Inprecor 1974–2004

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NICARAGUA

Le bilan du travail des Comités de défense sandinistes

Inprecor n° 170, 2 avril 1984 · p. 25-26 · 1 684 mots

Nicaragua

NOUVELLES DU MOUVEMENT OUVRIER ET DE L'INTERNATIONALE titre d'exemple le fait que certains coor- tion entre les CDS et les institutions de activités la défense sociale, les tâches de

NICARAGUA

Le bilan du travail des comités de défense sandinistes Les Comités de défense sandinistes (CDS) sont « les yeux et les oreilles de la révolution », comme les appellent les Ni-

Ils constituent en effet la plus importante organisation de masse du pays, par le nombre de (500 000), la quantité de ses structures de base (près de 9 000), l'extension géographique de son intervention, et le champ de ses activités (défense, ravitaillement, organisation locale, propagande, etc.). Les CDS ont donc une place toute particuliè re dans le processus révolutionnaire nicaraguayen. Leur organisation n'en est pas pour autant exempte de difficultés et de faiblesses. C'est justement du bilan et des problèmes de ces structures d'organisation des masses populaires, y compris de ceux soulevés par des attitudes répréhensibles de certains coordinateurs locaux des CDS, que traite la commandante Leticia Herrera, Secrétaire générale à l'organisation des CDS dans une interview publiée par le quotidien sandiniste Barricada du 17 février 1984. Nous reproduisons ci-dessous l'article paru dans Barricada sous la signature de Maria-Florez

En réponse à la question de savoir quel bilan on peut tirer du travail accompli par les Comités de défense sandinistes (CDS) en quatre années de révolution, la commandante Leticia Herrera commence par expliquer les principales faiblesses qui sont apparues : « En ce qui concerne l'aspect du fonctionnement interne, notre système souffre de graves limitations qui ne nous ont pas permis de diffuser les objectifs de travail de façon rapide ni de vérifier leur accomplissement. » Cette faiblesse s'est répercutée dans « l'apparition de certaines positions et attitudes arbitraires adoptées par quelques-uns des coordinateurs, parfois dans les équipes, parfois au niveau des quartiers, et qui sont utilisées par les secteurs réactionnaires pour accuser les CDS d'être répressifs. » Elle explique alors que les coordinateurs « se transforment en petits dictateurs. Ils imposent leurs regles et prennent des mesures sans respecter l'orientation que nous avons établie. Or, ici, pour impliquer la population dans les tâches de la révolution, il faut user de la persuasion, la convaincre politiquement, et ne pas employer de mesures de répression ».

La commandante Leticia dinateurs de CDS menacent les gens de leur supprimer la carte d'alimentation s'ils ne participent pas à la « vigilance révolutionnaire » (service volontaire de surveillance assuré par les membres des CDR contre les activités contre-révolutionnaires, ndlr.). « Cela est arrivé, nous devons le reconnaître, continue-t-elle, mais nous affirmons aussi que ce n'est pas la ligne de l'organisation des CDS, mais des décisions que certains camarades ont prises de manière erronée. » Pour corriger ces erreurs, quelques règles de fonctionnement seront élaborées par les CDS et le contrôle de leur respect sera amélioré. Ces nouvelles normes de fonctionnement établiront un système de contrôle des personnes exercent les fonctions de coordinateur d'un CDS et limiteront à un an la période

Les problèmes qui ont surgi et que la réaction utilise à son profit dérivent, en grande partie, du caractère diversifié large de ces organismes de masse, qui ne sont interdits qu'aux anciens somozistes

« Nous avons toujours dit que tous ceux qui avaient envie de travailler pour la révolution pouvaient être membres d'un CDS. Travailler comme dirigeant d'équipe ou de quartier demande un certain niveau de conscience et un don de temps libre pour faire face à un grand nombre de problèmes », explique Leticia Herrera. Puis elle ajoute : « Nous n'exigeons pas de celui qui veut appartenir à un CDS qu'il soit un militant sandiniste. Les membres des CDS peuvent appartenir à n'importe quel parti politique. Ils peuvent etre catholiques, protestants, ou de n'importe quelle religion. Nous avons des coordinateurs protestants et catholiques qui sont de très bons coordinateurs. Ce qui nous intéresse vraiment c'est qu'ils soient disposés à travailler et qu'ils n'aient pas d'antécédents négatifs ni de liens avec les organes au service de la dic-

Mais, malgré ces précautions, poursuit Leticia Herrera, « nous avons trouvé quelques coordinateurs qui avaient eu des liens avec l' "Action civique" de Somoza ou en avaient même été des dirigeants locaux. D'autres gens se sont intégrés aux CDS avec une autre arrière-pensée, celle d'en tirer un avantage personnel, et nous les laissons s'infiltrer. C'est alors que surgissent les problèmes ». C'est pour toutes ces raisons que les nouvelles conditions requises pour le choix de la direction des comités seront plus exigeantes. C'est là une partie de la solution du problème, reconnaît-elle, mais il est, de plus, fondamental « de développer la conscience de notre peuple ».

D'autres problèmes fréquents ont leur origine dans le manque de coordinal'Etat. La commandante Leticia Herrera mentionne quelques cas concrets. « L'approvisionnement, par exemple, est l'une des tâches les plus complexes pour nous », dit-elle. En tant que membre de la Commision nationale chargée de l'approvisionnement, elle reconnaît que cette année il faudra chercher des formes plus adéquates, « pour éviter que se produisent des situations cycliques de manque d'approvisionnement de certains produits ». Mais il faut aussi se coordonner avec le MICOIN (Ministère du Commerce intérieur). d'un quartier détectent un accapareur ou un spéculateur. Ils le mettent à l'amende ou le sanctionnent, (le MICOIN et les municipalités locales, ndlr.) ne nous répondent même pas et méconnaissent notre autorité. » C'est alors que quelques CDS prennent l'initiative de s'occuper de la boutique incriminée jusqu'à l'arrivée du MICOIN, qui enquêtera sur la dénonciation, « mais, explique Leticia, c'est une situation anormale, qui ne devrait pas se produire et arrive seulement quand la communauté du quartier a essayé en vain tous les recours. »

Il est aussi arrivé que la police sandiniste donne des autorisations pour ouvrir des cantines sans consulter les CDS. « On donne parfois des autorisations d'ouverture de ce type d'établissement et on courtcircuite le comité de quartier, qui est l'organisme chargé des problèmes du quartier. Pour ouvrir une cantine, il faut tenir compte de la population enfantine, de la proximité d'un centre d'une école ou d'une église », se plaint-

Il est également arrivé, reconnaît Leticia Herrera, que les CDS attribuent des logements, sans se référer aux critères du MINVAH (Ministère du Logement), et, ajoute-t-elle, « ils attribuent des logements sans prendre en compte l'opinion ou les critères du quartier, et cela cause des problèmes qui, en certains cas, se convertissent en problèmes politiques. »

Le MINSA ministère nicaraguayen de la Santé) a échoué lorsqu'il s'est engagé à former des brigades de santé, car « les membres de ces brigades avaient renoncé à leur week-end et les instructeurs ne sont pas venus ». Leticia Herrera confirme que « ce genre de problèmes fait du tort à l'organisation ».

Les fonctions remplies par les CDS sont multiples et complexes. Il ne peut pas être simple de travailler avec un demi-million d'adhérents, organisés sur tout le territoire national en 8 960 CDS, total de ses structures les plus petites, appelées cuadras (équipes).

Pour s'occuper des innombrables problèmes qui touchent les quartiers et les régions, les CDS doivent inclure dans leurs

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vigilance et de défense, le développement des communautés locales, la défense de l'économie, l'organisation, la propagande et les relations internationales. Et, finalement, le bilan est positif, confirme la commandante Leticia, car « nous avons avancé, et l'organisation se consolide chaque jour davantage ».

« Avec l'organisation régionale (des CDS, ndlr.) nous avons fait un saut qualitatif et quantitatif, parce que nous répartissons mieux les cadres et avons un poids plus important dans les organismes de base. Grâce aux organisations de 20nes, nous touchons plus directement les quartiers, et nous sommes en train de réussir à instituer de meilleurs systèmes de contrôle de l'accomplissement de nos objectifs de travail », ajoute-t-elle.

Pour Leticia Herrera, il ne fait aucun doute que « la vigilance révolutionnaire constitue la tâche centrale des CDS, parce que, de par leur couverture territoriale, ils ont la capacité de garantir l'intégration de la population à la défense du pays. Nous être prêts pour le moment où ils essayeront de nous attaquer, ajoute-t-elle. S'il est certain que toute l'action de notre avant-garde et de notre gouvernement révolutionnaire a réussi à neutraliser l'agression, nous endormir sur nos lauriers. Tant que la politique nord-américaine ne changera pas, tant qu'on ne sera pas arrivé à compréhension, par tous, que la seule chose qui soit bénéfique pour tout le monde c'est de s'asseoir autour d'une table de discussion, nous devrons continuer à nous tenir prêts. Et, dans cette hypothèse, continue Leticia, grâce au territoire qu'ils couvrent et à leur diversité, les CDS sont appelés à garantir aussi tout le travail qui se fait dans le domaine de la défense. »

La commandante Herrera révèle, avec une fierté visible, que pendant la première période d'inscription au Service militaire patriotique (SMP), « 36 000 camarades se sont enregistrés comme membres CDS, c'est-à-dire des jeunes entre 17 et 21 ans. De plus, 300 000 membres des CDS accomplissent régulièrement des tâches de vigilance révolutionnaire ». proposent de croître encore davantage cette année, de garantir l'intégration massive du peuple aux milices et au SMP, et de consolider les brigades de défense civile, « pour leur donner une plus grande stabilité ». Ils pourront aussi consacrer une bonne partie de leurs efforts à « développer le niveau politique et idéologique de notre peuple », annonce-t-elle.

Deux faits fondamentaux les y obligent. D'un côté, le processus électoral engagé, que la commandante Leticia considère comme « un avantage et un défi, parce qu'il exige beaucoup de nous et que nous tenons à nous y préparer de la meilleure façon ». Et, d'un autre côté, la journée de commémoration du 50e anniversaire de l'assassinat du général Augusto Cesar Sandino. Dans ces deux tâches, les CDS « devront jouer un rôle plus combatif, pour éclairer et élever la conscience de notre peuple », dit-elle. « Les CDS feront connaître les actions héroïques de Sandino, non seulement d'un point de vue hiscomme quelque chose de statitorique que, mais comme des actions porteuses d'une dynamique, celle du développement de la révolution », ajoute-t-elle avec enthousiasme.

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