Pour une grève à l'échelle
E enants du lycée de la vile de eurage, a Donoman, ont pris une mate. N appelant à une « grève des peuples d'Europe contre les missiles », les enseiqui devrait rencontrer beaucoup d'échos dans le mouvement pacifiste, et aussi dans le mouvement syndical de ce pays. C'est à ce titre que nous reproduisons ci-après le texte intégral de cet appel. Le Parti socialiste des travailleurs (SAP), section danoise de la IVe Internationale, soutient l'initiative d'une grève à l'échelle européenne contre l'armement, qui constitue l'axe central de l'appel des enseignants de Herlufmagle. Nous avons demandé à Vagn Rasmussen, l'un des enseignants qui ont été à l'origine de cette initiative, qui est également membre de la direction du SAP, de nous préciser les considérants généraux qui ont présidé au lancement de cet appel. Nous publions son argu-
DANEMARK européenne contre les missiles de l'OTAN
Vagn RASMUSSEN
Cette initiative a été prise à cause de la situation dans laquelle le mouvement pacifiste se trouve ou va se trouver sous peu au Danemark, et sans doute aussi dans d'autres pays européens. En dépit des grandes manifestations qui ont eu lieu, les missiles de l'OTAN sont quand même installés. Cela peut amener une certaine démoralisation de larges secteurs du mouvement pour la paix. D'autre part, il existe un danger que les éléments les plus désespérés de ce mouvement se tournent vers des actions plus violentes, et même
Dans cette situation, il est très important d'essayer d'unifier pour la paix autour de nouvelles formes radicales de lutte de masse qui, à notre avis et pour commencer, ne peuvent être que l'organisation d'une grève des peuples dans tous les pays européens, le même jour. Nous sommes conscients de la lourde tâche que cela représente, et nous sommes encore loin d'un autre côté, cette méthode correspond aux traditions des meilleures périodes du mouvement ouvrier international. Si notre gouvernement essaie de nous entraîner dans la guerre, nous répondrons en arrêtant le fonctionnement de la société. C'est une idée très ancienne dans le mouvement ouvrier, et c'est dans la continuité des grèves symboliques qui ont eu lieu dans différents pays d'Europe occidentale en octobre et novembre derniers.
L'appel des enseignants de Herlufmagle est un appel à une grève des peuples et pas à une grève générale. Cela est justifié par plusieurs raisons. D'abord parce que grève générale « en danois » signifie seulement une grève des travailleurs. Une grève du peuple, comme nous en avons fait l'expérience au Danemark sous l'occupation nazie, implique par contre une action où les commerçants, les artisans indépendants, etc., peuvent se joindre aux travailleurs. Ces couches petites bourgeoises sont déjà impliquées, dans une certaine mesure, dans le mouvement pour la paix. Les membres de ces couches sociales seraient eux aussi tués en cas de guerre atomique, et nous avons pu voir comment des grèves du peuple sont en fait utilisées comme moyen de lutte des masses sur la rive occidentale du Jourdain dans les territoires occupés par Isarël, et dans des pays comme le Chili, l'Argentine, etc.
Mais cette lutte est aussi en relation avec les problèmes économiques auxquels sont confrontés la plupart des travailleurs. Lors d'une grève, au Danemark, les travailleurs ne perdent pas seulement une partie de leur salaire, mais ils sont également contraints par la justice à payer de fortes amendes. Dans une réunion de notre groupe d'initiative, dont la composition sociale est très large, c'est un opposant bourgeois à l'installation des missiles qui nous à dit : « Rappelez-vous ce que les patrons ont dit avant la grève de cinq minutes de novembre dernier. Ils ont déclaré : pourquoi allons-nous devoir payer pour cette grève politique ? » Nous devons avoir avoir une réponse à cette question, et elle ne peut être que la suivante : « Rejoignez-nous ! Une bombe atomique ne fait aucune différence entre un ouvrier et un patron. » C'est pourquoi nous n'avons pas seulement envoyé notre appel aux organisations ouvrières. Nous l'avons également envoyé aux organisations patronales. Elles ne prendront probable-
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ment pas part à la grève, mais cela aidera les travailleurs à mieux argumenter contre l'opposition de leurs employeurs.
Au Parlement danois, il y a une majorité de partis opposés à l'implantation des missiles. Qu'y aurait-il de plus normal que de demander à ces partis de voter une loi spéciale décrétant que les fonctionnaires toucheraient intégralement leur paye s'ils faisaient la grève contre les missiles ?
Nous ne devons pas sous-estimer le fait que le mot d'ordre d'une grève des peuples ait été proposé par des ensei gnants. En octobre 1982, tout le pays a été touché par des grèves gigantesques et des manifestations contre le nouveau gouvernement bourgeois. Ce furent les plus grosses manifestations depuis la Seconde Guerre mondiale, engageant jusqu'à un demi-million de personnes dans un pays qui compte seulement 5 millions d'habitants. Ce large mouvement avait démarré dans les grands chantiers navals B & W de Copenhague, là où intervenaient des camarades de notre organisation, lorsque les travailleurs décidèrent de laisser tomber leur travail et de manifester, malgré les risques de répression qu'ils encouraient, pour protester contre des atteintes à leurs revenus salariaux (1). Cela a ensuite obligé d'autres entreprises, ainsi que des dirigeants staliniens et réformistes de gauche dans les syndicats, à s'y engager également. Une manifestation « non-officielle » a attiré environ 60 000 travailleurs. Un peu plus tard, la direction syndicale officielle prit en charge le mouvement et une manifestation de plus de 100 000 travailleurs se déroula rien qu'à Copenhague.
Mais, en même temps, un mouve ment du secteur public se préparait, dirigé par les branches locales du Syndicat des enseignants danois (DLF). Cela obligea la direction du DLF à faire pression sur la Fédération générale des fonctionnaires (FTF), dont les 70 000 enseignants qui y adhèrent représentent environ la moitié de l'effectif. La FTF organisa à son tour uné manifestation de 100 000 participants à Copenhague, à laquelle il faut ajouter plusieurs manifestations dans des villes petites ou moyennes en province. Si nous arrivons à gagner le Syndicat des enseignants à notre proposition, nous pourrons aussi des fonctionnaires. Cette dernière, à son tour, pourrait faire pression sur son homologue du secteur privé, la Fédération générale du travail (LO). La perspective de gagner à nous les syndicats des enseignants est aujourd'hui meilleure que jamais, parce que certains de ceux qui, il y a deux ans, étaient dans l'opposition syndicale à la tête des grèves spontanées, sont aujourd'hui dirigeants du syndicat Mais, bien sûr, il faut propager la perspective de la grève contre les missiles, dans la. FTF et dans LO en même temps.
Mises à part les critiques des forces bourgeoises qui sont favorables à l'installation des missiles, un seul argument sérieux a été soulevé jusqu'à présent contre la proposition des enseignants de Herluf-
1. Cf. Inprecor numéro 146 du 28 mars 1983.
magle. Celui de savoir si cette action était possible et réaliste. Tout le monde comprend que les manifestations et les résolutions ne suffisent pas pour arrêter l'implantation des missiles de l'OTAN. Mais beaucoup de gens se posent la question de savoir si nous sommes capables de mobiliser les gigantesques forces qui sont nécessaires pour s'y opposer concrètement. A notre avis, la seule réponse à cette interrogation, c'est qu'il vaut la peine d'essayer et de nous mettre au travail pour assurer la réussite de cette initiative.
Car cela est possible. En quelques semaines, cette initiative a gagné un soutien de plus en plus grand. D'abord dans les branches locales du Syndicat des enseignants et parmi les membres dirigeants de la Fédération des enseignants, ainsi que d'autres syndicats de certaines régions. Dans le mouvement pour la paix, l'idée d'une grève des peuples se répand également très rapidement. Lors d'une conférence de tous les comités pour la paix de la région orientale du Danemark, le 28 janvier dernier, c'est cette proposition qui a soulevé les plus grands applaudissements de l'assemblée. Lors d'une conférence des comités pour la paix de l'autre partie du pays, les 25 et 26 février derniers, cette proposition a aussi été adoptée à l'unanimité.
Dans l'ensemble du mouvement syndical, nous avons également obtenu l'appui de nombreux dirigeants syndicaux, de regroupements syndicaux locaux (2). on de hier, le mete
Des efforts spéciaux sont faits en direction des intellectuels, des médecins, des prêtres, des petits paysans, etc.
Les 7 et 8 avril, environ mille personnes se rencontreront à Aarhus pour une conférence d'un mouvement appelé « Syndicalistes pour la paix ». Lors de cette rencontre, l'appel sera présenté non seulement par la section syndicale qui en est à l'origine et par des militants socialistes révolutionnaires, mais aussi par des diri- dirigeants d'autres syndicats, y compris des sociaux-démocrates. Parvenir à gagner les « Syndicalistes pour la paix » à cette idée constituerait un grand pas en avant.
Mais c'est justement parce qu'il s'agit-là d'un problème international qu'un soutien international est de première importance. Pour construire la mobilisation autour de cette initiative au Danemark, et aussi pour donner une impulsion aux travailleurs des autres pays, tous les militants syndicaux et pacifistes doivent donc envoyer des messages de soutien à cette action à l'adresse suivante : Initiativgruppen, Herlufmagle Skole, 4160 Herlufmagle, Danemark.
Vagn RASMUSSEN, 29 février 1984. 2. Un dirigeant régional de la fédération de la banlieue de Copenhague de la centrale syndicale LO, Knut Anderson, s'est depuis lors associé à cet appel.