septennat 1). Le pont est confirmé. A force d'aus
984 avait été annoncée comme « l'année difficile » du térité et de chômage, le pouvoir a découragé une bonne partie des travailleurs et, du coup, la gauche s'est retrouvée nettement minoritaire lors des élections européennes du 17 juin dernier (2).
Une semaine plus tard, une gigantesque manifestation se déroulait à Paris, le 24 juin, sous le drapeau de la détense de l'école privée. Ce fut une démonstration de force de l'opposition de droite susceptible de déstabiliser le gouvernement.
Dans ces conditions, la droite pouvait se croire autorisée à discuter de la durée du sursis à accorder aux partis de gauche,
Francis SITEL
Sous la Ve République, les Premiers ministres durent longtemps. Non seulement Pierre Mauroy n'a pas failli à la règle, mais il l'a illustrée avec excès, pour une raison simple : Mauroy, appelé à diriger le gouvernement dès la victoire de
Mitterrand en mai 1981, était devenu un symbole, celui de la « continuité » de la politique présidentielle. Tribun populaire, ménagé par le Parti communiste, il apparaissait le mieux à même de préserver le mythe qui voulait que la gauche, avec
Mitterrand, tienne ses engagements. Bref, durant trois longues années et trois gouvernements successifs, il a eu la charge de faire avaler beaucoup de couleuvres aux travailleurs et à sa propre majorité.
UN GOUVERNEMENT MAUROY
USE JUSQU'A LA CORDE
En effet, derrière les incantations lyriques au « changement » et les appels vibrants au « peuple de gauche », la politique concrète menée par les gouvernements dirigés par Mauroy fut celle de l'austérité, à partir de juin 1982, avec l'adoption du premier plan Delors, dit de « rigueur », celle des expéditions impérialistes au
Tchad et au Liban, celle de la recherche d'un compromis avec la hiérarchie catholique sur la question de l'école privée, etc.
Cette politique tournait carrément le dos aux aspirations profondes des travailleurs, telles qu'elles s'étaient exprimées en mai et juin 1981 à travers l'élection de
François Mitterrand et d'une majorité socialiste et communiste à l'Assemblée nationale. Elle a trouvé rapidement sa sanction électorale lors des élections municipales de 1983 et des élections européennes de 1984, qui ont vu la gauche mise en échec et gravement minorisée (3). Les scores des partis gouvernementaux à ces élections européennes ont signifié un cinglant désaveu de leur politique.
Une nouvelle donne pour
François Mitterrand
Get électoral. L'affaiblissement électoral de la gauche est en grande partie le produit d'un phénomène politique de fond, celui du développement de l'abstentionnisme au sein de l'électorat ouvrier (4). Cette abstention ouvrière traduit le refus de nombreux travailleurs et de jeunes de cautionner une politique tournée contre leurs intérêts, en même temps qu'un désarroi réel.
C'est le Parti communiste qui est plus particulièrement touché par ce phénomène. Du coup, il a subi une défaite écrasante. Alors que son objectif était de stabiliser les 15,35 % de voix recueillies par Georges Marchais, son secrétaire général, lors de l'élection présidentielle de 1981, il a été ramené à 11,28 %, a peine plus que le score de la liste fasciste de Le Pen. Une telle déroute a relancé, avec une crédibilité accrue, le thème du « déclin historique » du PCF. Dès lors, la question de sa sortie du gouvernement s'est trouvée
FRANCE
Parti socialiste (PS) et Parti communiste (PCF), à la gestion des affaires gouvernementales. Mais c'était là sans compter avec l'habileté politicienne de François Mitterrand et sous-estimer les marges de manœuvre que lui donnent les institutions antidémocratiques de la Ve République.
En trois coups - l'annonce d'un référendum, l'abandon de la loi Savary sur l'enseignement, et la formation d'un nouveau gouvernement —, Mitterrand est parvenu, non pas à renverser le rapport des forces, mais à bousculer l'échiquier politique. Son ambition est plus vaste : d'ici à 1986, année des élections législatives, il lui faut changer les règles du jeu politique
Philippe Herzog, l'économiste du PCF, à la fête de l'Humanité en 1982. (DR)
posée avec force, ce résultat catastrophique ne pouvant que donner raison à ceux qui, au sein de sa direction, expliquaient de longue date que le PCF devait se dégager de l'étreinte étouffante que représente pour lui l'alliance gouvernementale avec le Parti socialiste.
1. Voir Inprecor numéro 169 du 19 mars
1984.
2. Cf. la déclaration du Bureau politique de la Ligue communiste révolutionnaire (LCR, section française de la IVe Internationale) publiée dans Inprecor numéro 177 du 9 juillet
1984.
3. Les listes du PS et du PCF ont totalisé
6 421 000 voix (32,04 %) des suffrages exprimés, contre 8 591 000 voix pour liste de la droite RPR-UDF (42,88 %), et, si on y ajoute les suffrages du Front national d'extrême-droite, un total de plus de 10 millions de voix, soit
53,88 %.
4. 15 860 000 abstentions aux élections européennes, soit 43,30 % de l'électorat, contre
39 % en 1979.
De son côté, le Parti socialiste est certes majoritaire à l'Assemblée, ce qui lui permet de gouverner seul, mais en sachant qu'il ne représente plus que 21% des électeurs, ce que la droite ne se fera pas faute de lui rappeler régulièrement. De plus, la petite liste constituée par le Parti socialistę unifié (PSU) avec les « Communistes démocrates unitaires », qui voulait se présenter comme une « gauche honnête » mais ne ménageant pas son soutien au gouvernement (auquel le PSU participe), a été totalement laminée, en n'obtenant que 0,72% des voix. En outre, l'opération centre-gauche téléguidée par Mitterrand, avec la présentation de la liste Entente radicale écologiste (ERE), amalgamant des radicaux de gauche et de droite et des écologistes, a lamentablement échoué (5).
Au lendemain des élections européennes, c'est donc une gauche singulièrement affaiblie qui dut faire face à une droite devenue majoritaire et travaillée par une radicalisation dont témoignait la spectatulaire percée électorale du Front national de Le Pen.
pouvaient que sonner le glas du gouvernement Mauroy, qui n'avait que trop duré, et qui, selon une évidence universellement partagée, était bien incapable de préparer l'échéance clé des élections législatives de 1986. Reste que Mauroy était censé s'acquitter d'une derniere mission, celle de solder l'affaire scolaire. dition laïque de la gauche socialiste, le candidat Mitterrand avait promis, 1981, la réalisation d'un « grand service public, unifié et laïc de l'Education nationale » (6). C'était faire sienne la position traditionnelle du Comité national d'action laïque (CNAL) et s'engager à venger la gauche en retirant les lois antilaïques décidées par la droite tout au long de son règne (7). Mais le président Mitterrand voulut faire de cette question brûlante un symbole de sa politique de compromis. Le ministre de l'Education, Savary, fut donc chargé de négocier avec la hiérarchie catholique l'instauration de nouveaux liens entre les écoles privées et le service public de l'Education nationale.
De reculs en concessions, Savary, soumis à la pression des mobilisations de plus en plus massives des partisans de l'école privée, finit par proposer une loi qui donnait totale satisfaction à la hiérarchie catholique. Mais quelques amendements secondaires de dernière minute, concédés aux députés socialistes, eurent tôt fait de mettre en fureur le camp de l'école privée. Les dirigeants de ce dernier camp abattirent alors atout, c'est-à-dire l'organisation d'une gigantesque manifestation nationale Paris, de l'ordre du million de manifestants, en défense de l'école privée. Une telle mobilisation pour « défendre la liberté scolaire menacée » revenait à accuser Mitterrand et la gauche de volonté liberticide. Rude coup porté regime, au moment où le Sénat, à majorité de droite, engageait une guérilla constitutionnelle pour bloquer la loi Savary déjà adoptée par l'Assemblée nationale.
Ce qui devait être le plus beau fleuron de la politique de compromis de Mitterrand se révéla être, en fait, un redoutable guêpier. Le succès de la manifestation de la droite, le 24 juin, au lendemain des élections européennes, terrible gifle pour Mitterrand et, pour le gouvernement Mauroy, cela représenta le signe d'une fin sans gloire.
DEUX MANOEUVRES
POUR UN VIRAGE Ce fut alors que Mitterrand décida de monter lui-même en première ligne dans l'affrontement politique pour entreprendre une opération de désengagement, ce que lui permirent les pouvoirs exorbitants que la Constitution de la Ve République confère au chef de l'Etat.
La première manœuvre consista à saisir au bond une proposition malencontreusement mise en avant par l'opposition, celle réclamant de soumettre la question scolaire à un référendum. Arguant que la Constitution ne permettait pas une telle procédure, Mitterrand annonça l'organisation d'un référendum destiné à modifier la Constitution pour lui permettre de recourir au procédé référendaire questions touchant aux « libertés publiques ». Bref, un référendum sur le référendum ! Manœuvre tortueuse mais efficace pour mettre l'opposition en difficulté. Le débat se trouvait en effet déplacé de la question scolaire au problème du référendum, tandis que Mitterrand se lavait de l'accusation de vouloir porter atteinte aux libertés (8). Par là même, il renvoyait en quelque sorte la balle dans le camp de la droite. L'opposition se trouvait ainsi contrainte, si elle acceptait le principe du référendum, de voter « oui » à l'élargissement du cadre référendaire, et si elle en refusait le principe, de rendre impossible un référendum ultérieur sur les libertés, l'école, qu'elle avait pourtant elle-même proposé comme un
Finalement, après s'être copieusement torturée l'esprit et entredéchirée pendant un temps, la droite a opté pour une tactique d'obstruction institutionnelle, au cours de laquelle le Sénat, où elle est majoritaire, bloqua la procédure référendaire demandée par Mitterrand. d'abandonner la loi Savary, ce qui revenait, au prix d'un recul spectaculaire, à mettre un terme à l'affaire scolaire, qui avait déchaîné les passions depuis trois ans. Le prix de la double opération présidentielle est donc lourd : le référendum est dans le lac et la loi Savary aux oubliettes, ainsi que toute perspective d'unification du service d'éducation. Mais Mitterrand est ainsi parvenu à dégager la voie pour réaliser ce qui constituait en fait pour lui l'essentiel, à savoir la formation gouvernement presque - tout Du coup - telles sont les subtilités de la vie politique française —, Mauroy pour solde de tout compte, a pu « tomber à gauche », tandis que Fabius faisait ses premier pas de jeune héraut de la « nouvelle politique » présidentielle.
LA POLITIQUE MITTERRAND, DEUXIEME ÉPOQUE Le nouveau « look » gouvernemental, avec Fabius, a pour fonction de mettre en route de nouveaux équilibres politiques et de nouvelles orientations de travail
La direction du Parti communiste ne s'y est pas trompée, qui a saisi l'occasion pour opérer, sans éclats, son retrait du gouvernement. Qu'importe pour elle que la politique économique du nouveau gouvernenement Fabius-Bérégovoy s'inscrive dans l'exacte continuité de celle de Mau-
5. La liste ERE a recueilli 3,31 % des voix, alors qu'elle avait obtenu le statut de « grande liste » et les temps d'antenne correspondants dans les médias audiovisuels.
6. C'était la septième des « 110 propositions » faites par Mitterrand à Evry, le 15 mars 1981 lors de sa campagne électorale.
7. Le CNAL, fondé en 1953, est un cartel des organisations syndicales et politiques du mouvement ouvrier ayant pour vocation de lutter contre les lois favorisant l'école privée décidées par la droite, et en défense de l'école publique.
8. Et ce, au prix, au cas où sa proposition se serait concrétisée, d'une aggravation du caractère antidémocratique de la Constitution et d'un renforcement des pouvoirs présidentiels.
autre mot fétiche, celui de « décrispa- du scrutin majoritaire à deux tours tel roy-Delors (9). Un tel changement gouvernemental était effectivement l'occasion rêvée pour annoncer que la politique du gouvernement n'allant pas dans le sens de la défense des intérêts des travailleurs, le PCF ne saurait en être partie prenante plus longtemps. Croira qui veut à la sincérité d'un tel discours, l'important pour beaucoup de militants communistes étant surtout le soulagement avoir à assumer directement une telle politique, qu'elle soit signée Mauroy ou Fa-
Et, étant donnée la situation globale du PCF, il était décisif pour la direction, à la veille du XXVe Congrès, que les militants et les permanents se sentent « soulagés ».
Quelle que soit la discrétion d'abord affichée par le PCF et sa volonté de dédramatiser son retrait du gouvernement, le changement est néanmoins d'importance, non pas que la politique du gouvernement s'en trouve substantiellement modifiée, mais parce qu'il témoigne que les équilibres politiques étant d'ores et déjà le champ est ouvert à d'autres modifications encore plus profondes. Et parce que, même si la direction du PCF a d'abord parlé de « soutien sans participation » au gouvernement, les conditions sont à présent réunies pour une autre politique, celle de la désunion et des attaques contre le Parti socialiste, ce qui aura pour seul résultat de diviser et démoraliser un peu plus les travailleurs.
On peut être certains que, pour sa part, le gouvernement Fabius ne manquera pas de fournir aux travailleurs des raisons d'être mécontents de la politique gouvernementale et du Parti socialiste qui la soutient. Fabius se présente, en effet, avec deux mots à la bouche, ceux de «modernisation » et de « rassemble-
Le premier signifie l'alignement pur et simple sur les exigences capitalistes. Sous couvert de « modernité » et « modernisation », il s'agit de contraindre les travailleurs à accepter les impératifs de la compétitivité capitaliste, c'est-àdire les licenciements, l'aggravation des conditions de travail, la flexibilité des horaires, la remise en cause des acquis sociaux, et la baisse du pouvoir d'achat. Ni plus ni moins ! Cette politique, déjà engagée avec Delors et Fabius, lorsque ce dernier était ministre de l'Industrie, s'était traduite par des dizaines de milliers de licenciements dans la sidérurgie, les chantiers navals et l'automobile. Avec Fabius comme Premier ministre, elle va se poursuivre et s'aggraver. Elle est assumée ouvertement et avec fierté. Pour Fabius, il ne s'agit plus de renier l'espoir du 10 mai 1981, comme c'était le cas pour Mauroy, il suffit pour lui de n'en plus parler ...
Le second maître-mot de Fabius, celui de « rassemblement », fait que, dans le projet de Mitterrand, la fonction du gouvernement Fabius est bien de rechercher l'ouverture à droite, c'est-à-dire de parvenir à donner la trade la politique menée actuellement en termes d'alliances politiques nouvelles. C'est ce qui se cache derrière un tion », refrain à la mode cet automne. Il est vrai que Fabius, comme le rappellent de multiples sondages, plaît. Surtout au patronat et à la droite, d'ailleurs ! Ses invitations à des parlementaires de l'opposition à participer à telle ou telle commission gouvernementale sont, aujourd'hui, repoussées poliment. Hier, elles n'auraient mais nul doute que, demain, elles seront acceptées. Le jeu de la « décrispation » ne séduit encore que des individus au sein de la droite. Les états-majors officiels, eux, se gardent bien d'entrer dans ce piège. Au moment où Le Pen capte la radicalisation de leur électorat, ils n'envisagent pas de baisser la garde et d'adoucir le ton. Jacques Chirac, leader du Rassemblement pour la République (RPR), s'égosille donc à exiger la dissolution de l'Assemblée, l'objectif restant le renversement de la majorité de gauche.
LES PROBLEMES DE LA DROITE
• n'empeche que derriere l'arrogan e, les faiblesses de l'opposition sont évi dentes, ce dont témoignent les divisions de la droite et une « guerre des chefs » qui, dans la perspective des futures élections présidentielles, ne désarme pas. En fait, la droite se heurte à des problèmes difficilement solubles pour elle à l'heure actuelle, et auxquels elle n'est pas en me. sure d'apporter de réponses communes.
Le premier de ces problèmes est « l'affaire Le Pen ». Aujourd'hui, la droite est majoritaire, à condition de comptabiliser les voix du Front national. Dans ces conditions, s'accorder avec cette organisation qui fait campagne sur des thèmes racistes et fascistes, ce serait offrir prise à une dénonciation de l'alliance avec des totalitaires et voir une fraction libérale se détacher pour rechercher l'accord avec la social-démocratie. A l'inverse, couper les ponts avec le Front national, ce serait prendre le risque d'être minoritaire et de contagion fasciste l'ampleur dans les rangs même des partis la droite classique. Bref, un dilemme grands partis bourgeois auront L'autre problème posé à la droite est d'ordre institutionnel, à savoir ce que devrait être, après 1986, l'attitude d'une éventuelle majorité de droite par rapport au Président Mitterrand, dont le mandat n'expire qu'en 1988. Problème qui, outre ses difficultés intrinsèques, est d'autant plus délicat à résoudre que le Président dispose de deux possibilités pour compli-
La première, parfois évoquée, est celle d'un référendum sur la réduction à cinq ans du mandat présidentiel, qui permettrait de faire coïncider les élections législatives et l'élection présidentielle, voire de précipiter celle-ci. La seconde, d'ores et déjà en préparation, consiste à modifier la loi électorale pour introduire dans la représentation nationale une certaine dose de proportionnalité. Une telle mesure aurait pour conséquence d'assouplir la bipolarisation de la vie politique, qui est la loi qu'il a façonné le fonctionnement parlementaire de la Ve République. Ainsi serait favorisée l'apparition de forces intermédiaires de « centre-gauche » susceptibles d'être les vecteurs d'une ouverture à droite si convoitée.
Il n'empêche que si les cerveaux qui fonctionnent au service de Mitterrand sont si féconds en initiatives possibles pour modifier les règles du jeu politique, c'est parce que le pari est loin d'être
Aujourd'hui, trois années politique gouvernementale de collaboration de classes pèsent lourd en démoralisation et en affaiblissement des forces ouvrières. Mais, décrispation ou pas, les rapports de forces entre classes tels qu'ils se sont traduits électoralement en 1981 ne sont pas radicalement bouleversés, et bien audacieux serait celui qui conclurait que les conditions sont d'ores et déjà réunies pour une redistribution des cartes po-
Cette réalité explique, en dernière analyse, la méfiance des états-majors de la droite devant les manœuvres présidentielles. C'est ce qui doit aussi amener à considérer que, du côté des travailleurs, et, ouvriers majoritaires, les projets gouvernementaux n'iront pas sans susciter des réactions et se heurter à des obstacles ma-
Les commentateurs avertis du Monde, journal qui ne ménage pas son soutien à la gauche gouvernementale, pour séduits qu'ils soient par le projet présidentiel, ne manquent d'ailleurs pas d'en souligner les risques. Ainsi, Jean-Marie Colombani écrivait récemment : « La difficulté supplémentaire est aussi qu'en l'espèce le tryptique nouveau gouvernement - nouvelle politique - nouvelle majorité est incomplet: manque la nouvelle majorité. (10) » Et, au lendemain de la première émission télévisée à grande audience de Laurent Fabius, un autre rédacteur, François Renard, remarquait : « Mais une constatation immédiate vient à l'esprit: dans cette "nouvelle donne", , qu'est devenu, pour la majorité issue des urnes en mai 1981, le grand espoir qui la soulevait ? (11) »
Bref, il y a loin du projet à sa réalisation. Derrière le décor des calculs politiciens, de profonds mouvements de déstabilisation politique et sociale sont à l'œuvre, dont témoignent, d'un côté, le phénomène de l'abstention, la chute électorale du PCF et la crise généralisée des organisations ouvrières, et de l'autre, la poussée du Front national et la montée du racisme. L'inconnue majeure, en même temps que l'enjeu décisif, est de savoir si la classe ouvrière va intervenir et selon que, et si elle le fera selon ses méthodes propres, celles de la lutte des classes.
Francis SITEL, 8 septembre 1984. 9. Bérégovoy est ministre de l'Economie et des Finances du nouveau gouvernement, poste auquel il a remplacé Jacques Delors.
10. Le Monde, 4 septembre 1984.
11. Le Monde, 7 septembre 1984.