Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

LIBAN

La position du GCR sur les combats dans l'OLP à Tripoli

Inprecor n° 166, 6 février 1984 · p. 24-25 · 1 862 mots

Palestine et Israël Liban

NOUVELLES DU MOUVEMENT OUVRIER ET DE L'INTERNATIONALE

4) Le comportement du groupe Ara- | niens. Ils ont réussi à confirmer leur pré-

La position du GCR sur les combats dans OLP à Tripoli Nous publions ci-après des extraits d'une résolution adoptée le 22 novembre dernier par le comité central du Groupe communiste révolutionnaire (GCR), section de la IVe Internationale au Liban. exprimant le point de vue de nos camara des libanais au sujet des combats qui ont opposé, au Liban-Nord, les partisans de Yasser Arafat d'une part, et ses adversaires palestiniens, soutenus par les Libyens et les Syriens, d'autre part.

1) Pour définir une position commurévolutionnaire correcte à l'égard des combats opposant, au Liban-Nord, les partisans de la direction traditionnelle du mouvement Fatah et ses opposants, faut les placer dans leurs contextes factuels et politiques globaux. On évitera ainsi de tomber dans le panneau des allégations de la droite palestinienne, répercutées par les mass-média des pays impérialistes, ayant présenté ces combats comme si le camp droitier, qui dépend de la réaction arabe et sollicite l'impérialisme mondial, y menait une lutte « nationale ». Or, l'attitude des gouvernements réactionnaires arabes, et d'abord celle des régimes saoudien et égyptien, ainsi que l'attitude des différents gouvernements impérialistes, en premier lieu le gouvernement français, mais aussi l'administration américaine, toutes ces attitudes auraient dû suffire à mettre en garde les militants révolutionnaires de par le monde contre tout soutien aveugle aux prétentions d'Arafat. (...)

2) L'acceptation par la direction droitière du Fatah-OLP d'évacuer Beyrouth, en août 1982, a constitué la dernière étape de sa dégénérescence et de sa transformation, de direction d'un mouvement de libération nationale petit-bourgeois, qu'elle était dans les années 1960, direction bureaucratique bourgeoise de concert avec les régimes réactionnaires arabes, son insertion dans le projet américain de règlement du conflit arabo-sioniste. Les résolutions du Conseil national palestinien, réuni à Al. ger en février dernier, sont venues consacrer cette transformation, en adoptant le projet de confédération jordano-palestinienne, effectuant ainsi un grand bond à droite, même par rapport aux résolutions de 1974 qui avaient défini pour objectif la création d'un mini-Etat palestinien « indépendant » sur la rive occidentale du Jourdain et dans la bande de Gaza. (....)

fat, après l'interruption de ses pourparlers avec le régime hachémite en avril dernier, coincide entièrement avec le contexte que nous avons décrit. Ce groupe a choisi de se conduire de façon provocatrice pour provoquer la rupture désirée, en sachant qu'il ne risquait ainsi, tout au plus, que l'évacuation de ses hommes du Liban, décision qu'il avait déjà prise avant la scission et qui en fut une des causes.

La première mesure provocatrice adoptée par Arafat fut le limogeage chefs du courant patriotique du Fatah de responsabilités militaires qu'ils avaient honorées de la meilleure manière, ce que les sbires mêmes d'Arafat n'osent nier. Il désigna à leur place des membres de son groupe, qui s'étaient distingués par leur devant l'invasion sioniste 1982 de manière à mériter dans toute armée les sanctions les plus dures, et non la

Arafat et ses collaborateurs savaient pertinemment que leur acceptation de la revendication première des rebelles concernant l'organisation d'un congrès démocratique du mouvement Fatah les aurait mis dans une situation très difficile face à la base combattante, eu égard à la gravité et à la justesse des revendications avancées par les rebelles dans les domaines organisationnel et politique. Or, le groupe Arafat est incapable de se soumettre devant la base combattante à un bilan de son action et de ses finances. Le terrain de la lutte politique, celui de la polémique publique au sujet des thèses et revendications des rebelles, ne lui convenait point : c'est pourquoi il a délibérément choisi de transporter la lutte sur un autre terrain, celui du conflit armé, de façon à noyer les termes du débat. (...)

En résumé, la responsabilité totale récents combats du Liban-Nord incombe à la direction droitière du Fatah-OLP, qui a agi comme si elle les cherchait, conformément au comportement provocateur qu'elle a adopté depuis sa décision de rompre avec les parties palestiniennes et arabes opposées à sa ligne. Notons à ce propos que les membres du comité d'arbitrage, formé par décision du comité exé. cutif de l'OLP au cours de sa dernière réunion tenue à Tunis, ont affirmé le mois dernier que la responsabilité de l'échec de leur mission incombe à Arafat, qui a refusé toutes les propositions de débat démocratique entre lui et ses opposants avancées par le comité, et ce, contrairement au courant rebelle affirmé être prêt à s'y soumettre.

5) En dépit de tous les faits précités, Arafat et ses collaborateurs ont réussi à du Liban-Nord comme une lutte entre un agneau palestinien et un loup syrien aux crocs palestisentation du conflit, depuis ses débuts, comme opposant non pas deux lignes palestiniennes, mais l'hégémonie syrienne à « l'autonomie de décision palestinienne ». Il est nécessaire, partant, d'examiner les raisons de ce succès, exprimé de façon dramatique par les manifestations héroïques des masses palestiniennes de Cisjordanie en soutien à Arafat, ces masses s'imaginant que celui-ci mène le combat de 1976 pour la deuxième fois. Il existe, bien sûr, en Cisjordanie comme ailleurs, des notables bourgeois et droitiers soutenant Arafat en pleine connaissance de la réalité de sa politique droitière. Cependant, la très grande majorité des manifes tants en soutien à ce dernier agit aujourd'hui en état de mystification quant aux portées réelles du combat mené par Arafat, bernée par les illusions qu'il a répandues habilement depuis plusieurs mois.

Deux vérités doivent être prises en considération à ce sujet: la première est que le régime syrien cherche effectivement, à travers sa participation aux combats en cours depuis plusieurs mois, à réaliser sa vieille ambition de dominer la Résistance palestinienne au Liban ; ceci renforcerait considérablement sa position dans toute négociation avec l'impérialisme et le sionisme sur les termes d'un rè glement du conflit qui l'oppose à ce dernier. (...) Prendre conscience de cette vérité évidente est une nécessité absolue pour la pratique d'une politique nationale révolutionnaire correcte. Par contre, entretenir l'illusion que le régime syrien est un allié « stratégique » pour toute une période historique, équivaut non seulement à faire preuve de forte myopie quant à l'avenir prévisible, mais aussi à ignorer les leçons les plus élémentaires du passé proche et fermer les yeux devant les indices flagrants du présent.

6) La deuxième vérité qu'il faut mentionner pour comprendre le succès d'Arafat dans la mystification de très larges

La trait au courant rebelle. Il est utile, à ce sujet, de rappeler la position du Groupe communiste révolutionnaire, définie par son quatrième congrès réuni à la fin de juin dernier, et dont la résolution politique affirmait ce qui suit : « Le devoir des forces révolutionnaires arabes et internationales est, aujourd'hui, de soutenir le courant dissident du Fatah dans sa lutte pour se constituer en organisation combattante pour la libération de la Palestine, en remplacement des organisations bureaucratiques pourries qui ont abandonné cet objectif pour chercher à obtenir une parcelle de territoire sous le soleil de l'impérialisme américain et aux côtés de l'Etat d'Israël. Toutefois, notre soutien au courant patriotique doit être exercé sans illusions, aujourd'hui d'ailleurs

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injustifiées. Le réalisme révolutionnaire nous impose de prendre conscience des dangers et des difficultés considérables qui guettent le courant dissident.

« En premier lieu, le fait qu'il naisse dans une période de reflux du mouvement national révolutionnaire arabe, contrairement à la première naissance de la Résistance palestinienne, à la fin des années 1960, limite ses possibilités de développement, d'autant plus que les masses libanaises, voire même les masses palestiniennes du Liban, vivent dans un climat de défaite et sont peu réceptives à l'agitation révolutionnaire. (...)

« Ou bien le courant dissident réussira à vaincre ces difficultés et à s'affirmer en tant que courant patriotique radical indépendant, qui pourrait être le point de départ d'une nouvelle phase de l'histoire mouvement révolutionnaire arabe ! Toutefois, la condition de cette réussite est que les dissidents opèrent une révision radicale de la totalité de la ligne politique passée de la Résistance palestinienne et de ses structures, et se fondent sur une conception de leur lutte qui dépasse le « palestino-centrisme », vers une conception juste de la libération de la Palestine, qui passe nécessairement par le renversement courant dissident échouera par voie de récupération et de dégénérescence bureaucratique, et se sera contenté en définitive de créer un « front » de gauche s'ajoutant aux autres fronts, dans le cadre de la ligne et des structures qui ont abouti à la faillite de la Résistance palestinienne dans son ensemble. Il faut, en tout cas, que le courant dissident soit extrêmement défiant vis-à-vis du régime syrien qui le soutient aujourd'hui et qui pourrait se retourner demain contre lui et devenir le plus acharné de ses ennemis, n'aura plus besoin d'une opposition palestinienne au règlement américain. »

La vérité est que le courant patriotique du Fatah n'a pas prouvé jusqu'ici son aptitude à remplir les conditions que nous avons jugées indispensables pour qu'il réussisse à s'affirmer en tant que courant patriotique radical indépendant. Sa principale carence s'est manifestée jusqu'ici dans le domaine de ses relations avec le régime syrien. Il est vrai que le courant patriotique ne s'est pas abaissé au point de se répandre en éloges du régime syrien, comme le faisait Arafat lui-même dans un passé proche, mais il a manqué diverses occasions de s'en démarquer. Le courant patriotique aurait dû proclamer à haute voix son refus de l'ingérence de tout régime arabe dans son conflit avec le groupe Arafat. Il aurait dû condamner toute attaque de la part des forces syriennes contre toute position d'Arafat. (...) II aurait dû, last but not least, refuser catégoriquement l'ingérence du régime syrien dans son conflit avec le groupe Arafat dans la région de Tripoli, et refuser de prendre part aux combats en cours tant que les forces syriennes y participent. (...)

7) Les vérités précitées déterminent notre position à l'égard des combats du Liban-Nord. S'il est vrai que nous soutenions et continuons à soutenir fermementles re-

' vendications du courant patriotique qui s'est rebellé contre la direction droitière du Fatah-OLP, et notamment la revendication d'un congrès démocratique, de même que nous soutenons le combat des communistes libanais contre le Mouvement de l'unification islamique lié au groupe Arafat, il reste que la participation des forces syriennes dans les combats du Liban-Nord, en les marquant de son propre cachet par le recours au bombardement aveugle intensif de régions résidentielles, nous fait adopter une position de neutralité dans ces combats et appeler les patriotes palestiniens à s'en retirer. Nous soutenons, en outre, dans ce domaine, le cadre général des cinq propositions avancées par la direction commune des Fronts populaire et démocratique, le 20 novembre, pour la cessation des combats au Liban-Nord. Nous mettons une nouvelle fois en garde le courant patriotique du Fatah contre la poursuite de la ligne actuelle de dépendance à l'égard du régime syrien et appelons les membres révolutionnaires de ce courant à lutter pour un changement de ligne ou à former une tendance révolutionnaire distincte au sein du courant patriotique, très hétérogène, pour assurer la continuité de la ligne patriotique palestinienne, si ce n'est la continuité de la Résistance palestinienne même.

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