cht les dernier. Tes neait de communication de Papyros Con Haitient Berne, L est encore difficile de faire le bilan détaillé des émeutes populaires qui ont touen mai dernier. Les réseaux de communication de l'opposition haïtienne permettent cependant d'esquisser le récit fragmenté de ce que beaucoup de militants anti-duvaliéristes décrivent comme les événements les plus importants depuis la répression qui a mis un terme, en novembre 1980, à une période de relative libéralisation du régime de Jean-Claude Duvalier, dit Bébé Doc, et à une véritable prise de parole contre la dictature (1). Andy BROCK
Le 23 mai dernier, une femme enceinte décédait sous les coups portés par un militaire dans la ville des Gonaïves, située sur la côte ouest, à 150 kilomètres au nord de la capitale, et qui compte environ 40 000 habitants. La population descendit alors dans les rues de Raboteau, quartier le plus populaire de cette localité. Le gouvernement de Port-au-Prince envoya immédiatement ses ministres et ses forces armées pour réduire la rébellion. Deux voitures de ministres seront mises en pièces, et les dépôts de l'organisation CARE, qui gère l'aide alimentaire des Etats-Unis, pris d'assaut. Les affrontements avec les soldats arrivés en hélicoptères de la capitale firent de nombreux blessés. Il semble qu'il n'y ait cependant pas eu de morts, les militaires tirant au ras du sol. Il n'est pas certain que les mots d'ordre criés par la population condamnaient directement la personne du président à vie, Jean-Claude Duvalier, mais ils avaient un contenu nettement revendicatif et politique.
La nuée des commerçants qui voyagent régulièrement jusqu'à Cap-Haitien porta l'information dans cette ville, la seconde du pays, située à 250 kilomètres au nord de la capitale. Là aussi, c'est dans le quartier le plus pauvre, celui de la Fossette, que les gens descendirent dans la rue le 29 mai. Environ une semaine plus tard, les émeutes s'étendirent à la ville de Hinche, qui compte 20 000 habitants.
UNE LEÇON POUR TOUT LE PAYS:
LA RÉSISTANCE EST POSSIBLE
Incontestablement, le soulèvement des villes du nord du pays renvoie à une situation ancienne. Traditionnellement, et plus encore depuis la centralisation forcée menée par la dictature du clan Duvalier dès 1957, la province est sacrifiée aux intérêts de la capitale. Le nord, et plus particulièrement la région des Gonaïves, souffre en plus de conditions climatiques sévères dues à la sécheresse, qui accentuent encore la misère ambiante. Dans cette ré-
HAITI
Emeutes populaires
au pays de bébé Doc
gion, environ 20 % de la population locale aurait déjà émigré. C'est du reste de cette région que proviennent l'essentiel des « boat-people » haitiens candidats à l'émigration.
De plus, les Gonaïves et la région entière de l'Artibonite sont le haut-lieu de la culture vaudou, facteur d'identité face au pouvoir des autorités de la capitale. Deux anecdotes circulent à ce propos dans le pays, sans qu'il soit toutefois possible d'en avoir confirmation, et qui dénotent l'importance de ce facteur culturel. Pour protester contre l'élimination, sous prétexte d'une fièvre porcine limitée, des cochons haitiens et leur remplacement par des animaux d'importation, ce qui en concentre l'élevage aux mains des gros éleveurs aux dépens des paysans pauvres, la population aurait mangé des chiens à la place du cochon, lors de cérémonies vaudou traditionnelles. Par ailleurs, la population des Gonaïves aurait brandi des oranges face aux soldats qui venaient les réprimer, en faisant courir le bruit qu'elles étaient empoisonnées par les « hougans » (prêtres vaudous) et qu'elles pourraient les tuer au moindre contact.
Mais il existe un facteur vérifié, et sans doute plus important, qui explique l'ampleur des mobilisations populaires dans cette ville. Alors que l'émigration a été stoppée par la présence du navire américain Hamilton au large de la côte haitienne, les Gonaïves continuent à vivre d'un commerce de contrebande en provenance des Etats-Unis. La surveillance à sens unique du Hamilton laisse en effet pénétrer des cargaisons de nombreux produits alimentaires et de vieux vêtements. Or, ce commerce est de plus en plus monopolisé par le clan Bennett, c'est-à-dire celui du beau-père du président Jean-Claude Duvalier, aux dépens des petits commerçants traditionnels qui sont, eux, souvent arrêtés sous prétexte de contrebande.
Enfin, les émeutes renvoient aussi à une situation générale d'exaspération populaire et de division au sein même de la
Port-au-Prince, capitale de la pauvreté. (DR) classe dirigeante. Plusieurs caractéristiques donnent la mesure de leur importance. Tout d'abord, les quartiers les plus pauvres semble aussi que la petite bourgeoisie des villes concernées ait appuyé le mouvement. Toutefois, son impact n'a pas gagné les campagnes, ni le sud, ni la capitale, qui représente la plus forte concentration
Get prolétarienne urbaine pays, avec plus d'un million de personnes. En second lieu, les miliciens, volontaires de la Sécurité nationale et plus connus sous le nom de « tontons macoutes », ne sont pas intervenus directement contre la population. D'après certains témoignages, certains d'entre eux se seraient même joints aux protestations.
1. La période de « libéralisation » (1977-1980) a vu se développer les activités légales ou semi-légales de deux formations politiques d'opposition, le Parti démocrate-chrétien (PDCH) de Sylvio Claude et le Parti social-chrétien (PSCH) de Grégoire Eugène. Parallèlement apparurent les organes de presse indépendants de la dictature. Fin 1980, ces partis politiques étaient frappés par la répression, leurs dirigeants arrêtés ou contraints à l'exil. Grégoire Eugène n'a ainsi été autorisé à rentrer en Haiti qu'en 1984.
Une raison fréquemment avancée pour expliquer cela rappelle qu'un mois avant les événements une lettre du président Duvalier interdisait les arrestations arbitraires, ce qui réduisait d'autant, en principe, les moyens d'intimidation et donc d'extraction de prébendes par les miliciens. Cette lettre a même été traduite et diffusée en créole par les curés de Bodarie et Thiotte quelques jours avant les émeutes, ce qui leur a d'ailleurs valu d'être arrêtés. Mais le fait même de ces arrestations démontre à lui seul que ladite instruction présidentielle était plus destinée à l'opinion internationale qu'à établir un régime de droit, ne serait-ce que sur ce
Il semble même miliciens disposent désormais de mandats d'arrêt en blanc sur lesquels il leur suffit de porter un nom. La raison plus vraisemblable de l'attitude de certains « tontons macoutes », et d'une portée en tout cas plus durable, est ailleurs : les miliciens, perdent de plus en plus de pouvoir face a la remontée politique et économique de la bourgeoisie mulâtre, depuis le mariage du président avec la fille de Bennett, son plus digne représentant.
La principale leçon politique à tirer de ces événements est en tout cas la constatation que, dans bien des villes, les secteurs les plus pauvres de la population sont prêts à descendre dans la rue et à prendre le risque d'affrontements majeurs avec la dictature, à l'occasion d'un incident « courant ».
L'AIDE INTERNATIONALE
COUVRE LA RÉPRESSION Les hésitations de la dictature sont aussi, de leur côté, pleines d'enseignements. Celle-ci a immédiatement senti la nécessité de calmer la situation. D'où l'appel à l'aide internationale. Les Etats-Unis, mais aussi les principaux pays capitalistes, France y compris, intéressés au maintien de l'ordre impérialiste en Haïti, se sont empressés de dépêcher une « aide alimentaire » (2). Autre manœuvre démagogique de la dictature : elle a annoncé la création de 4 000 emplois aux Gonaïves ...
Toutefois, la réponse fondamentale du régime de Jean-Claude Duvalier à ces émeutes, sur laquelle d'ailleurs tous les « donateurs » internationaux ferment pudiquement les yeux depuis toujours, est l'éternelle recette de la répression. Beaucoup de personnes ont été arrêtées, molestées avant d'être relâchées. Si le budget de la Justice a été augmenté, ce n'est certes pas pour accélérer ou améliorer les procédures judiciaires, qui n'existent que sur le papier, mais pour accroître le nombre et l'ardeur des « dépisteurs », en clair les mouchards du régime. Les journaux Fraternité de Grégoire Eugène, dirigeant du Parti social-chrétien d'Haiti (PSCH), Conviction de Silvio Claude, président du Parti démocrate-chrétien haitien (PDCH), l'Information de Pierre-Robert Auguste, ont été interdits. Ce dernier directeur de publication a même été arrêté et torturé pour avoir publié un reportage sur les émeutes. Cette nouvelle vague de répression réduit donc encore un peu plus la marge des activités légales de l'opposition.
Enfin, le régime a opéré un tournant apparent en faveur des « dinosaures », c'est-à-dire les tenants de la vieille garde duvaliériste. Au lendemain d'une altercation en plein conseil des ministres entre l'un de leurs représentants, le ministre des Travaux publics, Cinéas, et Michèle Bennett, la femme du président, qui valut d'ailleurs au ministre de perdre son poste, Jean-Claude Duvalier a réuni un conseil des vieux dignitaires (sa mère Simone Duvalier, le ministre de l'Intérieur Lafontant, etc.). Bébé Doc semble d'ailleurs prêter attention aux vieux arguments des « dinosaures » réactualisés par les derniers événements. Ceux-ci se résument comme suit : il ne faut pas suivre les conseils des américains de libéralisation contrôlée, ne pas sacrifier la production agricole de vivres au profit de denrées et de produits d'exportation, ne pas éroder le pouvoir des miliciens et, finalement, il faut préserver l'équilibre politique et social hérité de Duvalier père.
D'où la fermeture des journaux gênants, mais aussi une savoureuse comédie anti-américaine et « nationaliste » récupérée dans le vieux répertoire duvaliériste.
Premier acte : le président Duvalier et sa suite refusent de se rendre le 4 juillet 1984 à l'ambassade des Etats-Unis à l'occasion de la fête de l'indépendance de ce pays. Une maladresse — calculée ? - de l'ambassadeur en offrit le prétexte. Il avait en effet invité à ces agapes un opposant déclaré du régime, le fonctionnaire de l'Unesco De Ronceray. Détail piquant, un ministre haitien aurait déclaré : « Les Etats-Unis se croient à Varsovie ».
Deuxième acte : De Ronceray est arrêté et rossé, ainsi que plusieurs de ses amis. Le ministre de l'Intérieur Lafontant participe lui-même au passage à tabac. Or, longtemps dans le collimateur de l'ambassade américaine, qui aimerait bien s'en
Troisième acte, en forme d'apothéose : la journée de la milice est célébrée dans la plus pure liturgie duvaliériste. Son thème central est : « La présidence à vie est non négociable. » Son slogan : « Au premier coup de canon d'alarme, les villes disparaissent et la Nation est debout » (déclaration de Toussaint l'Ouverture lors du déclenchement de la lutte d'indépendance, en 1791, que s'est ensuite approprié Duvalier père). Son décor : des banderoles, notamment sur la route de l'aéroport et non loin de l'ambassade américaine proclamant : « Les étrangers ne se pas des affaires haïtiennes. » Tous les ministres, le président Duvalier, et même son fils d'un an et demi étaient présents, en grande tenue de miliciens. Le travestissement de fils de grande famille, comme par exemple le ministre des Affaires étrangères Jean-Robert Estimé, et celui de l'Economie Frantz Merceron, dans la tenue bleue des miliciens, ne manquait pas de signification symbolique des ambassades étrangères. Mais cette fantasque mascarade cependant à l'impasse du modèle de société duvaliériste. Ses principaux acteurs en sont les premiers conscients.
HAITI : UN FUTUR TAIWAN DE LA CARAIBE ? Il est inutile d'accumuler les indices régression et de la misère Quant aux causes, elles sont déjà connues : : surexploitation, par le biais du marché des matières premières, réduit aujourd'hui essentiellement à la vente du café ; extorsion sauvage de plusaux 60 000 ouvriers, et surtout ouvrières, d'environ 200 sociétés américaines installées dans le pays; cupidité, corruption et incompétence extrêmes de la classe dirigeante ; exode des cerveaux, encore aggravé depuis l'installation de la
L'accaparement de plus en plus de terres par des propriétaires absentéistes, l'épuisement des sols par des modes de culture de survie empêchent, entre autres facteurs, toute augmentation de la production agricole en dehors d'une réforme agraire radicale. Le développement touristique est limité par l'absence d'infrastructures suffisantes, par le coût des prestations au regard des sites concurrents dans la région de la Caraibe, et plus encore par la répulsion qu'inspire ce pays à maints touristes à la recherche de paradis tropicaux. D'où le projet des experts américains et occidentaux ainsi que des institutions financières qu'ils contrôlent - FMI, Banque mondiale, US-AID - d'orienter encore plus la production haitienne vers la satisfaction des besoins des marchés exté-
Citons par exemple le document présenté par l'administration Reagan au congrès des Etats-Unis à l'occasion du vote du budget d'aide de l'année fiscale 1986, dans lequel on peut lire : « Il faudra graduellement, mais systématiquement, retirer 400 000 hectares (soit 30 % environ) des terres actuellement cultivées en maïs, petit mil, sorgho, etc. Ces terres doivent être retirées de la production vivrière, afin d'opérer une réhabilitation de la terre et. une stratégie de plantation d'arbres et de denrées pour l'exportation (cacao, mangues, bananes, avocats, etc.). C'est dans cette production que résident les avantages naturels d'Haïti. (3) » Les paysans seraient, selon ce projet, recrutés dans des brigades de travail pour la construction de routes, dispensaires, etc., et rémunérés sur la base d'un programme spécial.
«Le cheminement de l'économie haïtienne, poursuit le document, l'amène inexorablement vers une concentration urbaine et un secteur de production manufacturière et de services commerciaux
2. En février 1984, le secrétaire d'Etat américain George Shultz n'hésitait pas à déclarer devant le Congrès que le régime haitien faisait « un effort concerté et significatif pour améliorer la situation des droits de l'homme, en appliquant des réformes politiques essentielles au développement de la démocratie ». Libération, Paris, 14 février 1984.
3. « Country Development Strategy Statement », FY 1985, Etats-Unis.
fournisseurs de nouveaux emplois, de revenus et d'exportations. (...) Le CBI (Initiative pour le bassin de la Caraibe) rend possible ou réalisable les perspectives de faire d'Haïti le "Taïwan de la Caraibe". » Déjà deux barrages sur l'Artibonite doivent permettre en effet de supprimer 4 000 hectares de terres cultivables, de fournir de l'électricité aux industries et de provoquer l'émigration de 60 000 personnes vers la capitale. Ajoutons entre parenthèses que le document affirme également en toute candeur: « Les Etats-Unis ont un intérêt spécifique en Haïti, particulièrement en ce qui concerne leur sécurité. (...) Haïti occupe une position stratégique à seulement 700 miles de la Floride, et l'existence d'un gouvernement et d'une population non hostile est d'un intérêt vital pour les Etats-Unis. »
Ce document, ainsi que d'autres dans le même genre, assignent clairement à Haiti le rôle de pourvoyeur de main-d'œuvre à bas prix aux sociétés multinationales. Actuellement, le salaire journalier est de 2 dollars, soit environ 18 francs. Cela va bien dans le sens du CBI, dénommé aussi Plan Reagan, qui accorde des avantages fiscaux qu'une exonération de droits de douane pour l'entrée sur le marché américain des produits assemblés dans la région de la Caraibe.
François Duvalier, père de l'actuel dictateur, refusait la perspective d'un développement industriel, ne cachant pas les risques politiques pour la dictature d'une telle évolution. Aujourd'hui, l'alliance tumultueuse mais forcée des « dinosaures » et de la classe bourgeoise mulâtre favorise l'accélération de la mise en place de rapports de production capitalistes à la campagne, et plus sûrement encore dans les centres urbains, par le biais d'une industrialisation dirigée vers l'exportation. La classe dirigeante n'a plus d'autre alternative face à l'effondrement de l'économie traditionnelle. Elle a encore moins le choix face aux injonctions et aux projets des « donateurs » extérieurs qui contrôlent non seulement l'appareil de sécurité et de répression le plus sûr - l'armée formée par les Etats-Unis — mais aussi près de 70% du budget de l'Etat.
Il n'est donc pas étonnant, dans ces conditions, d'entendre le ministre de l'Economie, Frantz Merceron, déclarer à Washington en février dernier que « la production industrielle pour l'exportation est la seule véritable option pour laquelle nous avons un avantage comparatif sur le
Paysans haitiens. (DR) plan international: la dextérité et le savoir-faire d'une main-d'œuvre disciplinée disponible à un coût réel bien en-deça de sa productivité. (...) Il est en outre difficile d'imaginer une modernisation du secteur agricole tant que l'excédent de main-d'œuvre n'aura pas pu être absorbé par un autre secteur ». La leçon a été bien apprise, avec en supplément une bonne dose de cynisme dans l'exposé de l'argumentation.
VERS UN DUVALIERISME
SANS DUVALIER? Inutile d'insister sur le fait que si le projet des experts promoteurs du plan américain pour la Caraibe s'applique intégralement, Port-au-Prince sera doté d'une concentration ouvrière explosive sans pour autant que le moindre problème ne soit résolu dans les campagnes. Evidemment, une telle évolution serait facilitée par l'élimination de la dynastie duvaliériste et la mise en place d'un régime capitaliste plus moderne et plus présentable. D'où les pressions internationales en faveur d'une libéralisation progressive du régime, d'autant plus nécessaire aux yeux du département d'Etat américain après l'expérience du renversement révolutionnaire des dictatures d'Anastasio Somoza au Nicaragua et d'Eric Gairy à Grenade.
Mais l'opération de substitution, le moment venu, du président à vie Duvalier, s'avère difficile et délicate. Certes, les appuis internationaux apportés à des politiciens de droite haitiens ne manquent pas. Ceux-ci se sont cependant toujours révélés incapables de se constituer une base populaire suffisante pour garantir une évolution du régime sans risques de dérapage. D'où la prudence de Washington. La philosophie actuelle des USA est en quelque sorte la suivante : mieux vaut travailler pour l'instant avec les « poches de compétence » qui se trouvent au sein du régime actuel, selon l'expression même des dirigeants de l'USAID. D'un autre côté, les conditions d'une alternative populaire au régime pro-impérialiste de Bébé Doc sont loin d'être réunies. Tout d'abord, l'opposition révolutionnaire reste faible. Elle est essentiellement composée du Parti unifié des communistes haïtiens (PUCH pro-soviétique), du Parti des travailleurs haitiens (PTH) (4), et de l'organisation En Avant. Ses cadres, souvent formés à l'étranger, manquent de ce fait, quand ce n'est pas tout bonnement à cause de leur origine sociale privilégiée, d'insertion dans le peuple. De plus, cette opposition reste en grande partie prisonnière de l'illusion d'un schéma étapiste du processus révolutionnaire, en argumentant sur la nécessité d'une étape « démocratique » dont l'objectif peut être poursuivi en alliance avec une bourgeoisie progressiste ou nationaliste par ailleurs introuvable sur l'échiquier social et politique du pays. Ensuite, la faiblesse numérique et politique des organisations d'avant-garde, l'arriération même du niveau de développement économique du pays et la répression brutale ont à ce jour empêché le développement de mouvements sociaux d'ampleur, significatifs et organisés, même si une certaine forme d'intervention politique est quelquefois bien menée par ces courants, notamment au sein des communautés religieuses de base.
Enfin, l'ennemi le plus redoutable et direct de tout processus d'émancipation sociale en Haiti est l'impérialisme, bien que cela ne soit pas encore perçu par le peuple haitien. D'où la double nécessité, incontournable pour l'avant-garde révolutionnaire, de ne semer aucune illusion sur la possibilité de l'instauration d'un régime « démocratique bourgeois » sans Duvalier, satisfaisant les revendications populaires, et celle de mener son combat en coordination stratégique et tactique avec les autres peuples et mouvements révolutionnaires de la région de la Caraibe. La condition d'une paralysie et d'une défaite du fantastique appareil de répression de l'impérialisme américain et de ses alliés réside dans sa dispersion face à la multiplication d'offensives des peuples en lutte et dans sa relative immobilisation face à l'opinion démocratique aux Etats-Unis même.
La coordination, dès aujourd'hui, . des luttes anti-impérialistes à l'échelle de l'ile, c'est-à-dire avec la République dominicaine, mais aussi à l'échelle de la région de la Caraibe et de l'Amérique centrale, et sans doute au-delà, est la condition même de la survie, dans l'avenir, de tout processus révolutionnaire en Haiti. L'impérialisme, lui, n'a jamais négligé cette dimension. La nomination récente du général Oscar Padilla Medrano au poste d'ambassadeur de la République dominicaine à Port-au-Prince en est le dernier témoignage. Il s'agit en effet de l'ancien directeur de la police politique dominicaine mise en place par la CIA ...
Andy BROCK, septembre 1984. 4. Fondé en 1966 et initialement maoiste, le PTH a adopté depuis une position plus indépendante de Pékin. Un dirigeant de cette organisation s'en est expliqué lors d'une interview accordée à Inprecor et publiée dans le numéro 117 du 25 février 1982, dans laquelle il déclarait : « Le PTH a partagé pendant toute une période les critiques adressées à la direction soviétique par le Parti communiste chinois (PCC) et le Parti du travail d'Albanie (PTA). Mais nous avons changé notre attitude vis-à-vis de ces deux partis en 1976, en estimant que les Chinois avaient adopté à leur tour une ligne révisionniste. »