Inprecor 1974–2004

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POLOGNE

La dissidence à l'œuvre dans l'armée polonaise

Inprecor n° 167, 20 février 1984 · p. 14 · 535 mots

Pologne

La dissidence à l'oeuvre

dans l'armée polonaise

au sein de l'armée polonaise est maintenant un fait pleinement confirmé, bien que le pouvoir bureaucratique le nie désespérément. Zolnierz • Wolnosci (le Soldat de la liberté), organe de l'armée et porte-parole traditionnel de l'aile dure politico-militaire du régime, couramment désignée par le terme de « béton », affirme que cette dissidence est une pure invention de Kos, le journal clandestin du Comité de résistance sociale (KOS), édité à Varsovie, qui a publié une lettre ouverte émanant d'un groupe d'officiers. Mais, en réalité, le service de contre-espionnage militaire mène à ce propos une enquête énergique, restée jusqu'ici sans effets, sous la direction personnelle du général Jaruzelski.

Le coup est dur pour la dictature bureaucratico-militaire. Il intervient au moment où celle-ci cherche à consolider ses bases institutionnelles, suivant en cela l'exemple de la fameuse « doctrine de sécurité nationale » dont se servaient, jusqu'à il y a peu, les dictatures militaires d'Amérique latine, doctrine consistant à proclamer un état de guerre permanent contre I'« ennemi intérieur ».

On a récemment assisté à la création du Comité de défense du pays (KOK) qui, s'il décide un jour de faire usage des énormes prérogatives qui lui ont été accordées par la Diète (Parlement polonais), pourra se convertir en un organe de pouvoir suprême au sein de l'Etat. Mais voilà qu'au sein même du secteur dont le régime de Jaruzelski attend un appui solide et une obéissance aveugle - à savoir l'armée - une opposition se

Les faits sont les suivants : lors d'une rencontre clandestine organisée par les représentants de Kos, une délégation de l'important groupe des officiers signataires de la « Lettre ouverte à la nation » se présenta en uniforme pour demander que cette lettre soit diffusée dans la presse de Solidarité. Les membres de la délégation firent état de leur identité en présentant leurs carnets d'officiers aux rédacteurs de Kos et en leur remettant conjointement la liste des signataires de la lettre ouverte. Les militants du Comité de résistance sociale leur donnèrent l'assurance que la liste ne serait pas publiée tant que l'Etat de droit ne serait pas restauré en Pologne.

C'est après le ler Mai de l'année dernière, et face aux nouveaux coups de l'appareil de répression contre le mouvement social, que l'idée de rédiger une telle lettre a surgi parmi les officiers. Alors qu'ils se trouvaient réunis pour un cours d'entraînement, ils décidèrent de protester contre l'utilisation de l'armée à des fins répressives. Au départ, ils pensaient écrire à Jaruzelski, au primat Glemp, ou à la direction nationale clandestine de Solidarité. Finalement, ils optèrent pour la formule d'une « Lettre ouverte à la nation ». Nous publions ci-dessous le texte intégral de cette lettre, diffusée par Kos numéro 40 du 9 octobre 1983.

Mais la dissidence dans l'armée ne se limite pas à cette initiative, ni au seul corps des officiers. Comme nous en informe Oboz (le Camp, numéro 4 d'août 1983, bulletin clandestin de Solidarité édité à Szczecin), des conseils de soldats se sont constitués clandestinement au sein de l'unité militaire 3771 de la garnison de Budowo, et ils ont rédigé une déclaration politique. Nous publions également des extraits de cette déclaration (cf. encadré).

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