dévier de leurs objectifs les aspirations des travailleurs à une modification des NE réforme économique a été introduite en 1982, pour tenter de canaliser et de mécanismes économiques pour sortir le pays de la crise, aspirations dont le développement du mouvement pour l'autogestion était la matérialisation. Cette réforme instaurait une large autonomie pour les entreprises (liberté de fixation des prix, possibilités accrues de modifier les effectifs, fixation autonome des plans de production ...)
Son premier effet fut une augmentation générale des prix en 1982. L'indice des prix de consommation au détail, calculé par rapport à une base 100 en 1981, a atteint le chiffre moyen de 209,4 l'année suivante, dont 262,8 pour les seuls produits alimentaires, et
Le coup porté au mouvement des masses par l'instauration de l'état de guerre, en décembre 1981, a permis au pouvoir bureaucratique de modifier, à partir de 1982, les objectifs immédiats de la réforme économique. Ainsi, l'accent fut mis de plus en plus sur le renforcement de la contrainte au travail d'une part, et sur l'accentuation de l'exploitation des travailleurs d'autre part (cf. documents dans les pages suivantes). L'interdiction de l'activité syndicale laisse dans ce domaine une marge de manœuvre plus grande à la bureaucratie, alors que les autres modifications du système continuent à se heurter à la
POLOGNE
Réforme économique
et surexploitation de la
classe ouvrière
232,3 pour les prix industriels (1). résistance farouche - et efficace — de la par
Les récentes modifications des prix des travail sont un nouveau pas sur la voie visant de la gabegie bureaucratique. Cyril SMUGA
En 1983, le revenu national par tête d'habitant était de 28 % inférieur à celui de 1978. De plus, les derniers mois de 1983 ont été marqués par une nouvelle baisse de la production. Les indices de la production vendue, calculée sur la base 100 des mois correspondants de l'année 1982 étaient respectivement de 106, 103,5 et 100,4 pour octobre, novembre et décembre 1983 (3). Il en est de même en ce qui concerne la production agricole. Les achats de viande aux producteurs, individuels et fermes d'Etat, à la fin 1983 par rapport à 1982, qui était déjà une année basse, ont baissé de 7,2 % en octobre, de 16 % en novembre, et de 25,6 % en décembre. Depuis quatre ans, le niveau de vie de la population s'est largement détérioré, comme en témoignent les chiffres disponibles concernant la consommation. En cinq ans, la consommation de pain par tête d'habitant a baissé de 3,1 %, celle de lait de 5,8 %, celle de beurre de 35 %, celle des graisses végétales de 30,4 %, celle des graisses animales de 39,3 % et celle de viande de 44,7 % (4).
LA HAUSSE DES PRIX DE JANVIER 1984 ... En 1984, la bureaucratie polonaise prévoit de nouvelles coupes claires dans les revenus des travailleurs. La hausse des prix des produits alimentaires du 30 janvier dernier n'est en effet qu'un premier volet de cette politique. Elle n'en a pas moins été particulièrement sensible. Qu'on en juge : les prix ont augmenté res-
; de certains lobbies bureaucratiques (2). : produits alimentaires et celles du droit du : à faire supporter aux travailleurs les coûts pectivement de 25 % pour le pain et la farine, de 25 à 80% pour les charcuteries de qualité, de 10 à 35 % pour le lait et les produits laitiers, de 15 à 25 % pour les graisses végétales, de 10 % pour les graisses animales, de 10 à 20 % pour la viande, de 25 à 38 % pour les pâtes alimentaires, et de 13 % en ce qui concerne le sucre, cela alors que le pourcentage de personnes ne parvenant même pas à acheter la totalité des rations auxquelles elles ont droit, soit une livre de beurre, 2,5 kg de viande, 1,5 kg de sucre par mois, augmente sans cesse.
1. Les hausses annuelles des indices des - par rapport à une base 100 concernant l'année précédente - ont été de 8,5 points en
3,9 en 1977, 4,7 en 1978, 2 en 1979, 4,2 en 1980, 9,2 en 1981 pour les prix industriels, et de 8,4 points en 1978, 7,4 en 1979, 8,5 en 1980 et 18,4 en 1981 pour les prix de consommation au détail. Source : Annuaire statistique officiel Rocznik Statystyczny 1983 et Rocznik Statystyczny Przemyslu 1983.
2. Les données concernant les investissements sont particulièrement explicites à ce su-
Durant les années 1970, le contrôle de ceux-ci échappait de plus en plus aux organismes centraux de l'Etat. En 1980, l'accent a donc été mis sur la maîtrise des investissements.
économique devant faciliter cett maftrise, grâce notamment à l'abandon des inl'année 1983 en ce domaine sont significatifs. Le rapport annuel de l'Office central des statistiques (GUS) note que « le front des investissements reste désordonné et met en danger l'équilibre économique ». Il donne des exemples de retards en ce qui concerne les investissements centraux prioritaires, alors qu'en même temps les travaux ont progressé de manière significative sur nombre de chantiers qui auraient dû être « gelés » d'après les décisions du plan (les puissants lobbies bureaucratiques ont donc réussi à renverser les priorités au niveau de l'exécution, comme du temps d'Edward Gierek ...) Par ail-
Pour « limiter les effets de la hausse des prix », comme l'affirment officiellement les bureaucrates, une série de modifications législatives est entrée en vigueur le ler février 1984. Sans vergogne, les médias proposent aux personnes âgées, à celles qui ont pris un congé pour l'éducation des enfants, et aux jeunes scolarisés, de « rattraper » leurs revenus en travaillant de nuit ou après l'école. Le Code du travail a été modifié en conséquence.
Le second volet concerne l'imposition de la masse salariale. Avec la réforme économique de 1982 avait été créé un «fonds d'activation professionnelle » (FAZ), dont le but avoué était de financer les reconversions des travailleurs, la formation permanente et les allocations de chômage. En fait, cependant - car ces trois systèmes n'existent pas —, il s'agissait d'un moyen de pression sur les entreprises, devant les conduire à limiter les augmentations de salaires, y compris lorsque leur situation financière était bénéficiaire. Les entreprises devaient payer un impôt très rapidement progressif à l'Etat, si le salaire moyen annuel des travailleurs augmentait de plus de 7%. Le 1er janvier 1984, une nouvelle loi est entrée en vigueur et, dorénavant, cette imposition concerne toute augmentation de la masse salariale des entreprises et non plus le seul salaire moyen. Qui plus est, l'effet de cette loi est rétroactif et concerne également les primes de fin d'année 1983. Son résultat immédiat est donc de limiter le montant de ces primes et, à plus long terme, de limiter aussi bien l'embauche que les augmentations de salaires. Par ailleurs, elle tend à différencier encore plus les salaires au sein de l'entreprise et entre les différentes branches (5). ... ET LA MUTATION DU SYSTEME
SALARIAL Le troisième volet concerne les modifications du système des salaires. La loi du 26 janvier 1984 permet aux entreprises de déterminer, en toute autonomie, leurs, le faible niveau des investissements de modernisation-reconstruction ne permet pas la reconstitution du capital fixe.
3. Chiffres de l'Office central des statistiques (GUS). Notons que ces trois mois de fin d'année sont traditionnellement les meilleurs du point de vue de la production, car les entreprises essayent toujours de rattraper leur retard sur
4. D'après le bulletin de Solidarité de l'aciérie Huta Warszawa, Hutnicy 82 numéro 20/47.
5. Les différences salariales sont grandes entre les différentes branches d'activité et en leur sein en Pologne. En 1982, le salaire moyen d'un ouvrier était de 25 022 zlotys dans les mines contre 9 405 dans l'industrie légère. En 1983, le salaire minimum légal était de 5 400 zlotys, cependant, le plafond salarial de la tranche des 10% de personnel non-ouvrier dans les mines était, en 1982 déjà, de 41 373 zlotys, et il s'agit, pour ce dernier cas, de salaire de base sans primes et autres suppléments de fonction. Il s'ensuit que la différence de salaire entre ouvriers effectuant le même travail peut être de 1 à 2,5 entre les branches, celle entre un ouvrier et un directeur de 1 à 9. Source : Office central des statistiques (GUS). Par ailleurs, selon Solidarité de la Télévision, les journalistes du service politique gagnent ... 70 000 zlotys par mois.
leurs grilles salariales, alors que jusqu'ici ces grilles étaient fixées centralement dans chaque branche en fonction de la convention collective, les entreprises ne pouvant jouer que sur les primes. Il s'agit tout d'abord de rendre possible la révision, entreprise par entreprise, des conventions collectives qui garantissaient un certain nombre d'avantages. Par ailleurs, cette loi fixe de nouvelles normes concernant les primes, le payement des heures supplémentaires, des suppléments salariaux, etc. Ceux-ci seront dorénavant calculés en fonction du salaire minimum de chaque catégorie, et non plus en fonction du salaire perçu par l'intéressé, et seront donc plus bas. Il s'agit cependant d'une disposition particulière, car les entreprises pourront s'appuyer sur elle, mais elles pourront également conserver leur système antérieur, si les rapports de force au sein de l'entreprise ne laissent pas à la direction les marges de manœuvre suffisantes pour imposer la nouvelle réglementation. Cette loi facilitera elle aussi les différenciations des salaires, tant au sein de l'entreprise qu'entre les travailleurs des différentes entreprises. En effet, elle supprime les maximum salariaux antérieurs. D'ailleurs hebdomadaire polonais officiel Zycie Gospodarsze confirme ce jugement en rendant compte, dans son édition du 18 décembre 1983, des propos du ministre chargé des relations avec les syndicats, Stanislaw Ciosek, lors d'une réunion de la commission pour la réforme économique qui s'est tenue le 14 décembre à Varsovie. Citant les propos du ministre, l'hebdomadaire écrit : « Le but de la loi (modifiant le système des salaires, ndir.) est une large différenciation des salaires selon le critère de l'utilité pour l'entreprise et l'évacuation de toute pitié dans l'établissement des salaires. Nous n'avons pas les moyens de distribuer l'argent et nous ne pouvons nous permettre, poursuivait le ministre, de regarder les salaires comme des prestations sociales. Si l'entreprise veut payer quelqu'un un peu plus, elle doit payer un autre un peu moins. Les salaires devraient être régis par les lois brutales de l'économie, et le concept de minimum social ne peut concerner que ceux qui sont sans travail. » Voilà qui a au moins le mérite de la franchise.
Ces récentes mesures anti-ouvrières s'ajoutent à une longue série de modifications de la législation du travail introduites en 1982 et 1983. Parmi les plus importantes d'entre elles, citons l'obligation de chercher du travail par l'intermédiaire de l'Office d'Etat (qui renforce la police des emplois), l'impossibilité de démissionner dans une série d'entreprises, et le prolongement du préavis de démission jusqu'à six mois dans l'industrie et le commerce, etc. Toutes ces mesures visent à renforcer la contrainte au travail et à accroître l'exploitation de la classe ouvrière. Ces tentatives sont le centre de gravité des modifications introduites depuis janvier 1982 sous le vocable de « réforme économique polonaise ».
Toutes ces mesures se heurtent aujourd'hui à la résistance ouvrière (cf. encadré page suivante). L'annonce de la hausse des prix a été accueillie par des arrêts de travail dans de nombreuses entreprises du pays. Souvent, les travailleurs se servent du conseil d'autogestion comme d'un substitut au syndicat interdit pour torpiller telle ou telle action des directeurs. La résistance passive s'accroît elle
Travail supr
aussi. Pour ne donner qu'un seul exemple, dans l'usine textile Uniontex de Lodz, où une grille salariale expérimentale avait été introduite, sur les 12 000 travailleurs présents dans l'entreprise au moment où l'expérience fut lancée, il n'en restait plus que 6 700 en août 1983, quelques mois plus tard: contre la surexploitation, les ouvriers avaient voté avec leurs pieds. Mais cette résistance, pour massive qu'elle soit - les grèves sont en général suivies à 90-95 % — se heurte aujourd'hui à la faiblesse générale des structures syndicales interentreprises et, de ce fait, restent éclatées.
Cyril SMUGA, 13 mars 1984. Manifestants favorables à Solidarité. (DR)
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