Déclaration du Burea Nous publions ci-après la déclaration de bilan des résultats des élections européennes en France, adoptée le 18 juin 1984 par le Bureau politique de la Ligue communiste révolutionnaire (LCR), section française de la IVe Internationale.
Le 17 juin c'est tout d'abord 43 % d'abstentions, une défaite de la gauche, une droite arrogante et majoritaire, la percée nationale de Le Pen (candidat du Front national, d'extrême droite, ndlr.) Telle est la lourde addition présentée aux travailleurs par la majorité PS-PCF après trois années de politique d'austérité du gouvernement. Largement majoritaire à l'Assemblée nationale, la gauche est minoritaire le 17 juin. Largement majoritaire le 17 juin, le RPR, l'UDF et le Front national (1) prétendent contester la légitimité du vote du 10 mai 1981. Une crise politique majeure s'ouvre. Les aspirations des travailleurs, exprimées le 10 mai 1981, s'opposent à la poussée réactionnaire du 17 juin 1984. La droite ne peut postuler au pouvoir qu'en s'alliant à Le Pen. La majorité du 10 mai ne peut s'affirmer qu'en rejetant l'austérité gouvernementale soutenue par le PS et le PCF. Cette crise politique ne peut maintenant se dénouer que si les travailleurs interviennent par leurs propres méthodes, celles de la lutte des classes.
LA POLITIQUE DE LA GAUCHE NOUS MENE A LA CATASTROPHE Il y a trois ans, le PS et le PCF gagnaient une majorité parlementaire sans précédent. Pour leurs militants, l'heure des bilans a désormais sonné (2). Cette fois, le PS régresse pour n'avoir pu cacher derrière un laborieux discours sur l'Europe sa responsabilité dans la gestion anti-ouvrière de la crise. Il subit le même échec que tous les partis gouvernementaux européens qui appliquent une politique d'austérité. La direction du PCF a voulu jouer sur l'ambiguïté : faire croire qu'elle était contre le chômage et la baisse du pouvoir •
1 politique de la LCR bilisation des travailleurs.
de l'austérité qu'est venu Le Pen ...
Chirac, et l'Union ges.
quelques 25 000 voix à l'échelle nationale,
1979.
d'achat alors qu'elle approuvait ces mesures au gouvernement et au Parlement. Comment les travailleurs pourraient-ils se reconnaître dans ce double langage ? Ce nouveau coup, le PCF se l'est infligé lui-même. Il a choisi la gestion capitaliste de la crise au détriment des intérêts et de la mo-
Déception, désarroi, désorientation, voilà ce que ces deux partis ont porté dans les rangs ouvriers en adoptant une politique qui sert les intérêts capitalistes. Car ces résultats confirment et amplifient ceux des municipales : un certain glissement à droite de l'électorat populaire ainsi qu'un développement de l'abstention. Et ce n'est pas en appelant à l'union nationale avec une partie de la droite contre le « péril fasciste » qu'ils redresseront la situation. Car cette union nationale serait la couverture de nouvelles attaques contre les travailleurs et un marché de dupes ... D'ailleurs, Jacques Delors vient de déclarer d'ores et déjà : « La ri-, gueur sera poursuivie » ... C'est justement dans les bagages
1. Le Rassemblement pour la République (RPR) de Jacques pour la démocratie française (UDF), coalition ayant soutenu Giscard d'Estaing, ont présenté une liste unique aux récentes élections européennes, qui a remporté 42,88 % des suffra-
Le Front national, organisation d'extrême droite de Jean-Marie Le Pen, ancien volontaire parachutiste au Vietnam et en Algérie, a obtenu 11 % des suffrages, avec parfois de très importants résultats dans certaines régions, dont 19 % dans les Bouches du Rhône, 15 % à Paris, sur la base d'une campagne anti-immigrés.
Le PCF, avec un score de 11,28 % ne dépasse le FN que de ce qui représente une perte de 50 % de son électorat depuis 1979 (20,6 %) et une diminution sensible par rapport aux législatives de 1981 (15 %).
Le PS obtient 20,76 % des suffrages, soit une légère baisse par rapport aux législatives de 1981, mais un score équivalent à celui de
QUI EST LE PEN ? Le Pen est l'enfant de la droite, mais il doit également son succès à une politique du gouvernement de gauche qui a trahi les espoirs du 10 mai 1981. Les dirigeants de gauche ont trompé les travailleurs et ont ouvert la voie à toute la démagogie dont est capable Le Pen. L'inertie des directions syndicales, plus promptes à soutenir la politique gouvernementale qu'à défendre les revendications des travailleurs, lui ont laissé le champ libre. Sans oublier la publicité complaisante faite à Le Pen à la télé et à la radio ...
LE PEN ET LE FRONT NATIONAL SONT UN DANGER POUR LES TRAVAILLEURS Le Pen pèse sur la droite française pour la radicaliser. Peut en témoigner la manifestation de la droite, le 24 juin 1984 (3). Il s'attaque aujourd'hui aux immigrés, il s'en prendra demain, s'il le peut, à toute la classe ouvrière. Le Pen construit un courant raciste dans la tradition fasciste, qui prépare les affrontements contre la classe ouvrière. Il va encourager tous ceux, petits patrons anti-grève, syndicats jaunes, secteurs ultras de l'école privée prendre aux acquis de la classe ouvrière. Le danger n'est pas le développement rapide d'un mouvement fasciste de masse. Mais la percée de Le Pen est l'indice le plus sûr de grandes tensions entre les classes.
LE SEUL ATOUT DES TRAVAILLEURS Les rapports de forces électoraux sont une chose. Les rapports de forces réels entre travailleurs et capitalistes sont une autre chose.
En Italie pour l'échelle mobile, en Allemagne pour les 35 heures, en Angleterre contre les licenciements, partout où les partis ouvriers ne participent pas directement à la gestion gouvernementale de la crise capitaliste, la droite a reculé. Arrêter la spirale de l'échec, c'est possible.
La LCR appelle tous les travailleurs à refuser les licenciements, toute baisse du pouvoir d'achat, et à imposer par la lutte « le changement au service des travailleurs ».
tional.
qui veulent s'en celle du PCI 0,90 %.
La LCR appelle toutes les organisations ouvrières et dé mocratiques, tous les ouvriers antifascistes, à bâtir un front uni contre le racisme et la montée des fascistes du Front na-
Se battre contre l'austérité, la droite et l'extrême droite, défendre une politique au service des travailleurs, telles sont les tâches urgentes pour construire une nouvelle force alternative à la politique du PS et du PCF.
La LCR, qui a pris l'initiative d'un rassemblement des travailleurs contre l'austérité et contre la droite, s'adresse à tous les travailleurs, à tous les militants, à toutes les organisations qui veulent vraiment défendre les intérêts ouvriers et populaires : « Agissons ensemble et avançons dans la voie d'un nouveau parti des travailleurs. » Les centaines de milliers de voix qui se sont portées sur les listes révolutionnaires montrent qu'il faut compter avec une force ouvrière de gauche, indépendante de la politique du gouvernement. La LCR s'adresse à Lutte ouvrière et au Parti communiste internationaliste (PCI) (4) pour qu'ensemble ces trois organisations unissent leurs efforts dans une telle perspective.
Travailleurs, travailleuses, la percée de Le Pen et l'échec de la gauche sont des mauvais coups. L'heure n'est pas à la résignation et à baisser les bras. En 1986 (date des prochaines législatives, ndir.), on peut, on doit inverser le cours des choses. On peut, on doit barrer la route à Le Pen et à ses fascistes. Pour atteindre ces objectifs sans attendre, il faut battre la politique d'austérité du gouvernement.
Il faut construire dans les luttes une alternative unitaire et de classe qui défende une autre politique au service des
Bureau politique de la LCR, Paris, le 18 juin 1984. 3. Mobilisation imposante de la droite à Paris (près d'un million de personnes) en faveur de l'école catholique et contre ces réformes laiques sans réel contenu décidées par le gouvernement
4. La liste de Lutte ouvrière obtient 2,06 % des suffrages et