Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

CISJORDANIE

Clivages politiques chez les Palestiniens des territoires occupés

Inprecor n° 169, 19 mars 1984 · p. 25-26 · 1 375 mots

Palestine et Israël

NOUVELLES DU MOUVEMENT OUVRIER ET DE L'INTERNATIONALE

CISJORDANIE

Clivages politiques chez les Palestiniens des territoires occupés

Nous publions ci-après des extraits d'un reportage réalisé par un correspondant de Die Linke, le magazine de la section autrichienne de la IVe Internationale, dans les territoires occupés de Cisjordanie, et publié dans un numéro de janvier 1984 de cette revue.

« A Deishe, nous avons déployé les drapeaux noirs quant nous avons appris qu'Abou Amar (Yasser Arafat) avait tenu une réunion avec le président égyptien Hosni Moubarak ». Hamdi Faraj est un journaliste assigné à résidence dans le camp palestinien de Deishe, près de Bethléem. Il est convaincu que les Palestiniens sont opposés, dans leur majorité, à la dernière initiative prise par le dirigeant de l'Organisation de libération de la Pales-

Cela ne signifie pas pour autant que Hamdi Faraj encourage les dissidents de l'OLP dirigés par Abou Moussa. « Au départ, beaucoup de gens soutenaient les revendications de l'opposition qui réclamaient la démocratisation de l'OLP. Mais une condamnation unanime de la forme violente et militaire qu'ont pris les différences au sein de la résistance palestinienne s'est bientôt manifestée. En particulier, beaucoup ont condamné la façon dont les événements ont conduit au siège de Tripoli. Nous avons réclamé un arrêt des combats. » Les éléments les plus politisés, ainsi que la gauche palestinienne, reprochent à Arafat d'avoir développé une orientation rendant inévitable une confrontation avec la Syrie, et ce quelques mois avant le siège de Tripoli. La décision prise par Arafat de rendre visite à ses l'été dernier était, dit-on, un défi délibéré lancé par Arafat au régime de Damas. Ce sont également les troupes loyalistes (pro-Arafat) qui ont commencé les hostilités, pendant l'automne 1983. A la même époque, Arafat abandonnait tactique d'hésitation entre les différentes puissances, pour jouer la carte américaine, choix qui s'est traduit par sa visite au Caire. Cela signifie-t-il qu'existent des sympathies pro-syriennes parmi les Palestiniens ? Faraj le dément avec véhémence. Mais, il ajoute qu'« il n'y a aucune raison de considérer la Syrie comme plus réactionnaire que les autres Etats arabes. Nous ne sommes pas prêts à accepter d'entrer en conflit avec la Syrie au nom de la collaboration avec l'Egypte et la Jordanie. » Quand nous avons discuté de la possibilité de voir le chef de l'OLP amorcer un tournant vers un accord avec le roi Hussein de Jordanie, sous les auspices de Washington, Faraj a pris une position encore plus dure. « Nous avons toujours été aux côtés d'Arafat. Mais maintenant c'est terminé. Tous les Palestiniens soutiennent l'OLP, ce qui n'est pas la même chose que de soutenir Arafat. »

Les Palestiniens des territoires occupés de la rive ouest du Jourdain (Cisjordanie) sont toujours considérés comme les supporters les plus loyaux d'Arafat. Y a-t-il vraiment eu une brèche depuis les événements de Tripoli et la visite faite à Moubarak par le leader Palestinien ? Nous avons posé cette question à Alexander Flores, un historien berlinois de l'université palestinienne de Bir Zeit. Flores fait une distinction entre les masses palestiniennes, dont une grande partie soutient

Arafat, et les ques. « Pour la population, Arafat est simplement le symbole de la conscience nationale palestinienne. Elle appuiera chacune de ses actions. Pour la minorité de militants politiques, c'est quelque chose de différent. Ils sont de plus en plus nombreux à trouver franchement absurde de s'avancer sur un cours à 100 % pro-américain, quand on sait que les EtatsUnis sont à l'offensive contre la révolution coloniale de par le monde. »

Parmi les éléments politisés, l'alliance d'Arafat avec le Mouvement de l'unité islamique fondamentaliste n'est pas passée inaperçue. L'une des premières actions menées par ce groupe, armé par Arafat, a été de massacrer des militants communistes (voir Inprecor numéro 166 du 16 février 1984). La gauche palestinienne n'est pas prête à le pardonner à Arafat et elle pourrait très bien, demain, être la victime d'une telle alliance tactique. Un militant marxiste révolutionnaire qui enseigne à Bir Zeit pense, quant à lui, que « pas un Palestinien possédant quelques rudiments de marxisme n'apportera son soutien à Arafat. Il a réussi à s'isoler profondément de tous les mouvements progressistes dans le monde arabe sans obtenir plus des impérialistes ou des régimes arabes ». Mais il ajoute qu'aucun des courants d'opposition dans l'OLP n'offre d'alternative viable.

Les musulmans intégristes constituent la seule force politique, parmi les Palestiniens des territoires occupés par Israël, qui soit maintenant à l'offensive. Au cours des récentes élections étudiantes à l'université de Bir Zeit, ils ont obtenu 520 voix, soit presqu'autant que la gauche (550). Le bloc de gauche comprend des sympathisants du Parti communiste palestinien et du Front populaire pour la libération de la Palestine (FPLP)

dirigé par Georges Habache. Le groupe proche du Fatah (l'organisation de Yasser Arafat) a obtenu la majorité, avec 820 voIX.

Dans la presse palestinienne, les supporters d'Arafat restent majoritaires. Dans le bureau de l'agence de presse palestinienne que dirige Raymonda Tawil, ils ont accroché toute une série de communiqués de dirigeants palestiniens saluant la visite faite par le chef de l'OLP au Caire. Les thèmes prédominants sont la confiance dans les capacités de la direction, l'inquiétude quant à l'unité de l'OLP, et l'espoir de succès pour la cause palestinienne. Répondant à l'accusation selon laquelle l'OLP jouerait la carte américaine à fond, Ibrahim Karaeen, de l'équipe de Raymonda Tawil, nous a déclaré avec résignation : « C'est la dernière carte qui nous reste. » La question est pourtant de savoir si l'on peut obtenir quoi que ce soit en jouant cette carte. Toutes les questions qui sont liées à ce problème sont débattues dans la presse palestinienne de Jérusalem avec une franchise remarquable, malgré la censure.

Trois grands quotidiens palestiniens sont publiés à Jérusalem : Al Quds, conservateur et pro-jordanien, Al Fajr et Ash Shab, nationalistes. Al Fajr publie également un excellent hebdomadaire d'informations en langue anglaise. Il existe aussi un hebdomadaire proche des opposants du Fatah, Al Mithak, ainsi que l'hebdomadaire du PC palestinien, Al Thalia. Le quotidien Ash Shira, proche du FPLP de Georges Habache, a récemment été fermé par les autorités. Le plus gros problème pour la presse palestinienne est la censure, qui s'appuie sur les lois d'exception décrétées à l'époque du mandat En réalité cependant, seule la presse palestinienne en subit les effets. Chaque mot, avant d'être imprimé, se doit d'être soumis auparavant au département de la censure dépendant du ministère de la Défense. Les censeurs font ensuite connaître leur verdict en coupant ce qu'ils considèrent comme irrecevable.

Dans le bureau de l'agence de presse palestinienne, Ibrahim Karaeen nous a montré l'état dans lequel un manuscrit destiné à l'hebdomadaire en langue anglaise El Awdah était revenu du bureau de la censure. Sur chaque page, il y avait au moins une remarque, souvent des passages entiers étaient rejetés. Karaeen nous rappela que « les censeurs sont complètement arbitraires. Il n'existe aucun critère qui détermine ce qui est permis et ce qui ne l'est pas. Souvent, ils rejettent des informations que la radio israélienne aura déjà diffusées. Il y a deux semaines, ils ont interdit un article sur les aspects so-

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ciologiques de l'œuvre du poète palestinien Mahmoud Darvish. Quelques jours plus tard, l'article paraissait in extenso dans le mensuel Al Katib ».

Les inconditionnels d'Israël voient dans la variété de la presse palestinienne un exemple du caractère libéral de l'occupation israélienne. Nous avons demandé son opinion à ce sujet à Alexander Flores : « Il est vrai que l'occupation n'est pas aussi brutale que l'occupation nazie dans les pays européens. Mais faut-il s'en enorgueillir ? Les Palestiniens trouvent cette occupation dégradante, humiliante et brutale. A côté des multiples aspects dits libéraux, on trouve également des mesures très brutales.

« Depuis 1967, on a compté 20 000 cas au cours desquels des Palestiniens ont vu leurs maisons détruites ou leurs terres annexées. Il faut également citer l'exemple où l'on a forcé l'ensemble de la population masculine d'un village à se tenir debout durant trois jours et trois nuits sur la place du village, sous la pluie hivernale, parce que deux jeunes gens avaient jeté des pierres. Et il ne faut pas non plus oublier la menace de l'annexion et de l'expulsion de la population arabe, menace qui continue de planer sur les territoires occupés. »

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