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Able, avec son lot quotidien de cadavres qui s'ajoutent inexorablement au demi-million de victimes déjà sacrifiées sur l'autel des ambitions démentielles de Saddam Hussein et de Khomeini. Par une de ces ironies souvent cruelles auxquelles nous a habitués l'Histoire, le principal enjeu territorial des combats en cours depuis quelques mois a pour nom « Majnoun », vocable qui désigne dans les deux langues des belligérants, le fou ! Et c'est bien une guerre de fous : d'un côté, le mégalomane Saddam qui se console de ses déboires militaires par un culte de la personnalité aux proportions staliniennes; de l'autre, le « Fou de Dieu » Khomeini, dont l'entêtement à poursuivre le carnage a de plus en plus un caractère obsessionnel, relevant plus de la psychiatrie que du matérialisme historique.
La poursuite de cette guerre est d'autant plus absurde, irrationnelle, qu'il apparaît de plus en plus nettement que la victoire militaire est hors de portée des deux belligérants. A moins d'un armistice, les combats semblent voués à continuer jusqu'au jour où ils cesseront la guerre faute de combattants! Sinistre perspective, à moins encore que les soldats de l'une des deux armées, sinon des deux, ne armes contre propres gouvernants, réalisant l'issue la du point de vue des masses Jusqu'à la grande offensive iranienne de janvier dernier, Khomeini, ses acolytes et son état-major, pouvaient encore « raisonnablement » penser remporter la victoire. L'échec de cette formidable offensive, par laquelle des centaines de milliers d'embrigadés et de fanatisés iraniens ont été offerts en cibles faciles à la puissance de feu irakienne, a démontré que l'équilibre militaire global est tel entre les deux pays qu'il n'y a aucune commune mesure entre le coût humain et matériel des opérations et les très maigres résultats territoriaux qui peuvent réellement en résulter pour l'Iran, en cas de « succès ».
Best vrai cependant que Khomeini aujourd'hui, comme hier, ne mise pas exclusivement sur une victoire militaire. Dans un cas comme dans l'autre, l'assaillant s'attend à ce que ses assauts provoquent ou favorisent un renversement politique de l'adversaire, c'est d'ailleurs le seul argument dont disposent encore les khomeinistes face au manque d'ardeur dont font preuve l'état-
TRAN-IRAK major de l'armée iranienne et les masses appelées à servir encore de chair à canon. En effet, la prochaine offensive iranienne est sans cesse retardée. Prévue initialement pour le Nouvel An iranien, en mars, elle a ensuite été prévue pour le 21 juin, date anniversaire de la mort de l'imam Ali, fondateur du chiisme, et se fait toujours attendre. Ces reports donnent crédit aux informations faisant état de tiraillements entre les dirigeants khomeinistes et l'état-major militaire iranien. Ce dernier serait quant à l'utilité d'une nouvelle offensive de grande envergure, reflétant un état d'esprit qui se répand parmi les soldats. Ce sont ces derniers que le président de la République islamique, Khamenei, cherchait à convaincre dans son allocution du 20 juin dernier, au cours de laquelle il déclarait : « Le régime actuellement le peuple musulman d'Irak ne durera pas. certain que nos courageux combattants, s'appuyant sur l'aide de la puissance éternelle de Dieu et grâce à l'esprit saint du mois de Ramadan et de l'âme du saint imam Ali, pourront effacer de la carte de la région cette tâche honteuse. ennemi est aujourd'hui plus faible que jamais. (...) Il ne peut pas durer. »
Ces paroles ne sont en fait, et c'est bien le cas de le dire, que des vœux pieux. La perspective d'aller tout droit au Paradis semble susciter de moins en moins de candidatures au martyre, et ce n'est d'ailleurs pas un hasard si les candidats actuels se recrutent surtout parmi les très jeunes gens. L'échec de la dernière grande offensive a ébranlé la foi de ceux qui étaient persuadés que Dieu combattait à leur côté. Khamenei leur promet que la victoire est imminente, pour leur arracher encore un effort. Cependant, il ment sciemment en affirmant que le régime irakien est plus faible que jamais. Celui-ci est au contraire même plus fort aujourd'hui qu'il ne l'était un an ou deux auparavant, quand il était en pleine débâcle militaire et politique. Il a pu, depuis, se réorganiser, avec l'avantage de mener à son tour une guerre de défense du territoire et d'avoir rejeté la responsabilité de la poursuite des combats sur son ennemi iranien.
Il est vrai que le régime irakien montre toutefois des signes de fatigue — le contraire eût été étonnant —, mais moins, en tout état de cause, que le régime de Qom-Téhéran. Saddam a même de bonnes raisons de croire qu'il l'emportera à l'usure. Ses soldats ont la mystique religieuse en moins, mais aujourd'hui le patriotisme « défenseur » en plus. Et surtout, il maîtrise bien mieux le nerf de la guerre, l'argent, car il jouit d'un revenu par tête d'habitant plus élevé, de la garantie et de l'aide financière des Etats pétroliers du Golfe, Arabie saoudite en tête, du crédit de la France et de l'appui effectif de l'Union soviétique, qui lui fournit près des trois-quarts de son armement, avec d'autant plus de bonne volonté que l'Irak est aujourd'hui en position de défense. La meilleure illustration de l'état économique des deux pays se trouve dans le fait suivant : alors que les énormes mobilisations militaires iraniennes sont très loin de résorber l'immense chômage qui sévit dans le pays, l'Irak est obligé de faire appel à un très grand nombre de travailimmigrés, dont plus d'un million d'Egyptiens, pour compenser la main-d'œuvre irakienne mobilisée sur le front.
Conscients de leur avantage économique, les baassistes irakiens jouent sur ce tableau. Ils ne misent plus, à court terme du moins, sur le renversement du régime Khomeini, mais visent à l'obliger de se résigner à mettre fin à la guerre (1), faute de moyens financiers. C'est pourquoi ils ont pris le risque de s'en prendre aux tankers desservant le terminal pétrolier iranien de Kharg, persuadés par ailleurs que l'Iran n'a plus aujourd'hui les moyens de mettre à exécution sa menace de fermer l'ensemble du Golfe à la navigation (2). Depuis, les velléités iraniennes dans cette direction ont prouvé calcul. L'aviation iranienne a payé de deux avions, le 5 juin, son incursion du côté saoudien, et s'est montrée incapable de faire monter les enchères. Et pour cause : près de 70 F-4 et F-5 iraniens contre 170 F-5 et Lightning saoudiens, 6 F-14 iraniens contre 62 F-15 Eagle saoudien, avec, surtout, un appui opérationnel to tal de la machine de guerre américaine à l'Arabie saoudite, le plus « cher » de tous les Etats du tiers-monde aux yeux de Washington, et sans aucun doute son allié le plus rentable (3).
A l'adresse de ceux qui ont vu dans la riposte saoudo-américaine contre l'Iran la preuve de la validité de leur manichéisme sommaire épousant les thèses khomeinistes selon lesquelles l'Iran serait la cible d'une alliance inter-impérialiste, il est né. cessaire de préciser que cette riposte conjointe s'intègre parfaitement à la politique de l'impérialisme américain telle que
1. En revenant aux frontières de l'accord d'Alger de 1975, contestées en 1980 par Saddam, qui s'en est repenti depuis.
2. L'unique débouché pétrolier irakien sur le Golfe étant bloqué depuis le début des hostilités, l'Iran menaçait de fermer le détroit d'Ormuz en riposte a toute attaque contre son terminal de Kharg, suscitant ainsi la pression sur l'Irak des Etats pétroliers arabes et des Etats impérialistes pour empêcher ce type d'escalade
3. L'armée saoudienne est entièrement encadrée par le Pentagone et fonctionne en étroite coordination avec la flotte américaine croisant dans la région. De surcroît, un centre ultra-mocommandement saoudo-américain est en voie de construction à Ryad, la capitale saoudienne, pour un coût de