La dette, le Fonds monétaire international des conditions de production moyenne et pital-argent, il est pris sur une monnaie
Par un rand conome mondiale an bourgeois et de
A reprise de l'économie mondiale annoncée pour 1982 hauts responsables des organismes financiers internationaux ne s'est pas produite à cette date. En 1983, la crise s'est même approfondie sur toute une série de plans, à tel point qu'un responsable de la Banque mondiale, A. W. Clausen était amené à déclarer : « Le développement mondial se trouve face au frein le plus sérieux que nous ayons enregistré depuis la dépression des années trente. (1) » Parallèlement à cette situation, les politiques d'austérité imposées par le Fonds monétaire international (FMI) tendent à s'ériger en norme de conduite économique de toutes les économies en difficulté. Nous en avons un bon exemple avec les propos du président mexicain,
Miguel de la Madrid, qui affirmait fin 1983 : « Nous sommes en crise en tant que nation et communauté, car nous n'avons pas prêté attention aux équilibres économiques fondamentaux.
Nous n'avons pas fait attention à l'équilibre nécessaire entre ce que nous consommons et ce que nous épargnons. Nous avons consommé plus que nous n'avons gagné par notre travail. C'est
Hector GUILLEN REMO
L'analyse du mode de production capitaliste définit le cycle du capital suivant une formule A-M-A', dans laquelle A représente l'argent avancé par le capitaliste,
M le capital productif et A' la valeur
« réalisée » en fin de circuit du capital. Le capitaliste industriel ne doit pas nécessairement avancer tout le capital A. Il a donc recours à des prêts de diverses façons, et se tourne en particulier vers les banques pour obtenir un crédit à la production. Ce crédit irrigue le financement de l'accumulation capitaliste. Dans ce cas, tout se passe au départ comme si la vente de la marchandise était déjà réalisée, même si ces marchandises ne sont pas encore vendues ni même produites. « La banque accorde le crédit écrit Suzanne de Brunhoff, anticipe la validation sociale des marchandises produites par l'industriel.
La banque est sûre du fait que ces marchandises seront vendues et que l'industriel la remboursera avec le produit de cette vente. (...) La banque effectue une
"pré-validation privée du travail privé". (3) » Cela signifie qu'il ne s'agit pas d'un crédit avalisé par des marchandises existantes, mais d'un crédit avalisé par des marchandises à produire, c'est-à-dire par une valeur « en processus de réalisation » (4).
LA DETTE INTERNE
Le capitaliste s'engage par rapport à la banque à rembourser le capital avancé sur la production avec, en plus, un excédent, le taux d'intérêt déduit du bénéfice réalisé. Le capitaliste n'est capable de respecter ses engagements que s'il opère dans et le dogme de l'austérité miter la consommation. (2) » consacre l'article qui suit. s'il vend ses marchandises à un prix de production qui lui permette d'obtenir un taux de profit moyen. Nous sommes ici face à la notion marxiste de capital ficomme un capital argent « producteur » d'intérêt. De façon plus spécifique, ce capital, prêté par son détenteur - en général les banques - à l'industriel, extrait une partie de la plus-value sous la forme d'un taux d'intérêt sur la somme prêtée. L'on peut ainsi distinguer le capitaliste industriel, qui perçoit un bénéfice, du capitaliste détenteur de l'argent prêté comme capital. La rémunération de ce dernier, par l'intérêt de l'argent prêté, dépend des rapports de forces existant entre le créditeur (la banque) et le débiteur (l'industriel). La raison de cette distribution de la plus-value en bénéfice et en intérêt est due au fait que la propriété du capital-argent n'est pas entre les mains du capitaliste industriel. Mais il faut préciser un autre élément, afin que la distribution de cette plus-value en bénéfice et intérêt n'apparaisse pas comme le partage d'un gâteau où l'un gagne ce que l'autre perd : toute augmentation importante des taux d'intérêts doit s'accompagner d'une réduction importante des salaires, de telle sorte que le taux de profit demeure à un niveau qui encourage l'investissement.
Nonobstant, il est d'une importance cruciale de comprendre que dans le système capitaliste contemporain, la fonction des banques ne se réduit pas au rôle d'un simple intermédiaire financier chargé de centraliser l'épargne privée et de la drainer vers la production. En effet, le capital avancé par les capitalistes ne provient pas nécessairement d'un fonds existant de ca-
ENDETTEMEN pour cela que nous avons un fort endettement. (...) Nous devons investir plus, épargner plus, et pour cela, nous devrons li-
Face à ces faits s'imposent une série d'interrogations :
dans quelle mesure les politiques monétaires restrictives pratiquées par le FMI pendant la crise ont-elles joué un rôle dans son approfondissement ? Est-il possible de concevoir, pour des raisons scientifiques que, dans une période de crise économique, les gouvernements — avec l'appui du FMI - cherchent à équilibrer leurs comptes ? La politique du FMI correspond-t-elle aux règles monétaires qui conviennent au système économique et social en vigueur, ou bien représente-t-elle plutôt l'application à ce dernier de règles d'un système qui n'existe que dans la tête des théoriciens de l'austérité ? Les politiques monétaires restrictives sont-elles contradictoires avec les fondements du capitalisme comme économie monétaire de production ? C'est à répondre à ces questions, et à quelques autres encore, que se créée par les banques, qui apparaît toujours ex-nihilo. A la différence d'un simple rôle d'intermédiaire financier, la création de cette monnaie bancaire privée ne provient pas de l'utilisation d'un capital- argent produit d'une épargne privée. Il s'agit d'une création ex-nihilo, qui suppose seulement de la part de la banque privée la détention d'un certain pourcentage de réserves à la Banque centrale, selon des normes fixées par l'Etat.
A la différence de la monnaie sociale ou publique émise par la Banque centrale, la monnaie bancaire privée n'a donc pas directement d'équivalent général, mais elle est un signe de crédit. La banque qui effectue le prêt émet de la monnaie, et ce faisant, dit-on, elle se crée une dette envers elle-même (5). Elle prête au capitaliste industriel, qui anticipe un bénéfice, sur
1. « Rapport sur le développement dans le monde », Banque mondiale, 1983, p. 111.
2. Excelsion, Mexico, 17 novembre 1983.
3. Suzanne de Brunhoff,
Etat et capital,
PUG Maspéro, Paris, 1978, p. 109.
4. Alain Lipietz, Crise et inflation, pourquoi ?, Maspéro, Paris, 1979.
5. Selon Jean Ullmo, « toute création de monnaie constitue une dette pour l'institution créatrice, qu'il s'agisse de la Banque centrale créatrice de la monnaie fiduciaire ... ou des banques ordinaires créatrices de monnaie écride telle sorte que « d'un point de vue te ».
théorique, il ne convient pas de distinguer la
• monnaie et l'endettement, toute monnaie est un endettement », in le Profit, Dunod, Paris,
1970. Cette idée, appuyée sur le sens commun, a été récemment remise en question par Alain
Parguez.
En effet, pour le théoricien du circuit dynamique, la monnaie peut être considérée comme une dette des banques, car les banques ne doivent rien à personne. Cf.
Alain Parguez, La monnaie, la demande effective et la crise, document miméographique, p.
7 et 8
la base d'une promesse de paiement qui ne se réalisera pas forcément. De son côté, le capitaliste industriel se sert du crédit qu'il a obtenu de la banque pour payer les biens de capital et les salaires, comme s'il disposait d'un équivalent général. Les banques sont soumises à la restriction monétaire vis-à-vis de la société dans son ensemble, car elles sont obligées de pouvoir convertir à tout moment les différentes monnaies bancaires privées en monnaie sociale ou publique de la Banque centrale. Cette conversion permanente et à 100 % est bien la preuve que la monnaie bancaire a les mêmes attributs que l'équi-
Contrairement aux apparences, Banque centrale ne crée pas de monnaie : elle légalise, en convertissant en monnaie de la Banque centrale la monnaie bancaire privée, une création monétaire qui a eu lieu antérieurement en résultat d'opérations de crédit bancaire. « La banque centrale, affirme Jacques Léonard, institue sa propre monnaie comme résultat d'actes de crédits décentralisés, elle est la garantie de leur valeur et, par la-même, elle se trouve obligée d'une certaine façon d'affirmer la valeur de l'ensemble des signes monénétaires en circulation en les convertissant dans sa propre monnaie. (6) » Ainsi, la Banque centrale se rend solidaire d'une création monétaire d'origine privée, pure création de signes monétaires sans relation avec une quelconque contrepartie matérielle préexistante, mais en relation directe avec une production anticipée (7).
Avec l'émission de la monnaie bancaire, le crédit déborde des limites imposées par l'épargne. L'extension du crédit confère une flexibilité transactions. Ce n'est plus l'épargne qui détermine l'investissement, mais le contraire. Comme le souligne Alain Parguez : « Le coût des investissements n'est pas limité par un fonds d'épargne surgi de l'abstinence. L'enchaînement épargne-investis-
Best métaphysique ! (8) » Cette idée a été comprise voilà bien des années par Keynes, qui considérait que le plus important de la théorie générale c'était la démonstration du fait que le coût d'investissement n'est jamais déterminé par un fonds d'épargne existant. Toutefois, le crédit ne modifie pas le caractère fondamental de la production de marchandises, dont la nécessité sociale n'est pas prise en compte a priori. Le crédit peut reculer la validation sociale du travail privé, mais il ne peut la supprimer. Le crédit ne peut empêcher qu'un jour ou l'autre la production ne soit sanctionnée par son échange contre la « vraie » monnaie (monnaie sociale ou publique). La « restriction monétaire » ne peut s'évader.
Sans prendre en compte le caractère de la monnaie publique, c'est-à-dire sans prendre en compte le fait qu'elle soit convertible ou non, le crédit permet de reculer les délais de paiement. La banque ne se limite qu'à anticiper la validation sociale des marchandises (9). D'une certaine façon, comme nous l'avons déjà souligné, la banque ne fait qu'effectuer une « pré-validation » privée du travail privé, la validation sociale effective se produisant seulement quand le produit a été échangé contre de la « vraie monnaie ». En effectuant cette pré-validation, la banque s'expose pour son propre compte, car les crises de réalisation peuvent conduire à des faillites bancaires. Comme produit de la monnaie centrale, dont le cours est imposé par rapport à l'or, la crise de réalisation prend une forme différente, celle de l'inflation. En effet, les banques doivent toujours être en mesure de changer leur propre monnaie contre celle de la Banque
Cette émission de monnaie pour convertir celle des banques est une sorte de validation sociale des anticipations privées des banques et du capitaliste industriel. Mais, d'un côté, les billets émis par la Banque centrale ne sont pas encore l'expression d'une marchandise produite, et d'un autre côté, comme anticipation d'un produit futur représenté par des signes de monnaie bancaire, en cas d'impossibilité de réalisation de la marchandise, ces billets ne représentent nu'une espèce de « pseudo-validation sociale du travail privé » (10). Dans ces conditions, l'équivalence réelle de la monnaie, dont le cours est imposé par rapport à l'or, est rendue impossible. La monnaie nationale subit alors une perte de valeur, c'est-à-dire que son prix effectif en or baisse continuellement par rapport à la définition légale de la monnaie nationale. Ainsi donc, quand la validation sociale du travail privé se réalise avec la médiation de l'Etat émetteur de billets inconvertibles, la crise de réalisation se manifeste par une crise inflationniste (11). Cette situation favorise une « fuite en avant » de l'accumulation, une poursuite de la production capitaliste qui L'inconvertibilité de la monnaie centrale n'annule pas ces risques, elle ne fait que
LA DETTE EXTERIEURE, L'EURO-DOLLAR En vertu de la division internationale du travail, les capitalistes se voient obligés, à de multiples occasions, de solliciter des prêts en monnaie étrangère. Ces crédits se distinguent des opérations de chan-
6. Jacques Léonard, « Politique monétaire et économie monétaire : unité ou conflit », Economie appliquée, numéro 3, 1983, p. 548.
7. Il faut noter que cette approche, selon laquelle la monnaie est le premier objet d'une création privée en relation directe avec la production, la monnaie étant créée indirectement à partir des monnaies privées, s'oppose radicaleconception monétariste orthodoxe d'une base monétaire publique, source exclusive des possibilités de création monétaire privée.
8. Cf. Alain Parguez, op. cit. 9. La notion d'anticipation est fondamentale dans une économie monétaire de production. Ainsi, comme l'investissement privé constitue une anticipation, c'est-à-dire un « pari » sur l'amplification de la production qu'elle devra susciter et sur la réalisation monétaire de ce supplément, la création monétaire, sa nature de création ex-nihilo, constitue également une anticipation, un « pari » (postulat) sur la possibilité de circulation des signes monétaires comme support de production et d'un revenu futur.
Chili : « la Granja », le quartier le plus pauvre de San ge par le fait qu'il ne s'agit pas d'achat et de vente de devises, mais de prêts. Par là même, elles doivent être distinguées des opérations de crédit originaire analysées dans la partie précédente, car il ne s'agit pas là de prêts dans la monnaie locale. Il s'agit par exemple, pour la France, de prêts effectués par une banque française ou étrangère en dollars. C'est dans ce sens que l'on parle d'euro-dollars, expression incorrecte dans la mesure où cette opération ne s'effectue pas nécessairement en Europe et ne se réalise pas forcément en dollars. Il s'agit simplement de dépôts et de prêts effectués dans une monnaie différente de celle du pays où se réalise
La hausse des euro-devises « est liée à la pénurie de dollars et de moyens de payement internationaux dans les années 1950. Le marché de l'euro-dollar fut un moyen empirique de résoudre le problème en accélérant la vitesse de circulation des dollars extérieurs, créant ainsi une monnaie écrite par le mécanisme de multiplication du crédit à partir de la "base internationale des dollars", c'est-à-dire de l'ensemble des dollars payés, donnés ou prêtés par les Etats-Unis au reste du monde » (12). Ainsi, l'adéquation de l'offre
10. Cf. Suzanne de Brunhoff, op. cit., p.
11. Nous ne voulons pas dire par là que la création monétaire soit la cause de l'inflation. Cette dernière a différentes racines que nous n'analyserons pas ici. La seule chose que nous affirmons, c'est que la monnaie est le support, la condition qui permet l'inflation. Il est évident que sans la croissance de la masse monétaire, l'inflation est impossible. C'est là la raison de la relative « inefficacité » des monétaristes, qui non seulement en finissent avec l'inflation, mais détruisent aussi l'économie.
12. René Sandretto, Le pouvoir et la monnaie, Economica, Paris, 1983. Les euro-devises forment une masse de liquidités sans possibilité de contrôle direct par les autorités monétaires. Cela donne aux banques commerciales l'avantage décisif de pouvoir échapper aux restrictions imposées sur les opérations domestiques et leur permet de déroger aux mesures nationales de restriction des liquidités bancaires.
go. (DR) à la demande de liquidités constitue la raison de cette apparition du marché des euro-devises.
Si l'euro-dollar est un marché vraiment mondial, s'il n'est pas rigoureusement localisé dans une partie du monde, s'il suffit de l'envoi d'un télex ou d'un coup de téléphone pour que des milliers de dollars soient transférés d'une partie de la terre à l'autre, il ne s'agit pas là d'une monnaie apatride ou sauvage, imperméable à toute forme d'intervention de l'Etat. Bien au contraire, l'euro-dollar est le fidèle témoin d'une structure hiérarchique du système monétaire international où s'exerce l'hégémonie du dollar. L'euro-dollar, suivant l'expression de René Sandretto, est une « prolongation extra-territoriale du marché monétaire américain ». En effet, comme l'ont démontré divers spécialistes des finances internationales, le marché de l'euro-dollar est totalement perméable à la politique économique américaine. La « régulation Q » (13), liée à une restriction du crédit aux EtatsUnis, provoque une pénurie de liquidités dans les banques américaines, qui se voient alors obligées de solliciter des prêts sur le marché de l'euro-dollar. Ceci provoque une hausse des taux d'intérêts des marchés monétaires européens. Pour les pays européens, les conséquences sont claires : conversion des monnaies nationales en dollars et placements én euro-dollars. Cela entraîne une baisse de la valeur des monnaies européennes (éventuellement même des dévaluations) et un transfert des dollars extérieurs teur public vers le privé, c'est-à-dire des banques centrales vers les banques pri-
Dans les années 1970, notamment après le premier choc pétrolier de 1973-1974, le marché des euro-devises s'est vu alimenté de liquidités internationales provenant des excédents de la balance des payements des pays exportateurs de pétrole, notamment ceux de l'OPEP. Ces conditions favorables de liquidités internationales n'ont pas été mises à profit par les pays industriels qui commençaient déjà à être touchés par la crise. C'est aux pays sous-développés, et plus particulièrement ceux qui sont les plus avancés processus d'industrialisation, qu'il échoit de se servir de cette masse de liquidités pour financer leur accumulation. En effet, des pays comme le Brésil, le Mexique, l'Argentine et la Corée du sud entre autres, ont absorbé l'excédent de l'OPEP avec la coopération enthousiaste des banques privées internationales, qui ont transformé cette tâche de recyclage des pétro-dollars en un superbe commerce financier (14). Particulièrement entre 1972 et 1974, la masse de liquidités dont disposaient les banques était telle qu'elles se sont trouvées en difficulté pour utiliser toutes leurs ressources. Les banques se livraient à une compétition féroce pour fournir en capitaux les nouveaux prestataires qui cherchaient activement à attirer le marché (15). Les pays en voie de développement les plus avancés dans le processus d'industrialisation ont reçu la majeure partie des prêts de la banque privée internationale et contribuèrent ainsi non seulement au recyclage des pétro-dollars, mais favorisèrent la croissance de leurs économies et limitèrent l'amplification de la crise mondiale. Ainsi, l'endettement extérieur des pays semi-industrialisés favorisait une "fuite en avant » de l'accumulation qui empêchait que la crise économique internationale ne s'aggrave davantage.
LE RISQUE DE KRACH FINANCIER INTERNATIONAL Vers la fin des années 1970, les EtatsUnis ont opéré un important virage dans leur politique économique. La Banque centrale des USA (Federal Reserve Bank), convaincue que la crise provenait du laxisme monétaire, mit fin à la politique des taux d'intérêt peu élevés et coupa le robinet du crédit. Les taux d'intérêts augmentèrent de façon vertigineuse, au fur et à mesure que « l'offre monétaire » (crédit) se fit plus « avare ». Vint alors le moment où, au travers du mécanisme expliqué dans le chapitre précédent, le crédit commença à se raréfier sur le marché des euro-dollars et où les taux d'intérêts commencèrent à s'élever dans le monde
13. Sur ce point, il faut signaler « qu'aux Etats-Unis l'administration intervient pour fixer un plafond aux taux d'intérêts que les banques accordent pour les dépôts à terme. mentation porte le nom de "régulation Q". En laissant le taux de rendement des obligations, des hypothèques, et mêmes des effets commerciaux négociés librement dépasser le taux fixé par la "régulation Q", les autorités monétaires disposent d'un moyen infaillible pour priver les banques de ressources. En effet, ceci équivaut a organiser la fuite des déposants vers des emplois tion du crédit bancaire est d'une efficacité absolue », Jean Denizet, « Chronique d'une dé-
Inflation, dollar et euro-dollar,
14. Pendant la décennie des années 1970, l'endettement à moyen et à long terme de ceux que la Banque mondiale appelle les pays en voie de développement, a augmenté de 20 % par an. « Rapport sur le développement dans le monde », Banque mondiale, 1983, p. 22.
entier, ce qui découragea le peu d'investissement qui s'effectuait encore.
Loin d'atténuer la crise, cette politique l'approfondit. Bien évidemment, cette vigoureuse action sur les liquidités bancaires provoqua une nette diminution de l'inflation (dans certains pays développés comme les Etats-Unis), de la même façon qu'un feu privé d'air voit son intensité baisser. Mais le prix payé pour cela a été très élevé. Un grand nombre de pays, notamment les pays en voie de développequi s'étaient fortement endettés dans les années 1970, se sont trouvés dans l'incapacité de rembourser le capital emprunté et les intérêts. Commença alors à planer sur le monde la menace d'un krach financier international dont les premières victimes seraient les banques commerciales qui opèrent sur le marché de l'euro-dollar.
La majeure partie des pays dépendants sont fortement, vulnérables aux pressions apparues au début des années économique américaine. La crise économique internationale a réduit les revenus de ces pays provenant de leurs exportations tandis que, dans le même temps, la hausse des taux d'intérêts réels rendait plus pesant le service de la dette extérieure. Certains pays d'Amérique latine qui devaient de fortes sommes, résultat de « l'économie internationale d'endettement » des années 1970, ont été gravement affectés par la hausse des taux d'intérêts et la dégradation des termes de l'échange (16). C'est le cas du Brésil, le plus important débiteur du monde, avec une dette extérieure estimée par l'OCDE à 87 milliards de dollars qui, entre 1979 et 1982, a été privé de plus de 25 milliards de dollars en raison de la dégradation des termes de l'échange et de plus de 15 milliards de dollars en raison de la hausse des taux d'intérêts (17).
La situation n'a pas été pour le Mexique, oasis d'expansion dans un monde en crise, qui est devenu en l'espace de quelques années l'un des pays les plus endettés du monde (85 milliards de dollars en 1982), et qui s'est trouvé en rembourser ses dettes à échéance. Il n'y a pas que le Brésil ou le Mexique qui se
15. L'un des moyens utilisés pour attirer le marché, c'est bien évidemment l'argent bon marché. Sur ce sujet, il faut signaler que même si le taux d'intérêt nominal sur l'ensemble de la dette des pays en voie de développement est passé d'une moyenne de 6,3 % en 1970 à 8,9 % en 1980, cette hausse a été inférieure à l'augmentation annuelle du prix de leurs importations et exportations, comme au taux d'inflation des pays industrialisés. En ce sens, le taux d'intérêt réel, c'est-à-dire le taux nominal « déflationné » par l'un quelconque des facteurs que nous avons signalé auparavant, a diminué entre 1970 et 1980. Idem.
16. Selon l'expression d'Henri Bourguinat, une économie internationale d'endettement (overdraft economy), c'est celle où les marchés monétaires et financiers sont déterminés par la demande d'endettement et sont aptes à répondre à toute nouvelle demande de fonds.
17. Cf. Celso Furtado, « Dette extérieure : quel type de renégociation ? », le Monde diplomatique, août 1983.
taux n'ont pas exploré d'autre chemin que rieur, réserves d'or et de devises des pays trouvent confrontés à de tels problèmes. C'est le cas de plusieurs autres pays latino-américains, entre autres de l'Argentine, du Venezuela, du Chili, du Pérou, du Costa Rica et de la Bolivie, qui ont été victimes de la hausse des taux d'intérêts et de la baisse de leurs revenus liés aux exportations, de telle sorte que faute de devises pour pouvoir continuer à financer leurs importations, ils se sont vus dans la nécessité de réduire drastiquement le rythme de leur activité économique. Sur ce problème, on estime que le Produit intérieur brut (PIB) des pays latino-américains a baissé de 3,6% entre 1980 et 1982(18).
Au fur et à mesure que les divers indicateurs de l'endettement extérieur des pays en voie de développement montraient une évolution défavorable, les banques privées cherchaient à se introduisant des taux d'intérêts variables, des prêts à court terme et en association. Les taux d'intérêts variables protégeaient les banques de l'inflation, les prêts à court terme étaient plus faciles à accorder que ceux portant sur le long terme, et les prêts en association répartissaient risques entre plusieurs banques. Malheureusement, au lieu d'éclaircir la situation, ces solutions l'ont aggravée. En effet, les taux d'intérêts variables rendaient les modifications de la politique monétaire des Etats-Unis: l'augmentation de 1% des taux d'intérêts aux USA implique pour ces pays la perte de centaines de milliards de dollars. En ce qui concerne les prêts à court terme, même s'ils assainissent la situation à court terme, ils rendent plus vulnérables les pays endettés en cas de hausse des taux d'intérêts et de repli brutal des banques centrales. Enfin, sur les prêts en association, il faut signaler que l'incertitude inhérente aux perspectives économiques a obligé les banques à consacrer plus de ressources à l'évaluation des risques, ce qui a augmenté les coûts et incité un certain nombre de petites banques à cesser leurs prêts.
Ainsi, les divers moyens utilisés par les banques pour réduire leurs risques financiers n'ont pas porté leurs fruits, et le risque que les banques voient la totalité ou partie de leurs financements gelés par une évolution défavorable des pays débiteurs est chaque fois plus une réalité. Un principe simple, énoncé voilà longtemps par John Maynard Keynes, permet de mieux saisir la logique de la situation actuelle. Si, par exemple, vous devez à votre banque 100 000 ou 300 000 dollars, c'est vous qui devez vous en préoccuper. Au contraire, si vous lui devez plusieurs centaines de millions de dollars, c'est eux qui doivent s'en préoccuper. Actuellement, le niveau d'endettement est tel que l'interdépendance financière est devenue totale : le pouvoir des banques créditrices et des pays débiteurs tend à s'équilibrer. Jusqu'à présent, les banques créditrices et, derrière elles, les banques centrales, les organismes financiers internationaux et les pouvoirs politiques des pays occiden-
Dau L L/ République dominicaine : manifestation des femmes de la campagne. (DR) cel de l'asment des conditions du crédit (taux, échéances, etc.), en reconduisant simultanément les prêts, en accordant de nouveaux délais de payement et des moratoires aux pays les plus endettés. Parallèlement au renouvellement des prêts aux pays en difficulté, les banques s'efforcent plus que par le passé — ce avec l'aide du FMI - de contrôler non seulement l'utilisation qui est faite des fonds prêtés, aussi la politique économique, financière et monétaire des pays endettés.
LE FONDS MONÉTAIRE
INTERNATIONAL (FMI) En réaction aux désordres caractéristiques de la période 1930-1940, les gouvernements des grandes puissances occidentales se mettaient d'accord avant même la fin des hostilités de la Seconde Guerre mondiale sur une série de principes qui devaient régir les relations commerciales et monétaires internationales une fois la paix revenue. Ces principes étaient à l'origine des accords de Bretton le 22 juillet 1944 qui, entre autres choses, instituaient le FMI, et de l'Accord général sur le commerce et les tarifs douaniers
Le FMI est loin d'être la super banque centrale que préconisait J. M. Keynes. C'est bien plus un « pool de devises » ou un « bazar d'or et de devises ». Le FMI dispose d'un capital constitué par les quotes-parts des différents Etats membres. Il peut faire des prêts aux membres en difficulté, dont la parité monétaire se trouve menacée sur les marchés des changes. Ces prêts prennent la forme de swaps, c'est-à-dire de crédits croisés entre le FMI et l'Etat emprunteur (19). Dans ces conditions, le FMI dispose d'une quantité de monnaie du pays emprunteur supérieure à sa quote-part. Toutefois, le FMI ne peut élever ses avoirs dans la monnaie du pays débiteur qu'à concurrence du double de la quote-part de ce pays, ce qui limite les possibilités de recours au Fonds.
D'autre part, les quotes-parts fixées en fonction de multiples considérations — revenu national, volume du commerce exté-
IrD NICE a y Doclores
NO MA en question, etc. - déterminent le pouvoir de vote au Conseil des gouverneurs, qui est l'organe suprême de décision, et où chaque Etat membre dispose d'un représentant. Pour cette raison, chaque fois qu'il y a une augmentation de capital du FMI, chaque Etat s'efforce de maintenir sa part relative. En 1981, après la septième révision générale des quotes-parts respectives, le capital du Fonds était équivalent à 72 milliards de dollars. La part respective des membres les plus importants était environ de 20% pour les EtatsUnis, 7% pour l'Angleterre, 5 % pour la République fédérale d'Allemagne (RFA), 4,5 % pour la France, 4 % pour le Japon, et 3,5 % pour l'Arabie saoudite (20). Ces pays sont représentés de façon permanente au Conseil d'administration, organisme exécutif du Fonds, alors que les autres pays sont sélectionnés chacun à leur tour, à l'exception de la République populaire de Chine, qui fut élue membre permanent depuis son intégration au sein du Fonds, en 1980. Les décisions les plus importantes doivent être prises avec 85 % des voix, ce qui octroie aux Etats-Unis le droit de veto. Ainsi, tout est soigneusement organisé pour que le pouvoir financier international détenu par le FMI n'échappe pas aux grandes puissances occidentales, et encore moins aux USA.
L'utilisation des ressources du Fonds n'est pas un droit mais un privilège qui ne peut être exercé que sous certaines condi-
18. « Rapport sur le développement dans le monde », Banque mondiale, 1983
19. Contrairement à une opinion largement répandue, le FMI n'est pas juridiquement un organisme de crédit qui prête à ses membres. Le Fonds ne fait que procéder à des échanges de monnaie. Il fournit aux pays membres qui en font la demande, et sous certaines conditions, la monnaie d'autres pays membres contre de la monnaie nationale. Ces échanges augmentent les avoirs du Fonds en monnaie des pays demandeurs et les réduisent d'un montant équivalent dans la monnaie des pays sollicités. Néanmoins, le pays demandeur s'engage à changer à nouveau, contre de l'or ou des devises, le même Sandretto, Le pouvoir et la monnaie, Economica, Paris, 1983.
20. Cf. Frédéric Poulon, Economie générale, Dunod, Paris, 1982, p. 196.
moindre augmentation. Sur les 29 pro- vient de tuer, pour se constituer une résertions. Grâce à cela, le Fonds a un pouvoir de contrôle de la politique économique, financière et monétaire des pays débiteurs, contrôle qui lui permet de leur imposer la conception dominante ou celle qui est la plus en accord avec les intérêts du grand capital des principaux pays industriels. En vertu du « sacro-saint principe de base selon lequel les pays doivent vivre selon leurs moyens », on impose aux pays en difficulté les normes classiques de l'orthodoxie financière, qui supposent la préservation de la solvabilité des débiteurs (21). En effet, le FMI peut exiger des justifications sur les objectifs de la politique économique du pays qui sollicite une aide, il peut contrôler l'exécution du programme de stabilisation, et exercer une pression sur la politique monétaire et financière du pays, la gestion des services publics, remettant ainsi souvent en cause l'autonomie nationale dans l'établissement des conditions salariales.
Dans la conjoncture actuelle, les économistes du FMI défenseurs virulents du dogme de l'austérité, soutiennent que l'inflation est la source de tous les maux (chômage, déséquilibre extérieur, etc.), et qu'elle trouve sa raison d'être et s'alimente du laxisme monétaire et des « politiques financières trop expansionnistes » des différents pays (22). En conséquence, les politiques de stabilisation doivent tendre à en finir avec cette source de tous les maux, au travers de mesures de déflation qui permettent parallelement de rétablir l'équilibre extérieur au moyen de la contraction des importations en conséquence de la réduction du rythme de l'activité économique. D'une manière générale, trois éléments caractérisent les politiques imposées par le FMI aux pays qui ont recours à son aide. Premièrement, l'instauration de mesures destinées à réduire les dépenses au moyen d'une restriction du crédit (en élevant les taux d'intérêt) et une diminution des déficits antérieurs. Deuxièmement, une forte opposition à toute tentative de défense des intérêts des travailleurs contre la rigueur de la politique d'austérité. Troisièmement, une opposition aux mesures destinées à améliorer la balance des payements du pays concerné au moyen de barrières douanières, réglementation des importations, taux de change multiples, etc. En général, avec tout cela, le FMI exige une dévaluation de la monnaie.
Mis à part le renoncement à certains attributs fondamentaux de la souveraineté nationale, ce qui attire le plus l'attention dans la thérapeutique imposée par le FMI, c'est son caractère uniforme, particulièrement inadapté au contexte des pays sous-développés, antisocial et, comme si tout cela ne suffisait déjà pas, son inefficacité, c'est-à-dire son incapacité à permettre à ces pays de sortir de la crise. En effet, dans une étude élaborée par les techniciens de cette institution portant sur 75 plans de stabilisation exécutés sous la houlette du FMI, il est démontré qu'il n'y a eu augmentation de la réserve nette de devises que dans 18 cas. Cela signifie que trois pays sur quatre n'ont pas eu la contre l'inflation pour lesquels on avait une information pertinente, sept pays ont réussi à réduire leur taux d'inflation, c'est-à-dire que la lutte contre l'inflation menée par des mesures strictement monétaires a échoué dans les troisquart des cas étudiés. A l'inverse, une dégradation sur dans plus de la moitié des cas étudiés (23).
Mais, pour imposer ses plans d'austérité, le FMI n'agit pas seul. Il faut souligner la participation importante et active des dirigeants des plus grandes banques privées aux activités du Fonds, dans les assemblées générales, les groupes d'experts, etc. Cela n'étonne guère, quand on sait que les banques privées assurent un volume de prêts internationaux incomparablement plus élevé que le Fonds n'a la possibilité de le faire. Les banques priqui assurent de loin l'essentiel du financement des déficits de la balance des payements, mettent comme condition à l'octroi de crédits dans les situations risquées, l'ouverture préalable de crédits par le FMI. Actuellement, le FMI joue moins le rôle de « deuxième ligne de réserve » que celui de créditeur en première instance de montants (relativement) faibles, mais qui permettent d'obtenir des pays en difficulté la mise en place de plans d'austérité qui les rendent dignes de l'attribution de crédits privés. Dans la pratique, les banquiers considèrent les accords de prêts du Fonds comme un certificat de bonne conduite économique du pays qui sollicite un prêt. C'est pour cela qu'avant les accords de renégociation de la dette, les banques privées - avec la complicité des autorités monétaires locales, comme dans le cas du Mexique - exigent la mise en place d'un plan d'austérité défini par le FMI. Ainsi, les banques privées internationales, les autorités monétaires nationales et les organismes financiers internationaux deviennent les principaux défenseurs du dogme de l'austérité.
LE DOGME DE L'AUSTÉRITÉ Dans son dernier Rapport sur le développement du monde, la Banque mondiale signalait que « les pays qui prétendent maintenir le niveau de la consommation aux dépens de l'investissement le paieront plus tard, étant donné que l'ajustement nécessaire sera alors plus difficile, ou bien ils doivent accepter une période prolongée de croissance lente ». Au contraire, les pays qui augmentent l'épargne intérieure « peuvent s'attendre à un ralentissement de la croissance et de la consommation pendant une période de transition, mais leur économie en sortira probablement renforcée à long terme » (24). La recommandation est claire : « Il faut être austère, il faut vivre selon ses moyens, il faut épargner le plus possible pour pouvoir investir et relancer la croissance. » Dans cette perspective, l'épargne est une sorte d'assurance de survie pour le futur. Curieusement, comme le note Henry, ceci est propre au comportement animal. En effet, « le lion met de côté quand il ne mange pas toute la proie qu'il ve qu'il cache dans les arbres et qu'il pourra consommer demain, même s'il ne "produit" pas de nouvelle victime. La majorité des animaux épargne dans le sens classique du terme, c'est-à-dire constituent des réserves pour les mauvais jours » (25). Mais les animaux n'utilisent pas de monnaie et ne font pas d'investissements productifs. Ceci amène Jacques Henry et Alain Parguez (26) à penser que les modèles économiques classiques et néoclassiques, où la monnaie et les investissements productifs sont l'épargne est un facteur causal, sont plus pertinents pour comprendre le fonctionnement du monde animal que pour faire la lumière sur celui des sociétés humaines. Malheureusement, tout le monde occidental « s'est converti à la doctrine de qui, telle une nouvelle SainteInquisition, interdit le doute » (27).
L'Etat, avec l'assentiment de la bourgeoisie locale, oblige les peuples à converger sur le sentier de la rigueur. De gré ou de force, les peuples doivent accepter, dans cette optique, de subir une diminution radicale de leur consommation et de leur niveau de vie, afin qu'augmentent les réserves qui alimenteront — du moins suppose-t-on - les dépenses publiques et l'investissement. Il s'agit d'instaurer une compétition de l'austérité, où le ministre des Finances proclamé vainqueur sera celui qui oblige la population de la société qu'il dirige à épargner le plus, celui qui comprime le plus son marché intérieur, celui qui contraint les entreprises à ne prévoir leurs ventes que pour les marchés extérieurs. Après tout cela, quelle est la signification de la politique d'austérité, sinon d'appauvrir suffisamment la population, afin de l'empêcher d'acheter
Malheureusement pour les théoriciens de l'austérité, les économies capitalistes fonctionnent différente du monde animal. Dans ces économies, comme l'ont démontré les théoriciens du circuit monétaire dynamique (28), l'épargne des mente qu'aux dépens de la réduction du bénéfice disponible des entreprises. Le bénéfice global produit de la dette nouvelle contractée par les entreprises pour inves-
21. Cf. Déclaration de Jacques de la Rode l'administration, à Davos (Suis-
22. Le discours d'ouverture de l'assemblée générale du FMI, prononcé à Toronto par Jacques de la Rosière, le 6 septembre 1982. « Experiences of Payments Adjustments : Stand-by Arrang-
Staff Papers,
24. « Rapport sur le développement dans le monde », Banque mondiale, 1983, p. 25-26.
25. Jacques Henry, « La véritable nature de l'épargne », Economie appliquée, 1982, numéro
26. Alain Parguez, « La monnaie, la demande et la crise », version miméographique, 1983.
27. Alain Parguez, « Les conséquences économiques de l'austérité », version miméographi-
28. Alain Parguez et Frédéric Poulon entre
tir en anticipant des excédents futurs, « qui mesure l'excédent brut effectivement réalisé, est formé par la monnaie-dette qui se transforme en ressource, en capital. Ce capital se répartit entre l'amortissement qui annule une dette antérieure et le bénéfice net qui mesure l'excédent net. Cet excédent net se répartit entre les banques et les entreprises, où il devient un fonds propre de financement. Comme ce fonds est une fraction du bénéfice, il est créé pour des dépenses préalables d'investissement. Il est impossible d'augmenter ce fonds sans augmentation préalable des investissements, ou sans réduction de la partie que s'approprient les banques, ou sans baisse de l'épargne » (29). L'épargne des familles, c'est-à-dire la transformation en titres financiers de la monnaie reçue sous forme de revenus, réduit le niveau du bénéfice disponible. L'austérité pour les familles bloque la formation du bénéfice des entreprises.
L'épargne, c'est-à-dire la transformation du revenu en capital financier, s'explique par une soif de capital financier de la part des familles. En effet, comme ces dernières ne contrôlent pas « leurs revenus, étant donné que l'emploi effectif est déterminé par la structure de production créée par l'investissement passé, rien ne leur garantit l'ajustement de l'emploi effectif, l'emploi "rentable", à l'emploi "social", c'est-à-dire celui qui procurerait un revenu permettant d'accéder à la structure de consommation jugée indispensable. Pour se protéger contre ce risque au niveau de l'emploi, les familles sont obligées de transformer en titres financiers une partie de l'argent reçu » (30).
Les familles achètent des titres financiers, qui ne représentent rien de plus que les dettes contractées par les entreprises et les départements financiers des banques. Ces dettes créent une rente financière, le taux d'intérêt, qui est une fraction du bénéfice net. Au fur et à mesure que le taux d'intérêt croît, la soif de rente dévore le consommateur, l'épargne augmente et les bénéfices diminuent. Le « démon de l'épargne » commence à posséder une « société régie par la mentalité de l'austérité », frappant ainsi les bénéfices des entreprises et liquidant, en conséquence, les activités productives (31).
Si, comme nous le démontrons dans la première partie de cet essai, les décisions de production sont l'élément primordial du développement de l'économie capitaliste, toute manipulation qui affecte ces décisions amènera des effets déplorables. Ainsi, par exemple, la politique imposée par le FMI de taux d'intérêts élevés comme instrument d'encouragement à l'épargne intérieure, a des effets désastreux sur l'économie. En effet, les taux d'intérêts élevés affectent les charges des entreprises. Celles-ci se trouvent placées face au dilemme de répercuter ou pas ces augmentations. Si elles ne le font pas, les bénéfices baissent et la rentabilité de l'entreprise est affectée. Si elles peuvent le faire, l'incidence inflationniste est maxi-
Bidonville en Argentine. (DR) male et la compétitivité nationale dans le domaine des prix en est affectée.
En ce qui concerne la réduction du déficit du secteur public, la sacro-sainte limite de 3% du PIB exigée par le FMI et ses défenseurs oublie que ce déficit implique un écroulement plus profond du bénéfice que les entreprises peuvent se répartir. Même si l'Etat ne dispose comme ressources que de 100 unités, il peut en dépenser 120 en ayant recours à un prêt au système bancaire (ce qui correspond souvent à une création monétaire). l'Etat anticipe donc la création de richesses qui permettraient — si ces anticipations se réalisent - de rembourser l'avance. D'une manière générale, on peut dire que les politiques monétaires restrictives comme celles qui sont proposées aujourd'hui, ou plutôt imposées par le FMI, ont des effets structurels très négatifs, particulièrement par la sélection qui est opérée entre les entreprises qui ont la possibilité de s'accomoder de ces orienmonétaires restrictives et celles qui ne l'ont pas. L'expérience a largement démontré que cette sélection se fait aux dépens des petites et moyennes entreprises qui sont en difficulté pour investir et
Si les politiques d'austérité appliquées à une seule économie font déjà des dégâts, elles deviennent, lorsqu'elles sont appliquées sous le contrôle du FMI, à toutes les économies en difficulté, une vétable stratégie « optimale » pour approfondir la crise. En effet, l'expérience récente a démontré que les recettes du Fonds appliquées simultanément à différentes économies conduisent à des effets cumulatifs qui s'opposent à l'expansion du commerce mondial (32). Il semble que l'on ait déjà oublié que c'est la demande des pays en soutenue par l'endettement, qui a limité l'amplitude de la crise dans le milieu des années 1970. Il semble que l'on ait aussi oublié l'interdépendance des économies, et le fait que l'activité économique des pays développés n'est pas insensible à l'évolution de la situation du monde sous-développé. Il semble enfin que l'on ait déja oublié les leçons de la grande crise économique de 1929, dont l'aggravation favorisées par les politiques déflationnistes des pays occidentaux, qui provoquèrent, entre système monétaire international.
Hector GUILLEN REMO, Mexico, 15 avril 1984.
29. Alain Parguez, « La monnaie, la demande effective et la crise », op. cit., p. 12-13.
30. Op. cit., p. 15.
31. Idem.
32. Sur cette question, Un gouverneur de la Banque de France faisait à juste titre le commentaire suivant : « Si le Fonds recommande à tous les pays d'exporter beaucoup mais de ne pas importer, où va-t-on trouver les marchés pour exporter?"