TOUS les rapports s'accordent à le dire, l'année 1983 aura d'affaires, et une mauvaise année pour les travailleurs et les minorités. En dépit de nombreuses faillites de petites entreprises et des inquiétudes sans cesse exprimées par les institutions bancaires à propos des risques qui pèsent sur les investissements à l'étranger, la bourgeoisie américaine parle sur un ton réjoui d'une « reprise classique » de l'économie après le fléchissement cyclique de juillet 1981. En 1983, les profits des trusts ont connu une hausse de ... 40 %, atteignant le chiffre annuel d'environ 227 milliards de dollars, comme l'indique le Wall
Street Journal (1).
Selon les paroles du secrétaire d'Etat au Commerce, Malcolm Balbridge, le tableau des profits réalisés par les trusts
« reflète le rythme vigoureux de la conjoncture économique.
conjugué à la croissance des gains dans le domaine de la productivité et à la modération des hausses de salaire » (2). La hausse de la productivité et les bas salaires sont donc les principaux changements qui provoquent l'allégresse du patronat et
Jack MARSH
Les travailleurs et les minorités (y compris les femmes qui prennent conscience, de façon militante, de leur exploitation économique et de leur discrimination spécifique) ne se rappelleront pas de l'année 1983 avec la même exubérance que leurs employeurs, car, pour eux, elle n'aura pas été l'année de la prospérité.
Les gros titres des journaux faisant état de la reprise économique sont, à leurs yeux, tout simplement incroyables. Leur pouvoir d'achat s'est nettement dégradé depuis un an. Pour des millions d'entre eux, leur allocation-chômage est arrivée à terme et ils vivent de subsides, de secours et de coupons alimentaires (4). Nombreux sont ceux qui, ayant acquis une maison au cours d'une période plus faste, en sont aujourd'hui dépossédés. Le nombre réel de chômeurs dépasse les dix millions. Sur les cent millions de personnes qui composent la force de travail du pays, rares sont celles qui n'ont pas autour d'elles un ami, un ancien collègue ou un parent qui ne soit pas actuellement sans travail, souvent depuis déjà plusieurs mois et sans espoir d'en retrouver. Il y a des endroits du pays - la région des mines de fer du Minnesota, la région minière des
Appalaches, les villes industrielles de
Pennsylvanie - où 50% de la force de travail se trouve au chômage.
Tout cela ne signifie pas que, sous d'autres rapports, il n'y ait pas eu de changement, ni que de nombreux travailleurs qui s'étaient retrouvés sur le pavé avec la fermeture des usines automobiles et des aciéries, n'aient pas retrouvé de travail. Certains ont été réembauchés dans le secteur automobile et, dans une moindre
L'exemple d'une usine de Chicago
de ses tielles de novembre mesure, dans le secteur sidérurgique. General Motors (GM) par exemple, a repris 75 000 travailleurs qu'elle avait licenciés. Aujourd'hui, ce géant de l'automobile se vante des gros bénéfices qu'il réalise et a annonce que «l'industrie automobile américaine reste compétitive et capable d'assurer des emplois stables, bien rémunérés ». Par contre, ce que l'on passe sous silence, c'est le nombre d'emplois offerts par rapport aux hausses de production
C'est entre autres à travers des « participations mixtes et portation » avec les Japonais ou d'autres producteurs étrangers que le secteur automobile prévoit de rester compétitif. Le projet industriel de 300 millions de dollars associant General Motors et Toyota Motor Corporation est presque achevé, et la GM s'apprête à réouvrir son usine de Fremont en Californie, qui se trouvera alors sous la nouvelle direction conjointe. Simultanément, elle annonçait, en dé cembre, que 50 000 de ses anciens employés ne seraient pas réembauchés. Une fois que ses usines robotisées tourneront à plein, on s'attend à ce que le nombre de voitures produites batte tous les records. Le nombre de travailleurs licenciés pourrait bien, lui aussi, battre tous les records.
Ceux qui, après de longues périodes de chômage, ont été réembauchés cette année, découvrent que les nouveaux postes de travail sont très différents de ceux qu'ils occupaient avant que leurs usines ne soient fermées. Ces postes relèvent maintenant définitivement du domaine du passé, à l'instar de nombre de ces vieilles carcasses d'usine. Les nouveaux postes de travail combinent travail qualifié, surveillance et réajustements là où les chaîreprésentants politiques. Ils reconnaissent cependant qu'il y a des points noirs et que le futur reste, comme toujours, incertain. Les ombres au tableau - disent-ils - restent l'inflation croissante, la hausse des taux d'intérêts, un déficit budgétaire fédéral qui, pour l'année 1983, dépasse les 200 milliards de dollars, une balance du commerce extérieur de plus en plus défavorable, un flot continu de demandes d'allocations-chốmasa et un allongement constant de la durée moyenne de la semaine de travail (3). Ces deux derniers facteurs - chômage massif et semaine de travail plus longue - ne préoccupent pas outre mesure la plupart des employeurs, qui, comme on le sait, ne peuvent raisonner autrement qu'à court terme. Cependant, le chômage de longue durée, qui touche officiellement de 7 à 9 millions de travailleurs, conjugué à une extension de la semaine de travail et à une accélération des cadences, ne peuvent qu'engendrer, dans un futur proche, des difficultés pour l'économie et une agitation sociale croissante. Potentiellement explosifs, ces éléments marqueront donc les élections présiden-
1984.
nes de montage automatisées ont été mises en place, et une nouvelle catégorie de techniciens d'ordinateurs a été créée pour les chaînes entièrement automatisées.
L'EXEMPLE DE L'INDUSTRIE
DE CHICAGO
Beaucoup de choses ont été écrites à ce propos, parfois avec des exemples à l'appui. Mais il y a encore très peu d'études consacrées aux effets de cette mutation de la production industrielle sur les travailleurs.
Des millions de travailleurs sont ainsi formés dans ces nouvelles conditions de travail et commencent à acqué rir une nouvelle perception de leur rapport à la production, qui marque une nouvelle étape dans l'expérience des travailleurs de l'industrie. Il s'agit-là d'une question d'importance. Nous essayerons de l'illustrer et de l'analyser sur la base d'une expérience personnelle en tant qu'ouvrier de la région de Chicago, qui, avant fait son apprentissage comme réparateur de machine aux hauts fourneaux de l'US Steel South Works, a travaillé six ans dans la profession, jusqu'à ce que son entreprise ferme ses portes.
1. Cf. l'article d'Allan Murray, Wall Street
Journal, « Les profits des trusts sont en hausse », du 23 novembre 1983.
2. Idem.
3. Cf. «
La mobilisation des chômeurs dans la citadelle impérialiste », Inprecor numéro 163 du 19 décembre 1983
4. Les coupons alimentaires sont vendus par les services d'assistance sociale à un taux qui varie selon le revenu et le nombre d'enfants des assisté(e)s. Ceux-ci s'en servent ensuite pour payer les produits alimentaires qu'ils achètent dans les supermarchés.
La situation de l'industrie à Chicago montre que South Works n'est guère qu'une entreprise parmi d'autres à avoir été mise au rebut. On peut citer à cet égard celles de Falstaff Brewery (brasserie), Wisconsin Steel (aciérie), Pullman Standard Rail Car (construction mécanique), Burnside Foundry (fonderie), Naylor Pipe (tuyauterie), Interlake Steel (aciérie), American Bridge (aciérie), Wyman Gordon Foundry, et les ravages s'étendent au nord-ouest de l'Indiana, où le nombre encore plus important d'usines désaffectées témoigne de cette grande mutation industrielle. Désormais, les journalistes n'appellent pas cette région autrement que « le bassin de la rouille des années 1980».
Il y a peu de temps encore, ces installations industrielles étaient productives, tournaient sans arrêt et employaient des centaines de milliers de travailleurs, qui « n'y perdaient pas leur temps », selon l'expression alors en vigueur. Pour la plupart, ces travailleurs étaient membres de la Fédération des ouvriers de la sidérurgie (USWA), district numéro 31 (5), et l'idée qu'un jour les hauts fourneaux seraient refroidis n'effleurait l'esprit de quasiment aucun d'entre eux. Ils pensaient plutôt être installés dans ce secteur pour toujours. Peut-être pas parfaitement installés, certes, mais l'idée, erronée, selon laquelle ils y avaient fait leur trou une fois fini leur apprentissage, était très répandue parmi les ouvriers qualifiés.
Aujourd'hui, avec les vieux murs de brique qui se sont lézardés, ces illusions se sont dissipées. Avec le chômage massif qui affecte particulièrement les ouvriers qualifiés de l'industrie lourde, de l'automobile, de la sidérurgie, des chemins de fer, de l'industrie minière et pétrolière, chercher un nouveau travail ou chercher à être réembauché est devenu un véritable l'embauche, les trusts ainsi que les petites entreprises peuvent désormais faire leur choix, comme au marché.
L'impact de ce phénomène sur les syndicats a été maintes fois décrit, et il est bien connu. La bureaucratie syndicale n'a pas compris ce qui était en train de se passer et n'a pas pu prévenir ces ravages.
syndicaux n'ont vu qu'un seul moyen de créer ou de maintenir les emplois : tout faire pour que ces trusts restent rentables et compétitifs comme ils l'étaient auparavant. Tous les grands syndicats de l'industrie ont donc fait des concessions sur les sont en train de négocier de prétendus accords « à contrepartie égale » sur les statuts professionnels. Pourquoi les avoir baptisés « contrepartie égale » cela reste tes qui mènent les négociations acceptent regrouper plusieurs métiers dans une seule et même catégorie professionnelle, ce qui entraîne une réduction des emplois, et ils obtiennent, « en contrepartie », ... la vague promesse que les opérations du processus de production jugées archaiques ne seront pas abandonnées immédiatement, complètement et pour toujours.
De quelle manière cela affecte la place des travailleurs dans la production est un phénomène sur lequel on écrit peu, mais qui fait l'objet de discussions continuelles sur les lieux de travail. Auparadans les syndicats de l'industrie (et en tout cas dans celui de la sidérurgie sur lequel se fonde le présent article), chaque qualification était séparée et distincte de toutes les autres, et clairement définie par le type exact des tâches requises et par son statut. Les contours de la juridiction professionnelle concernant les qualifications étaient strictement délimités et ne se recoupaient pas entre eux. « Ça, c'est pas mon boulot », cette réplique a été, pendant des années, un véritable lieu commun dans la bouche des travailleurs qualifiés de l'industrie lourde. Chacun savait ce qu'il fallait comprendre par là, et la plupart des travailleurs observaient à la lettre la définition des tâches, telle qu'elle était communément comprise, caracté-
Un mécanicien, par exemple, avait l'habitude de refuser de faire le travail d'un raccordeur de tuyauterie, aussi modeste que fût la tâche. Lorsqu'un problème imprévu exigeant une compétence autre que celle des ouvriers déjà engagés dans l'opération en question se présentait, le contremaître devait presqu'immanquablement faire appel à l'aide d'un autre ouvrier pourvu d'une qualification appropriée.
Cette pratique, pourtant acceptée depuis longtemps, est désormais presque complètement abandonnée, en raison de la transformation radicale du procès de production. Celle-ci est elle-même en grande partie la conséquence de la crise économique provoquée par la surproduction générale à l'échelle mondiale surgie à partir des années 1970. C'est depuis lors, en effet, que la concurrence sur le marché mondial a contraint l'industrie américaine à se moderniser et à se réorganiser. Les effets de cette évolution se sont diffusés et ont conduit à une nouvelle réduction des effectifs d'ouvriers qualifiés dans les industries de production de masse, ainsi qu'à une dégradation des qualifications qui leur sont reconnues. Sans avoir conscience de la dynamique du processus qui les submergeait, les bureaucrates syndicaux ont cédé à ces exigences.
LA RÉORGANISATION
DES QUALIFICATIONS PROFESSIONNELLES ET L'AUGMENTATION
DE LA PRODUCTIVITÉ Le syndicat des ouvriers du caoutchouc, par exemple, a négocié des contrats
5. Le district numéro 31 de l'USWA (United Steelworkers of America) englobe toutes entreprises sidérurgiques des zones voisines de Chicago et Gary (à l'extrémité sud du
Michigan). C'est le district qui compte le plus de cotisants de toute l'USWA. En 1976, il avait servi de base à la campagne d'Ed Sadlowski pour un syndicalisme plus combatif et
nationaux qui n'établissent que cinq catégories professionnelles dans des usines qui en employaient auparavant quinze, à la confection de pneus et de produits connexes. Les syndicats de cheminots ont accepté l'élimination de chauffeurs de mavapeur, de conducteurs, réduction de la l'allongement des déplacements. La Fédes ouvriers gie a signé des contrats avec les principales aciéries, qui établissent des « super-mé-
Get créent une nouvelle catégorie « techniciens opérationnels ». Ces postes exigent que les ouvriers mettent en œuvre à la fois des qualifications d'électricien et de mécanicien.
Dans la sidérurgie, on a attribué à ces postes le statut de « métier circulant ». L'ouvrier qualifié doit se soumettre à des épreuves physiques et mentales relevant de six à huit qualifications différentes. Un patron peut ainsi éliminer les ouvriers plus âgés qui ont accumulé une certaine ancienneté, parce qu'ils sont incapables de réussir les deux types d'épreuves, tandis que les ouvriers qui auront passé l'examen pourront et devront accomplir des tâches multiples. Le patronat y gagne, parce que ce système lui permet de contourner les droits d'ancienneté, d'effacer les frontières entre les différentes qualifications, et de fusionner plusieurs anciens postes de travail entre eux. La main-d'œuvre employée, plus réduite, devient plus efficace et plus productive. Le taux de productivité augmente et, avec lui, les profits aussi.
Quand un ouvrier ou une ouvrière de l'industrie mis(e) à pied ou licencié(e) pour cause de « sureffectifs » commence à chercher un nouvel emploi sur ce qui est actuellement un « marché du travail des patrons », il ou elle doit remplir ces conditions pour pouvoir retrouver une embauche. De nos jours, l'ouvrier qui cherche un emploi qualifié doit soudeur, tuyauteur, plombier, chaudronnier, technicien du chauffage également apte à l'installation des circuits électriéquipements, l'utilisation des tours, à la pose des briques et autres travaux de maçonnerie, au montage-règlage, et à tous les bricolages qui peuvent s'avérer nécessaires en cas de problème dans chacune de ces opérations. Ce sont là les exigences courantes des emplois dans l'entretien
Dans les emplois de l'entretien électrique, les ouvriers doivent être des électriciens compétents, des spécialistes des moteurs, des experts en réparation d'instruments de contrôle, des dévideurs d'armature, des tourneurs, des fraiseurs, et parfois des monteurs. Le patron y trouve son compte à plusieurs titres, et notamment sur deux terrains. Tout d'abord, les nouvelles classifications d'emploi sont souvent rémunérées à des taux de salaire inférieurs, malgré les qualifications et le travail supplémentaires exigés. Par ailleurs, ce que l'on appelait autrefois les temps morts, lorsque l'on attendait l'arrivée d'ouvriers compétents pour un certain type d'opération, se trouvent désormais
Aujourd'hui, les périodes d'essai qui précèdent l'embauche définitive sont beaucoup plus longues, la sélection des candidats et l'examen des dossiers d'expérience professionnelle étant bien plus minutieux que dans le bon vieux temps, « avant le chamboulement ». L'incertitude quant à leurs revenus futurs, due au fort taux de chômage des ouvriers qualifiés, crée une atmosphère d'intensification très poussée du travail, par la combinaison de métiers d'accélération du rythme du travail, et cela même dans les secteurs les mieux payés des travaux d'entretien du
Les patrons sont en mesure de demander et d'obtenir plus de soin et d'attention à la qualité du produit de la part d'ouvriers qui se retrouvent sur le marché du travail après un chômage ou une mise à pied prolongés. Ces exigences sont présentées aussi bien par les entreprises où le syndicat est reconpar celles où il ne l'est pas (6). Dans les deux cas, le tri de tous les nouveaux embauchés est fait au bureau du personnel, et plus tard à l'atelier. Le candidat doit apporter les preuves de son expérience et d'une formation d'ouvrier qualifié récente. Après son embauche, l'employé doit s'acquitter de ses engagements, sans quoi on le jette à la porte et un chiffre de plus est enregistré dans les statistiques à la rubrique « chômeurs ».
Dans une situation où les ouvriers sont forcés d'exécuter toutes sortes de tâches différentes pour conserver leur emploi dans les branches mécaniques ou électriques, le seul moyen pour eux de survivre est d'étudier, de chercher à apprendre ces nouvelles techniques, de s'inscrire à une école de formation professionnelle pour y acquérir de nouvelles qualifications, et d'obtenir toutes les recommandations et les certificats d'apprentissage possibles. Tout cela est indispensable pour franchir la porte du bureau du personnel, car il faut y démontrer une compréhension élémentaire de nombreux métiers, parler en connaissance de cause, et avoir l'air de savoir ce que le poste de travail exige. Mais c'est une fois embauché dans l'atelier que commence la véritable épreuve. UN NOUVEAU MILIEU DE TRAVAIL
ET UN NOUVEAU SENS DE LA SOLIDARITE Le nouvel ouvrier (qui est souvent d'un certain âge et hautement qualifié dans un des anciens emplois, comme
NPRECOR
ARGENTINE Le contexte REABONNEZ-VOUS !
soudeur, affûteur d'outils ou modeleur) doit faire très attention à la manière dont sont effectués les travaux en dehors de sa qualification particulière, sous peine de se perdre et de ne pouvoir finir la tâche qui lui a été confiée. Mais l'affaire ne s'arrête pas là.
Le nouveau milieu de travail est un sortes d'ouvriers qualifiés dans des emplois d'industrie, auxquels on a imposé l'intensification du travail et l'accélération des cadences. On trouve là des ouvriers des cargos des Grands Lacs, des chemins de fer, des aciéries, des mines de fer et des usines d'automobiles. Tous ont convergé dans la même course à l'emploi.
Personne n'est capable de maîtriser totalement l'ensemble de toutes les qualifications, c'est là un fait largement recon-
Aussi, ces ouvriers savent généralement qu'ils sont tous dans le même bateau, à cette étape de ce qu'ils appellent « le grand chamboulement », et qui semble n'en être qu'à son début. Ils sont donc forcés d'admettre leurs limites, dans beaucoup de cas pour la première fois, et sont tout empressés de s'aider les uns les autres. Un nouveau sens de la coopération se développe. Dans de pareilles circonstances, c'est une qualité indispensable à la survie, et d'ailleurs, elle contribue à augmenter la productivité et les profits du
Lorsqu'on place des ouvriers de toutes sortes d'industries, d'origines et d'expériences différentes, dans une même entreprise, beaucoup d'entre eux s'instruisent vite et facilement les uns les autres. Une sélection et un tri s'opèrent, non pas sur la base de la formation reçue auparavant, mais selon les traits de caractère et l'aptitude naturelle à la coopération. Un ouvrier agréable et compréhensif s'entendra bien avec les autres. Il ne s'agit pas d'un regroupement de tous les braves gars. Au contraire, il s'agit de la nécessité de s'instruire mutuellement et de se porter assistance. C'est une chose qui transforme les attitudes de tous les ouvriers, d'âges et d'origines très divers. Chacun reconnaît très vite les limites de son expérience antérieure, lorsqu'il faut se mettre à l'ouvrage dans un des « super-métiers ». Mais en apprenant sur le tas et en s'aidant mutuellement à surmonter les sentiments d'insuffisance, on acquiert un nouveau sens de la solidarité.
Pour l'instant, ces progrès technologiques, dont certains sont moins mais plus précieux que la dernière flambée des bénéfices, profitent aux patrons. d'industries diverses, dont beaucoup ont des années d'expérience derrière eux, les
6. La pratique syndicale américaine aboucelles où un syndicat est reconnu, et les autres. Dans les premières, le patron prélève les cotisations syndicales directement sur la paye des ouvriers et les remet au syndicat, et un contrat régit les conditions de travail. Dans les autres, le syndicat se désintéresse des revendications, et les salaires et conditions de travail sont moins bons. Jusqu'à présent, cette différence a été assez nette.