes réorientations. Mais les textes présentés au congrès n'ont jamais été publiés et la fraction dominante a maintenu son contrôle sur l'appareil central. Mal préparé, bureaucratiquement manipulé, avorté, le quatrième congrès a ouvert une nouvelle phase de la crise du parti : marginalisés au niveau de la direction, les courants « réformateurs » (notamment dans le Nord-Isan) ont à leur tour, dans leur grande majorité, rompu
Par ailleurs, le régime thailandais a joué activement des contradictions internes du PCT, en accordant une amnistie à ses militants, tout en plaçant les « retours de jungle » sous surveillance. L'armée a pu reconquérir des bases longtemps inexpugnables, et c'est dans le sud du pays que l'APLT résiste aujourd'hui le mieux. Dans les villes, les fractions de l'armée profitent de la paralysie des forces de gauche pour pénétrer plus avant les syndicats ouvriers.
Il faudra beaucoup de temps à la gauche thailandaise pour se remettre de la crise du PCT. En l'absence de solides bases de masse, les militants de « retour de jungle » ont dû se préoccuper avant tout de survivre et de trouver un travail. La démoralisation n'est pas non plus facile à surmonter. Mais le mouvement de masse, s'il reste désorienté, n'a pas été brisé en profondeur. Il peut renaître demain et offrir une nouvelle chance d'implantation à des forces révolutionnaires.
Paul PETITJEAN, 10 janvier 1984. 4. Signalons parmi ces facteurs : le fait que le pays n'a jamais été une colonie directe et que l'autorité de la famille royale n'a pas été brisée : le fait que pendant longtemps le prolétariat a été composé de travailleurs chinois immigrés coupés de la paysannerie ; le fait que, jusqu'à la fin des années 1960, des terres restaient offertes au défrichement, ce qui permettait au paysan d'échapper à une condition trop difficile ; le fait que les capitaux occidentaux n'ont directement pénétré l'agriculture que tardivement et que la concentration de la propriété foncière (compte non tenu de la famille royale) est restée longtemps limitée ...
5. Pékin ne souhaitait pas le renforcement d'une lutte révolutionnaire en Thailande.