Petr Uhl enfin libéré Le 28 mai dernier, Petr Uhl a été libéré, cinq ans exactement après son arrestation avec plusieurs autres opposants qui venaient de créer le Comité de défense des personnes injustement poursuivies (VONS). Lors du procès du VONS, le 23 octobre 1979, Petr Uhl avait reçu la peine la plus lourde, 5 ans de prison en régime sévère. Il était, à la veille de sa libération, dernier seul emprisonné des cinq condamétaient Vaclav Havel, Jiri Dienstbier, Vaclav Benda et Otta Bednarova.
Petr Uhl achève ainsi sa neuvième année de prison, depuis l'occupation de la Tchécoslovaquie par les troupes du Pacte de Varsovie en août 1968. Il a payé chèrement son attachement au socialisme démocratique, autogestionnaire, qu'il défendait au cours du Printemps de Prague de 1968. Petr Uhl, qui avait vécu au milieu des années 1960 en France, où il avait rencontré le groupe de militants des Etudiants communistes qui, autour d'Alain Krivine, allaient bientôt fonder la Jeunesrévolutionnaire, trouvé dans leur opposition farouche au capitalisme comme au stalinisme un écho à ses propres préoccupations.
De retour dans son pays, il s'attacha à développer la lutte contre le cancer bureaucratique, non pas au nom d'un retour à la « démocratie » bourgeoise ou d'une délégation des pouvoirs à une bureaucratie « à visage humain » telle que la proposait Dubcek, mais au nom de l'autogestion socialiste, du pouvoir démocratique des travailleurs. Au lendemain d'août 1968, il fut très actif parmi les étudiants et contribua à l'organisation de la grève générale des étudiants dans Prague occupée par les chars soviétiques.
C'est alors qu'il créa, avec ses camarades, le Mouvement de la jeunesse révolutionnaire (HRM). Le programme de ce Mouvement expose clairement les convictions anticapitalistes et antibureaucratiques de ses fondateurs : « Vivant dans un régime où ont été abolis le mode de production et les rapports de production capitalistes mais où, simultanément, on n'a pas amorcé l'édification d'une société socialiste et démocratique ; mûs par l'idée de nous opposer à tout abus de l'idéal communiste et par l'opinion qu'il est de notre devoir et de notre droit de lutter avec efficacité pour la réalisation de cet idéal contre tous ceux qui l'ont bafoué et
ET DE L'INTERNATIONALE en ont abusé, nous proclamons (la fondation) du Mouvement de la jeunesse
« Nous sommes persuadés que la voie du peuple tchécoslovaque vers le socialis-
- tout comme celle de la population de l'URSS et des prétendues démocraties populaires - sera celle de la destruction de la machine bureaucratique, de l'abolition de la bureaucratie dans les couches sociales et de l'instauration d'un régime autogestionnaire. Ce régime autogestionnaire doit être instauré dans tous les domaines de la vie sociale : sur les lieux de travail, il devrait être exprimé par le pouvoir politique et économique des conseils des travailleurs. Le système autogestionnaire rendra possible la mise en valeur de l'activité créatrice et de l'initiative de chaque individu ; il créera les conditions nécessaires à une révolution scientifico-techqui mettra fin aux insuffisances dans l'approvisionnement et aux inégalités sociales qui en découlent, et mènera en ultime conséquence à l'abolition de l'Etat et de ses institutions à l'échelle internationale.» (Informacni Materialy, nu-
Petr Uhl est toujours demeuré fidèle aux idées exprimées dans ce programme, comme le montre le Programme de l'autogestion ouvrière et socialiste qu'il rédigea à la fin des années 1970 (publié en co-édition Stock/La Brèche, sous le titre le Socialisme emprisonné, Paris, 1980.)
Pour leur activité dans la Tchécoslovaquie occupée, dix-huit militants du HRM furent arrêtés en décembre 1969. Leur procès, un procès contre le « complot trotskyste », fut le premier procès de la normalisation. Petr Uhl y reçut la peine la plus lourde, 4 ans d'emprisonnement.
A l'issue de cette première peine, Petr Uhl reprit son activité d'opposant. Il participa activement aux discussions préparatoires à la création de la Charte 77 et à l'élaboration de sa tactique, consistant à agir ouvertement en demandant l'application des lois en vigueur dans la République tchécoslovaque. Au sein de la Charte, Petr Uhl était l'animateur du courant socialiste de gauche. Il joua un rôle essentiel dans la création du VONS, au printemps 1979, défendant l'idée que l'opposition ne devait pas se contenter de dénoncer les injustices et la répression, mais devait s'organiser pour en défendre les victimes. Cette initiative lui valut sa se-
Get sa condamnation, une fois encore, à la peine la plus lourde, qu'il a accomplie intégralement dans des conditions extrêmement dures qui ont pu, à certains moments, faire craindre le
La répression dont il a été victime a stimulé le développement d'une vaste campagne internationale de défense (ap-
pels, pétitions, délégations de personnalités au procès, manifestations, mise en scène d'une pièce - Procès à Prague - par le Théâtre du Soleil à Paris en hiver 1979, etc.) Amnesty International avait adopté Petr Uhl, l'incluant dans sa liste des 15 personnalités les plus représentatives victimes de la répression politique dans le
Si cette campagne n'a pas permis sa libération anticipée (comme cela avait été le cas pour sa co-accusée Otta Bednarova qui, gravement malade, avait été libérée avant terme, à la suite de nombreuses interventions de personnalités internationales), elle aura permis en tout cas que les autorités ne tentent pas de prolonger sa peine par un nouveau procès, comme cela avait été craint à un certain moment, et d'améliorer ses conditions de détention. Il y a un an en effet, Petr Uhl avait été transféré dans une prison moderne, près de Prague, et avait de nouveau accès à la bibliothèque et aux livres étrangers. Elle aura aussi permis de soutenir sa femme, Anna Sabatova, elle aussi ancienne prisonière politique, et ses deux enfants, dans cette pénible épreuve.
Alors que la bureaucratie tchécoslovaque est déterminée à briser les opposants ou à les forcer à l'exil, la vigilance internationale reste plus que jamais à l'ordre du jour pour leur permettre d'agir dans leur pays. En effet, on a pu voir, récemment encore, que les autorités tchécoslovaques n'avaient pas du tout l'intention de modérer leur politique répressive. Ladislav Lis, premier prisonnier à être libéré sous condition (il devait se présenter quotidiennement à la police de Prague) vient à nouveau d'être condamné à trois mois de prison pour avoir quitté la capitale durant un week-end sans en avoir averti la police. De même, le jeune ouvrier Jiri Gruntorad, qui purgeait une peine de quatre ans de prison, vient d'être condamné à une peine additionnelle de 18 mois.