CHINE Un peu plus d'un an après la mort de Mao, il est possible de dresser un premier bilan suffisamment clair. La crise de direction provoquée par le disparition du vieux dirigeant - précédée quelques mois auparavant par celle de Chou En-lai - a abouti à l'affirmation du groupe Hua Kuo-feng, sanctionnée surtout sur le plan de la politique économique et les orientatations de la politique internationale ont été redéfinies. Un . réajustement est en cours et le nouveau groupe dirigeant a esquissé les grandes étapes des vingt prochaines années, jusqu'à l'échéance symbolique de la fin du siècle. La bataille contre "la bande des quatre» L'épisode incontestablement le plus significatif des treize derniers mois a été l'élimination de la dénommée "bande des quatre", objet de dénonciations quasi obsessionnelles. La propagande officielle veut acrréditer la version selon laquelle les quatre auraient organisé un complot pour amener Chiang Ching à la présidence du Parti et Chang Chiung-chiao à la tête du gouvernement. Il est probable que la tendance symbolisée par les quatre ait effectivement estimé, au lendemain de la mort de Mao, que le temps jouait contre elle et qu'elle ait donc décidé de mener bataille immédiatement pour éviter une consolidation de Hua Kuo-feng qui avait déjà réussi à s'imposer après la mort de Chou En-lai. Hua et les autres composantes de la direction auraient par contre préféré une solution de compromis, du moins temporaire; cela semble confirmé par le fait que Teng Hsiao-ping, symbole d'une ligne opposée à celle des quatre, était toujours explicitement condamné non seulement dans les textes parus après la mort de Mao, mais aussi dans d'autres documents importants jusqu'au mois de décembre. Quoi qu'il en soit, il est certain que les quatre représentaient une aile de la bureaucratie qui n'avait pas accepté de bon cœur le tournant et les réajustement qui avaient suivi la révolution culturelle et dont l'élimination de Lin Piao fut la manifestation la plus éclatante. Des indices nombreux prouvent qu'ils ne disposaient pas seulement de points d'appui dans l'appareil (aussi bien au centre que dans des villes et des provinces de grande importance), mais qu'ils pouvaient exploiter dussi en leur faveur des conditions de malaise et de tensions parmi les masses. Il suffit de considérer les dimensions et l'intensité de la campagne menée contre eux; le fait que la rati-
Livio MAITAN fication formelle des décisions du Bureau politique sur la succession n'ait eu lieu qu'au bout de neuf mois (au plenum de juillet du Comité central); la relance de la campagne de dénonciations à l'occasion de l'anniversaire de la victoire de la révolution qui a impliqué, entre autres, des attaques violentes contre des personnages de haut rang comme les présidents des régions de l'Anwhei et du Kansu. Il est difficile de reconstruire exactement les conceptions et les orientations de la tendance des quatre. En effet, la direction bureaucratique a adopté encore une fois sa méthode trationnelle : après le règlement de comptes au sommet de l'appareil, seuls les vainqueurs ont droit à la parole, les vaincus n'ont pas la moindre possibilité de faire connaître leurs positions. Toutefois, sur la base des accusations lancées contre les quatre, il est possible - sous bénéfice d'inventaire - de chercher à saisir quels étaient et quels sont les problèmes discutés et quelles sont les options que le nouveau groupe dirigeant s'efforce de faire prévaloir. Au-delà des accusations stéréotypées du plus pur style stalinien (agents du Kuo-min-tang, représentants des classes ennemies, renégats qui veulent restaurer le capitalisme, etc.) on a fait aux quatre les reproches suivants : a) d'appliquer une méthode idéaliste et d'avoir des conceptions métaphysiques; b) de nier la conception marxiste de la necessité du développement des forces productives comme condition de l'édification socialiste et de rejeter le critère de rentabilité économique; c) de combattre toute norme dans la gestion des entreprises et dans l'organisation du travail, de nier la nécessité d'une préparation technique adéquate, de contester la nécessité d'une planification centrale en propulsant des tendances centrifuges anarchisantes; de prendre des attitudes dictatoriales sur le terrain culturel et d'entraver la recherche scientifique ; d) de sous-estimer le rôle des masses en misant sur les éléments avancés" ; e) de sous-estimer ou de nier le rôle hégémonique du Parti en opposant à ses structures des "organisations de masse", et en refusant les normes du centralisme démocratique; f) de refuser d'un côté la direction du Parti sur l'armée et d'affirmer de l'autre la priorité de la milice par rapport à l'armée;
h) d'avoir combattu Chou En-lai, d'avoir déclenché la répression contre ses partisans et de projeter une épuration massive des cadres, notamment de ces vieux cadres qui furent traditionnellement la colonne vertébrale du Parti. Il serait dans une large mesure vain de s'efforcer d'établir si les positions des quatre étaient ou n'étaient pas "de gauche" C'est un fait qu'ils se reliaient à des options, des attitudes et des initiatives prises par le secteur de la bureaucratie qui, pendant la révolution culturelle, s'était préoccupé davantage de rétablir des rapports avec les masses en donnant l'impression de rompre avec les positions et les conceptions les plus conservatrices des appareils. Dans ce sens, les quatre ne pouvaient pas échapper à la contradiction selon laquelle ils voulaient apparaître comme les initiateurs d'un renouveau radical, mais qu'ils contrariaient en même temps aussi bien des exigences élémentaires des larges masses que les besoins éprouvés par les cadres, y compris au niveau inférieur, de surmonter une situation d'incertitude dont, en dernière analyse, ils étaient les principales victimes. C'est sur cette faiblesse intrinsèque des quatre et de leurs partisans qu'ont joué leurs adversaires, en exploitant, justement les aspirations à une période de tranquilité ou de "stabilisation" relative de la part de l'écrasante majorité des cadres, l'exigence des couches les plus élévées de la bureaucratie de mettre un terme à une phase de convulsions et d'incertitudes qui durait déjà depuis plus de dix ans, les besoins d'une détente éprouvés non seulement par les savants et les intelletuels en général, mais aussi par les masses, et l'aspiration de celles-ci à une amélioration de leur niveau de vie. Il est significatif que pour atteindre ce but, Hua ait valorisé à fond la figure de Chou En-lai qui avait été combattu par les quatre et qui par contre avait joui d'une popularité renouvelée dans les couches sociales les plus diverses, comme l'ont démontré par exemple les manifestations du mois d'avril de l'année passée. Les orientations du nouveau groupe dirigeant Hua Kuo-feng et son groupe sont donc partis d'une exigence de stabilisation. Ils ont mis l'accent d'une façon significative sur le rôle capital que jouent un groupe dirigeant consolidé et un noyau central solide de cadres expérimentés. En même temps, ils ont souligné la fonction unificatrice du leader avec une tentative d'attribuer à Hua toutes les qualités qu'un leader devrait avoir. Cela ne signifie pas - est-il besoin de l'ajouter ?- que Hua ait réussi à s'imposer comme successeur incontesté du "grand timonier" . En fait, le nouveau groupe dirigeant est encore assez hétérogène, au moins du point de vue de l'origine de ses composantes actuelles et de celles qui pourraient s'y ajouter dans un futur proche. Il suffit de noter que, à côté de Hua - qui pendant de longues années n'avait jamais émergé au premier plan - il y a des hommes comme Li Hsien-nien et Wei Kuo-ching, qui ont traversé sans trop de mal le grand bouleversement d'à peu près 15 années; des hommes comme Teng Hsiao-ping, l'une des principales cibles de la révolution culturelle, ou comme Ulanfu qui a connu une éclipse prolongée; des hommes relativement peu connus, mais assez proches de Mao à cause de fonctions délicates accomplies dans l'appareil de répression, comme Wang Tang-hsing et finalement des hommes qui ont fait des rentrées bruyantes comme l'ancien chef d'état-major, Lo Jui-ching, le chef militaire Hsiao Hua et l'ancien responsable culturel Chou Yang, qui fut l'objet de polémiques systématiques et violentes depuis le début de la grande crise. Si l'on juge sur la base de discours et écrits significatifs (des rapports aux conférences sur l'agriculture et sur l'industrie jusqu'aux commentaires sur le 5e tome des œuvres de Mao et au rapport au Xle congrès), Hua s'est préoccupé de se placer pour ainsi dire au centre, suivant en ce sens une attitude très prononcée chez Mao lui-même (intrinsèquement liée au rôle "bonapartiste" qu'il a joué au sein de la bureaucratie et dans les rapports entre la bureaucratie et les masses). Lorsqu'il a dû préciser les grandes options et les orientations de fond, il s'est surtout caractérisé par une prudence manifeste, marquée d'éclectisme. Par exemple, il a déclaré d'un côté que la révolution culturelle était terminée, a repris de l'autre le concept de l'inévitabilité d'autres révolutions culturelles et a défini comme une "grande révolution politique" la bataille menée contre les quatre. D'un côté, il a fait rouvrir, après dix ans les écoles traditionnelles du Parti, de l'autre il a rendu, hommage aux écoles type "7 mai" , qui sont les produits de la première étape de la révolution culturelle. D'un côté il a mis l'accent sur la nécessité de la reconstruction et du renforcement de l'appareil, de l'autre il a repris les concepts maoistes sur la "démocratie de masse" , sur la nécessité d'éviter l'extériorité du Parti par rapport aux masses, sur la participation des cadres et des dirigeants au travail productif, etc. Toutefois, derrière les rappels généraux plus ou moins traditionnels 4 et les dosages plus ou moins tactiques, il a esquissé un tournant assez net, notamment, comme nous l'avons mentionné, en ce qui concerne les conceptions et les orientations de politique économique. Pour le nouveau groupe dirigeant, le point de départ a été -comme d'ailleurs dans d'autres occasions - la constatation du caractère arriéré persistant de la Chine. En même temps, il a admis de façon explicite et répétée que les objectifs fixés n'avaient pas été atteints (un texte de la commission de planification, publié à la mi-septembre, est particulièrement significatif à cet égard, il y est dit sans ambages que "le rythme ; de croissance a été inférieur à ce qu'on avait espéré"). Tout cela équivaut à reconnaître que la révolution culturelle tant célébrée n'a pas permis de surmonter l'une des contradictions principales qui furent à l'origine de la crise qui éclata au milieu des années 60 et qui provoquèrent des convulsions successives. En esquissant les perspectives futures, Hua et ses partisans ont rappelé la grande échéance déjà indiquée par Mao et Chou En-lai (la construction du socialisme en Chine en l'espace d'un demi-siècle à compter de 1949, date de la victoire de la révolution -, la modernisation globale de l'agriculture, de l'industrie, de la défense nationale avant la fin du siècle par la construction d'un système industriel indépendant et "relativement généralisé" avant 1980) et ils ont affir- at mé la nécessité impérieuse "d'accélérer le développement de l'économie nationale à un rythme rapide". Mais quels sont concrètement les choix opérés pour atteindre ces buts ? Les indications très générales ne sont pas absolument nouvelles.g Il peut sembler presque paradoxal, mais c'est un fait, que la formule générale d'orientation économique reste la même
CHINE qu'au commencement des années 60 (comme l'on sait, elle n'avait pas même subi de rectification lors de la révolution culturelle) : "L'agriculture comme base et l'industrie comme facteur dirigeant". D'une façon analogue, la commune de Tachai et le complexe pétrolier de Taching sont toujours célébrés comme étant des expériences pilotes, respectivement pour l'agriculture et pour l'industrie (d'où le titre des conférences données en 1976 et en avril-mai 1977). Les indications complémentaires sur la priorité dans les secteurs des céréales et de l'acier ne représentent pas non plus une nouveauté (Mao lui-même avait lancé un slogan dans ce sens). L'élément nouveau consiste par contre dans l'accentuation marquée et croissante dans un sens, pour ainsi dire productiviste, de prises de positions de ces derniers mois et des campagnes qui les ont accompagnées. Sur le terrain des conceptions générales, les nouveaux dirigeants ont rappelé tout d'abord, en opposition aux théorisations attribuées aux quatre, des concepts qui devraient aller de soi mais qui avaient été contestés ou écartés, sinon explicitement niés, dans les polémiques menées pendant la révolution culturelle. Certains des textes les plus diffusés au cours des derniers mois réaffirment avec force la nécessité absolue du développement des forces productives comme condition de l'édification socialiste et l'importance primordiale d'une augmentation constante de la productivité du travail. Sur ce dernier terrain - soulignent-ils - une bataille décisive se déroule entre les pays à économie collectiviste et les pays capitalistes. En deuxième lieu, ils insistent sur le thème de la rentabilité des entreprises. Les conceptions d'après lesquelles il ne serait pas important qu'une entreprise soit rentable ou non et d'après lesquelles la défense de la rentabilité économique équivaudrait à une réintroduction de la catégorie du profit capitaliste, sont critiquées violemment. En même temps, les journaux et les textes dénoncent des situations qui prouvent à quel point la productivité en Chine reste nettement inférieure à celle des pays capitalistes, avec toutes les conséquences qui en découlent. Pour qu'une telle situation soit surmontée, pour que la productivité du système et la rentabilité de la gestion soit garantie ou rétablie, il est nécessaire - disent les nouveaux dirigeants — de restaurer l'autorité du plan central et d'établir une série de contrôles centraux au niveau des provinces, des communes et des régions autonomes. Il est nécessaire de réduire au maximum le travail non productif, d'appliquer rigoureusement les normes de l'organisation du travail, d'améliorer la préparation technico-scientifique. L'introduction sur une large échelle et l'assimilation de la technologie la plus avancée des autres pays sont également une condition pour sortir de l'impasse. Plus généralement, il y a un mot d'ordre qui revient constamment - en liaison avec d'autres plus traditionnels -celui de la modernisation. Pour atteindre ce but, on proclame d'ailleurs la nécessité d'une liberté plus grande dans la recherche scientifique et d'une ouverture plus grande dans le débat culturel. Le thème de la modernisation est aussi au centre des polémiques sur la question militaire, au sujet de laquelle des textes significatifs ont été publiés, notamment à l'occasion de l'anniversaire de la fondation de l'armée populaire.
Le Xle congrès du PCC Comme nous l'avons vu, l'une des accusations contre les quatre est d'avoir voulu nier ou estomper le rôle du Parti. Une telle accusation ne saurait être adressée au groupe dirigeant actuel. Sur tous les terrains, - de l'économie à l'armée -, le leitmotiv est en effet celui du rôle absolument prédominant du Parti, alors que certaines conceptions esquissées pendant la révolution culturelle sont désormais écartées, sinon explicitement rejetées. Un effort prioritaire est consacré en même temps à la reconstruction du groupe dirigeant du Parti, auquel participent toutefois, des représentants de la bureaucratie militaire. C'est dans ce cadre qu'il faut d'ailleurs situer la convocation du congrès avec anticipation sur les échéances statutaires. Le congrès a eu comme objectif primordial la légalisation et donc le renforcement du groupe dirigeant qui a émergé de la bataille contre les quatre (mais, déjà avant cette bataille, des vides considérables s'étaient produits dans les organismes les plus élevés) à la suite de la disparition de Mao, de Chou et d'autres dirigeants "historiques"). Ce but a été atteint par l'approbation du rapport de Hua et des nouveaux statuts et par l'élection du nouveau Comité central. Les replâtrages ont été assez importants, même si la continuité, comme d'habitude, est d'autant plus grande au fur et à mesure que l'on monte dans l'échelle hiérarchique (par rapport à 1973, le Comité central a été renouvelé dans la proportion de 40%). Des commentateurs ont souligné le caractère gérontocratique même des nouveaux organismes dirigeants. Le fait en lui-même est indéniable. Mais, du point de vue politique, il y a à notre avis un élément essentiel de nouveauté. Les dirigeants actuels ne peuvent plus apparaître essentiellement comme des protagonistes de la révolution et ne pourront pas exploiter les batailles d'il y a trente ou quarante ans pour bâtir ou rebâtir leur prestige. Ils se sont imposés à la suite de la disparition des leaders les plus populaires de la révolution et à l'issue de luttes prolongées qui ont provoqué une rupture de continuité par rapport au passé. Ils seront donc jugés surtout sur la base de ce qu'ils feront ou ne feront pas maintenant et dans les années qui viennent, à savoir, de leur capacité ou incapacité à affronter les problèmes actuels de la société chinoise. Ce changement est également en rapport avec une transformation dans la composition du Parti à tous les niveaux. La moitié des 35 millions de membres n'est-elle pas entrée dans le Parti après la révolution culturelle et plus de 20% après le congrès de 73 ? Nous avons à peine besoin de dire que le congrès ne représente une légitimation du nouveau groupe dirigeant que du point de vue des lois écrites ou non écrites de la caste dirigeante bureaucratique et non pas du fait qu'il ait été effectivement l'expression suprême de la vie démocratique du Parti. Pour s'en convaincre, il suffit de réfléchir sur deux données élémentaires. La première est que le congrès a été convoqué par le Comité central réuni entre le 16 et le 21 juillet et il a commencé le 12 août, d'ailleurs sans qu'aucun document écrit soit soumis à la discussion ou au vote. Il n'y a eu que trois séances plénières et toutes limitées à l'aprés-midi. La seconde donnée est que les quatre ont été condamnés et exclus par le Comité central qui a convoqué le congrès et n'ont
eu aucune possibilité de répondre aux accusations lancées contre eux ni d'exposer leur point de vue. Pour ceux qui en avaient besoin, voilà une démonstration supplémentaire du caractère bureaucratique du PC chinois, qui, de ce point de vue, n'a rien à envier au PCUS et aux autres partis bureaucratiques au pouvoir. La politique internationale Contrairement à ce qui s'est produit pour la politique intérieure, la politique extérieure de Pékin et la ligne internationale du PCC n'ont enregistré jusqu'ici aucun changement importants. Si des éléments nouveaux ou partiellement nouveaux se sont esquissés, ils sont en rapport avec le problème du développement économique qui est à la base du tournant intérieur de la dernière année. En particulier, dans les derniers mois, Pékin a fait des efforts de plus en plus grands pour réaliser des accords économiques d'envergure avec des pays capitalistes. Le cas le plus significatif est celui des négociations avec le Japon qui devraient assurer une exportation annuelle de pétrole chinois d'entre 15 et 20 millions de tonnes et des importations ciations sont aussi en cours avec les représentants d'autres pays dont la République fédérale allemande . En même temps, se succèdent les visites à Pékin de représentants des bourgeoisies des différents pays et des invitations à des personnages réactionnaires comme par exemple Sa Carneiro. Certains ont estimé devoir souligner une ouverture plus grande en ce domaine car parmi les visiteurs il n'y a plus seulement des individus comme Strauss ou Nixon, mais aussi comme le républicain italien La Malfa. Nous ne savons pas quelle signification on pourrait éventuellement attribuer à une indication aussi ténue. En tout cas, parmi les récents visiteurs se trouve George Bush, directeur de la CIA qui a été le premier étranger depuis 12 ans à avoir le privilège de descendre en bateau le long des gorges du Yang-tsé ! En ce qui concerne les conceptions et les orientations de fond, Hua n'a fait que reprendre celles qui avaient été définies à partir de 1970-71. Pour s'opposer aux "superpuissances" - en réalité beaucoup plus contre l'URSS que contre les USA-, les dirigeants chinois recherchent toutes les alliances ou les convergences possibles avec des pays des prétendus "troisième" et "deuxième monde". Pour ce qui est du "troisième monde", ils exaltent sans discrimination aucune même les directions les plus conservatrices et réactionnaires, saluant tout acte de rupture avec l'URSS, sans se préoccuper s'il comporte un rapprochement avec l'impérialisme américain. Ils n'épargent pas les éloges à la politique d'un Sadate ou d'un Némeyri). Quant au "deuxième monde" , les critiques visent surtout les attitudes jugées trop complaisantes envers l'URSS. Le gouvernement de Bonn est loué pour ses dépenses militaires qui, d'après la presse chinoise, seraient absolument justifiées vu la menace d'agression de la part du social-impérialisme. Franz-Joseph Strauss a manifestement fait école ! Du point de vue analytique, l'élément central des textes chinois reste celui de l'aggravation constante du danger de guerre et de la responsabilité principale de l'URSS dans ce domaine. Sur le plan politique, l'opposition à Moscou n'a été aucunement atténuée, au contraire, l'URSS - caractérisée comme une dictature fasciste de type hitlérien - reste l'ennemi principal. Il est logique que par de telles analyses et de telles orientations, la direction chinoise ne puisse offrir aucune perspective stratégique au mouvement de masse aussi bien dans des pays coloniaux ou néocoloniaux que dans des pays capitalistes industrialisés. Même les rapports avec l'Albanie se sont ultérieurement détériorés. "Zeri i Populit" a publié au mois de juillet dernier un article polémique violent où il a accusé le PCC de "porter à l'absolu les contradictions interimpérialistes" et de "sous-estimer les contradictions fondamentales entre la révolution et la contre-révolution " et il a précisé entre autres : "Considérer globalement le prétendu 'troisième monde' comme la force principale dans la lutte entre l'impérialisme et la révolution comme le font les partisans de la théorie des 'trois mondes" et sans faire aucune distinction entre forces anti-impérialistes et révolutionnaires authentiques et forces pro-impérialistes, réactionnaires et fascistes au pouvoir dans de nombreux pays en voie de développement signifie s'éloigner d'une façon éclatante des enseignements du marxisme léninisme et diffuser des conceptions typiquement opportunistes qui créent la confusion et la désorganisation parmi de forces qui sont fondamentalement révolutionnaires mais acceptent la 'théorie des trois mondes'. " Deux mois plus tard, lors de la visite de Tito en Chine, l'ambassade d'Albanie distribuait un texte remontant à 1963 et qui stigmatisait la capitulation de Krouchtchev face au "révisionniste yougoslave" La polémique des Albanais a eu comme résultat d'attirer vers Tirana un nombre non négligeable de "partis" soi-disant marxistes-léninistes qui dans le passé avaient suivi Pékin dans ses évolutions successives (c'est le cas de groupes italiens, grecs, allemands, espagnols et portugais qui ont signé récemment un texte commun contre les théories des "trois mondes" mais une évolution dans le même sens a été suivie par l'UDP portugaise, organisation beaucoup plus consistante). Ainsi, les liens que la direction chinoise maintient avec une série de "partis" pompeusement reçus à Pékin, mais inconnus ou presque dans leur pays d'origine, acquièrent un caractère de plus en plus grotesque et sont l'expression la plus éclatante de la faillite du maoisme comme courant international. La bureaucratie chinoise pourra obtenir des résultats sur le plan diplomatique et remporter même des succès tactiques dans telle ou telle autre circonstance (un succès partiel a été par exemple la visite à Pékin de Tito en septembre dernier, qui toutefois n'a comporté aucun pas en avant dans les rapports entre les partis et en dernière analyse a été probablement plus utile à la Yougoslavie qu'à la Chine). Ce qui paraît exclu à ce stade, c'est que la Chine puisse exercer de nouveau sur des secteurs du mouvement ouvrier international, cette force d'attraction qu'elle avait exercée à la première étape de son conflit avec l'URSS et qui avait atteint son point le plus élevé pour les raisons que nous avons analysées dans d'autres occasions - dans la période turbulente de la révolution culturelle.
18 octobre 1977