Inprecor 1974–2004

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PORTUGAL

Nouvelle crise dans une même impasse

· Inprecor n° 18, 8 décembre 1977 · p. 21-25 · 4 684 mots

Portugal Syndicalisme

Deux ans après le coup de force réactionnaire du 25 novembre, le Portugal connaît de nouveau une crise économique, politique, sociale et militaire majeure. La période d'impasse qui s'est prolongée de longs mois sous la forme d'une instabilité latente, débouche aujourd'hui sur une crise politique et militaire combinée, qui est la plus grave de ces deux dernières années. Les événements se sont succédés à un rythme accéléré depuis le 6 novembre. Sa Carneiro, président du PSD (Parti social-démocrate, nouveau nom du PPD - Parti populaire démocratique - depuis les élections municipales de décembre 1976), fait un coup de théâtre dans son parti en donnant sa démission. Cette démission-chantage reflète les désaccords existant au sein de la direction du PSD. Deux ailes s'y affrontent : d'une part, l'aile dite "social-démocrate" , majoritaire à la Commission politique au moment de la démission de Sa Carneiro, qui est disposée à passer un accord avec le gouvernement sous le patronage du Président de la République, le général Ramalho Eanes, et du groupe des Neuf (officiers du Conseil de la Révolution, dirigé par le major Melo Antunes) - cet accord repose sur un projet de compromis secret et indirect avec le Parti communiste portugais et la Confédération générale des travailleurs portugais-Intersyndicale nationale (CGTP) sur les modalités d'application de la loi sur la réforme agraire, sur le plan économique à moyen terme pour 1977-1980 et sur le pacte social ; d'autre part, l'aile dirigée par Sa Carneiro, alors minoritaire à la Commission politique mais majoritaire dans le parti, qui refuse tout accord partiel avec le gouvernement et tout accord indirect avec le PCP et qui exige, en échange de tout engagement, de participer à un gouvernement formé par le Parti socialiste, le PSD et le Centre démocratique et social (CDS). Sa Carneiro sort vainqueur de cette manœuvre : la direction du PSD est recomposée avec ses hommes de confiance. Cet épisode permet de rendre publiques les critiques que Sa Carneiro formulait, au sein de la direction du PSD, contre le général Eanes. Elles sont très révélatrices des aspirations des secteurs les plus à droite de la bourgeoisie et de leur impatience face à la détérioration de la situation politique. Sa Carneiro avait en effet déclaré : "La position du PSD par rapport au président de la République doit être progressivement éclaircie.

Antonio GOMES & Heitor de SOUSA Il semble de plus en plus clair que le Président de la République se déplace sur la scène de la petite politique, ne sachant pas ou ne voulant pas d'élever au niveau de l'Etat. Ce comportement a pour conséquence de faire apparaître le Président de la République comme le Costa Gomes du PS. " (Le général Costa Gomes était président de la République avant Eanes; il était dénoncé par la droite et par le PS comme la marionnette du PCP) . Démissions en chaîne La bourgeoisie ne disposait pas d'une majorité parlementaire à l'Assemblée de la République. Ses secteurs dominants avaient donc pour politique d'attendre que Eanes, en raison des pouvoirs que lui confère la constitution semi bonapartiste, crée les conditions nécessaires pour dépasser cette majorité parlementaire des partis ouvriers et constituer un gouvernement fondé sur la majorité présidentielle (PS, PSD et CDS), un gouvernement capable de passer ultérieurement à l'attaque des conquêtes et des conditions de vie des masses laborieuses. Mais dans l'immédiat, pour Eanes, ce jeu était passablement risqué. Le mouvement ouvrier n'ayant pas encore été défait, malgré tous ses reculs, les rapports de forces entre les classes demeurant instables, le Président de la République aurait pu se trouver confronté en même temps à la majorité parlementaire et au PS. Face à une telle situation dont l'aboutissement était imprévisible pour les institutions bourgeoises et pour Eanes lui-même, ce dernier opta pour une stratégie plus prudente : gagner du temps en plaçant la responsabilité de la crise sur l'Assemblée de la République et sur le gouvernement. En même temps, il déclarait solennellement devant le Parlement, dans son discours de la fin septembre, qu'au cas où les partis et les "partenaires sociaux" ne trouveraient pas d'issue à la crise et ne conclueraient pas un pacte social, il se verrait obligé "de prendre le destin du pays entre ses mains" Parallèlement à cette crise interne du PSD, qui faisait boule de neige dans tout l'édifice bougeois, survint la crise militaire. Le vice-chef d'état-major des Forces armées, Loureiro dos Santos, homme de confiance d'Eanes, présenta sa démission au Président de la République en la motivant par "l'absence de moyens et d'autorité" pour faire accomplir ses décisions et celles du président (qui assume également les fonctions de chef

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PORTUGAL d'état-major des Forces armées). Cette résistance sourde des secteurs essentiels de la hiérarchie militaire donna d'ailleurs lieu à des démissions en chaîne. Le colonel Almendra, commandant du régiment de Tancos - d'où est parti le coup de force militaire, le 25 novembre 1975 - présenta sa demande de passage à la réserve. Le colonel Firmino Miguel, ministre de la Défense et éminence grise d'Eanes, fit part, pour la 3e fois en six mois, de sa volonté de démissionner (qui ne fut finalement pas suivie d'effet). Le bruit courut de la démission imminente du colonel Jaime Neves, commandant des troupes commandos d'Amadora, qui constituèrent la force de choc du 25 novembre. Pires Veloso, commandant de la région militaire du Nord, récemment relevé de ses fonctions par le Général Eanes, offrit une résistance publique à son transfert à Lisbonne. Il donna des audiences et fit des discours devant ses invités réactionnaires au Quartier général du Nord; il vient saluer la manifestation de type fasciste qui se tient à Porto le 7 novembre, contre la "menace russe" , contre le gouvernement et, évidemment, contre les conquêtes du mouvement ouvrier. La crise militaire révélée par ces faits est un peu passée au second plan, derrière les dernières manifestations ouvrières de masse. Elle est pourtant extrêmement importante, dans la mesure où elle représente le premier symptôme révélateur d'une contestation d'Eanes par les milieux les plus réactionnaires de la hiérarchie militaire. Mais si cette crise a cessé d'être un point chaud de l'actualité, c'est aussi parce qu'Eanes a été obligé de passer un compromis avec ces secteurs. Le quotidien "Comércio do Porto" ,. porte-parole de Pires Veloso et de toute l'extrême-droite du Nord, écrivait à ce propos, le 8 novembre 1977 : "Bien que des observateurs liés aux milieux conservateurs continuent à estimer que la conjoncture reste marquée par "une conspiration organisée" aux effets à retardement, il est vrai que d'autres sources dignes de foi admettent que la situation a cessé d'être dramatique en raison de divers compromis conclus." Tous les éléments sont donc rassemblés pour que cette crise militaire, faite de chantages et de compromissions, rebondisse à brève échéance. En attendant, elle ne fit qu'officialiser l'ouverture d'une crise politique beaucoup plus globale. La division s'approfondissait dans le camp bourgeois. L'hebdomadaire "Expresso" dirigé par l'aile dite "social-démocrate" du PSD, confessait amèrement dans son éditorial du 12 novembre 1977 : "Ceux qui étaient alliés en 1975 se trouvent maintenant profondément divisés au niveau civil et leur division se répercute au niveau militaire, ce qui, à son tour rejaillit inévitablement sur le premier niveau. Il n'existe apparemment aucune possibilité d'accord entre ceux qui formaient la large majorité de l'été 75... " Au fur et à mesure que surviennent tous ces événements de moins en moins maîtrisés, la crise s'aggrave pour toucher toutes les sphères de l'appareil d'Etat, illustrant de manière frappante l'absence de direction politique efficace et reconnue de la bourgeoisie. C'est dans ces conditions que les forces sociales en présence se retrouvent de nouveau sur leur terrain d'action privilégié : la rue. Un universitaire social-démocrate dépeignait très lucidement la situation en ces termes : "Pour la première fois depuis la normalisation constitutionnelle de 1976, les forces politiques se mettent de nouveau à descendre dans la rue pour influer sur l'appareil d'Etat et non pour formuler des revendications ponctuelles. Cela signifie que le système politique n'est déjà plus capable de canaliser parfaitement les revendications des forces sociales; c'est pourquoi ces dernières recourent à des méthodes de confrontation directe... Le système politique n'est déjà plus capable de refléter, de canaliser et de contenir les conflits de la société." Une courbe ascendante Les manifestations des 18 et 19 novembre dernier qui ont rassemblé des centaines de milliers de travailleurs des ceintures industrielles de Lisbonne, Porto et Setubal, représentèrent l'expression du mécontentement énorme de larges couches ouvrières et populaires face à la politique antiouvrière du gouvernement Soarès et à l'offensive capitaliste en cours. L'importance de ces manifestations ne tient pas seulement au grand nombre de travailleurs qui sont descendus dans la rue -200000 à Lisbonne, 100 000 à Porto, 50 000 à Setubal - pour répondre à l'appel de la CGTP, soutenu par le PCP, la "Fraternité ouvrière" (socialistes de gauche qui viennent de quitter le PS), le MES (Mouvement de la gauche socialiste, centriste), l'UDP (Union démocratique populaire, maofste et pro-albanaises), le PRP (Parti révolutionnaire du prolétariat, gauchiste) et la LCI (Ligue communiste internationaliste, organisation portugaise de la IVe Internationale), à l'instar de ce qui s'était déjà produit le 22 juin ou le ler mai 1977. Elle tient surtout au fait que ces dernières manifestations dénotent la sensibilisation croissante d'une couche relativement large de travailleurs communistes, socialistes, révolutionnaires ou inorganisés à la satisfaction immédiate de ses revendications essentielles et au fait qu'eiles révèlent une résistance ouvrière croissante à l'application de la politique des "trains de mesures" ("pacotes" , en portugais : paquets) de Mario Soares, au moment même où s'intensifie l'offensive réactionnaire du patronat. En effet, le caractère massif des manifestations des 18 et 19 novembre ne peut être compris que si l'on tient compte de l'aggravation constante des conditions de vie des masses depuis un an : 36% d'inflation; suspension des contrats et accords collectifs de travail (CCT et ACT); près de 600 000 chômeurs, soit 17% de la population active; perte d'une série d'avantages sociaux dans le domaine de la santé, du logement et de l'éducation; attaques successives du patronat et du gouvernement contre les conquêtes ouvrières et les droits démocratiques des travailleurs; "désoccupation" des exploitations agricoles et remises des terres aux anciens latifundiaires dans la zone de la réforme agraire; législation antiouvrière sur les licenciements, les commissions de travailleurs et d'habitants (CT et CM), le droit de grève; licenciement de plus de 400 dirigeants, délégués syndicaux et membres des CT en moins d'un an; répression de la Police de sécurité publique (PS P) et de la Garde nationale républicaine (GNR) contre les luttes des travailleurs. Telles sont les racines objectives du processus de radicalisation qu'a connu le mouvement de masse dans son ensemble au

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cours de la dernière période. Celui-ci s'exprime pour l'instant dans le caractère économique et défensif des revendications qui sont à l'origine des récentes mobilisations ouvrières (défense du pouvoir d'achat, de l'emploi, des droits démocratiques, en particulier dans l'entreprise, de l'exercice du contrôle ouvrier, des nationalisations, de la réforme agraire). II commence à se traduire également par la réapparition de certaines forme de lutte (débrayages, grèves, manifestations de rue) pratiquement absentes depuis le 25 novembre 1975. Un rapide tableau des luttes depuis un an donne une bonne idée de cette courbe ascendante : - Résistance des travailleurs de la zone de la réforme agraire aux "désoccupations" de terres, depuis les débrayages locaux, régionaux ou généraux, jusqu'à la récupération de domaines remis par les autorités à leurs anciens propriétaires; - Débrayages des travailleurs de la métallurgie, du textile, des chemins de fer, du commerce, de l'hôtellerie, de l'industrie pharmaceutique, du bois, de la chimie, etc. contre le blocage de leurs CCT ou ACT; - Débrayages et grèves avec occupations dans toute une série d'entreprises que le gouvernement veut rendre à leurs anciens patrons ou luttes des travailleurs de ces entreprises contre le licenciement des militants syndicaux (Copam, J. Francisco dos Santos, Luis Pedro Mendoça, Metalurgica Duarte Ferreira, Facar, Ambar, J. Pimenta, Torralta, Cuétara, Companhia das Lezirias, Tabopan, etc.) ; - Débrayages ou grèves de solidarité régionales et nationales contre la réintégration de fascistes chassés des entreprises après le 25 avril 1974 ou pour la défense des conquêtes réalisées (journaux "Século" et "Jornal do Comércio", zone de la réforme agraire) ; - Manifestations de rue des travailleurs d'entreprises en lutte ou de branches d'industrie, ou du mouvement syndical dans son ensemble (ler mai, 22 juin, 18 et 19 novembre 1977). Un mouvement de masse défensif C'est sur cette base que s'opère une profonde recomposition syndicale et politique des forces du mouvement ouvrier organisé. On peut y distinguer trois niveaux : 1) Le poids relatif des organisations de masse des travailleurs. Les organisations syndicales jouent désormais un rôle de premier plan dans la lutte pour les revendications. La fonction des CT reste cependant décisive, en tant qu'organes de résistance ouvrière à l'offensive patronale, particulièrement au niveau des entreprises et des usines, même si l'organisation syndicale est le seul canal actuel de généralisation de ces luttes. 2) La défaite et l'effondrement complet du courant syndical, animé par le PS et parfois le PSD, regroupé autour de la "lettre ouverte". Cette défaite est particulièrement visible depuis février, lorsque la direction du PS - et, par conséquent, le gouvernement - ont adopté la ligne syndicale scissionniste préconisée par Maldonado Gonelha (aujourd'hui ministre du Travail) qui défendait "la nécessité de construire des syndicats démocratiques en marge de la CGTP, comme premier pas vers la fondation d'une nouvelle centrale syndicale". Le désir du dirigeant du PS et ministre du Travail de "briser l'échine du mouvement syndical" s'est heurté à l'aspiration unitaire de nombreux travailleurs socialistes prêts à résister à l'offensive patronale. La volonté du gouvernement de se servir du courant minoritaire de "la lettre ouverte" comme d'une couverture pour sa politique d'austérité a cofncidé avec l'apparition d'une contestation de cette même politique à l'intérieur du PS, qui devait ébranler profondément le parti de Mario Soares. Parallèlement à cet effondrement de "la lettre ouverte", la capacité d'organisation et la crédibilité de la CGTP se sont considérablement renforcées. La CGTP est aujourd'hui la seule organisation de masse ouvrière qui, aux yeux de la majorité des travailleurs - y compris ceux qui sont influencés par le PS -, apparaisse capable de servir de pôle de rassemblement contre l'offensive patronale et gouvernementale. 3) L'apparition et l'organisation d'un courant socialiste de gauche. Celui-ci est issu de la rupture d'un courant ouvrier et syndicaliste du PS, qui avait pris la tête de la bataille contre la politique antiouvrière de la direction social-démocrate. Même si le nombre de militants actuellement organisés dans la "Fraternité ouvrière" est encore réduit par rapport aux effectifs des deux grands partis ouvriers, le PS et le PCP, sa composition (4 députés, dont l'ancien ministre de l'Agriculture, Lopes Cardoso, 16 anciens membres du Comité directeur du PS, de nombreux dirigeants syndicaux connus dont le secrétaire général de la CGTP, Kalidas Barreto) font d'ores et déjà de la "Fraternité ouvrière" un courant réformiste de gauche dont l'influence parmi l'électorat ouvrier du PS est loin d'être négligeable. Il convient de souligner que l'apparition de ce courant pose en termes quelque peu nouveaux (et favorables à l'intervention des révolutionnaires) la question de l'unité ouvrière et de la démocratie syndicale pour la défense des conquêtes ouvrières. Cette recomposition du mouvement ouvrier est le produit de la remontée des mobilisations de la classe ouvrière, à l'échelle nationale. Elle est aussi marquée par l'entrée en scène de nouveaux secteurs de travailleurs, jusqu'ici restés en marge des mobilisations de ces trois dernières années. Mais, au contraire de ce qui s'est produit lors de la montée révolutionnaire de l'été et de l'automne 1975, il ne s'agit plus du mouvement semi spontané qui entraînait massivement dans la lutte des centaines de milliers de travailleurs et d'où naissaient les organes embryonnaires d'un pouvoir de type soviétique (CT, CM, commissions de soldats). Il s'agit maintenant d'un mouvement de masses défensif dans lequel l'appareil syndical, bureaucratique et réformiste, largement contrôlé par le PCP, joue un rôle hégémonique d'encadrement et de canalisation des mobilisations partielles de la classe ouvrière. Cet appareil constitue un obstacle à la coordination et à la centralisation de ces luttes dispersées ; de la même manière, il ralentit l'apparition d'une riposte ouvrière nationale à l'offensive réactionnaire et gouvernementale. Il ne faut pourtant pas en conclure que le PCP n'a pas rencontré d'innombrables difficultés pour mener à bien sa politique

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PORTUGAL de collaboration de classe avec le gouvernement, l'appareil d'Etat et la bourgeoisie. Ces difficultés existent et s'alimentent en premier lieu, de l'aggravation constante des conditions de vie et de travail des masses et de l'impossibilité pour le gouvernement PS de pratiquer une politique de réformes susceptibles d'atténuer le mécontentement de la classe ouvrière. En deuxième lieu, la fraction du PCP dans la CGTP-Intersyndicale se trouve de plus en plus confrontée au renforcement d'un courant syndical d'opposition dont les propositions d'action trouvent un écho de plus en plus large.

Celui-ci est aujourd'hui présent dans la plupart des grands syndicats (y compris dans ceux de la zone de la réforme agraire, qui est un bastion traditionnel du PCP). Il regroupe les militants syndicaux combatifs et les militants des organisations d'extrême-gauche autour d'un ensemble de points concrets alternatifs à l'orientation de la bureaucratie syndicale tels que, par exemple, la proposition d'une journée de grève générale nationale contre la politique d'austérité et l'offensive de la droite. En troisième lieu, la politique syndicale du PCP voit sa crédibilité minée par l'offensive même de la bourgeoisie, aux niveaux civil et militaire. La réaction relève en effet la tête comme elle n'avait jamais osé le faire depuis le 25 avril 1974 et même depuis le 25 novembre 1975. La manifestation de soutien à Pires Veloso, qui

= Solidarité avec la LCI Le samedi 19 novembre vers 17 h 30, une bombe explosait devant le siège de la LCI, rua Gonçalo Cristovao à Porto, endommageant une voiture et la façade du local. Peu après, un groupe de 300 nervis fascistes passait à l'attaque aux cris de "Mort à la LCI!". Les fascistes armés de gourdins et de revolvers étaient emmenés par d'anciens membres de la PIDE (la sanglante police politique de Salazar) et d'ex-commandos. A l'intérieur du local se trouvaient une trentaine de militants de la LCI de Porto. Pendant une demi-heure, ils résistèrent à l'assaut des fascistes, les empêchant de pénétrer dans le siège. Lorsque les fascistes furent rejoints par des renforts qui arrivaient de la manifestation de soutien à l'ancien commandant de la région militaire du Nord, le colonel Pires Veloso, les militants de la LCI décidèrent de sortir avant d'être totalement cernés. Les camarades parvinrent à se dégager. Quelques-uns furent blessés, parmi lesquels le camarade Antonio Brandao, membre du Bureau politique de la LCI. Les fascistes pénétrèrent alors dans le local. Ils détruisirent la librairie, brûlèrent livres et journaux, brisèrent les machines et tout le mobilier qui se trouvait au premier étage. Ils allèrent ensuite s'attaquer au local du MDP et à la librairie "Avante" du PCP. La police ne devait faire sa première apparition que lorsque tout fut terminé. Les organisations ouvrières, politiques et syndicales ont manifesté leur solidarité avec nos camarades. Des dizaines de travailleurs de Porto se sont spontanément présentés au siège détruit de la LCI afin de proposer leur aide pour la reconstruction du local.

a rassemblé 20 000 personnes à Porto le 19 décembre a été marquée par la réapparition publique de bandes armées de nervis nostalgiques de la dictature de Salazar. Celle qui attaqué les locaux de la LCI et du MDP (Mouvement démocratique portugais, proche du PCP) ainsi que la librairie "Avante" du PCP, à l'issue de cette manifestation, s'appelait par exemple "Jeunesses hitlériennes". Il est certain que les 20000 manifestants de Porto étaient loin d'être tous des fascistes convaincus. Mais les quelques centaines qui le sont, trouvent dans le dépit de cette petite-bourgeoisie, lasse de trois années d'instabilité continuelle et malléable à souhait par les grands propriétaires et industriels qui inspirent ces mobilisations, un terrain de choix pour couvrir leurs attaques contre le mouvement ouvrier. Le 25 novembre, à Rio Maior, Aveiro et Braga, la droite descendait de nouveau dans la rue pour célébrer l'anniversaire de son retour en force. Le ler décembre, elle manifestait à Lisbonne. Pour le mouvement ouvrier portugais, le souvenir de la dictature est encore tout proche et il lui est impossible d'assister impassiblement au retour en force de ceux qu'il a chassé de leurs usines et de leurs domaines après le 25 avril 1974. C'est aussi pourquoi les initiatives, la propagande et l'agitation des révolutionnaires en faveur de l'unité et de l'autodéfense ouvrières sont plus nécessaires que jamais, alors La LCI a fait des progrès notables au cours de la dernière année. Elle dispose désormais d'une imprimerie qui lui permet de sortir régulièrement son hebdomadaire "Luta proletaria", une revue bimestrielle "Acçao comunista" et des livres et des brochures. Elle envisage de publier une édition portugaise d' "'Inprecor". La fête de "Luta Proletaria", en octobre dernier, avait rassemblé 2000 personnes à Lisbonne, 2000 à Porto et 1000 à Coimbra. La LCI s'affirme de plus en plus comme une organisation de premier plan dans l'extrême-gauche portugaise. La destruction de son local de Porto ne doit pas pouvoir entraver ce développement en faisant peser une charge financière énorme sur l'organisation portugaise de la IVe Internationale. Celle-ci venait par ailleurs d'ouvrir une souscription pour payer les indemnités que réclament les propriétaires des locaux de Lisbonne et de Porto (occupés en mars 75) et auxquelles leur donne droit un décret récemment promulgué par le gouvernement "socialiste" de Mario Soares. C'est en ce moment que la solidarité avec la LCI est la plus nécessaire; en tout premier lieu, celle des militants et des sections de la IVe Internationale qui feront tout pour aider leurs camarades portugais. Les contributions peuvent être adressées à "Inprecor" (libeller les chèques au nom de Pascal Henri et préciser qu'il s'agit de la collecte "Portugal") qui transmettra, ou envoyées directement à la LCI - Rua da Palma, 268 - Lisboa - Portugal.

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que la bureaucratie syndicale, faisant écho à l'orientation du PCP, tente difficilement de prêcher la passivité au nom du "respect de la constitution" Bien que le mouvement ouvrier se trouve actuellement dans une phase défensive, il n'a encore subi aucune défaite décisive et il maintient ses forces intactes. Dans les conditions actuelles, la radicalisation tend à s'élargir et à se heurter, toujours davantage, à l'immobilisme traditionnel des appareils réformistes. Elle accentue la crise globale d'un système de domination bourgeois qui n'est pas encore parvenu à trouver sa stabilité. Les révolutionnaires possèdent de nouveau une chance historique de s'implanter dans la période de combat qui s'ouvre contre les plans de la bourgeoisie et de ses généraux et contre la capitulation des directions réformistes stalinienne et socialdémocrate. L'érosion du gouvernement La crise économique sans issue est le miroir de l'impasse du du gouvernement social-démocrate de Mario Soares. Toutes les mesures décrétées par ce gouvernement pour diminuer le deficit de la balance commerciale et de la balance des paiements n'a eu jusqu'à présent qu'un seul effet : l'augmenter. En septembre 1977, le déficit de la balance commerciale dépassait déjà celui de l'année précédente de près de 100%. L'emprunt de 750 millions de dollars que le gouvernement était en train de négocier avec le Fonds monétaire international, avant que celui-ci ne suspende unilatéralement les négociations en raison de la crise qui venait de rebondir, serait inférieur au déficit de la balance des paiements prévu pour l'année 1977. L'inflation (36%) est la plus élevée d'Europe. Les réserves d'or et de devises sont inférieures aux emprunts contractés et à leurs intérêts. (En janvier, la Banque du Portugal a vendu 60 tonnes d'or). Le gouvernement n'a d'autre solution que le recours systématique aux emprunts dans les Etats impérialistes, avec leur cortège de contreparties politiques, non pour procéder à des investissements productifs, mais pour équilibrer le déficit de la balance des paiements. Il repousse ainsi "in extremis" le chaos financier en une spirale inflationniste qui ne manquera pas de s'élever encore dans les prochains mois. Dans la région de Lisbonne, par exemple, les salaires réels sont déjà inférieurs de 5% à ceux de 1968. Il n'est pas surprenant que, dans ces conditions, la direction du PS et le gouvernement - ce qui revient au même - voient se rétrécir leur base sociale. L'effondrement du courant syndical de "la lettre ouverte" fut un premier symptôme, bientôt suivi par le développement de l'opposition à l'intérieur du PS, qui devait aboutir au récent départ des militants de la "Fraternité ouvrière". Aujourd'hui le mal sévit parmi les propres membres du gouvernement que s'était choisi Soares : dans les trois derniers mois, huit ministres et secrétaires d'Etat ont quitté le navire gouvernemental, le sentant prendre l'eau de toutes parts. Cette érosion accélérée du gouvernement et du PS laisse le champ à la remontée de la droite, à l'offensive des forces et des partis de la bourgeoisie (PSD et CDS). Pourtant, le bourgeoisie se débat toujours avec un problème décisif : sans briser l'obstacle de la résistance ouvrière, qui vient encore de donner un témoignage de sa force, l'offensive de la bourgeoisie ne peut que marquer des points partiels, que toute nouvelle montée du mouvement de masse peut rapidement remettre en question. Quelle forme donner à une offensive d'envergure contre le mouvement ouvrier ? Voilà la racine des différentes réponses tactiques qui divisent actuellement le camp bourgeois. Comme l'écrivait "Luta Prolétaria" , l'hebdomadaire de la LCI: "Les divergences tactiques existantes entre Eanes et les partis de droite, ou entre Eanes et l'extrême-droite de la hiérarchie militaire, reflètent seulement les difficultés de la bourgeoisie à trouver une direction politique cohérente et efficace. D'une certaine manière ces divergences sont les mêmes que celles qui traversent le PSD et le CDS et elles se retrouvent entre ce dernier et l'aile ultra qui croit sur sa droite autour du MIRN" (Mouvement pour l'indépendance et la renaissance nationale, du général Kaulza de Arriaga, gouverneur militaire du Mozambique sous Salazar). Eanes tire sa force de la faiblesse politique de la bourgeoisie, de son incapacité à renverser le gouvernement de Soares pour lui substituer une coalition PSD/CDS. Son rôle bonapartiste n'est pas fondé sur le fait que la bourgeoisie est soudée derrière lui et que les travailleurs ont subi une défaite politique écrasante ; il s'appuie au contraire sur l'absence d'unité politique du camp bourgeois et sur la volonté de compromission des directions réformistes du PS et du PCP. C'est pourquoi son ascension politique repose sur des bases de sables mouvants. Ces derniers jours ont encore fourni une illustration de la polarisation sociale croissante qui menace de plus en plus les savantes manœuvres des politiciens bourgeois en quête de solutions à la crise de leur régime et de leur système. Aux manifestations de droite le 25 novembre à Rio Maior, Braga, Aveiro et le ler décembre à Lisbonne, répondent les mobilisations ouvrières du 26 novembre appelées par la CGTP à Braga, Santarem, Viana do Castelo, Tramagal ; du 28 novembre également organisées par la CGTP et les secrétariats régionaux des Unités collectives de production et des coopératives agricoles de toute la zone de la réforme agraire; la grève nationale, le 30 novembre, des travailleurs des chemins de fer pour la reconnaissance de leur contrat; la grève générale des travailleurs de la région de Faro, dans l'Algarve, contre la restitution de certaines entreprises au patronat saboteur, suivie d'une manifestation centrale, le 3 décembre, à Portimao. La coordination de ces luttes éparses et nombreuses est indispensable. Elle implique l'organisation d'une journée de grève générale contre l'offensive bourgeoise, patronale et gouvernementale, pour la défense des conquêtes ouvrières et pour la satisfaction immédiate des revendications économiques et sociales des travailleurs. Elle doit s'accompagner, partout, de l'autodéfense ouvrière contre les agissements des bandes armées du capital. Elle met aussi à l'ordre du jour, face à l'impuissance du gouvernement actuel et face à la volonté de la droite de le remplacer par un laquais plus fidèle, la formation d'un gouvernement du PS et du PCP défendant les conquêtes des travailleurs et satisfaisant leurs revendications démocratiquement élaborées par un congrès de tous les syndicats.

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