La situation est confuse dans la région du lac Alaotra, le grenier à riz de File, depuis le 12 décembre 1983. A 7 heures du matin, ce jour-là, douze membres d'une coopérative agricole ont été attaqués dans les champs pendant qu'ils travaillaient, par une centaine de membres du parti gouvernemental de l'Avant-garde la révolution malgache (Arena). L'agression fut d'une extrême brutalité et a vite tourné au massacre. On a dénombré, du côté des coopérateurs, un mort celle du président élu du fokontany local (commune), Rakotomamonjy -, ainsi que six blessés graves, dont l'un devait décéder quelques jours plus tard
Ce n'est pas la première fois que le régime de Tananarive a des problèmes avec des collectifs de paysans. On se souvient qu'en 1982, il avait envoyé ses troupes massacrer 150 paysans dans le sud du pays, à Belamoty, qu'il a pris soin d'amalgamer aux « dahalo » (voleurs de zébus). C'était pourtant justement pour lutter contre ces « dahalo » téléguidés par certaines personnalités politiques que ces paysans de Belamoty, militants et sympathisants de deux formations participant au pouvoir (le Parti pour le pouvoir prolétarien, MFM, et le Mouvement pour l'indépendance de Madagascar, Monima) s'étaient organisés.
Quant aux coopérateurs de l'Alaotra, ce n'est pas la première fois non plus qu'ils sont pris à partie par le régime. En 1981, des coopérateurs de cette région avaient déjà été incarcérés et, en 1983, d'autres avaient été injustement accusés de pyromanie.
A l'origine de la présente affaire se trouve l'acquisition tout a fait légale et légitime, par la coopérative en question, de terres confisquées aux anciens colons français. C'est apparemment cette conquête que les dirigeants locaux et nationaux de l'Arema contestent. L'instigatrice de l'expédition répressive est Hortense Raveloson-Mahasampo, belle-sœur du président de la République, Didier Ratsiraka, et membre du bureau politique de l'Arema. Le 3 décembre dernier, elle a en effet prononcé, dans cette région, un violent discours mettant en question cette acquisition de terres par la coopérative. La préparation de l'expédition punitive gouvernementale a donné lieu à une série de réunions, du 4 au 11 décembre, auxquelles participaient plusieurs notables locaux et régionaux, dont Georges Barthélémy Randrianarinosy, Rosana Maurille, Randriamainty, Paul Rakotobe, Fenomana-
Les coopérateurs agressés ont vite riposté, en organisant leur propre autodéfense. On parle même de la constitution d'une « zone libérée » dès le 13 décem-
Le gouvernement, les divers partis membres du Front national de défense de la révolution (FNDR), qui constitue le cadre obligatoire de toute activité politique actuellement, ainsi que la presse, ont observé jusqu'à ce jour un black-out strict au sujet de ce conflit. Mais le bruit court que le gouvernement chercherait à mettre surveillée quelques boues émissaires en déformant l'affaire en conflit ethnique.
Cet éventuel amalgame n'arrivera pourtant pas à cacher le fond du problème. En fait, l'Association internationale de développement (AID), une institution liée à la Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD), vient de donner son accord en faveur de l'octroi d'un crédit de 16,7 millions de droits de tirages spéciaux pour intensifier la culture du riz dans la région du lac
Mais ces petits paysans coopérateurs de l'Alaotra sont décidément trop gênants pour les cliques qui veulent faire main basse sur cet argent et le détourner à leur profit. Comment s'étonner dès lors malgache, pays auquel les Etats-Unis viennent d'attribuer un important prêt pour acheter du riz ? •