A nouvelle montée spectaculaire du mouvement pour le désarmement nucléaire
• sarmement nucléaire (CND) (1) à la fin des années 1950 et au début des années
1960, est marquée par une forte participation des jeunes. Ceci s'explique essentiellement par le fait que c'est la jeune génération qui a le plus intérêt à empêcher un holo-
Mais il y a aussi des causes plus conjoncturelles. Les jeunes ont été moins démoralisés que leurs aînés à la suite de la victoire électorale du Parti conservateur de Margaret Thatcher en 1979. Ils n'ont pas vécu de la même manière les attaques menées contre la classe ouvrière par les gouvernements travaillistes des années 1970. Pour beaucoup d'entre eux, la renaissance du CND a été leur première expérience politique.
D'autres avaient déjà vécu la vague précédente de radicalisation de la jeunesse, à l'époque de la mobilisation impulsée par la Ligue contre le nazisme, à la fin des années
1970 (2), dont ils ont retenu les précieuses leçons quant à l'efficacité des actions de
GRANDE-BRETAGNE désarmement nucléaire causte nucléaire, que c'est avant tout son avenir qui est en jeu. masse pour résister aux offensives de la réaction. Piers MOSTYN
Une manifestation de 20 000 personnes en juin 1980, organisée à l'initiative du Parti travailliste, marque le début de l'émergence d'un mouvement de masse contre la décision de l'OTAN d'installer des missiles Cruise en Grande-Bretagne. Par la suite, les mobilisations vont aller en grandissant : 80 000 à l'automne de la même année, 250 000 en octobre 1981, niveau qui sera maintenu malgré la victoire politique de l'expédition militaire du gouvernement Thatcher aux Malouines. Quelques mois après la deuxième victoire électorale des conservateurs, en juin 1983, pronostics sont bouleversés, quand le mouvement se montre capable de faire descendre personnes. Avec les mobilisations de masse anti-impérialistes du peuple irlandais qui ont accompagné les grèves de la faim des prisonniers républicains en 1981, la croissance de ce mouvement constitue peut-être l'un des défis les plus soutenus et les plus puissants à l'autorité du gouvernement conservateur à l'heure actuelle.
Parallèlement à cette relance de la CND, on a assisté à une radicalisation importante quoique minoritaire, au sein du mouvement ouvrier. A la suite des trahisons du gouvernement travailliste, qui ont permis la victoire de Thatcher en 1979, un nouveau courant de gauche s'est dessiné dans le Parti travailliste, organisé au début autour d'un programme de réformes démocratiques des structures du parti et de la responsabilisation de sa direction devant la base. Dirigé par Tony Benn, ce courant va partir de cette base d'activité pour devenir le point de rassemblement de tous ceux qui veulent se battre à la fois contre le gouvernement et contre les trahisons de la droite travail-
La mobilisation contre les missiles et pour le
La CND et la gauche « benniste » vont alors commencer à s'influencer mutuellement. La revendication du désarmement nucléaire unilatéral augmente son score aux congrès successifs du Parti travaillis-
The Labour
200 000 personnes à Londres contre les missiles, en octobre 1981. (DR)
1. La CND a été créée en 1958. Pendant plusieurs années, elle a organisé des mobilisations de masse sur le thème du désarmement nucléaire unilatéral de la Grande-Bretagne. Par la suite, elle a été réduite pendant de longues années à l'état d'un groupuscule, avant de connaître un nouvel essor avec le développement du mouvement contre les missiles. Dans son sein sont organisés, de façon plus ou moins autonomes, des secteurs tels que la Jeunesse de la CND (Youth-
CND), la CND travailliste (Labour-CND), etc.
te pour atteindre, en octobre 1982, la majorité des deux-tiers qui garantit son intégration dans le manifeste électoral du parti. On assiste à des phénomènes semblables dans le TUC (confédération syndicale pratiquement hégémonique Grande-Bretagne) dans toute une série de syndicats et, dans certains cas comme celui du Syndicat de la sidérurgie, malgré l'opposition des dirigeants. Le « bennisme », qui rencontre un écho dans les syndicats, va faire du thème du désarmement unilatéral un axe central de sa bataille contre la droite.
En 1983, la CND est non seulement capable d'impulser les plus grandes manifestations jamais vues en Grande-Bretagne depuis la Deuxième Guerre mondiale, mais elle jouit aussi du soutien de la grande majorité du mouvement ouvrier organisé. Ce processus ne renforce pas seulement la CND, il prépare aussi le terrain pour une bataille de grande envergure entre la gauche et la droite, aussi bien dans le mouvement ouvrier que dans la CND.
Au Parti travailliste, c'est la gauche « benniste » qui se bat pour que la revendication du désarmement nucléaire unilatéral soit intégrée à la campagne électorale du parti, contre les oscillations du centre, représenté entre autres par l'actuel leader, Neil Kinnock, et l'opposition ouverte de la droite du parti, regroupée autour de l'ancien Premier ministre James Callaghan.
NUCLEAR ARMS NO
PEACE YES
NARR MINIEN BR 2. La Ligue anti-nazie s'est développée à la fin des années 1970. Mouvement de masse très dynamique, elle a réussi à mobiliser des dizaines de milliers de jeunes contre la montée des organisations d'extrême-droite, portant un coup sérieux à ces dernières. Sa spécificité a été de ne pas se limiter à des manifestations traditionnelles, mais de lancer des initiatives telles que des carnavals, des concerts « Rock contre racisme », qui seront largement reprises par le mouvement contre les missiles.
nucléaire, des piquets et des occupa qui ne sont pas comptabilisés comme
Dans la CND se cristallise une aile gauche, autour de la défense des buts fondamentaux du mouvement - le désarmement unilatéral et le retrait de l'OTAN -contre toutes les tentatives faites pour les modifier, qui se bat pour des actions de dans le cadre stratégique d'une orientation de mobilisation en direction
LE LANCEMENT DE LA YCND C'est dans ce contexte qu'on peut le mieux comprendre le rôle joué dans ce mouvement par les jeunes, et en particulier le développement de la YCND (CNDjeune). La première conférence rassemblant les jeunes de ce mouvement se tint à Londres en décembre 1980. Elle était organisée par la direction de la CND en réponse à la participation croissante des jeunes à la lutte contre les missiles et à l'apparition de groupes de jeunes un peu partout dans le pays, dont certains, comme Youth Against the Missiles (Jeunes contre les missiles), ne font pas partie de la CND. 150 jeunes participèrent à cette conférence. Aucune résolution n'y fut discutée, mais un comité ad hoc fut élu avec, pour mandat, la convocation d'un véritade lancement pour avril 1981, où des délégués des sections locales pourraient voter des orientations et élire une direction. La YCND a donc un fonctionnement autonome dans le cadre du
Cette décision aura au moins eu le mé rite de donner aux jeunes un cadre national unique et structuré pour mener la lutte contre les missiles, et elle aidera à la de sections de la YCND dans presque toutes les villes du pays. Ces sections naissent partout de la même manière. Un groupe de jeunes prend contact avec la CND, réserve une salle, publie un
Get organise une séance de The War Game, film fait pour la télévision dans les années 1960 et interdit à l'époque, qui montre toute l'horreur d'une guerre nucléaire. S'ensuit une prise de parole rapide d'un des animateurs du groupe et parfois un discours d'un représentant de la CND, et la réunion se termine par l'annonce des prennent leur carte à la YCND lors de ce type de réunion, et une partie d'entre eux reviendra pour militer de ma-
Bien que les sections organisent des débats sur toute une série de thèmes liés à la question de la guerre et discutent plus généralement de politique, leur succès se base surtout sur leur activité. Les jeunes qui se tournent vers la YCND ont envie d'agir, et le développement d'un secteur jeunes autonome sera la conséquence de la capacité de la YCND à répondre de manière structurée à ce désir d'action. Une fois créées, les sections de la YCND se montreront capables d'attirer des jeunes par des activités très variées, en organisant des séances de cinéma et des bien sûr, mais aussi des actions plus spectaculaires, telles que des simuladans la rue des effets d'une guerre tions d'établissements militaires et de sièges du Parti conservateur ou de bâtiments gouvernementaux, des manifestations, des carnavals, des fetes, des bals, etc.
En général, toutes ces activités sont centrées autour de la préparation de grandes manifestations nationales, pour lesquelles la YCND peut mobiliser des milliers de jeunes. Certaines sections locales connaîtront une croissance importante, dépassant parfois la centaine d'adhérents. D'autres connaîtront une existence plus éphémère, n'arrivant pas à se stabiliser une fois épuisé le premier élan.
De plus en plus, au niveau national aussi bien que local, le but des débats de définir une orientation qui puisse aider les sections locales à se maintenir après cette première étape et à construire une direction et des structures de coordination nationales efficaces, afin de consolider les progrès au niveau local et de faire ensemble. D'une importance égale seront les débats sur la question des alliances nécessaires et sur le statut de la YCND au sein du mouvement large.
Les grands débats dans la YCND rejoignent ceux qui traversent tout le mouvement antimissiles, soulevant des questions politiques centrales. L'on discute des moyens d'empêcher l'installation des missiles, des différentes possibilités d'obliger le gouvernement actuel à stopper leur implantation, de l'attitude éventuelle d'un gouvernement travailliste, de la nécessité d'organiser des grèves, de la réaction de l'OTAN en cas de succès ... Mais cesdébats se développent plus rapidement chez les
Depuis ses débuts, la YCND a tendance à s'identifier avec la stratégie d'actions de masse dirigées par le mouvement ouvrier, en faisant le lien entre la course aux armements et la politique de chômage et de réduction des dépenses sociales, et en refusant des compromis sur les objectifs essentiels du mouvement. Elle a la puissante femmes de Greenham Common, parce qu'elle donnait la priorité à l'action en s'appuyant sur des activités de masse dans le cadre d'une ligne « unilatéraliste » sans équivoque. Le rôle important joué par des jeunes femmes dans la YCND renforce cet aspect du mouvement. Beaucoup de sections locales sont dirigées par des femmes, qui constituent souvent la majorité des adhérents. Il est significatif qu'au congrès de 1984, sur les six membres élus au comité national, quatre soient des femmes.
Il est plus difficile de détailler avec précision d'autres aspects de la composition de la YCND. Il est certain, par exemple, que le nombre d'adhérents a augmenté, passant de 300 adhérents au début à environ 10 000 aujourd'hui. Mais ce dernier chiffre peut être trompeur, dans la mesure où il inclut tous les adhérents de la CND nationale ayant moins de 21 ans, dont la majorité ne sont en fait pas organisés par les structures de la YCND. Il y a par contre d'autres jeunes membres de la CND nationale, mais qui sont rattachés aux sections locales de la CND ou de la YCND. Il faut préciser que la CND nationale compte 85 000 adhérents, tandis que 250 000 sont organisés par les sections locales.
Le nombre de militants actifs de la YCND ne dépasse pourtant probablement pas les 2 000 personnes, bien qu'elle soit capable de mobiliser des dizaines de milliers de jeunes autour d'initiatives ponctuelles. Aussi est-il difficile de savoir le nombre exact de sections locales : le chiffre officiel du congrès de 1984 est de 150, alors qu'en 1983 la revue de la YCND, Second Generation, en revendiquait 300, chiffre sans doute exagéré. Il y a toujours eu une certaine coupure entre les petites sections isolées et fragiles et les grosses sections locales, qui sont plus dynamiques et jouent un rôle dirigeant, dont les plus connues sont celles de Bir-
Quant à la composition sociale de ces structures, elle est très variable, mais en dehors de la forte proportion de femmes, c'est surtout une organisation très jeune - entre 14 et 18 ans pour l'essentiel -comprenant une proportion importante de lycéens, de jeunes chômeurs, de collégiens et de jeunes travailleurs. Pour la plupart d'entre eux, c'est là leur première expérience d'activité politique. Par conséquent, ils abordent les débats avec très peu d'idées préconçues. Ils sont intéressés par les thèmes libertaires, pacifistes, les questions de la libération des femmes et de la sexualité en général. Avant tout, ils sont très ouverts aux idées socialistes et disposés à soutenir les luttes anti-impé-
UNE ORGANISATION Cette combinaison d'une forte combativité et d'une identification avec des forces liées à l'essor du courant Benn dans le Parti travailliste, ajoutée au fait que ce sont les jeunes qui sont les plus frappés par la crise, explique les spécificités du développement de la YCND.
En son sein, le lien a toujours été fait entre l'opposition aux missiles et la lutte contre l'austérité, ce qui s'exprime concretement dans les actions menées sous le mot d'ordre « Jobs not Bombs » (Des emplois pas des bombes). Des sections locales font preuve d'une volonté de lier leurs initiatives aux luttes ouvrières avec ce mot d'ordre, en participant aux piquets de grève et aux manifestations ouvrières. Récemment, la YCND du sud du Pays de Galles a organisé une marche de trois jours sur le thème de « Jobs not Bombs », au cours de laquelle elle a apporté son soutien à la grève des mineurs en participant à un rassemblement à Cardiff et à des piquets de grève. La presse locale en a rendu compte sous le titre « Des manifestants contre la bombe soutiennent les mineurs », et leur message au rassemblement a été bien reçu par les grévistes.
La YCND s'est toujours montrée internationaliste. Au début de la guerre des Malouines, en avril 1982, elle décidait de
Finalement, le congrès de la YCND de soutenant des publications trotskystes.
supprimer la séance de clôture de son congrès national pour participer à la premanifestation guerre. En 1983, lorsque la direction de la CND décidera de dissoudre, pour des raisons politiques, les structures nationales de la YCND, un des prétextes utilisés sera la décision de cette dernière de soutenir une manifestation contre la menace d'une intervention US ouverte en Amérique centrale, manifestation organisée à l'occasion du dixième anniversaire du coup d'Etat au Chili.
La YCND se montrera aussi capable d'organiser ses propres initiatives. En septembre 1982, la section locale de Manchester lançait un appel pour une marche de trois jours à l'occasion du congrès du Parti travailliste sur le thème de « Jobs not Bombs ». Cette initiative, qui a rassemblé 150 jeunes et reçu le soutien de la YCND impact au congrès. A la suite de cette réussite, c'est au tour de la section d'Oxford d'organiser une marche de trois jours sur Greenham Common pour soutenir le camp de la paix des femmes. La moitié des marcheurs étaient des femmes, et ce sont elles qui formaient la tête du corté-
Ce soutien apporté à la lutte des à la populariser tout en renforçant l'activité de la section locale de la YCND. Ce type d'initiative va être répété à Londres, au Pays de Galles et à Burton Wood près de Manchester. Toutes ces marches commencent ou se terminent toujours près d'installations militaires ou nucléaires et s'effectuent en liaison avec d'autres forces du mouvement ouvrier ou avec les femmes de Greenham.
Mais l'événement le plus important sera la marche-fête « Rock the Bomb » du 7 mai 1983 à Londres, seule action de organisée par la YCND au niveau national. 30 000 jeunes participèrent à cet, te marche et 70 000 à la fête qui suivit, à laquelle seront présents les musiciens les plus connus des jeunes. La tenue de cette fête représente une victoire importante. Après deux ans de conflits avec la direction de la CND, il était ainsi démontré que des initiatives semblables organisées dans le passé par la Ligue antinazie pouvaient être répétées, et que la YCND avait une capacité autonome de mobilisation des jeunes contre les missiles.
Après cet événement, le mouvement va connaître un nouvel essor et s'affirmer comme le mouvement politique le plus important parmi la jeunesse. Le journaliste du Daily Mirror, John Pilger, ne se trompait pas lorsqu'il écrivait avant cette fête : « On ne le dit pas souvent, mais la YCND est le mouvement de jeunesse qui se développe le plus rapidement en Grande-Bretagne. Elle dépasse largement des phénomènes tels que les loubards du football et les punks, et les adultes feraient
Malgré son importance, sa combativimobilisation, la YCND a toujours été très faible sur le plan organisationnel. Un nombre important de sections n'ont qu'une existence éphémère et le pourcentage des adhérents organisés par ses structures est encore réduit. Une des conséquences de cette situation est que la YCND n'est véritablement capable de lancer ses propres initiatives d'ampleur que lorsqu'elle reçoit le soutien total de la CND. Cet obstacle pourrait être levé s'il existait à la tête de la YCND une direction de gauche capable de mobiliser de manière efficace le soutien de masse potentiel de cette organisation mais, actuellement, ce n'est pas le cas. L'histoire de la YCND est donc marquée par des tensions permanentes avec la direction de la CND, qui ont été aggravées par l'évolution des divergences politiques dans ses DES CONFLITS AVEC LA DIRECTION
Ces tensions se sont exprimées de façon diverse, mais le problème de fond reste le même : les droits de la YCND à décider de ses propres orientations, priorités et initiatives. La gauche de la YCND s'est toujours battue pour cette autonomie, en soulignant qu'elle devait s'exercer dans le cadre large de la CND et soutenir ses buts, ses initiatives et ses structures. Mais la direction de la CND a toujours, de son côté, insisté sur le fait qu'elle devait conserver un droit de véto sur les décisions qui ne lui plaisaient pas, même si ces dernières n'avaient jamais dépassé le cadre des objectifs et des orientations générales de
Le premier conflit survint au congrès de la YCND en 1981, qui refusa d'accepter une limitation de l'âge de ses membres à 21 ans au lieu de 25 ans, limite qui était en vigueur. Un tel abaissement de la limipour pouvoir participer un moyen de freiner la combativité de l'organisation de jeunes de la CND, alors que 25 ans est la limite d'âge traditionnelle pour les organisations politiques de jeunesse en GrandeBretagne. Ce refus ne sera pas accepté par le conseil national de la CND, qui s'arroainsi le droit de déterminer la composition même de la YCND et ses statuts. 1982 votera en faveur d'une limite d'âge à 21 ans pour l'adhésion nationale à la
La question centrale devint de plus en plus clairement celle de l'autonomie la YCND, revendiquée par la majorité de ses militants actifs. Depuis le début, la tactique préférée de la direction de la CND fut celle de la chasse aux sorcières, dont la cible privilégiée sera le courant organisé autour du journal Revolution, publié par des jeunes socialistes révolutionnaires au sein de l'organisation de jeunesse du Parti travailliste, les Jeunesses socialistes du parti travailliste (LPYS). L'axe principal de son offensive est d'affirmer que la YCND est en train qui, par des méthodes antidémocratiques (on les accuse notamment de remplir des réunions avec leurs partisans et de truquer les listes d'adhérents) veulent faire adopter des orientations contradictoires avec celles de la CND dans le but ultime de détruire la YCND en la transformant en une organisation révolutionnaire. Répondant à ces accusations sans fondement, Revolution et d'autres militants de gauche ont insisté sur le fait que la CND devait rester ouverte à tous ceux qui étaient d'accord avec ses objectifs, et que seul un mouvement uni et démocratique pouvait mobiliser les forces nécessaires pour atteindre ces objectifs. Cette bataille sur le statut de la YCND rebondira à plusieurs reprises jusqu'en 1983, un climat de méfiance par rapport aux initiatives de la YCND se développant à la direction de la CND, qui deviendra de plus en plus réticente à lui fournir l'aide matérielle nécessaire.
Cette attitude contraste avec celle adoptée par la CND pendant la première vague de mobilisations, vingt ans auparavant. Peggy Duff, une dirigeante de la CND de cette époque, a écrit dans ses mémoires intitulées Left, Left, Left (A gauche, à gauche, à gauche) : « La campagne des jeunes était très différente (de celle des étudiants, ndlr.) (...) Bien que la limite d'âge officielle fut de 12 à 25 ans, la plupart des militants avaient moins de 20 ans et beaucoup étaient des lycéens. (...) Leurs opinions politiques étaient hétérogènes. Il y avait des communistes, des jeunes du Parti travailliste. Beaucoup étaient sans parti. Ils consacraient la plupart de
« La CND a toujours eu une attitude de bon sens par rapport au mouvement de la jeunesse. Elle a reconnu que les milliers de jeunes qui militaient à la YCND (...) étaient un atout dont ne bénéficiait aucun autre mouvement politique. Nous leur avons donc donné des locaux et nous avons payé le salaire de leur permanent, tout en leur laissant une autonomie totale pour gérer leurs propres affaires. Ils organisaient leurs propres manifestations, dont deux qui traversèrent tout le nord de l'Angleterre, (...) ils publiaient leur propre littérature et leur journal, et tenaient leurs propres congrès. » aujourd'hui d'ailleurs, la plupart des jeunes travaillistes de l'époque dont parle Peggy Duff étaient des militants
LA BATAILLE AUTOUR DU CONGRES DE LA YCND
En 1983, le conflit entre la gauche et la droite de la CND s'est accentué, et les tensions entre la CND et la YCND ont conduit à une confrontation. Les missiles Cruise devaient arriver vers la fin de l'année, mettant ainsi à l'épreuve la capacité du mouvement à atteindre son objectif le plus immédiat. Thatcher et les conservateurs gagnèrent les élections de juin 1983 dans la foulée de leur victoire militaire contre l'Argentine lors de la guerre des Malouines, avec en face d'eux un Parti travailliste divisé et oscillant, et refusant de mettre en avant son orientation favorable au désarmement nucléaire.
Dans le mouvement ouvrier, les courants les plus à droite, soutenus par la revue du Parti communiste de Grande-Bretagne (PC), Marxism Today, avançaient l'idée
North s PROVAN
LABOUR PARTY
CHERPHILLY CONSTITUENCY PART HILY SOCIALISTS YOUNG 1 PARTY EBY VALE RHONDDA LABOUR LALIR PARTY ACK THE LORI
Young socialisis
pour gagner une majorité il fallait adopter de nouvelles orientations susceptibles d'obtenir le soutien le plus large dans les rangs des électeurs sociaux-démoconservateurs (3). L'écho rencontré par cette campagne au sein de la CND va provoquer un virage à droite de sa direction, dans laquelle le PC joue également un rôle actif. Cette évolution s'exprime par une campagne pour le « désarmement nucléaire » conçue comme pouvant être acceptée par des secteurs de la bourgeoisie. Cela se concrétise par la revendication d'un « gel nucléaire ». Apparaîtra également une autre revendication, dirigée surtout vers la celle d'un système de défense non-nu-
Pour les socialistes révolutionnaires comme pour les « bennistes », c'est au contraire justement à l'heure de l'installation des missiles de l'OTAN qu'il fallait rester fidèle aux principes de la CND. La mobilisation est en plein essor. Elle représente une menace suffisamment grave aux yeux du gouvernement pour que ce dernier dépense des milliards de francs dans une campagne de propagande anti-CND et nomme un nouveau ministre de la Défense, le dirigeant conservateur de choc Michael Heseltine. Cette orientation sera confortée par le succès de la manifestation anti-Cruise d'octobre 1983 (400 000 personnes) et quand, à la suite de l'invasion de la Grenade, les son-
ALISIS FRUY
ABERYTT TH
LABOUR
CLUB Mobilisation des jeunes du Parti travailliste. (DR) dages d'opinion donnent une majorité opposée aux missiles de l'OTAN.
L'élément dynamique de cette croissance soutenue de la mobilisation est constitué par des forces combatives, node Greenham, qui mobilisent à plusieurs reprises des dizaines de milliers de femmes, appellent à une grève des femmes de 24 heures en mai 1983, et sont à la tête d'actions de masse qui rassemblent des milliers de personnes au moment de l'arrivée des missiles, en novembre 1983, alors que la direction de la CND ne fait rien. La YCND est partie prenante de cette aile combative du mouvement antimissiles, qui comprend également la fraction de la CND qui est organisée au sein du Parti travailliste (Labour-CND) et mène la bataille, au congrès de ce parti, pour maintenir une orientation politique favorable au désarmement unilatéral.
Ce virage à droite de la part de la direction de la CND et le développement
3. Les trois principaux partis bourgeois en Grande-Bretagne sont le Parti conservateur, le Parti libéral et le Parti social-démocrate (SDP). Ce dernier est né d'une scission de droite du Parti travailliste en 1981. Les libéraux et le SDP ont fait une campagne commune aux élections législatives de juin 1983 sous le sigle « Alliance », remportant 24,6 % des suffrages et talonnant le Parti travailliste, qui en a obtenu 27,6 %. Depuis, les éléments les plus droitiers du mouvement ouvrier, soutenus par l'aile eurocommuniste du PC britannique, font campagne pour un bloc entre le Parti travailliste et parallèle d'une aile combative, dans une période de croissance et de dynamisme maintenus du mouvement dans son ensemble, a conduit à une confrontation. Le bureau exécutif de la CND refusera de reconnaître la légitimité du congrès de YCND de juillet 1983, sans y envoyer ne serait-ce qu'un observateur. Il dissout le comité national élu par ce congrès, sous prétexte que seulement 150 délégués venant de 30 sections locales y ont participé, ce qui en aurait fait un congrès non représentatif. En plus, l'exécutif devait affirmer que les résolutions adoptées lors de ce congrès sortaient du cadre des orientations de la CND, notamment l'appel à se mobiliser contre la menace de l'intervention américaine directe en Amérique centrale, et parce que l'âge et les mandats des délégués n'avaient pas été vérifiés. Enfin, les « gauchistes » de Revolution furent accusés d'avoir rempli le congrès avec leurs partisans, dans le but de prendre le contrôle du mouvement, la participation de 25 délégués de la seule section locale d'Oxford étant citée comme « preuve » de leurs manœuvres.
Tout cela se déroulait au même moment où étaient licenciés, pour des raisons politiques, 13 ouvriers de l'usine d'automobiles de Cowley à Oxford (4). Dans un tel climat de chasse aux sorcières, la presse déclencha une campagne contre les « taupes rouges » qui étaient prétendument en train de noyauter la CND. Cette campagne marquera des points. Beaucoup de militants de base du mouvement seront très hésitants sur l'attitude à adopter face à cette campagne tandis que, pire encore, d'autres trouveront raisonnables les mesures prises à l'égard de la YCND.
La gauche de la YCND acceptera l'idée que le congrès avait été mal organisé et que la participation y avait été réduite. Elle fit aussi remarquer que ceux qui prenaient des mesures disciplinaires à la suite du congrès de la YCND étaient les responsables mêmes de l'organisation de ce congrès, et qu'il n'était pas crédible de faire porter la responsabilité de la mauvaise organisation de ce congrès à l'aile gauche. Dans ce cadre, la proportion élevée des délégués d'Oxford était due non pas aux manœuvres des « gauchistes », mais à la faible participation d'autres sections et au fait qu'avec ses 150 adhérents, c'était la plus grosse section locale. La responsabilité de la mauvaise préparation du congrès retombait donc sur l'inefficacité de l'ancien bureau national de la YCND, beaucoup de jeunes ayant adhéré depuis six mois n'ayant même pas encore obtenu leur carte. La bonne solution était donc de construire le mouvel'Alliance, contre les conservateurs. Pour une analyse de la situation du mouvement ouvrier britannique après les élections de 1983 et ses répercussions dans la CND, lire l'article « Tournant à droite du mouvement ouvrier et diserimination contre les militants de gauche » dans Inprecor numéro 157 du 26 septembre 1983, et l'article « Crise imminente au sein de la CND » dans Inprecor numéro 162 du 5 décembre 1983.
4. Cf. les articles d'Inprecor numéros 157 et 162 déjà cités.
Chaîne humaine de 25 kilomètres des pacifistes britanniques autour de Greenham Common en modifiée de façon arbitraire et les obser- celle d'une marche de 15 jours qui ferait ment sur la base de structures plus solides et non pas de le dissoudre.
La gauche a rejeté l'argument selon lequel la résolution sur l'intervention US en Amérique centrale sortait du cadre des orientations de la CND, laquelle s'était déjà opposée à la guerre des Malouines et s'opposera, ensuite, à l'invasion de Grenade. Elle dénonça aussi le caractère antidémocratique et hâtif des décisions du bureau exécutif de la CND, qui ne fera aucune tentative de discussion avec le nouveau comité national de la YCND élu par le congrès. Enfin, la décision du bureau exécutif de la CND n'a même pas été soumise au conseil national de la CND, organisme suprême entre deux congrès, avant d'être appliquée.
Un « comité provisoire » de direction de la YCND fut désigné par le bureau exécutif, comprenant une majorité de ses partisans, dont certains avaient largement dépassé trente ans, mais incluant six membres du comité national dissout, dont deux représentants de la gauche. La gauche accepta bataille congrès et rétablir des structures démocratiques tait une pleine participation aux structures de la CND.
S'ensuivit donc une période de « guérilla », au cours de laquelle le comité provisoire de la YCND accepta de soutenir certaines propositions de la gauche, telle que celle d'une journée d'action au mois de novembre 1983. Mais la campagne de désinformation se poursuivit. Malgré la publication par les dirigeants de la gauche de la YCND d'un bulletin spécial, YCND Truth Kit (La vérité sur la YCND), le congrès de la CND, en décembre 1983, approuvera les manœuvres de l'exécutif. Mais ce congrès sera quand même un succès pour la gauche. La politique du « gel nucléaire » est repoussée, les objectifs fondamentaux du mouvement sont réaffirmés, et l'orientation vers le mouvement ouvrier est majoritaire. Mais les militants actifs de la YCND sont très mal organisés lors de ce congrès. La très grande majorité des 100 délégués jeunes soutiennent une résolution condamnant l'action du bureau exécutif, sans pour autant réussir à faire accepter débat qui ne dura que 30 minutes (5). rera la leçon que pour défendre de manière efficace la YCND, il faut être mieux préparé sur le plan organisationnel aussi bien que politique. Aussi, devint-il clair que les jeunes ne peuvent pas obtenir satisfaction en étant isolés. Ils doivent mener la bataille sur l'autonomie et les orientations politiques de la YCND en se liant au courant de gauche qui se cristallise dans toute la CND. La prochaine étape devrait être le congrès de la YCND finalement reconvoqué pour février 1984.
Durant la période de préparation de ce congrès, le comité provisoire s'est livré à toute une série de manœuvres bureaucratiques, des responsables des sections locales subirent des pressions pour les amener à retirer des résolutions de gauche, la formulation de certaines résolutions fut vateurs exclus du congrès.
Le congrès lui-même a cependant connu un grand succès. Il y eut 300 délégués représentant 90 sections locales. Joan Ruddock, dirigeante centrale de la CND ouvrit le congrès en reconnaissant sa représentativité et son caractère démocratique, jugement qui sera entériné par le bureau exécutif de la CND le même jour. Dès le début, le congrès réaffirmera les orientations politiques du congrès précédent et s'opposera à la droite et au bureau exécutif de la CND. Les décisions du comité provisoire de la YCND sur le refus d'un amendement à une résolution, pourtant accepté par ses auteurs, et l'exclusion des observateurs, sont remises en cause. Le rapport d'activité du comité provisoire, qui approuve l'action du bureau exécutif est rejeté, et le rapport de sa minorité de gauche condamnant le bureau exécutif et défendant l'unité et la démocratie est adopté. Presque toutes les résolutions présentées par la gauche sont majoritaires et, au moment de l'élection du comité national, la moitié des candidats soutenus par Revolution sont élus en bonne place. Une des décisions prises contre l'avis du bureau exécutif de la CND est l'appel pour une manifestation de masse contre la visite de Ronald Reagan. A la suite du congrès, cet appel rencontrera un écho grandissant, et la direction de la CND sera amenée à le soutenir (6).
Le congrès engage la YCND à s'opposer activement aux interventions militaires des puissances impérialistes et à se battre pour qu'il y ait des actions du mouvement ouvrier, y compris des grèves, contre les missiles. Du débat sur les femmes et la paix ressort l'engagement à soutenir l'action des femmes de Greenham, les actions non-mixtes contre les missiles, et des dispositions pour promouvoir la place des femmes dans le mouvement. Deux propositions d'initiatives concrètes sont aussi adoptées : celle d'une marche internationale des jeunes en direction des sièges de l'OTAN, avec des participants de tous les pays où vont être installés les missiles Cruise et Pershing ; la seconde est le tour des bases nucléaires en Angleterre pour se terminer par une grande manifestation et un carnaval, sur le thème « Jobs not Bombs ».
PROBLEMES ET PERSPECTIVES
Le rejet par le congrès d'une proposition de travail en commun avec les LPYS illustre la persistance d'un certain manque de clarté sur l'attitude que doit adopter la YCND par rapport au mouvement ouvrier. Cela s'explique, pour l'essentiel, par le fait que les LPYS, bien qu'étant l'organisation de jeunesse d'un parti qui soutient le désarmement nucléaire, se soient tenues à l'écart du mouvement pour la paix en l'accusant de ne pas être suffisamment « socialiste ».
Les partisans du journal centriste de droite Militant, qui dirigent les LPYS, ont une longue histoire de sectarisme par rapport aux campagnes de masse sur un seul thème. Par conséquent, la radicalisation massive de la jeunesse autour de la Ligue anti-nazie et de la CND n'a pas été canalisée afin de transformer les LPYS, d'une organisation de plusieurs milliers d'adhérents en un grand mouvement de la jeunesse socialiste capable de mener des campagnes de masse.
Le résultat a été l'apparition d'une minorité au sein des LPYS qui se bat pour construire l'organisation en la liant aux campagnes de masse, telles que la CND et les luttes des opprimés (femmes, lesbiennes, homosexuels), et en pratiquant un internationalisme conséquent. Cette minorité inclut beaucoup de militants de la YCND qui cherchent à faire des LPYS une direction politique pour toute la jeu-
5. Le bureau exécutif du CND est aussi intervenu en citant un prétendu bulletin intérieur, Revolution Youth, pour tenter de convaincre les 2 000 délégués présents au congrès de la CND du risque que des trotskystes voulant détruire la CND ne prennent la direction de son secteur jeune.
6. Cette manifestation a rassemblé 150 000 personnes le 9 juin dernier à Londres.