Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

DOSSIER POLOGNE

Attention, nos salaires sont attaqués

Inprecor n° 170, 2 avril 1984 · p. 13-16 · 3 920 mots

Pologne Syndicalisme

E document que nous reproduisons ci-dessous est repris du bulletin ouvrier de

Varsovie, Chleba i Wolnosci (Pain et liberté) numéro 5 du 3 novembre 1983. Il

• s'agit d'une des analyses les plus complètes des attaques anti-ouvrières du gouvernement polonais qui soit paru dans la presse clandestine de Solidarité. La tentative de formuler un corps de revendications pour la lutte syndicale face à cette situation qui conclut le texte est tout particulièrement intéressante. La traduction de ce document est tirée du bulletin Robotnik 84 numéro 2/12 du 15 mars 1984, publié à Paris par le

Comité de coordination du syndicat « Solidarnosc » en France.

« Qu'en est-il de la réalisation du modèle de l'Etat protecteur ? Ne fera-t-il pas place à un Etat intransigeant, à peine charitable envers les plus démunis ? » Réponse : « La fonction protectrice de l'Etat a connu une totale dégénérescence. (...) Cela est lié à la dimension colossale des dépenses sociales de l'Etat. » Contrairement aux apparences, il ne s'agit pas d'un extrait d'une interview d'un ministre d'Etat occidental. Ce sont les propos mêmes du professeur Sadowski, adjoint du responsable du gouvernement pour la Réforme économique, attaquant l'institution des dépenses sociales de l'Etat polonais, dans le numéro de juin de la revue Kontakty. Ce sont pourtant ces dépenses sociales qui servent à financer la santé gratuite et l'éducation, la cantine un peu moins chère à la maternelle, à l'école ou dans l'entreprise, les allocations de maladie ou celles attribuées pour l'éducation des jeunes enfants, et la pension misérable des invalides.

Dans notre pays, sur 8 millions d'ouvriers, 4 millions exercent un travail manuel non mécanisé particulièrement dur, 3 millions travaillent dans des conditions nocives pour la santé, et au moins 300 000 autres risquent chaque jour de perdre la vie ou la santé à leur travail. En Pologne, l'augmentation de la mortalité des hommes en âge de produire est particulièrement élevée, et la durée moyenne de vie d'un homme diminue également, comparativement à la durée de vie d'une femme.

RICHES ENTREPRISES

ET PAUVRES TRAVAILLEURS La mortalité des hommes jeunes et d'âge moyen est aujourd'hui beaucoup plus importante qu'en 1960. Les accidents, traumatismes et intoxications y jouent un rôle important. L'augmentation de la mortalité des hommes qui travaillent témoigne de la dégradation des conditions de travail et du niveau d'exploitation de l'ouvrier. Aujourd'hui, dans les entreprises, ceux qui partent avec une pension d'invalidité sont bien plus nombreux que ceux qui prennent leur retraite. Mais le ministre coresponsable de la réforme économique considère que nous vivons trop bien.

Attention,

nos salaires sont attaqués!

La première hausse générale des prix de notre histoire est intervenue en février 1982 et a été introduite sous la protection de l'état de guerre et au nom de la réforme économique. Elle devait rétablir l'équilibre de l'offre et de la demande sur le marché, provoquer une concurrence entre les entreprises, développer la production et, en conséquence, faire baisser les prix. Il n'en a rien été.

Dans un pays où les capacités de production dans l'industrie et la construction ne sont utilisées qu'à 60 %, où le niveau de satisfaction des besoins sociaux baisse, le recul des revenus réels a conduit, paradoxalement, à l'apparition de phénomènes de surproduction de marchandises (1). La quantité de marchandises vendues dans le commerce de détail (et avant tout de nourriture) calculée en prix fixes s'est avérée plus faible en 1983 qu'en 1982. Nous avons d'abord appris l'existence de « surplus » dans le domaine des lessives et des pâtes alimentaires, puis que les confitures et les compotes s'abimaient dans les vitrines. Il s'avère pourtant qu'aux prix actuels, il y a même des problèmes pour vendre le ciment, les semences et les engrais, et que les achats de charbon par les particuliers sont retardés. Le salaire réel dans l'industrie s'est brutalement effondré. Les salaires dans les secteurs de la santé, de l'éducation et du commerce sont encore plus bas. Même pour les mineurs, les prix augmentent plus vite que les revenus.

Après les hausses des prix, les entreprises sont devenues rentables et « riches », l'Etat aisé après avoir pompé les impôts des entreprises, les banques puissantes, mais ... la société est devenue

1. La Pologne connaît une grave crise de pénurie de biens d'usage. Dans le cadre de cette situation, les extraordinaires augmentations des prix depuis 1982 ont par ailleurs eu pour conséquence le fait qu'un nombre croissant de biens considérés comme de première nécessité - et dont le manque est douloureusement ressenti par les travailleurs - ne trouvent pas d'acheteurs sur le marché à cause du niveau prohibitif de leur prix. C'est à ce phénomène là que se réfèrent les auteurs, en parlant de phénomène de surproduction de marchandises.

2. La réforme économique de 1982 a introduit trois catégories de prix. Les prix fixés d'office les organismes étatiques, qui concernaient, en 1982, environ 40 % des biens plus pauvre. La production et la qualité des produits ont baissé. Selon les déclarations officielles, la productivité, 1983, calculée en heures de travail, est revenue à son niveau d'avant la crise (période d'avant 1979, ndlr.) Pourtant, en 1984, la consommation sera encore plus basse qu'elle ne l'est aujourd'hui. Le salaire est le prix payé pour le temps d'utilisation des muscles, des nerfs et de l'esprit du travailleur. Le prix de cette « marchandise » devrait être suffisamment haut pour permettre au moins la survie du travailleur, la survie et l'éducation des membres de sa famille. Alors qu'on introduit partout les prix négociés pour toutes les marchandises, on pourrait penser qu'on ne peut exclure de la liste la marchandise que représente la force de travail. C'est justement parce que la crise économique se prolonge et que ceux qui nous gouvernent ne trouvent pas le moyen de garantir le développement de l'économie, que la Pologne est l'un des pays où la force de travail est la moins onéreuse.

Comme la seule augmentation des prix ne suffit plus, on nous attaque de divers côtés à la fois : les nouveaux impôts, les nouveaux prix, un nouveau système de salaires. La propagande officielle présente la question des impôts, des prix et des salaires comme des choses différentes, obéissant à des règles distinctes. En réalité, il s'agit d'une seule et même chose : la recherche de l'augmentation de l'exploitation du travailleur et de la diminution de la consommation.

L'augmentation des prix alimentaires, au début 1984, le passage aux prix « négociés » de nouveaux produits industriels, l'augmentation des participations obligatoires dans les coopératives de logement, la hausse des loyers et des charges, doivent faire baisser la valeur du salaire (2). Le système des impôts et des taxes sur les revenus des entreprises doit limiter, voire supprimer la possibilité d'obtenir une hausse nominale des salaires dans les entreprises. Dans ces conditions, pour gagner plus, l'ouvrier doit accepter de travailler le samedi, entreprendre « de son propre gré » de travailler après les heures légales, et accepter une nouvelle intensifi-

La modification du système des salaires aurait dû entrer en vigueur déjà en janvier 1983. Sur quoi a-t-on compté en reportant l'introduction de la réforme des salaires annoncée dès l'automne 1982? Sur des proclamations apaisantes de la hiérarchie catholique ? Sur l'utilisation de et services. Les prix régulés, qui concernaient, en 1982, environ 15 % des biens et services, et dont la loi détermine précisément le mécanisme de fixation (coût de production augmenté d'un profit moyen). Enfin, les prix négociés entre le producteur et le marchand, qui concernaient environ 45 % des biens et services en 1982, qui sont en fait des prix de marché. La tendance actuellement dominante au sein du gouvernement est de tendre à aligner les deux premiers types de prix sur ceux du marché mondial. Source : Wladyslaw Baka (membre du praesidium du Conseil des ministres, responsable de la Réforme économique), Polska Reforma Gospodarcza, Varsovie, PWE 1983, pp. 78-80.

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la visite du Pape ? Sur la désagrégation de la structure de Solidarité après la levée formelle de l'état de guerre ? Une chose est sûre : dans les coulisses, les marchandages et les pressions continuaient. En septembre, Polityka a publié un article affirmant que le gouvernement devait apprendre à dire « non » à la société, qu'il était temps de comprendre que la réforme économique signifiait la division de la société (en quelles classes et couches?), qu'il fallait abandonner le slogan sur la justice sociale et le remplacer par celui des « dures lois de l'économie » (3). Il est probable que c'est par peur des réactions de la société que la décision de modifier le système des salaires avait été remise à plus tard, dans un premier temps.

Aux salaires particulièrement bas, les ouvriers répondent en refusant le travail. Puisqu'on ne leur permet pas de s'expriautrement, ils « votent avec leurs pieds » en cherchant une rétribution un peu plus élevée ailleurs. Dans cette situation, à la recherche d'une force de travail marché, les autorités créent les « groupes de travail organisés », c'est-àdire ont recours au travail des soldats, au travail « de remplacement » des conscrits, au travail des prisonniers et des OHP (brigades de travail volontaire, ndlr.). En remettant pour un temps l'introduction des modifications du système des salaires, les autorités ont introduit, à Varsovie et dans 15 autres départements, l'obligation de passer par l'intermédiaire de l'Office public pour rechercher un emploi. Le travailleur se voit ainsi obligé d'accepter le travail dans une entreprise et à un poste donné, et l'entreprise doit pour sa part fournir, dans un délai de sept jours, la confirmation de l'emploi. Cette initiative doit servir au maintien des bas salaires et des différences salariales entre les entreprises, et empêcher que les travailleurs imposent des modifications du systeme des salaires qui leur soient favorables.

CE QUI NOUS ATTEND Le quartier général anti-ouvrier, appelé par antiphrase ministère du Travail, des Salaires et des Affaires sociales, a publié en août 1983, dans le quotidien Rzeczpospolita, le projet de la décision gouvernementale concernant le changement du système des salaires.

Le nouveau système des salaires doit conduire à l'incorporation, dans le salaire horaire et le salaire mensuel de base, des compensations salariales pour les hausses des prix alimentaires attribuées en 1982 (4). Ainsi, nous allons payer plus cher les frais de maternelle, de crèche et de vacances, qui sont fonction du salaire de base. A l'occasion, les impôts payés par l'entreprise et les frais d'assurance augmenteront d'autant. Les compensations financières des avantages en nature auxquels les salariés ont droit seront supprimées, de même que certaines primes et les congés de départ en retraite. Les avantages acquis au titre des conventions par branches d'activité vont disparaître.

Les primes pour le travail effectué dans des conditions dangereuses pour la santé, pour le travail des équipes de soir et de nuit, seront dorénavant calculées non plus en fonction du salaire d'un travailleur donné, mais en fonction du salaire minimum, ce qui conduira à les dimisensiblement. Cette modification doit être introduite en même temps que de nouvelles normes de travail, plus élevées. Le système des primes sera modifié : elles ne seront versées qu'en fonction des résultats supplémentaires et de la producsupplémentaire, et dans nombre d'entreprises, elles seront purement et

Le nouveau système limite la possibilité d'augmentation dans le cadre de la grille hiérarchique des salaires à un maximum de deux points seulement de l'indice, pour les travailleurs exerçant deux métiers ou hautement qualifiés. Par contre, de fonction pour les contremaîtres et les chefs sont augmentées. Les possibilités d'augmenter le salaire horaire par intégration des primes diverses sont d'emblée limitées ; celui-ci ne pourra dépasser 60 zlotys de l'heure.

DIVISER POUR RÉGNER

Le pouvoir est parvenu à la conclusion que la modification générale du système des salaires « provoquera une nouvelle pression en vue d'augmenter les salaires », comme le formule le projet d'arrêté du Conseil des ministres déjà mentionné. Il a donc été décidé de manœuvrer différemment. Les entreprises seront divisées en deux catégories. Dans la majorité des entreprises, les salaires de base doivent dorénavant comprendre les compensations salariales pour les hausses de prix, le treizième mois, une partie du salaire au rendement, la prime et les suppléments dits « sans effet » (du point de vue de la direction). Les entreprises devront se débrouiller elles-mêmes pour trouver les moyens financiers nécessaires à l'augsalaire de base et au maintien des primes de stage, des primes pour les heures supplémentaires et pour le travail des équipes de soir et de nuit. Le manque de moyens doit leur imposer tôt ou tard la liquidation de tous ces suppléments. Ce changement du système général des salaires, ils veulent le commencer le ler décembre 1983, un mois avant la hausse des prix alimentaires.

En même temps, dans une série de grandes entreprises dites « expérimentales », les suppléments précités doivent être intégrés au salaire de base avec une très grande différenciation simultanée des primes. A titre expérimental, le ministre pourra accorder à ces entreprises des salaires horaires et mensuels plus élevés que ceux prévus par les limites officielles (60 zlotys et 16 000 zlotys). La direction d'une entreprise peut accéder à cette « expérience » si elle démontre qu'elle a assez de moyens (de fait obtenus par une hausse forcenée des prix ou par le développement des exportations, en général non rentables du point de vue de l'économie dans son ensemble). Elle doit réaliser encore une condition : imposer une augmentation radicale des normes de rende-

Les chantiers navals Lénine de Gdansk en 1980. (DR) ment. Si cela marche, ces normes seront imposées par la force à toutes les autres entreprises en 1985.

On prévoit aussi de renforcer la dépendance du travailleur face au contremaître. Certains travailleurs pourraient obtenir de lui des sommes supplémentaires chaque vendredi lors de la paye, et le contremaître qui parviendra à imposer de nouvelles normes recevra un supplément fonctionnel de salaire des mains de la direction.

LES MODIFICATIONS ILLÉGALES

DU SYSTEME DES SALAIRES Les directions des entreprises « expérimentales » doivent aller plus loin dans

3. Polytika est un hebdomadaire officieux du gouvernement. Son ancien rédacteur en chef, Mieczyslaw Rakowski, est vice-Premier ministre ; son ancien éditorialiste, Jerzy Urban, est porte-parole du gouvernement.

4. Lors de la hausse des prix de février 1982, le gouvernement a introduit une augmentation générale des salaires, connue sous le nom de compensation (qui ne compensait que tres faiblement la perte du pouvoir d'achat). Ce « rattrapage » salarial, financé par un budget spécial de l'Etat, ne rentrait pas en compte jusqu'en 1984 dans les calculs de revenus pour la fixation des taux de payement des divers services sociaux. File d'attente devant un magasin à Varsovie. (DR)

OBULIE

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HAC

l'application du système des salaires qui imposera un effort accru aux travailleurs. Le nouveau système augmente la différenciation sociale et tente d'opposer le contremaître à l'ouvrier et l'ouvrier au contremaître. Il doit également augmenter la différence entre l'entreprise expérimentale et les autres entreprises, augmenter les différences de salaire dans l'entreprise. De cette façon, la convention collective qui impose que les salaires soient à peu près semblables pour une même quantité de travail d'une même catégorie, est jeté aux oubliettes. Chaque direction impose aux salariés ses propres tarifs, normes, salaires, sa propre « convention ». Pourtant, le Code du travail actuel principe des conventions par branches n'ont pas été abolis, ce qui rend toutes ces tentatives illégales aux yeux mêmes de la loi.

Il vaut le coup de rappeler que le principe « à travail égal, salaire égal » était parmi les revendications les plus populaires durant l'existence légale de Soli-

Car il n'y a aucune raison qu'un électricien travaillant dans la milice dans une entreprise militaire gagne plus qu'un électricien employé dans une entreprise « normale » qui produit pour les besoins de la population, ou qu'un électricien travaillant dans une école ou un hôpi tal, ou dans un autre service public. Il n'y a pas plus de raisons qu'un mécanicien gagne plus quand il travaille dans une grande entreprise que quand il travaille dans une petite usine. Comme il n'y a aucune justification à ce que les revenus soient différents d'un atelier à l'autre d'une même usine. Le salaire doit être fonction du travail fourni et des qualifications, et non des combines informelles ou du bon vouloir des chefs, du contremaître au minis-

Les conventions collectives des années passées garantissent nombre d'avantages acquis aux travailleurs. D'où l'idée de tricheur de faire voter à la Diète (Parlement polonais, ndlr.) une loi permettant aux entreprises d'élaborer des règlements intérieurs, appelés pour la cause « accords sociaux locaux ». Ces règlements doivent permettre aux directeurs de manipuler la grille salariale à souhaits. Mais le Code du travail et les conventions collectives s'appliquent toujours! Donc, toutes les décisions unilatérales des directions sont illégales. Elles doivent, dans l'esprit de leurs initiateurs, permettre d'augmenter le rythme du travail, les normes, le nombre de machines utilisées par seul salarié, généraliser l'accord global et le salaire aux pièces, accentuer le rythme des chaînes et du travail parcellaire, augmenter le poids des charges transportées par les travailleurs, prolonger le temps de travail et imposer le travail dans les pires conditions d'hygiène et de sécurité. Tout cela sans améliorer l'état technique, même dans les entreprises les plus archaïques, sans amélioration de l'organisation du travail, sans liquidation du suremploi dans l'administration, et sans modification du niveau de la masse sala-

Le partage des charges de la crise économique établi de cette façon se ferait aux dépens des ouvriers et de tous les salariés exécutants. LES REVENDICATIONS MINIMALES

DES TRAVAILLEURS Ces nouvelles initiatives anti-ouvrieres se confrontent à un mécontentement à ce point général qu'il a touché une large partie des membres des « syndicats » officiels et des membres du Parti ouvrier unifié polonais (POUP). Jerzy Urban (porte-parole du gouvernement, ndlr.), enragé lors de sa conférence de presse, parlait de revendications injustifiables, venant y compris de ce côté.

Chaque collectif de travailleurs, dans chaque usine, doit entreprendre la lutte solidaire pour défendre nos conditions de vie élémentaires. Essayons de formuler les revendications les plus importantes qui apparaissent quand on a une connaissance ne serait-ce que partielle de l'opinion des travailleurs :

1) Nous considérons comme illégale la suppression des acquis sociaux garantis par le Code du travail, les conventions collectives, et les accords de Gdansk, Szczce-

2) Nous considérons comme illégales les tentatives d'imposer de manière unilatérale des systèmes salariaux internes dans les différentes entreprises. Nous considérons comme contradictoires avec le principe constitutionnel « à chacun selon son travail », les tentatives de faire payer aux travailleurs les coûts de l'incurie et des décisions fausses de la direction des entreprises, de la mauvaise organisation du travail et de l'approvisionnement, du manque chronique de pièces détachées, etc. Même les enquêtes officielles démontrent que les résultats de l'entreprise exprimés en termes de profit ou de perte ne dépendent pas, à 90%, des travailleurs exécutants privés d'influence sur les décisions de la direction, de la banque, ou du ministère des Finances. Nous exigeons un salaire équivalent pour un travail équivalent, dans des conditions d'hygiène et d'un secteur économique et dans la région, dans toutes les entreprises, y compris celles qui dépendent de l'armée ou de

3) Nous exigeons le maintien des compensations de 1982 sous leur forme actuelle. Nous exigeons 2 500 zlotys par mois pour tous comme compensation de l'augmentation des prix des biens industriels, des services, des logements et des loyers en 1982 et 1983.

4) Considérant l'augmentation niveau de formation des travailleurs, des capacités et des qualifications acquises, ainsi que des difficultés inhérentes au travail sur des machines usées et à l'utilisation de matières premières de mauvaise qualité, nous exigeons l'augmentation de l'indice salarial de base de deux points pour tous les travailleurs.

5) Nous exigeons l'augmentation des salaires dans les entreprises pour le marché intérieur de façon à ce que leur niveau atteigne au moins la monationale dans l'industrie, l'augmentation des salaires dans la santé et l'éducation jusqu'à la moyenne nationale de l'industrie, et l'augmentation des salaires des travailleurs du commerce et des

6) Payement pour tous, comme les années précédentes.

7) Payement de la revalorisation des pensions et retraites en janvier 1984 pour les dernières tranches des retraités et pensionnés concernés.

8) L'entreprise paye des impôts énormes qui absorbent la majorité des profits. Dans cette situation, il faut considérer comme contraire à la loi au moins cette

5. Il s'agit d'accords signés après la grève nationale d'août 1980. Celui de Szczecin comportait nombre d'avantages matériels. Il fut signé par le comité de grève régional et les représentants du gouvernement, le 30 août. Celui de Gdansk, du 31 août, arrachait la liberté syndicale. Celui du 3 septembre, signé à Jastrzebie par le comité central de grève des mines de Silésie et les représentants du pouvoir, arrachait le samedi libre et généralisait les acquis de Szcezcin et de Gdansk à l'ensemble du pays.

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partie de l'impôt qui grève la rasse salariale et son augmentation. Cela concerne l'imposition directe de la masse salariale des entreprises par les impôts pour alimenter les fonds d'activation professionnelle et le fonds de développement de la culture (le taux de l'impôt est de 13 %) qui sont des fonds fictifs, car non utilisés pour les buts affirmés. Les moyens financiers ainsi obtenus doivent être au contraire employés à augmenter les salaires, minimum qui doit être porté à 6 500 zlotys par mois. En même temps, nous exigeons la suppression des dépenses pour le maintien des ZOMO (forces de répression anti-émeute) et les autres dépenses supplémentaires pour le fonctionnement du ministère de l'Intérieur liées à l'état de guerre, et l'utilisation des moyens ainsi obtenus pour le fonds de développement de la culture.

9) Arrêt de la hausse des prix alimentaires et suppression de la généralisation des prix « négociés » des produits indus-

10) Instauration de l'échelle mobile des salaires, comme prévu dans le point 9 des accords d'août 1980 de Gdansk, selon le principe « de la garantie automatique de l'augmentation des salaires en fonction de l'augmentation des prix et de la baisse de la valeur de l'argent ». L'échelle mobile doit concerner également les aides pour l'éducation des enfants, les pensions, les retraites et les bourses. Il s'agit d'aug. menter les salaires autant que l'augmentation trimestrielle du coût de la vie et des prix. Un tel système a été arraché de haute lutte dans nombre de pays d'Eu-

11) Etant donné l'épuisement des gens par quatre ans de crise, nous réclamons le maintien des normes actuelles de produc-

12) Abrogation, comme illégale, l'ordonnance concernant l'obligation passer par l'intermédiaire de l'Office public pour chercher un emploi, car cela signifie l'obligation de travailler dans l'entreprise et au poste décidé par cet Office.

13) Abrogation l'obligation, étendue à de très nombreuses entreprises, du préavis de 6 mois en cas de démission du travailleur.

14) L'étendue réelle du gaspillage de milliers de milliards de zlotys à la suite d'investissements massifs inutiles, qui ont été ensuite gelés et sont maintenant en liquidation, et à la suite de la folle exploitation des machines, des installations et des moyens doit être rendue publique. Cela ouvrirait la voie à la limitation du gaspillage sous la pression de la société.

Nous savons tous que l'actuel systè me des salaires est bon à mettre à la pou. belle, et que les modifications proposées par le pouvoir sont une escroquerie. Les travailleurs du département de montage de l'usine automobile FSO de Varsovie et ceux d'autres entreprises ont déjà montré qu'en interrompant le travail on peut empêcher la dégradation de nos conditions

Chleba i Wolnosci numéro 5, Varsovie, 3 novembre 1983.

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