'offensive militaire iranienne actuelle en territoire irakien
L se produit aprés quatre années de guerre entre ces deux pays. Ce conflit, baptisé la guerre du Golfe, a déjà fait
250 000 morts et deux fois plus de mutilés. Les dommages matériels causés par cette guerre, commencée en septembre 1980, sont estimés à 400 milliards de dollars (3 200 milliards de francs).
L'assaut lancé actuellement par les forces militaires du régime de Khomeini tout au long de la ligne de front est surtout mené autour des champs de pétrole irakiens des îles Majnoun
(îles de la Folie : en effet, « majnoun » veut dire « fou », en arabe comme en persan). Cette attaque a ouvert l'une des phases les plus sanglantes de la guerre Iran-Irak.
Saber NIKBEEN
Salah JABER
Tout avantage militaire pris par l'un des deux pays dans cette guerre est rapidement contrebalancé. L'Iran est de loin le plus grand et le plus puissant des deux pays. Mais les forces armées irakiennes sont mieux équipées par leurs fournisseurs soviétiques et occidentaux d'armement lourd. Ainsi, les vagues d'assaut humaines des Iraniens peuvent se voir opposer l'utilisation d'armes sophistiquées par les Irakiens. Si les cheiks arabes pro-américains contribuent à financer l'effort de guerre irakien, l'Iran tire de son côté plus de 20 milliards de dollars par an (160 milliards de francs) de ses exportations de pétrole vers dont plus de 12 milliards de dollars (96 milliards de francs) sont consacrés à la guerre. Une grande partie de cette somme est employée à l'entretien et à l'équipement des soldats, avant qu'ils ne soient envoyés à la mort sur les champs de ba-
Si l'Irak a reçu des avions Supertaille.
Etendard de la part de la France, l'Iran serait approvisionné par les Britanniques en pièces détachées très précieuses pour leurs tanks Chieftain, de façon à pouvoir continuer à mener ses attaques.
Assez bizarrement, les deux adversaires sont pratiquement équipés par les mêmes pays. L'Union soviétique fournit de manière importante les Irakiens, mais les
Iraniens ont aussi indirectement accès à des armes soviétiques, par l'intermédiaire de la Syrie et de la Corée du Nord. L'Iran peut obtenir des pièces détachées et des munitions pour son armement, qui est principalement d'origine américaine, soit en provenance directe de fournisseurs américains, soit par des achats aux Israéliens, soit sur ce qu'on appelle le marché noir européen. De son côté, l'Irak reçoit aussi une aide militaire de la part de ses amis américains, à travers la Jordanie et l'Egypte.
Une guerre meurtrière
ment rudimentaires, Aussi longtemps que l'un des deux camps ne pourra obtenir un avantage décisit sur le plan militaire, et que le flot de pétrole en provenance de la région ne sera pas stoppé, le glas pourra continuer à sonner pour les dizaines de milliers de soldats qui s'affrontent de part et d'autre.
UNE GUERRE COUTEUSE
EN VIES HUMAINES La nature réactionnaire des deux régimes belligérants rend par elle-même bien peu probable une issue rapide de cet-
Si rien ne vient arrêter leur course folle, leurs dirigeants saigneront à blanc leurs propres peuples opprimés avant d'être amenés à reconnaître qu'ils ne sont arrivés à rien.
nationaliste bourgeois irakien, qui se maintient au pouvoir sur la base d'une répression massive et sauvage, guerre, pour essayer d'endiguer la marche de la fraction Khomeini vers le contrôle total de l'Etat iranien. Le régime de Saddam Hussein craignait que la consolidation d'un tel pouvoir à ses frontière ne puisse être cause d'instabilité en Irak
Les mollahs intégristes iraniens, en resserrant leur emprise sur Téhéran, ont clairement exprimé leur intention renverser le régime du parti Baas irakien et de le remplacer, en s'appuyant sur la fraction chiite de la population irakienne, par un gouvernement islamique. Ils ont fait connaître cette intention dès le début de la révolution de février 1979 qui a renversé la monarchie en Iran.
Pour sa part, le régime irakien de Saddam Hussein espérait mettre à profit les événements iraniens pour renverser en sa faveur le rapport des forces qu'il son adversaire traditionnel dans la région. Il cherchait ainsi à balayer l'humiliation que le chah d'Iran lui avait fait subir en 1975, lorsque
IRAN - IRAK
Des masses de volontaires « islamiques », en majorité de très jeunes garçons, dotés d'un entraînement et d'un armeont été précipités contre des forces armées irakiennes bien équipées. Des dizaines de milliers d'entre eux ont déjà péri au combat, sans pouvoir fondamentalement renverser en faveur de l'Iran la situation sur le terrain militaire.
Il devient de plus en plus évident qu'il est peu probable que l'un ou l'autre camp puisse gagner la guerre. Ceux qui, sur le plan international, patronnent les deux régimes, seraient dans l'incapacité de faire face à la situation de déstabilisation qui résulterait de la décision de l'un ou de l'autre régime de chercher à porter un coup militaire décisif à son adversaire.
celui-ci avait contraint l'Irak à signer les accords d'Alger octroyant à l'Iran un partage de la souveraineté sur la région du
Chatt-Al-Arab, seule ouverture irakienne sur le Golfe. Enfin, le régime irakien espé rait, de plus, se constituer lui-même en nouveau gendarme de la région, et remplacer ainsi dans ce rôle l'Etat de la dynastie des Pahlavi.
Si le régime irakien avait réussi à briser l'Etat iranien par la guerre, il aurait même pu espérer réaliser le vieux rêve nationaliste arabe d'annexion de la riche province pétrolière du Khouzistan iranien, région historiquement habitée par des Arabes. Cela aurait placé le régime de
Bagdad dans une position dominante vis- à-vis de tout le monde arabe.
En fait, il ne faut pas oublier que le régime de Saddam Hussein, qui est arrivé au pouvoir en 1968, se présentait à l'origine comme le fer de lance du nationalisme arabe et comme le gouvernement arabe le plus farouchement anti-impérialiste.
Au début des années 1970, il apparaissait comme l'un des principaux facteurs d'instabilité de la région. La direction baassiste de Badgad se rapprocha diplomatiquement de l'Union soviétique tout en décimant dans le même temps les membres du
Parti communiste irakien. Elle appuya aussi toutes sortes de groupes d'opposition radicaux dans les émirats du Golfe, arrosa la région de la plus violente rhétorique anti-impérialiste, et appuya le Front du refus palestinien dirigé par le Front populaire de libération de la Palestine
(FPLP) de Georges Habache. En Irak, le régime de Saddam Hussein opéra d'importantes nationalisations, notamment des avoirs britanniques dans le domaine pé trolier, en 1971.
Le régime de Bagdad fit ensuite un grand pas en avant vers la réconciliation avec les impérialistes et leurs valets locaux pour arriver à vaincre les Kurdes, qui s'opposèrent au gouvernement de Bagdad lors de la guerre civile de 1974. Dirigés
mée et mobilisé plus d'un demi-million de pandu dans la société. Un grand nombre par leur traditionnel leader nationaliste Mustafa al-Barzani, les Kurdes s'étaient révoltés contre les tentatives du régime de les priver des droits acquis à l'issue du soulèvement révolutionnaire qui avait suivi le renversement de la monarchie irakienne pro-impérialiste, en 1968. Au début, les forces nationalistes kurdes reçurent le soutien des Etats-Unis, d'Israël et du chah d'Iran, qui cherchaient avidement à faire pression sur Badgad. Du point de vue des impérialistes, l'opération connut un grand succès.
Badgad accepta les accords d'Alger garantissant les revendications de l'Iran dans le conflit frontalier qui opposait de longue date les deux pays, entérina de fait le rôle dirigeant du régime du chah d'Iran dans la région et abandonna son soutien aux groupes d'opposition dans les émirats du Golfe. Ayant atteint leurs objectifs, le chah, Israël et les impérialistes trahirent cyniquement le peuple kurde d'Irak, le livrant au bon vouloir du sauvage regime baassiste. Les Kurdes ont alors subi l'une des plus graves défaites de leur longue et difficile lutte nationale.
Après la révolution de 1979, l'Etat iranien connaissant une situation de troubles, Saddam Hussein espérait récupérer, en agressant l'Iran, le prix qu'il lui avait fallu payer dans le passé pour s'attacher la collaboration iranienne dans la lutte contre les Kurdes d'Irak. Apparemment, il pensait aussi être capable d'influencer de façon décisive la lutte pour le pouvoir qui se déroulait à Téhéran, pour entraver la montée de la fraction Khomeini. De ce point de vue, Bagdad aurait sans doute préféré plutôt voir n'importe qui d'autre que Khomeini à la tête de l'Etat iranien, du général monarchiste Oveissi au
Moudjahidins du Massoud Radjavi. L'isolement international du régime iranien consécutif à l'occupation, en novembre 1979, de l'ambassade US à Téhéran par des forces islamiques et à la prise en otage de son personnel, signifiait également que l'attaque irakienne ne rencontrerait pas d'opposition des USA ou de ses fantoches dans le Golfe. Les choses ont cependant tourné différemment. Chevauchant la vague de mobilisation nationaliste en Iran, la fraction Khomeini a réussi à expulser du gouvernement le groupe libéral bourgeois du président Bani Sadr, élu en janvier 1980, et à reconstruire un Etat bourgeois. Elle a réussi à renforcer les instruments de répression jusqu'à établir l'un des régimes les plus impitoyables et dictatoriaux de l'histoire moderne.
UN « DON DE DIEU » POUR KHOMEINI Au cours d'une seule année, la République islamique de Khomeini a supprimé toutes les formes d'organisation autonome des masses, a militarisé tous les niveaux de la vie sociale, et a décimé toute l'opposition politique. La défense de la « patrie islamique » et la nécessité de s'unir contre l'agression des kafirs (infidèles) en sont venues à supplanter toute autre considération dans la tête des masses iraniennes. Cette hystérie chauvine fut si forte qu'elle a englouti toute opposition, de l'extrême droite à l'extrême gaufils du chah, Reza, prétendant au trône, a offert ses services pour « défendre la patrie ».
Dans ces conditions, la fraction Khomeini qui, de toutes les fractions, est celle qui bénéficie du soutien le plus large et le plus actif de la part des masses, a obtenu un avantage décisif, utilisant sa position dominante pour assurer sa totale emprise sur l'appareil d'Etat. Khomeini lui-même qualifia d'ailleurs la guerre l'agression irakienne de septembre 1980, de « don de Dieu ».
Moins d'un mois après le début de la guerre, des préparatifs étaient déjà faits pour la libération des otages américains de l'ambassade US de Téhéran et le rapprochement avec les Etats-Unis. Quelques mois plus tard, l'administration de Jimmy Carter fit clairement savoir à l'Irak qu'elle était opposée à tout démembrement de l'Etat iranien. Les exportations de pétrole iranien vers l'Ouest s'accrurent rapidement, à la fois pour payer la guerre et pour faire face aux dettes extérieures. Cela rassura essentiellement les gouvernements occidentaux. En retour, le prétendu blocus économique de l'Iran fut plus ou moins ouvertement levé. Graduellement, les équipements militaires retrouvèrent leur chemin vers l'Iran. En dépit des apparences, la plus grosse part provenait de sources occidentales.
Ayant peu à peu reconstruit son arUne longue guerre particulièrement meurtrière. (DR)
volontaires à travers l'institution des unités de baseej contrôlées par les gardiens de la révolution, et après avoir réprimé le mouvement de masse, le régime Khomeini réussit, en moins de deux ans, à repousser frontières. Il essaya ensuite d'organiser une invasion de l'Irak, dans l'intention avouée de « libérer » les masses irakiennes de « Saddam l'infidèle » et d'établir un régime islamique à Bagdad. C'est alors que le régime de Saddam Hussein commença à offrir la paix, déclarant même sa volonté de respecter les accords d'Alger de 1975. Mais le régime Khomeini refusa d'arrêter la guerre, exigeant, entre autres, environ 200 milliards de dollars (1 600 milliards de francs) de réparations de guerre et un changement de régime à
Ce qui s'est passé ensuite pendant encore une année et demie est une longue et triste histoire accumulant les destructions et les morts, pour rien. La dictature théocratique de Khomeini a, à plusieurs reprises, passé des mois à mobiliser des dizaines de milliers de nouveaux « volontaires », par la coercition économique et politique, pour lancer de nouvelles offensives. En quelques semaines, la plupart de ces « volontaires » étaient tués sur les lignes de défense irakiennes, et le cycle recommençait alors à nouveau.
Le nombre des volontaires est assez grand, mais en comparaison avec la population du pays, cela ne signifie pas que l'enthousiasme pour aller au front soit ré-
de ces jeunes proviennent de familles qui, d'une façon ou d'une autre, dépendent du regime. Beaucoup, bien sûr, viennent également de secteurs de la population encore influencés par les espoirs nés de la révolution de 1979 et par la démagogie de la fraction Khomeini. Mais le régime est de plus en plus contraint de recourir à des moyens de pression extraordinaires pour convaincre les jeunes d'aller au front. On a pu voir, par exemple, des gardiens de la révolution arrêter les taxis et les autobus pour y rechercher des jeunes en âge militaire et qui n'étaient pas partis à l'armée. Depuis le repli de l'armée irakienne de la ville iranienne frontalière de Khorramchahr, plusieurs offensives iraniennes se sont succédées. Elles se sont toutes soldées par une situation de statu quo, mais en faisant plus de 100 000 morts. Il semble déjà que l'actuelle offensive iranienne, la plus importante jusqu'à présent, n'aura pourtant pas un résultat différent.
Malgré la propagande du régime Khomeini, il est évident que même parmi les chiites d'Irak il n'y a pas de soutien significatif des masses pour les desseins réactionnaires de l'ayatollah iranien. Le Conseil islamique d'Irak, mis en place à Téhéran comme gouvernement destiné à remplacer le régime baassiste, est composé d'éléments encore plus réactionnaires que Saddam Hussein lui-même, si cela est toutefois possible. Pour la grande majorité du peuple irakien, ils ne représentent guère une perspective séduisante. En fait, cette alternative semble bien ne rien offrir d'autre qu'un retour en arrière historique.
Il ne faut pas oublier que, selon les nalisations, programmes d'industrialisation, réforme agraire, monopole du commerce extérieur, etc. -, le régime irakien est plus avancé que celui d'Iran. Le Conseil des gardiens de la révolution, de Khomeini, a déjà rejeté de telles réformes comme étant contraires aux lois de l'Islam. En Irak, l'effet principal de la poursuite obstinée de la guerre par Khomeini, pour renverser « Saddam l'infidèle », a été jusqu'à présent d'accroître le soutien au régime baassiste, démagogique mais réactionnaire. Cela ressort clairement de la résistance croissante des soldats irakiens sur le front et du fait que le gouvernement peut enrôler croissant de volontaires pour la guerre.
Pourquoi le régime de Khomeini persiste-t-il dans cette campagne militaire coûteuse et apparemment vaine contre les Irakiens « incroyants » ? La raison la plus immédiate et évidente est de détourner l'attention des masses populaires de la crise économique et sociale qui sévit en Iran, aggravée par le règne des mollahs. Les ressources économiques du pays sont drainées et gaspillées par des couches bourgeoises parasitaires — qui n'apportent même pas ces quelques avantages limités que des bourgeoisies néo-coloniales normales procurent - qui gravitent autour du régime, par des éléments lumpen qui vivent du patronnage des mollahs et de leur traditionnelle base marchande, et par la caste cléricale elle-même, qui se gonfle et dont l'appétit croît sans cesse. Le chômage augmente et touche environ 4 millions de personnes. De plus, il y a près de 2 millions de réfugiés des zones de guerre. Le niveau de vie des grandes masses est tombé à environ un tiers de son taux de 1975. La brutale répression de la classe ouvrière a poussé le taux d'exploitation à des niveaux jamais vus pendant des décennies. Sous le prétexte de la guerre, les mollahs ont écrasé la révolution. Ils continuent donc la guerre pour que demeure le règne de la contre-révolution. Mais ce n'est cependant pas la seule raison ni, dans ce
Ayant exécuté plus de 20 000 militants de gauche au cours des deux dernieres années, le régime Khomeini a, pour le moment, supprimé toute résistance des masses populaires. Malgré le profond ressentiment qui règne envers le régime, il n'y a pas de mouvement massif d'opposition. Il y a des manifestations sporadiques et un nombre grandissant de grèves. Mais leur niveau n'est pas tel qu'il puisse menacer la domination des mollahs.
LES MOTIFS DE LA DERNIERE OFFENSIVE IRANIENNE Le fait qu'il y ait eu une évolution constante vers la normalisation des relations avec les puissances impérialistes et le rétablissement du principe bourgeois selon lequel « les affaires sont les affaires », indique qu'il reste bien peu d'effets de la révolution sur le régime. Il faut donc chercher ailleurs la volonté de Khomeini de poursuivre la guerre. Ce régime possède sa dynamique spécifique de régime clérical parasitaire essayant de gouverner un Etat bourgeois. Les causes historiques et le rapport des forces entre les classes, qui ont permis qu'un régime aussi exceptionnel accède au pouvoir, ont maintenant disparu. Leur tâche historique d'écrasement de la révolution étant achevée, les mollahs doivent maintenant dégager la voie pour le retour d'un régime bourgeois « normal ». Quelques fractions au sein du clergé parlent même de restaurer la monarchie. La fraction Khomeini n'est cependant absolument pas désireuse d'abandonner le pouvoir. Elle doit de plus en plus chercher à justifier idéologiquement sa domination, tout en gardant en même temps sa base parasitaire mobilisée.
C'est donc l'ouverture prochaine de la campagne électorale pour la réélection du Parlement islamique qui semble expliquer la dernière vague d'escalade guerrière iranienne. Le gouvernement a déjà retardé l'ouverture de la campagne électorale aussi longtemps que possible, car il n'est absolument pas certain que la fraction Khomeini puisse contrôler les élections et obtenir une majorité dans les urnes. Le Parti de la République islamique (PRI), instrument politique principal aux mains de Khomeini, se trouve dans une crise tellement profonde que l'ayatollah lui-même a dû prendre ses distances afin de réduire la dépendance de sa fraction vis-à-vis du PRI. Le lancement d'une offensive contre l'Irak, sur une grande échelle, et la soumission de tout le pays à un véritable état de siège lié à la guerre, offrent à la fraction Khomeini les moyens d'intimider les autres clans du pouvoir et de maintenir un certain degré de mobilisation de ses propres forces en vue des élections.
La tactique désespérée du régime iranien, qui consiste à envoyer des dizaines de milliers de jeunes garçons, pratiquement sans entraînement et mal armés, à la mort, et de déclarer ouvertement son intention de bombarder toutes les villes irakiennes sauf les lieux saints du chiisme, indiquent qu'il a perdu tout espoir d'une victoire militaire réelle ou d'un soulèvement des chiites d'Irak. Ces actions ont plus de sens si on les considere comme destinées à créer une atmosphère d'intoxication pour les élections.
Si les forces iraniennes parviennent à progresser sur le terrain militaire, l'« Esprit saint » (c'est-à-dire Khomeini, dont le prénom Ruhollah signifie précisément « esprit saint » en persan), pourra assurer sa mainmise sur le pouvoir pour quelques années de plus. Cela explique pourquoi, pour faire illusion, les attaques iraniennes sont surtout concentrées dans les régions marécageuses irakiennes de Hoor-Al-Howeiza, près de Bassorah, qui sont mal défendues et plus faciles à infiltrer massivement qu'à occuper, aussi longtemps que l'armée irakienne reste essentiellement
En fait, les militaires iraniens n'ont constitué que de maigres réserves pour regarnir et renforcer les têtes de pont qu'ils ont arrachées en territoire irakien d'une façon si coûteuse en vies humaines. Le régime iranien n'est guère concerné par la durée pendant laquelle il pourra maintenir ces points d'appui. Ces derniers lui sont surtout utiles pour pouvoir se vanter de quelques succès militaires durant la campagne électorale.
Même si le régime iranien pouvait maintenir plus longtemps ces positions, cela n'arrêterait pas la guerre pour autant. S'il se maintenait dans les îles Majnoun, en particulier, cela ne ferait que pousser Bagdad à poursuivre la guerre et le peuple irakien à donner son appui à la lutte pour défendre le patrimoine national, « le pétrole de l'Irak ».
Les dirigeants impérialistes n'ont pas de raisons de se soucier de mettre un terme à cette guerre, tant qu'elle demeure dans le cadre actuel. Elle affaiblit à la fois les régimes iranien et irakien et les rend plus dépendants et dociles. En ce qui concerne l'Union soviétique, elle doit veiller à ses intérêts en Irak et se trouve en concurrence avec la France. De plus, la guerre détourne les forces du régime iranien de l'Afghanistan. L'URSS ne tient donc pas à ce que le régime de Khomeini soit renversé, surtout parce qu'elle pense que cela affaiblirait le front anti-impérialiste en Iran et renforcerait la présence US dans la région.
Il est clair, en fait, que les impérialistes sont les grands gagnants dans cette guerre. Grâce à elle, les Etats-Unis ont réussi à construire impunément quatre bases militaires dans la région et ont effectivement préparé l'opinion publique mondiale à une intervention US directe. Deux régimes qui clament leur « anti-im-
Prisonniers iraniens dans un camp irakien près de Bassorah. (DR) périalisme » sont aujourd'hui à la merci de l'impérialisme. L'Iran qui, selon ses dirigeants, est déjà sur le seuil de l'auto-suffisance, dépense en réalité plus d'argent pour ses importations en provenance d'Occident qu'il ne le faisait pendant les années les plus extravagantes de la monarchie.
Le régime irakien qui, dans ses premières années exécutait les agents de la CIA dans les rues de Bagdad, devra exporter tout le pétrole qu'il pourra produire au cours des dix prochaines années, pompant à pleine capacité, rien que pour payer ses dettes. Les cheiks pro-américains du Golfe sont aujourd'hui en position de décider du sort de Saddam Hussein, qui naguère avait revêtu le manteau de dirigeant de la lutte anti-impérialiste arabe. L'Irak est devenu l'un des plus importants utilisateurs d'armement occidental.
UN STATU QUO MILITAIRE MEURTRIER Si l'Iran perd totalement la guerre, les USA et leurs amis du Golfe perdront beaucoup. La situation en Iran a évolué favorablement pour les Etats-Unis, quoique lentement. Il existe aujourd'hui de nombreux signes qui indiquent que les Etats-Unis peuvent espérer, après quelques temps, récupérer leur domination politique sur PIran. D'un autre côté, une déstabilisation du régime de Khomeini, résultant d'une défaite militaire de l'Iran, créerait de nouvelles menaces pour l'impérialisme, dont la moindre serait la désintégration possible de l'Iran et le développement d'un vide du pouvoir dans une région frontalière de l'Union soviétique.
Si c'est l'Irak qui perd totalement la guerre, il pourrait être difficile de contedes exportateurs khomeinistes de la « révolution islamique ». Et l'Arabie saoudite serait le second objectif. Tout cela sans parler de l'effet dévastateur qu'un effondrement de l'Irak aurait sur l'impérialisme français, à qui ce pays doit plus de 6 milliards de dollars (48 milliards de francs). La France a par des contrats d'un montant presque trois fois égal à ce
Les destructions causées par la guerre sont, de plus, une assez bonne chose pour les affaires impérialistes. C'est vrai surtout lorsque les revenus pétroliers des deux pays impliqués dans la guerre leur permettent de posséder l'argent nécessaire à la reconstruction. En fait, l'Iran et l'Irak sont en train de devenir des lieux d'investissement lucratifs pour la prochaine décennie. Les capitales des deux pays sont envahies de représentants d'entreprises de construction et d'organismes occidentaux divers. La presse financière occidentale rapporte des rumeurs concernant des contrats passes a Teheran, et qui se monteraient déià à plus de 30 milliards de dollars (240 milliards de francs). Les Irakiens pourraient être prêts à payer encore da-
De plus, la guerre a favorisé les régimes réactionnaires de toute la région. En particulier, elle a fourni de bien plus grandes marges de manœuvre à Israël, principal instrument stratégique de l'intervention des Etats-Unis au Moyen-Orient. Sans la guerre du Golfe, l'occupation israélienne du Sud-Liban et la défaite du mouvement palestinien auraient été bien plus difficiles. Les émirats arabes du Golfe, réactionnaires, sont maintenant fortement armés et collaborent directement et ouvertement avec les forces d'intervention américaines. Il y a quelques années, il aurait été très difficile d'essayer de faire avaler cela sans réaction au monde arabe.
Toutes les larmes de crocodile que les impérialistes répandent à propos de la guerre Iran-Irak ne signifient pas qu'ils aient une quelconque raison de se plaindre de ses résultats. Evidemment, plus la guerre dure plus grands sont les dangers d'une intervention directe des impérialistes, surtout si la situation menace de leur échapper, de leur point de vue. De plus, ils utiliseront toutes les occasions que leur fournit la guerre pour renforcer leur capacité d'intervention dans la région et pour essa- • yer de manipuler les conflits locaux. C'est justement ces manœuvres impérialistes qui exacerbent les conflits dans des pays néo-coloniaux de ce genre et leur donnent ce nouveau caractère massivement meur-
Soumis à leurs gouvernements brutaux, les peuples iranien et irakien ont besoin de la solidarité des socialistes révolutionnaires, du mouvement ouvrier et dé mocratique, et de toutes les forces humanitaires des pays impérialistes pour garder à distance les vautours impérialistes. Il est essentiel de mobiliser un large mouvement de protestation contre toutes les formes d'intervention impérialiste dans cette guerre abominable, depuis l'envoi de forces impérialistes dans la région jusqu'à la fourniture de matériel et la provocation de ces deux régimes néo-coloniaux.
La façon la plus rapide d'en finir avec cette sale guerre est que tombe l'un des régimes réactionnaires et meurtriers qui la mettent œuvre, ou bien les deux à la fois. Les masses laborieuses n'ont par contre aucun intérêt à la victoire militaire de l'un ou l'autre camp. Leurs intérêts ne se trouvent que dans l'affaiblissement et le renversement de ces deux régimes. Jusqu'à maintenant, la faiblesse de la conscience internationaliste prolétarienne dans ces deux pays, ainsi que la répression sauvage et incessante, ont empêché qu'un mouvement de masse contre la guerre ne se développe. Cependant, la poursuite de la guerre la rend de plus en plus intolérable pour un nombre de plus en plus important de secteurs de la population dans les
- Arrêt immédiat des combats! nez vos armes contre vos propres diri-
- Impérialistes hors du Golfe ! Salah JABER et Saber NIKBEEN, 15 mars 1984.