LORS que se déroulait, en août dernier, le premier congrès
A national de la Contrale unique des travaileurs (CUT), 1e mouvement syndical brésilien était agité par plusieurs débats importants. Ceux-ci s'articulaient autour des thèmes suivants : comment aborder le problème de la division syndicale, alors que les courants réformistes et le syndicalisme « pelego » se sont regroupés hors de la CUT, dans le Congrès de la
Régis MORAES
En 1973, le régime militaire se trouvait simultanément confronté aux contrecoups des contraintes internationales sur
- crise du pétrole, montée son économie des taux d'intérêts -, à l'épineux problème du développement industriel nécessitant une plus grande utilisation de la capacité productive des entreprises et de la force de travail disponible, et à la réalisation du rêve d'assurer une évolution qualitative définitive du Brésil. Ce dernier point se concrétisa, sous l'administration du général Geisel, dans une politique à deux volets.
Dans le domaine économique, par l'élaboration d'un projet ambitieux, le 2e Plan national de développement, qui insistait sur la mise en place d'une industrie de substitution des importations au niveau des moyens de production, des produits de consommade l'énergie, sous le tion courante et contrôle de l'Etat et des grandes entreprises nationales.
Et dans le domaine politique, par l'attente d'une évolution contrôlée du régime, par laquelle la légitimation progressive de la domination bourgeoise aboutirait à la « dynamisation » d'une couche de patrons politiques. S'il est vrai que ces deux perspectives se révélèrent limitées dans leur réalisation, il n'en est pas moins vrai qu'elles eurent quelques effets, comme le « miracle » économique de la période de 1968-
1972, qui ont pris à contrepied bon nombre des prévisions de l'extrême-gauche.
La crise du modèle économique de la dictature et de son régime politique n'a en ettet pas ete suivie de phénomènes de mobilisations de aussi importants rue que l'espérait la gauche et que le craignait la droite. L'auto-réforme de la dictature n'a peut-être pas réussi à accomplir tous les plans définis par ses promoteurs, mais elle n'a certainement pas eu des effets aussi radicalement destructeurs que l'espéraient certains de ses opposants.
Sans prétendre analyser en détail ce processus de la transition contrôlée des années 1970, ce qui ne serait d'ailleurs pas inutile compte tenu de la pauvreté des études marxistes sur cette question, nous nous contenterons uniquement de discuclasse C'est ter certains de ses aspects, en rapport avec la politique ouvrière et syndicale des courants de la gauche durant cette période.
LES SYNDICATS
ET LA TRANSITION CONTROLÉE
C'est justement dans les années 1973-1974 que les syndicats brésiliens, corporatistes et contrôlés par l'Etat, sortent enfin de leur hibernation. Il ne s'agit pas seulement de l'émergence de centaines d'oppositions syndicales dans les syndicats diriles traditionnels « interventores » (1) ou « pelegos », mais aussi, et cela est symptomatique, de directions non conventionnelles, combatives, essentiellement au sein des syndicats ouvriers des secteurs de pointe de l'économie, comme l'industrie automobile, la pétrochimie, etc. Ce dernier aspect est d'autant plus important que l'attention qui lui a été accordé est généralement faible. Ce processus révèle en effet deux potentialités distinctes. D'une part, la possibilité (et la nécessité) d'une rénovation hardie de ces structures et, d'autre part, la possibilité de la survie et du rajeunissement d'un instrument traditionnel de contrôle de l'Etat bourgeois, à savoir le syndicat corporatiste.
Or, une grande partie de l'extrême-gauche a sous-estimé la possibilité d'une transition contrôlée de la dictature vers une « démocratie forte ». Soit parce qu'elle était animée par la thèse de l'explosivité de la situation compte tenu de la superexploitation des masses, soit parce qu'elle partait de la conception suivant laquelle les partis réformistes classiques, surtout le PCB, et les leaders bourgeois du mouvement ouvrier et populaire, les dirigeants éliminés par le régime et par le modèle économique modernisateur. La perspective d'une « chute à chaud » de la diccomme quasi unique alternative, limitait l'élaboration de tactiques d'intervention dans les appareils de la bourgeoisie tels que les syndicats d'Etat. Les années 1970 n'ont pas seulement été celles de la guérilla et du « foquisme », mais aussi celles de l'insurrectionnalisme et du « parallélisme » syndical, avec la mise en travailleuse (Conclat) ; comment préparer la grève générale ; et, enfin, comment lutter dans le cadre des limitations encore imposées par la loi syndicale corporatiste à l'activité du mouvement ouvrier (cf. encadré).
ce dernier point qu'aborde l'article ci-dessous, traitant de l'évolution de la structuration des syndicats brésiliens durant la période d'« auto-réforme » de la dictature.
place de commissions d'entreprises « socialistes » en opposition aux commissions
« bourgeoises » qui négociaient l'exploitation de la force de travail, et des oppositions syndicales « prolétariennes » en opposition aux courants qualifiés d'« électoralistes », etc.
Si ce type orientation obstinée a produit des dirigeants ouvriers politisés et anti- réformistes, et si, au-delà, cela a impulsé des luttes importantes qui ont amplifié les timides ouvertures du régime, elle a fonctionné, d'un autre côté, comme un puissant inhibiteur idéologique, empêchant l'élaboration de plans d'intervention à l'intérieur des syndicats qui étaient pourtant nécessaires pour pouvoir agir efficacement dans le contexte d'un processus d'auto-réforme de la dictature.
L'analyse d'une grande partie de l'extrême-gauche sur le mouvement syndical, dans les années 1970, affirmait que la libération et l'indépendance des syndicats dépendait d'un large mouvement de luttes ancré sur les lieux de travail. Ce qui est naturellement vrai pour la chute de tout l'appareil d'Etat oppresseur. Mais cela n'aurait pas dû voiler pour autant, comme cela a été le cas, la nécessaire compréhension de l'utilité tactique de jouer la carte de la « légalité » syndicale en vigueur pour renforcer la capacité d'autoorganisation « illégale » des masses travailleuses. En football comme en politique, affirme un dicton brésilien, celui qui ne marque pas de buts se fait avoir. Finalement, tous les appareils syndicaux ont été occupés par la droite corrompue et la gauche réformiste, dans le but de cautionner la « transition contrôlée ».
L'opération politique de la bourgeoisie et des réformistes n'était certes pas quelque chose de facile. Mais elle ne représentait pas pour autant une alternative impossible, automatiquement vouée l'échec, comme le pronostiquait la gauche. Les syndicats et leurs dirigeants, vidés de crédibilité par des années d'hibernation, ne pouvaient récupérer leur autorité sur les masses travailleuses sans avoir
1. Le terme « interventores » qualifie les dirigeants syndicaux placés à leur poste par l'intervention de la dictature dans le mouvement syndical.
à en payer le prix et sans avoir à supporter un long délai d'attente avant que « l'investissement » ne porte ses fruits. Le régime, il est vrai, avait liquidé ou marginalisé les réformistes et les populistes. II lui était donc nécessaire de les ressusciter, et pour cela, il lui fallait tolérer ses discours radicaux et certaines actions combatives dans la « tourmente » des luttes quotidiennes. Certains militants de la gauche réformiste ont été petit à petit tolérés dans les syndicats jaunes, contribuant ainsi au rajeunissement des anciennes directions syndicales mises en place par le régime militaire, comme ce fut le cas pour le syndicat de la métallurgie de Sao Paulo présidé par Joaquim dos Santos Andrade (cf. article ci-joint).
RÉFORMISTES ET « PELEGOS »,
LA MAIN DANS LA MAIN En 1979, Joaquim met au point un accord d'« assistance » avec les courants politiques de la gauche réformiste, ayant pour objectif de moderniser la presse syndicale, de « radiographier » les entreprises, afin d'y faire pénétrer l'organisation syndicale et de combattre l'influence croissante de l'opposition. Il s'agissait ainsi d'éliminer une contradiction chronique que rencontrait la direction syndicale « pelega » : celle-ci « gagnait » les élections syndicales grâce aux fraudes électorales, au clientélisme dans les petits ateliers, les petites usines et chez les retraités, mais sans parvenir à garantir la reconnaissance de son mandat lors des négociations salariales, car, les travailleurs des grandes entreprises tenaient compte assemblées générales mais n'apportaient aucun crédit à un accord signé entre quatre murs par la Fédération des industries de l'Etat de Sao Paulo (FIESP) et Joaquim. Pour les patrons, il était aussi indispensable d'avoir un interlocuteur crédible et moins exigeant que les commissions d'entreprise et l'opposition syndicale. Pour Joaquim, la modernisation de la vie syndicale était une question de survie dans l'appareil et dans la carrière syndi-
L'opération de marketing politique appliquée au syndicat allait toutefois un peu au-delà de ce que l'on pourrait considérer comme du pur opportunisme carriériste. Il s'agissait, à vrai dire, d'une opération politique à moyen et à long terme qui n'appréhendait pas seulement l'important appareil de cette structure syndicale pour son utilité spécifique immédiate, mais replaçait son rôle dans l'ensemble du mouvement syndical du pays et des articulations inter-syndicales qui en découlaient. Cette analyse était faite à la lumière de définitions stratégiques appliquées aux transformations globales qui survenaient dans tout le pays. La référence au mouvement ouvrier s'exprimait sous la forme de l'opposition entre le syndicalisme aventuriste de l'ABC (2) et le syndicalisme responsable défini, à l'occasion, par le ministère du Travail, par Joaquim lui-même et ses nouveaux compagnons route réformistes. A l'évidence, ce tableau présentait des correspondances
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• Nacional Congrest quasi immédiates au niveau politique.
En renforçant un esprit défaitiste par anticipation, la gauche réformiste croit et cherche à faire croire que les limites des avancées démocratiques sont préalablement établies par les conditions offertes aux secteurs « retardataires », dans le cadre d'une stratégie de front démocratique pour le changement. En d'autres termes, on doit ajouter, comme critère limitatif aux revendications, aux formes d'organisation des masses travailleuses et aux luttes ouvrières, le veto économique et politique de ses alliés historiques ou occasionnels, c'est-à-dire la bourgeoisie nationale et libérale, et les dissidents de l'autocratie en décomposition. De ce point de vue, il était nécessaire de ressusciter un syndicalisme téléguidé par les bureaucraties, en présentant les initiatives d'auto-organisation de masse ou les positions politiques de la gauche désobéissante comme faisant historiquement le lit du marxisme. Celles-ci seront caractérisées comme aventuristes et objectivement contre-révolutionnaires. Ironiquement, le modèle-Joaquim de l'ouvrier est en réalité l'antidote du modèle-Lula, un ouvrier « qui ne sait pas où est sa place ».
Pour toutes ces raisons, l'accord entre Joaquim et la gauche réformiste est beaucoup plus que la simple conséquence de la recherche du bon fonctionnement de l'appareil syndical ou d'une analyse qui se voudrait équilibrée des limites et faiblesses du mouvement ouvrier des années 1980. C'est en réalité une espèce de pessimisme de commande, une orientation d'adaptation des théories et des faits à une conviction préalable gloréformistes sur les étapes que doit suivre la révolution brésilienne.
MODIFIER LA ROUTINE
DU MOUVEMENT OUVRIER La majorité des 4 712 syndicats existant dans le pays (2 397 syndicats urbains et 2315 ruraux) connaissent une véritable stagnation. Leur principale activité se borne à l'assistanat social et à l'utilisation •
DA CENTRAL ONICA DE
ChaT
resso laciona) 1° Congre "Tribune du rongrès de la CUT. (DR) di rinpon nereur. S'ils réunissent sou-
Her. direction, la base n'est bien enpas organisée. Cela n'est pas seulevC.ment vrai dans l'intérieur du pays ou dans les Etats peu industrialisés, mais c'est la règle générale même dans les grands centres industrialisés. Il est bon, également, de ne pas oublier que, jusqu'à il y a encore peu de temps, le plus gros syndicat d'Amérique latine, celui des métallurgistes de Sao Paulo, ne possédait même pas une presse régulière.
Les expériences d'auto-organisation liées ou non aux syndicats, sont encore rares : quelques commissions d'entreprides piquets de grève, etc. Aussi, pour modifier les conditions actuelles d'organisation de la classe ouvrière, il est nécessaire d'avoir une politique conséquente et persévérante à l'intérieur des syndicats, pour pouvoir réaliser des progrès effectifs. Cela signifie à la fois de parvenir à modifier largement la vie des structures syndicales, ainsi que de développer en même temps l'action de la base syndicale, en propageant l'idée des commissions d'entreprise et en essayant, dans la mesure du possible, d'effectuer des expériences concrètes sur ce terrain. L'élément essentiel d'élargissement de l'espace syndical et de l'amélioration des conditions de lutte est sans aucun doute la démocratisation des
Dans ce sens, il est de la plus grande importance de disposer d'une tactique suffisamment souple en rapport avec l'appareil syndical, sans dogmatisme ni sectarisme pour appuyer et renforcer toutes les réelles attitudes d'ouverture et de dé. mocratisation à l'intérieur des syndicats, utiliser toutes les brèches développer une activité quotidienne des
2. L'ABC est la grande banlieue ouvrière de Sao Paulo, où sont concentrés près de 400 000 travailleurs de la métallurgie employés par les multinationales de l'automobile, Ford, Volkswagen, General Motors, Scania, etc. C'est le phare des luttes ouvrières de 1978. L'ABC, ce sont les villes de Santo Andre (A), Sao Bernardo (B) et Sao Caetano (C).
syndicats, intervenir même en direction des secteurs de la classe ouvrière et des militants syndicaux les plus retardataires, s'ils ne sont pas corrompus. C'est ainsi qu'on parviendra à débloquer le niveau d'organisation des syndicats en s'attachant à ce que les militants de base utilisent et prennent en charge ces structures.
Bien évidemment, cette règle générale s'applique de manière différenciée, conformément aux conditions spécifiques de chaque syndicat ou de chaque catégorie professionnelle. Dans certains cas, ce travail est déjà possible compte tenu de la fragilité des bureaucrates et des «pelegos », ou compte tenu du degré de politisation des membres de la direction. Dans d'autres cas, cette action au sein de l'appareil n'est envisageable que comme couronnement d'un travail à la base dans les entreprises et les quartiers, qui s'adosse aux militants, pour rompre avec le contrôle des « pelegos » sur le syndicat. Principalement dans ce dernier cas, un système d'organisation propre de l'opposition syndicale est une nécessité, avec des réunions propres, un travail de formation syndicale spécifique et une presse indépendante.
La question clé est donc de pousser le syndicat à assumer ses responsabilités et à se placer au service de l'organisation des travailleurs dans les entreprises et, en général, sur les lieux de travail. Pour cela, il faut revenir à l'existence d'une presse syndicale présente à la porte des entreprises et dans la vie quotidienne des travailleurs. Une presse active, agressive et politisante est un élément fondamental pour syndicaux. Une politique qui favorise la formation de groupes d'entreprises et de groupes l'appui matériel et idéologique nécessaire à leur croissance formation, locaux de réunion, matériel d'imprimerie une obligation pour tout syndicat. Il en est de même en ce qui concerne l'intervention syndicale CIPAS (commissions internes aux entreprises traitant des questions d'hygiène et de sécurité du travail) ou pour toute autre instance du même type. « authentiques », qui n'adoptent pas un tel comportement politique, n'ont aucune raison valable de se dénommer « authentiques », car coupées de la masse des travailleurs et se bornant à la collecte des cotisations, elle ne seront jamais défendues par eux dans aucun conflit.
LES SYNDICALISTES,
ENTRE LE « VIEIL » APPAREIL
ET LE « NOUVEAU » MODELE Il est inutile, dans le cas présent, de rappeler longuement le rôle joué par la direction « pelega » du syndicat de la métallurgie de Sao Paulo lors des dernières élections. Une fois de plus, lors des élections syndicales de juillet 1984, l'opposition a remporté la victoire dans les votes d'entreprise, et une fois de plus, la victoire de la liste « pelega-réformiste » a été garantie par le vote des retraités (presque 20 % des votants) et des petites entreprises, alors que l'opposition est majoritaire dans les concentrations ouvrières de ce Les faits donnent à penser que les votes de la couche oppositionnelle révèlent, peut-être, l'apparition d'une nouvelle classe ouvrière qui tente encore de se faire représenter à travers le syndicat. Mais la grande majorité de la classe ouvrière ne se sent déjà plus représentée par lui. Le faible taux d'adhésion et le phénomène constant de désyndicalisation ne peuvent pas seulement être expliqués par la crise économique et le chômage de ces dernières années. On peut comparer, par exemple, avec les chiffres de syndicalisation de Sao Bernardo, qui font apparaître des courbes radicalement opposees. Ce processus de désyndicalisation est dû à l'inadéquation de l'appareil syndical en rapport à la base qu'elle représente. Cependant, l'indice d'adhésion syndicale de Sao Paulo est en baisse depuis vingt ans. On ne peut donc pas sous-estimer le rôle démoralisateur pour les travailleurs, de la
missions de travailleurs, comparées par vieil appareil et à la vielle direction, en
,0.1954
ATTORAL COES
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direction et de son type de syndicalisme d'assistance. L'appareil syndical représente chaque fois moins les ouvriers des grandes entreprises modernes, et par effet contraire, il se modèle de plus en plus en rapport avec sa représentation majoritaire (retraités, travailleurs des petites et vieilles entreprises).
Là où la rénovation capitaliste a été mise en œuvre, Joaquim a perdu son influence. Et il serait difficile d'argumenter que cela est la cause du conformisme ou de l'intégration des travailleurs au système capitaliste. Finalement, l'opposition syndicale a vaincu dans les entreprises qui ont fait grève durant les 18 derniers mois, dans les entreprises organisées par les commissions d'entreprise, et dans les régions modernisées où la « gauche rénovatrice » s'est installée. Cette question nous paraît importante, parce qu'elle révèle une possibilité qui ne se limite pas à telle catégorie professionnelle ou à tel syndicat.
La direction syndicale des métallos de Sao Paulo dispose d'une autorité passablement discutable sur la partie la plus dynamique et la plus combative de la catégorie professionnelle qu'elle est sensée représenter. Jusqu'à quel point apparaîtrat-elle comme un interlocuteur crédible aux yeux du patronat ? A Sao Bernardo, les patrons accordaient plus d'importance aux négociations menées avec les commissions d'entreprise et avec la direction dissidente qu'à la signature d'un accord salarial avec l'« interventor » ministériel. Depuis 1978, les entreprises modernes du Grand Sao Paulo ont connu des situations de ce type. Le problème en est même arrivé à être discuté à un niveau supérieur, lors d'un séminaire organisé par la Fédération des industries de Rio de Janeiro et par le ministère du Travail. Ce dernier a d'ailleurs récemment créé l'IBRART (Institut brésilien des relations du travail) pour conseiller les patrons et canaliser ce type de négociations quand elles s'avèrent inévitables. Le PDS est présenter un projet de loi créant des com-
22222% ITTALURGICOS
OPOSIÇÃO OPOSICÃO OPOSICÃO
La liste d'opposition lors des élections syndicales de la métallurgie de Sao Paulo. (DR) leurs promoteurs aux comités d'entreprise selon le modèle franquiste.
On peut considérer qu'il s'agit là d'une politique d'adaptation du patronat à l'inévitable. Mais pour le mouvement ouvrier, cela peut être un espace objectif pour la croissance d'un « nouveau syndicalisme », une lame à double tranchant, c'est-à-dire un canal d'intégration capitaliste et de division de la classe ouvrière d'un côté, ou un moyen de « renaissance classiste » du syndicat de l'autre. De toute manière, cela exigera des appareils syndicaux, ou para-syndicaux dans le cas de secteurs dirigés par les directions « pelegas », leur transformation et leur adaptation brutale aux exigences des organes de base.
Les négociations par entreprise n'impliquent pas l'abandon des négociations par catégories professionnelles. On peut envisager quelque peu semblable à celles que mènent les syndicats européens, l'accord catégoriel (ou inter-catégoriel) représentant un palier, une base de départ, et non un plafond. En 1978, à Sao Paulo, face aux négociations éclatées impulsées par les mouvements de grève de mai-juin (3), la FIESP a cherché, en novembre, à conclure un accord global établissant un plafond maximum et incluant une clause punitive pour les mouvements de grève d'entreprise ou de secteurs qui violeraient les ter-
L'organisation syndicale sur le lieu de travail, dans les régions, les luttes de résistance et les négociations par usine, la négociation articulée au niveau d'un secteur professionnel, exigent certaines innovations, parmi lesquelles : des locaux syndicaux, du matériel et des équipes régionales mobiles, une coordination inter-entreprises permanente, une assistance permanente aux groupes et aux mouvements de base.
Il ne s'agit pas, en réalité, de l'émergence d'un « syndicat parallèle », auquel les ouvriers s'associeraient, se détachant du « vieux » syndicat. Il s'agit d'une structure organisationnelle, parallele au quelque sorte, peut-être, d'une nouvelle « direction parallèle » naissante. Dans de nombreux syndicats, la cohabitation de cette nouvelle structure et de la vieille direction peut être harmonieuse, concertée, voire même planifiée. Dans d'autres cas, cela ne l'est pas nécessairement. En ce moment, la spéculation possible à partir de cette situation est que le nouveau syndicalisme va peut-être coexister avec le vieux syndicat, pour encore un bon moment, l'occupant en certaines occasions et dans des proportions différentes, suivant les caractéristiques des différents secteurs, et qu'une nouvelle structuration syndicale dépendra alors de profondes modifications de la situation globale dans le pays.
Des questions comme celles-ci ont été assimilées de manière confuse et équivoque aux thèses dudit syndicat libre ou « parallèle ». En réalité, l'expérience de Sao Bernardo a démontré, sans en épuiser toutes les perspectives, la possibilité d'utiliser la machine syndicale et ses moyens pour stimuler l'organisation ouvrière sur les lieux de travail. En d'autres termes, et indirectement, l'appareil syndical a fourni une authentique « caisse numéro 2 » à cette nouvelle structure, finançant et soutenant ses activités.
Le mouvement syndical brésilien a toujours eu une grande faiblesse : dans le domaine de l'organisation sur les lieux de travail. La revendication de « commissions d'entreprise » et de « délégués syndicaux » adressée au patronat est non seulement juste mais peut aussi être imposée à travers les brèches de la législation du travail. Une direction syndicale, ou même une opposition syndicale, qui a une intervention planifiée dans la conquête de positions à l'intérieur des CIPAS, des commissions de compensation d'heures, peut obtenir une relative stabilisation d'un réseau de militants à l'intérieur des entreprises stratégiques sélectionnées. Ces militants, avec un travail persistant de formation, peuvent se constituer en sous-direction de cette structure, tant au niveau de l'entreprise qu'au niveau de la direction de ses sièges régionaux. Cela peut évidemment pousser à une compétition au sein de la direction syndicale proprement dite, mais c'est l'une des seules voies pour stimuler la structure syndicale existante et impulser l'embryon d'un nouveau syndicat qu'exige le large changement politique
Régis MORAES, Sao Paulo, août 1984. 3. Le cycle des grèves ouvrières de 19781979 a marqué un saut qualitatif de l'évolution du mouvement ouvrier brésilien. Il a débuté à l'usine de Scania et dans les entreprises métallurgiques de l'ABC, où six entreprises voisines comptent à elles seules plus de 100 000 travailleurs. Le mouvement s'est ensuite étendu à d'autres catégories professionnelles. Plusieurs grèves ont été décidées dans les syndicats contre la volonté des directions en place et au risque d'une violente répression. C'est de ce mouvement de lutte que surgit le projet du Parti des travailleurs, qui regroupe les directions les plus représentatives de la montée gréviste.