NOUVELLES DU MOUVEMENT OUVRIER ET DE L'INTERNATIONALE
AFRIQUE DU SUD/EUROPE
Riposte faible et inégale à la tournée européenne de Botha La tournée européenne du Premier ministre sud-africain, Pieter Botha, entreprise en mars dernier, est très significative de l'offensive impérialiste en cours dans le cadre de la redistribution des cartes diplomatiques en Afrique australe (cf. Inprecor numéro 173 du 14 mai 1984). Bien que dans chaque pays européen la classe dirigeante locale et la presse aient trouvé des raisons tout à fait particulières et parfois même insolites pour justifier la visite du leader raciste, le simple fait que Botha ait réalisé un tel périple européen prouve qu'il s'agit là pour les dirigeants sud-afrid'une opération de grande enverLe Portugal, la Suisse, la Grande-Bretagne, la Belgique, l'Allemagne fédérale, la France, puis le Vatican ont été les différentes étapes du voyage du dirigeant raciste. A Lisbonne, c'est le Premier ministre Mario Soares, dirigeant du Parti socialiste portugais (PSP) qui devait le recevoir. Au cours d'une conférence de presse commune, ce dernier devait conclure que les entretiens qu'il avait eus avec Pieter Botha permettaient d'envisager « avec pragmatisme et réalisme » un développement « extrêmement fructueux » des relations bilatérales. Ces propos confirment le rôle réactionaire d'un gouvernement qui a été l'un des agents les plus actifs de la préparation des négociations entre Pretoria et les dirigeants du Mozambique et d'Angola, qui débouchèrent dans la dernière période sur la signature d'accords bilaté-
En Suisse, bien que la visite de Pieter Botha ait été qualifiée de « privée », elle donna néanmoins lieu à une rencontre avec l'actuel président de la Confédération, Léon Schlumpf, ainsi qu'à une grande réception à Zürich, réalisée sous les auspices de la grande helvétique. A Londres, le Premier ministre sud-africain rencontra Margaret Thatcher, et en République fédérale d'Allemagne (RFA), le chancelier Helmut Kohl. A chaque fois, ce fut l'occasion pour les dirigeants impérialistes européens de rappeler leur « conviction » qu'il est nécessaire de faire évoluer « progressivement » le système de l'apartheid. France, l'excuse du voyage du dirigeant raciste fut aussi une farce : il s'agissait cette fois d'une visite strictement privée justifiée par la pose de la première pierre d'un musée à la mémoire des soldats sud- africains tombés sur le territoire français durant les deux guerres mondiales. Le gouvernement accepta tout de même de se faire représenter à cette cérémonie par son ministre des Anciens combattants. Enfin, au Vatican, l'entrevue avec le Pape a elle aussi été honteusement justifiée par le fait que les audiences privées accordées aux personnalités politiques « ne signifient pas une approbation de leur politique ». Reconnaissance officielle du régime d'apartheid, telle est la caractéristique des réactions geants européens et du Vatican à la visite
Car, au-delà de toutes les excuses mises en avant pour justifier l'acceptation d'une telle tournée, l'élément le plus important à retenir est l'utilisation qui est faite dorénavant dans les médias de la nouvelle Constitution sud-africaine (cf. Inprecor numéro 163 du 19 décembre 1983) et des accords avec l'Angola et le Mozambique pour accréditer la thèse erronée d'un changement de comportement du régime raciste aussi bien en politique intérieure qu'en politique extérieure. porte donc à croire que le voyage européen de Botha n'est que le début de l'évolution de l'attitude de ces gouvernements vis-à-vis du régime raciste. Dans les années à venir, la bourgeoisie impérialiste va probablement chercher à banaliser un peu plus les rapports politiques et économiques avec l'Afrique du Sud, qui s'étaleront désormais au grand jour.
De ce point de vue, les ripostes organisées par les comités anti-apartheid et les mouvements ouvriers ont été d'inégale importance suivant les pays, mais, globalement, bien en-deçà de l'enjeu que représentait ce voyage. Ceci atteste du grand retard qui a été pris dans la dénonciation du régime raciste et le soutien au peuple opprimé d'Afrique du Sud. En GrandeBretagne s'est néanmoins tenue une très importante manifestation de protestation réunissant près de 25 000 personnes. A Zürich et à Berne, les protestations ont été très dynamiques, mais en Belgique et au Portugal elles furent plus que modestes. En RFA, la manifestation organisée à Bonn n'a regroupé que quelques centaines de personnes à l'appel du Mouvement anti-apartheid, des Verts, des Jeunesses socialistes et des organisations d'extrême-gauche. En France enfin, s'est tenue dans la ville d'Amiens, tout près du lieu où se déroulait la cérémonie commémorative à laquelle assistait Botha, une manifestation de 500 personnes, ce qui est un succès pour une ville de province, mais il n'y eut pas de réelle riposte nationale, et la mobilisation organisée dans la capitale a finalement réuni très peu de monde.
Ces résultats modestes des mobilisations contre la visite de Botha en Europe montrent à eux seuls le chemin qui reste à parcourir pour développer un réel mouvement de masse en solidarité avec la lutte du peuple sud-africain opprimé.