Inprecor 1974–2004

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MAROC

Les nouveaux procès de Rabat

Inprecor n° 177, 9 juillet 1984 · p. 27 · 705 mots

Maghreb

NOUVELLES DU MOUVEMENT OUVRIER ET DE L'INTERNATIONALE MAROC

Les nouveaux procès de Rabat Depuis la mi-février, les procès se multiplient à travers le Maroc. Hassan II entend faire payer cher aux masses paupérisées la révolte anti-austérité de janvier 1984, qui avait secoué la plupart des grandes villes du royaume (cf. Inprecor numéro 167 du 20 février 1984). Un bon millier de condamnations ont d'ores et déjà été prononcées, avec le mépris habituel de l'appareil judiciaire à l'égard de la défense et des déclarations des accusés, qui avalise systématiquement les procès-verbaux de la police et les tortures pratiquées sur les accusés. Les arrestations et les procès de

Salé, Nadar, Casablanca, Oujda, Marrakech, mettent une nouvelle fois en évidence les méthodes de domination de la monarchie, faites de massacres, de tortures et d'arbitraire à l'égard des masses populaires, et de cynisme à l'égard d'un pluripartisme qui ne lui sert que de vernis démocratique, afin notamment de permettre aux représentants des démocraties occidentales de détourner pudiquement la tête devant la répression. Ces dernières sont d'autant plus encouragées à le faire que non seulement les partis bourmarocains (Indépendants, Istiqlal, etc.), mais aussi l'Union socialiste des forces populaires (USFP, organisation populiste petite-bourgeoise), ont dénoncé en janvier dernier les luttes populaires, au nom de leur participation au gouvernement d'union nationale. Quant au petit Parti du progrès et du socialisme (PPS, organisation pro-soviétique), il demeura fort prudent, se contentant de poser des questions sur la réalité des événements.

Fin janvier, Abderrahim Bouabid, dirigeant de l'USFP, déclarait même, pour expliquer les événements de janvier, que « des tracts d'Ilal Aman (« En avant », organisation se réclamant du marxisme-léninisme, ndlr.) et des intégristes avaient été distribués avant même la tenue du sommet islamique de Casablanca, qui ne visaient pas le niveau de vie des masses populaires ni le chômage, mais bien le sommet. En se mêlant aux manifestants, ces groupes ont cherché à donner une image négative du Maroc et à créer les plus mauvaises conditions possibles pour le déroulement du sommet ». Et au sujet du silence des partis et des syndicats lors des événements, il précisait : « Cette fois-ci, à la différence de 1981, nous avons dit à nos militants de ne pas bouger. Pour trois raisons: d'abord, les hausses de prix n'avaient pas encore été décidées. Ensuite, cela s'est passé durant le sommet islamique. Nous ne voulions pas tomber dans le piège. Enfin, les gens qui y ont été mêlés sont pro-Polisario. » (Libération, 31 janvier 1984).

Dans ce contexte, la police a ratissé largement au-delà des manifestants arrêtés durant les événements de janvier, souvent des jeunes scolarisés ou des chômeurs des quartiers populaires. Et c'est ainsi qu'un certain nombre d'accusés passant en procès n'ont été arrêtés que pour avoir fait de la prison par le passé en tant que militants politiques illégaux, ou plus simplement parce qu'étant proches de ceux-ci. Une véritable politique de prise en otage a même été pratiquée à l'égard des familles de certains militants détenus depuis le milieu des années 1970. Ainsi, par exemple, le fils de Serfaty, condamné à deux ans pour concubinage, ou l'emprisonnement pour des personnes proches de Houchac, Zaidi, Gortat. A Marrakech, le 26 mai, des militants classés comme marxistes (Ilal Aman) ont été condamnés à des peines de prison allant jusqu'à 15 ans, sans que leur participation aux événements de janvier ne soit même établie.

Camouflet supplémentaire à l'égard des directions de l'USFP, du PPS et de la Confédération démocratique du travail (CDT, proche de l'USFP), la police a même profité de la nouvelle situation pour régler ses anciens comptes avec une série de militants « légaux ». Un membre du comité central du PPS, par exemple, Grine, a ainsi écopé 6 mois de prison.

Alors que les procès se poursuivent, il faut briser le silence qui entoure cette nouvelle phase répressive dans le royaume d'Hassan II. Les grèves de la faim entreprises par les détenus contre la politique de prise en otage pratiquée par le régime à l'égard de leurs familles, et maintenant celles entreprises contre l'interdiction faite aux détenus de pouvoir passer leurs examens (un millier de lycéens sont ainsi visés) ne doivent donc pas demeurer sans écho.

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