Volvo - Göteborg Dans la plus grande entreprise de toute la Scandinavie, l'usine d'automobiles et de poids lourds Volvo, à Göteborg, l'opposition syndicale a fait de nouveaux progrès lors d'une série d'élections à divers niveaux, qui se sont tenues à la fin du mois de janvier 1984. Comme d'habitude, les gains les plus importants ont été obtenus dans l'atelier de montage de poids lourds de Lundby, principal bastion de l'opposition syndicale.
L'opposition syndicale a obtenu la présidence de la section syndicale de cet atelier, présidence à laquelle Goete Kilden - également dirigeant local du Parti socialiste (SP), section suédoise de la IVe Internationale - a été réélu à une forte majorité. (Pour les résultats des précédentes élections, se reporter à Inorecor numéro 141 du 17 janvier 1983). L'opposition a également obtenu dans ce secteur tous les autres postes en dans les élections, y compris trois membres titulaires de l'exécutif, trois suppléants, et 22 représentants au Club syndical de l'entreprise, qui est une structure syndicale qui concerne l'ensemble de l'usine Volvo de Göteborg.
En moyenne, les candidats de l'op position syndicale ont obtenu 60 % des voix dans la section d'assemblage des poids lourds. Environ 90 % des travailleurs ont voté, ce qui constitue probablement un record pour des élections de
L'opposition avait également présenté des listes dans cinq autres secteurs et pour des élections de représentants de groupes de production dans l'usine de camions et dans la fabrique de voitures. De nouveaux oppositionnels ont été élus dans la section de peinture des voitures, où ils ont bénéficié d'un large soutien des travailleurs de langue finnoise, qui forment un important contingent de travaild'autres secteurs de l'entreprise, le vote oppositionnel a varié, entre 40 % des voix et 30 % (dans le secteur d'assemblage des voitures). Dans ce dernier secteur, le score de l'opposition syndicale reste loin derrière le vote record réalisé en 1979, qui avait provoqué une campagne intense de la part des sociaux-démocrates, au laquelle ils utilisèrent des insultes rapplant les pires calomnies anticommunistes.
C'est à la fois la dimension de l'usine Volvo - il y a 12 800 travailleurs rien qu'à Göteborg - et le rôle joué par le Club de l'entreprise local comme baromètre des élections syndicales en Suède, qui font des élections à Volvo un centre d'intérêt national. L'attention portée à cette entreprise s'est accrue depuis que l'opposition syndicale y est apparue, il y a dix ans. Le nom « opposition syndicale » est apparu dans tout le groupe de Volvo-Göteborg pour la première fois lors de l'élection du Club de l'entreprise, en 1975. Cette opposition représentait alors un bloc électoral incluant des forces politiquement indépendantes, des militants du SP, et le Parti communiste suédois (VPK). Il y avait d'autres groupes de gauche en dehors du VPK, mais ils ont disparu depuis lors. Le VPK lui-même a connu une scission, et une partie de ses membres a rejoint le Parti communiste des travailleurs (APK), aile anti-eurocommuniste. Aujourd'hui, le SP est la seule force politique organisée qui appuie cette ligne de front unique (pour de plus amples détails sur l'opposition syndicale, voir l'interview de Goete Kilden dans Inprecor numéro 157 du 26 septembre 1983). Les débats syndicaux sont devenus de plus en plus des confrontations politiques entre les directions social-démocrates locales et l'opposition luttant pour l'obtention de conditions de travail décentes et le respect de la démocratie syndicale. Cette bataille va atteindre un nouveau point culminant dans quelques semaines, lorsque se tiendront des élections à la direction du Club syndical de l'ensemble de l'entreprise Volvo.
C'est dans les termes suivants que Goete Kilden a commenté, pour Inprecor, la signification des élections à Volvo :
« Les élections pour le Club de l'entreprise Volvo sont quelque chose de très rare dans le mouvement syndical. Dans la plupart des syndicats suédois, les postes de direction syndicale sont pourvus par des assemblées générales annuelles qui rassemblent peu de monde, sans aucune campagne des représentants des diverses lignes syndicales. Tout au plus, il peut y avoir quelques rwaltes et intrigues parmı les dirigeants sociaux-démocrates de l'usine
« Mais, à Volvo, les élections syndicales donnent lieu à des batailles au niveau même des ateliers. Plusieurs courants syndicaux font campagne avec des tracts et des affiches. L'ensemble des adhérents peut trier les arguments et ils peuvent voter pour la ligne qu'ils veulent voir appliquer par les cadres syndicaux dans l'exécution de leur mandat. »
A cause de leur importance nationale, les élections syndicales à Volvo congrande publicité, - mais pas seulement - dans les journaux régionaux et à la radio locale de Göteborg. Les syndicalistes radicalisés d'autres régions du pays ont ainsi pu tirer leurs propres leçons de ce qui s'est passé à Volvo, à travers des contacts directs avec l'opposition, à travers des discussions lors des congrès des syndicats, ou à travers les comptes-rendus et analyses publiés par la presse socialiste-révolutionnaire.
Cette fois, les effets des élections à Volvo sont encore plus directs. Goete Kilden explique : « Cette année, lors des élections pour la direction syndicale du groupe de production de l'atelier où je travaille, environ 40 ouvriers, temporairement transférés d'autres entreprises du groupe Volvo du pays, ont pu étudier nos élections avec quelque étonnement. Toutes les discussions à la cafétéria, la "guerre des tracts" et le haut niveau de participation aux élections ont semé, dans l'esprit de beaucoup d'entre eux, des germes d'idées qui peuvent prendre racine demain dans d'autres régions du pays. (...) Nous sommes surtout satisfaits résultats. Là où les choses ont bien marché, nous avons gagné de nouvelles bases pour l'avenir. Là où ça n'a pas si bien marché, ce fut en général parce que la mobilisation n'a pas été assez puissante, parce que les arguments de l'opposition n'ont pas été suffisamment exposés. Nous pouvons tirer de cela des leçons importantes pour l'avenir, parce que nous sommes encore loin d'avoir atteint les résultats que nous pourrions obtenir. »
Pour Goete Kilden, les sérieux handicaps imposés à l'opposition syndicale doivent aussi être soulignés. Par exemple, l'opposition n'a pas pu présenter de liste sous l'intitulé « Opposition syndicale ». Le congrès des métallurgistes en avait décidé ainsi, en 1980, dans le but évident
d'essayer de limiter les marges de manœuvre des courants d'opposition dans le syndicat. A Volvo, l'opposition doit présenter ses candidats soit sur une liste générale portant le nom de tous les candidats, et où les votants rayent les noms dont ils ne veulent pas, soit sous l'étiquette d'un parti politique. Pour une opposition syndicale qui est plus large que le soutien reçu par aucun parti politique, cela pose un véritable problème. « En particulier, lorsque les élections concernent un grand nombre de travailleurs et qu'il y a de nombreux candidats, car il est plus difficile pour les travailleurs de les connaître tous personnellement, la liste "à rayer" est un grand handicap, explique Goete Kilden. Je peux citer un cas, poursuit-il, que je connais personnellement et qui s'est passé au bureau de vote de mon
Le vote est censé être secret, et un grand nombre de membres du syndicat trouve qu'il est difficile de savoir quels sont les candidats qu'ils doivent rayer, car il est interdit de demander de l'aide à un collègue de travail. »
Lors de ces mêmes élections, en dehors de l'usine de Lundby, l'opposition a dû affronter ce handicap. Goete Kilden continue : « En dehors de Lundby, pour la première fois, nous avons essayé de nous présenter sous l'étiquette d'un bloc entre le Parti socialiste et des travailleurs indépendants. Le nombre élevé de voix que nous avons obtenues en moyenne est une bonne indication du fait que cela peut s'avérer être une meilleure méthode pour surmonter les obstacles élevés par la
Le dirigeant syndical trotskyste à Volvo est en outre convaincu que les élections de Volvo devraient être considérées comme un avertissement par les dirigeants sociaux-démocrates d'autres entreprises, car « les résultats indiquent une réaction contre la politique lamentable des sociaux-démocrates au gouvernement, leur d'austérité rigoureuse et leur usage bureaucratique du pouvoir ». Cette opinion est confirmée par le fait que d'autres élections syndicales récentes ont vu des candidats, qui s'étaient fait connaître pendant une longue période par leur défense conséquente des intérêts de leurs camarades ouvriers, marquer des points contre la « graa sossar » (social-démocratie grise, terme utilisé pour désigner les vieux chevaux de retour de l'aile la plus droitière de la social-démocratie). Cela n'a cependant pas empêché Bjoern Mattsson, porte-parole de la direction du Parti social-démocrate à Volvo, d'essayer de présenter les résultats de l'opposition syndicale dans cette entreprise comme le simple triomphe personnel de Goete Kilden, niant ainsi contre toute évidence que les grandes pertes électorales subies par les sociaux-démocrates à l'usine de Lundby reflètent une perte de confiance dans la politique du Parti social-démocrate, que ce soit au plan national ou au plan local. Voilà une auto-satisfaction aveugle, qui pourrait provoquer de sérieux chocs en retour aux dirigeants sociaux-démocrates dans l'avenir.