N important mouvement de protestation s'est déroulé
Vous au tong du mos de septembre dernier pour redame prisonniers politiques encore incarcérés dans ce pays malgré la promulgation de plusieurs lois d'amnistie partielle.
mobilisation débuta par la grève de la faim de 58 prisonniers politiques, députés d'opposition, Rosario Ibarra de Piedra, dirigeante du Front national contre la répression (FNCR), et deux membres du Parti révolutionnaire des travailleurs (PRT), section mexicaine de la IVe Internationale.
Le 28 septembre dernier, après 34 jours de grève de la faim, l'action fut suspendue après la promesse du président de
Félix HOYO
En septembre 1978, des grèves de la faim et des mobilisations ont été menées par les mères et les parents de prisonniers et de disparus politiques regroupés dans un Comité pour la défense des prisonniers, des persécutés, des disparus et des exilés politiques. Ces actions avaient réussi' à arracher à l'ancien président Lopez Portillo une loi d'amnistie, s'articulant avec la réforme électorale et politique qui autorisa la participation électorale des partis d'opposition. Cependant, le problème des disparus resta sans véritable solution. Le
1981, le Front national ler septembre contre la répression (FNCR) obtint, par sa présidente Rosario Ibarra de Piedra, une entrevue avec Lopez Portillo et la promesse d'une enquête sur le cas des disparus politiques. Comme résultat de cette
« enquête », le procureur général de la
République déclara, à l'époque, qu'il n'y avait pas de « disparus » politiques et que les citoyens en question - une liste de
450 personnes avait été fournie - étaient morts au cours d'affrontements avec la police ou l'armée.
L'HISTOIRE TRAGIQUE
DES DISPARUS POLITIQUES
Personne n'a cru ni ne croit cette version officielle. Les mères, les épouses et les parents des disparus politiques ont été témoins ou ont recueilli des témoignages édifiants sur la brutalité avec laquelle les
« disparus » ont été appréhendés par des membres de l'armée mexicaine et des polices officielles ou non qui opèrent dans le pays. Durant le mandat présidentiel de
Lopez Portillo, la Brigade blanche, organisation clandestine formée de groupes sélectionnés de la police et de l'armée mexicaines, a semé la terreur et appliqué les pires tortures aux militants d'organisations politiques ou syndicales.
Cette police politique de l'armée a constitué la 9e brigade, basée au camp mi-
L'origine des "disparus"
dans la capitale sur cette question. sonniers politiques dans ce pays. Rosario Ibarra de Piedra, dirigeante du FNCR. (DR) litaire numéro 1. Des dizaines de citoyens mexicains ont été enlevés et torturés par ce groupe. Au début de l'année 1981, le ministre de la Défense affirmait publiquement que la Brigade blanche avait cessé d'agir, confirmant ainsi son existence. Il déclara également que les « disparitions » et les détentions dans des prisons clandestines avaient cessé, confirmant par là aussi leur existence, au moins pour la période antérieure (1).
De nombreuses mères et épouses de disparus politiques ont pourtant reçu des lettres ou des informations sur leur sort après même leur disparition. Ces documents et témoignages constituent une preuve irréfutable qu'ils sont vivants, parfois même plusieurs mois, voire plusieurs années après leur enlèvement et leur disparition. Mais le gouvernement mexicain refuse toujours de modifier sa version des faits.
la République de recevoir en audience une délégation des gré-
Plusieurs manifestations populaires, prises de position syndicales et politiques ont appuyé cette grève de la faim. Des familles de prisonniers politiques ont aussi participé à cette action à partir du 9 septembre. Une motion soutenant les grévistes fut soumise au vote à la Chambre des députés par les partis d'opposition, y compris de droite. Après l'arrêt de la grève de la faim, les mobilisations de rue ne cessèrent pas pour autant.
Et le 2 octobre, ce sont 40 000 personnes qui manifestèrent
Nous publions ci-dessous un article qui retrace l'historique et le contexte politique de la question des disparus et des pri-
En février 1983, Rosario Ibarra de
Piedra, de passage à Paris, expliqua que le FNCR possédait 35 témoignages écrits été libérées après de personnes ayant avoir été détenues et torturées dans des prisons clandestines.
Ces personnes ont aussi reconnu, dans les archives photograplusieurs phiques, disparus politiques qu'ils avaient renconirés dans les geôles clandestines du camp militaire numéro 1.
Le chiffre de 513 disparus politiques avancé par le FNCR peut sembler très abstrait. Il est donc indispensable de donner quelques précisions à ce sujet. Au moins
350 disparus politiques sont originaires de l'Etat de
Guerrero. Paysans dans leur majorité, ils ont « disparu » pendant la période des persécutions à l'encontre de la guérilla paysanne du Parti des pauvres
(PDLP) dirigée par le professeur Lucio
Cabanas Barrientos. Environ 215 disparus ont été arrêtés par l'armée en 1974 dans la Sierra de Atozac (Guerrero) où agissait la guérilla du PDLP, 20 paysans furent enlevés en 1975, au moins 60 autres
1976, 20 en 1977, et 20 de plus en 1978.
Lors des mobilisations du 2 octobre 1978 à Acapulco, on apprit qu'il y avait 36 cas supplémentaires de disparitions non encore connues. Lors des mobilisations et de la grève de la faim du mois de novembre de cette même année, il y en eut 38 de plus. Dans l'Etat de Sinaloa, on a enregistré 38 cas de disparitions politiques, et 14 autres dans la ville de Guadalajara. Au moins une dizaine de disparus furent enlevés dans la ville de Mexico (2).
Pour des raisons évidentes, ce recensement ne permet pas toujours l'application des techniques statistiques habituelles. Cependant, au milieu de 1981, les faits et les témoignages sur les « disparus » furent recueillis par un recensement
1. Cf. bulletins numéros 1 et 2 du Comité français de défense des droits de l'homme au
Mexique, 1, rue Montmartre, 75001 Paris.
2. Revolucion numéro 1, mai 1979.
auquel participèrent leurs familles, mères, épouses et enfants. En 1980, le nombre de disparus politiques se montait à 443 En 1982, le chiffre s'établissait à 507. En 1984, il est monté à 513, car la politique de la « disparition » se poursuit toujours au Mexique.
Il est utile de retracer le processus politique qui s'est déroulé dans les Etats de Guerrero, de Costa Grande et de la Sierra de Atozac, pour expliquer l'ampleur et la brutalité de la répression qui s'y est abattue, et qui s'expriment à travers le nombre important de disparus politiques dans cette région (78% du total en 1980 (3).
LA GUÉRILLA DES ANNÉES 1970
La généralisation du mouvement de masse commence en 1960, à partir des mobilisations contre le despotisme du gouvernement de l'Etat. Les massacres de Chilpancingo, en décembre 1960, et d'Iguala, en décembre 1962, brisent ces mobilisations mais obligent leurs directions à se radicaliser. En 1967, une nouvelle vague de répression sanglante conduit l'avant-garde du mouvement à poursuivre le combat les armes à la main et à intégrer les organisations guérilléristes.
A la suite du massacre des paysans producteurs de café d'Atozac, le 18 mai 1967, le principal dirigeant du mouvement de masse, le professeur Lucio Cabanas, se réfugie dans la montagne et commence à y organiser un groupe de guérilleros : le Parti des pauvres et la Brigade paysanne d'exécution. Le massacre des paysans producteurs de noix de coco qui eut lieu à Acapulco, le 20 août 1967, confirmera pour ces militants la nécessité de poursuivre la stratégie de la guérilla. Un an plus tard, le 22 avril 1968, le professeur Genaro Vazquez Rojas, principal dirigeant de l'Association civique du Guerrero, s'évade de prison et organise un nouveau groupe de guérilla, l'Association civique nationale révolutionnaire (ACNR). Le mouvement des universités mexicaines, de 1968, et la répression sanglante de la manifestation du 2 octobre 1968 sur la place Tlatelolco à Mexico, tout comme le massacre des étudiants du 10 juin 1971, confirment à nouveau le choix de la voie armée pour une partie de l'avant-garde révolutionnaire. Les expériences des guérillas latino-américaines en cours, celles des Tupamaros d'Uruguay, de l'Armée révolutionnaire du peuple (ERP) d'Argentine, semblaient aussi confirmer ce choix.
Le 2 février 1972, le dirigeant de l'ACNR, Vazquez, est assassiné par l'armée. La guérilla paysanne du PDLP passa alors à l'action contre l'armée mexicaine qui subit plusieurs embuscades, en 1972 et en 1973. En mars 1974, le PDLP enleva le plus puissant capitaliste et homme politique de l'Etat de Guerrero, R. Figueroa, alors candidat gouverneur de l'Etat pour le Parti révolutionnaire institutionnel (PRI). L'Etat mexicain déchaîne toute la violence possible pour mener la répression contre les masses paysannes de la Sierra de Atozac : le 28 septembre, l'armée libère Figueroa et détruit le secteur le plus puissant de la guérilla. A fin novembre, elle encercle et bombarde son noyau principal. Le 2 décembre, s'appuyant sur la torture et la trahison, l'armée mexicaine encercle et extermine le noyau dirigeant et Lucio Cabanas lui-même.
C'est à la suite de la persécution et de l'extermination de la guérilla paysanne que l'armée enleva et fit « disparaître » des centaines de paysans. Dans la grande majorité des cas, leur seul délit fut de porter le nom de « Cabanas » ou de « Barrientos » ou le fait d'avoir connu Cabanas lorsqu'il organisait légalement les masses. Dans quelques cas seulement, les paysans enlevés avaient collaboré avec le groupe de guérilla en lui apportant de la nourriture. Comme le montrent les chiffres, la persécution et l'extermination des restes du PDLP se prolongèrent jusqu'en 1978.
D'autres guérillas se sont développées dans le pays à la même époque. Des dizaines de petits groupes armés surgirent. Des étudiants radicalisés d'origine petite-bourgeoise s'incorporèrent principalement à la tristement fameuse Ligue du 23 septembre, dont le noyau principal provenait d'une scission du Parti communiste mexicain (PCM) dans les années 1970. Ce groupe se caractérisait par des actions de terrorisme individuel contre la police, mais aussi contre des syndicalistes, des militants d'organisations réformistes, et même de la gauche radicale. Leurs actions terroristes, leurs erreurs monumentales et leur délire militariste furent utilisés par l'Etat comme prétexte au renforcement des appareils et des corps spécialisés dans la répression et la terreur. Sur le point de les exterminer, la police les infiltra et parvint même a réaliser des agressions, des assassinats et des enlèvements au nom de la Ligue du 23 septembre. D'autres groupes furent traités de la même façon, en parti-
Grève de la faim pour la libération des prisonniers politiques en 1978. (DR) culier les FAR (Carmelo Cortes) et l'UP (Union du peuple).
LA POURSUITE DE LA PRATIQUE
DES « DISPARITIONS » C'est surtout sur le problème des « disparitions » que le simple énoncé du chiffre des victimes se révèle insuffisant pour exprimer la tragédie que cela représente. Des centaines de mères, d'enfants, d'épouses ont subi et subissent toujours les conséquences de ce drame. Des témoignages rapportent le cas de mères âgées de paysans qui sont mortes de tristesse, ou d'autres femmes qui doivent trouver du travail, laver du linge par exemple, ou vivre dans la mendicité, parce qu'elles ont perdu l'unique revenu de la famille. Des enfants sont contraints de travailler comme journaliers pour aider leur famille.
Mais la pratique des disparitions politiques n'a pas été suspendue par l'Etat et la police mexicaines, même après l'extermination des guérillas rurales en 1974 et urbaines en 1977. En mars 1983, à Paris, un représentant de la Fédération internationale des droits de l'homme et une représentante d'Amnesty International ont constaté et dénoncé la poursuite de cette pratique répressive, non seulement sous le gouvernement de Lopez Portillo, mais aussi sous celui de Miguel de la Madrid. Le Front national contre la répression (FNCR) et le Front national des avocats démocratiques (FNAD) ont publié données précises concernant les « dispari• tions » intervenues en 1983 et 1984 (4). Le FNAD a dénoncé la disparition de
3. Cf. F. Hoyo et O. Cardenas, « Accumulacion capitalista y luchas de clases en Guerrero », revue Coyoacan numéro 13, 1981.
4. Cf. bulletins numéros 3, 4 et 5 du Comité français de défense des droits de l'homme
Lopez Portillo, ont réussi à tromper le police du District fédéral à extorquer les deux étudiants en octobre 1983 et de 8 autres personnes en décembre.
Le 13 novembre 1983, la Fédération latino-américaine des associations des familles de détenus-disparus (FEDEFAM) a tenu son 4e congrès dans la ville de Mexico et a demandé au gouvernement mexicain la création d'une commission pour enquêter sur le sort des disparus politiques au Mexique. La Fédération internationale des droits de l'homme avait déjà fait la même demande officielle au préside la Madrid, en décembre 1982. Les mères des disparus politiques du Mexique se sont exprimées au congrès de la FEDEFAM, déclarant notamment : « Ils nous les ont pris vivants, nous voulons les revoir vivants. Un enfant argentin, chilien, mexicain, c'est la même chose. Nous les chercherons jusqu'à les trouver. Le Mexique a été le siège du 4e congrès de la FEDEFAM parce que là aussi s'applique une pratique qui dégrade l'humanité entière : la disparition. Parmi les 90 000 disparus d'Amérique latine, 513 sont Mexi-
Cependant, malgré les témoignages et les documents présentés par le FNCR et le FNAD, comme par les organisations internationales telles qu'Amnesty International et la FEDEFAM, le gouvernement mexicain compte sur des alliés solides dans les forums internationaux, à l'ONU et en Europe. Cette complicité s'est exprimée à Genève, en février 1984. A cette occasion, le Groupe de travail sur les disparitions forcées et involontaires de la Commission des droits de l'homme des Nations-Unies, a décidé d'exclure le Mexique de la liste des pays qui pratiquent la détention-disparition. FEDEFAM ont émis une protestation publique et organisé une grève de la faim dans les locaux même de l'ONU à Genève contre cette décision qui, outre le Mexique, concerne aussi le Pérou, Haiti et la
Dans ce document, le FNCR présente une liste des disparitions politiques qui ont e lieu sous le gouvernement de Miguel de la Madrid : 6 en 1983 et 11 en janvier 1984. Mais la politique de complicité s'exprime également dans la « discrétion » et le silence des gouvernements sociaux-démocrates et de la grande presse « démocratique » européenne. Aujourd'hui, cette complicité se fait encore plus évidente avec le silence qui est gardé sur la pratique du gouvernement mexicain face aux milliers de réfugiés guatémaltèques, près de 100 000 paysans indigènes de langue et de culture maya, qui ont fui la politique de génocide du gouvernement du Guatemala. Des milliers de ces réfugiés ont été expulsés du territoire mexicain, beaucoup d'entre eux étant ensuite assassinés dans leur pays. La police et l'armée mexicaines ont participé à la répression et à la torture de dirigeants de ces commu-
LE PATRIMOINE HÉRITÉ PAR DE LA MADRID Les deux précédents présidents mexiLuis Angel Echeverria et peuple mexicain sur le problème des disparus politiques. L'élément clé de cette •politique se trouve dans le fait que l'Etat mains le contrôle de tous les ressorts de l'économie, maintenant un consensus et une hégémonie efficaces et un contrôle étroit des appareils essentiels de domination, à savoir les organisations ouvrières et paysannes corporatistes. Pour ce faire, ils bénéficièrent aussi de l'unité relative de la classe dominante et de l'appareil du PRI. La stabilité relative du peso mexicain et les revenus tirés du pétrole leur permirent d'éviter les répercussions des débuts de la crise économique internationale. A travers l'extension des dépenses sociales et le développement industriel, ils purent éviter la progression du mouvement ouvrier. A travers des concessions partielles à la paysannerie, en appliquant la loi de réforme agraire, et au moyen de projets de modernisation de l'agriculture, ils purent arrâter la vague de mobilisations et de luttes paysannes des années
Mais Miguel de la Madrid, héritier du cours répressif et sanguinaire de ses prédécesseurs, n'a pas hérité de la même situation économique et politique (6). Il se trouve confronté au contraire à la perte du contrôle sur l'économie provenant de la plus profonde crise de l'appareil productif que le pays ait connu, aux résultats de trois dévaluations du peso mexicain en 1982, et à l'approfondissement de la crise internationale. Ni Miguel de la Madrid ni son équipe de technocrates, qui manque de l'expérience des vieux politiciens du PRI, n'ont l'envie ni la capacité d'entreprendre les profondes réformes exigées par l'état de la structure industrielle et agraire du pays. Il suffit de rappeler qu'une des premières mesures de Miguel de la Madrid a consisté à reprivatiser 34 % du secteur bancaire qui avait été nationalisé à peine quatre mois auparavant par son prédécesseur, et a rendre au secteur privé les industries qui étaient contrôlées par ces banques. Il suffit aussi de rappeler qu'en décembre 1983, Miguel de la Madrid imposa une révision de la loi fédérale de la réforme agraire, qui constitua une régression et une attaque contre les conquêtes et les luttes des paysans mexi-
Outre la crise économique, Miguel de la Madrid a hérité de la plus profonde crise politique qu'ait traversé l'Etat mexicain. A la fin du mandat présidentiel de Lopez Portillo s'est déchaîné un scandale provoqué par la corruption la plus éhontée qu'ait connu le pays, par le pillage des ressources naturelles (pétrole) et du trésor public. Le ministre des Pétroles mexicains, Diaz Serrano, a été emprisonné à la suite de fraudes gigantesques dans ce secteur. Le gouverneur du district fédéral, C. Hank Gonzalez, a été dénoncé pour la façon inexplicable dont il s'est enrichi au cours de sa carrière politique. Les autorités mexicaines réclament l'extradition de l'ex-chef de la police de la ville de Mexico, A. Durazo, aujourd'hui détenu aux Etats-Unis, et l'accusent d'avoir obligé la citoyens, d'avoir participé à un trafic de drogue, et d'être responsable d'une dizaine d'assassinats. L'ex-directeur de la police politique et ex-chef de la Brigade blanche, Nazar Haro, a été poursuivi par la police des USA pour avoir participé à un trafic d'automobiles volées et de stupéfiants.
Personne n'ignore que la responsabilité fondamentale de la corruption retombe sur la personne de l'ex-président de la République, Luis A. Echeverria. Cependant, récemment, la Chambre des sénateurs a qu'Echeverria était déchargé de toute responsabilité dans la crise économique que subit le pays. Et Luis Echeverria lui-même a déclaré que ce n'est pas lui, mais le peuple mexicain, qui s'est endetté et qui porte la responsabilité de la situation présente. La légitimité et le mythe du présidentialisme mexicain se trouvent donc sérieusement en crise et commencent mê-
De son côté, la crise interne de l'appareil du PRI et de l'Etat mexicain s'exprime par des phénomènes inédits. Des dirigeants et des vieux politiciens du PRI ont proposé l'expulsion de l'ex-président Lopez Portillo du parti gouvernemental. D'autres ont envisagé que le PRI change de nom et d'orientation politique. Des divisions internes sont à l'œuvre dans le PRI et déjà s'expriment des conflits entre les responsables des organisations ouvrières corporatistes et l'équipe gouvernemen-
La crise sociale a débouché sur de grandes mobilisations ouvrieres et paysannes. En juin 1983 a éclaté une vague de grèves dans tout le pays. Pendant le mois d'octobre a eu lieu la première grève civique nationale. Le 10 avril 1984, des dizaines de milliers de paysans manifestèrent dans le parc Zocalo à Mexico, au terme de plusieurs semaines de marches en provenance de toutes les régions du pays (7), pour manifester leur rejet de la politique agraire du gouvernement et exiger la satisfaction de leurs revendications et l'arrêt de la répression dont ils étaient l'objet. Le 1er mai s'est exprimé un autre phénomène inédit depuis les années 1930 : un million et demi d'ouvriers ont manifesté dans la rue, à Mexico, leur refus du plan d'austérité du gouvernement et des dizaines de milliers d'entre eux l'ont également fait dans chacune des principales villes industrielles du pays. Au cours des derniers mois, une vague de mobilisations s'est organisée dans les principales universités mexicaines, à l'Université nationale autonome du Mexique (UNAM), à la faculté des Sciences, dans les unités périphériques et dans les écoles préparatoires, contre le projet de réforme universitaire impulsé par le recteur.
6. Cf.Inprecor numéro 143 du 14 février 1983, numéro 151 du 30 mai 1983, et 161 du
7. Cf. Inprecor numéro 175 du 11 juin
Mais les classes et secteurs sociaux qui se mobilisent aujourd'hui ne sont pas les mêmes que ceux qui affrontèrent les gouvernements d'Echeverria et de Lopez Portillo. La paysannerie a déjà plus de dix années d'expérience de luttes et d'organisation, pendant lesquelles elle a effectué des progrès dans la coordination et la centralisation de ses luttes et de ses mobilisations. Un processus identique est à l'œuvre dans le prolétariat urbain et industriel et chez les habitants des quartiers populaires. Des secteurs importants des couches moyennes, des professions libérales et des intellectuels, sérieusement affectés par la crise, sont passés par l'expérience du mouvement étudiant. Les organisations politiques qui forment le large éventail de la gauche mexicaine, depuis les courants nationalistes et réformistes jusqu'aux révolutionnaires, ont aussi connu 15 ans d'expériences depuis le mouvement de révolte de 1968. Les formes de coordination de paysans, d'habitants des bidonvilles, de professeurs se dévelop pent. Les organisations de gauche ont pris des initiatives de convergence et d'unité d'action, et des débats sont en cours pour la constitution d'un front unique de la gauche à l'occasion des prochaines élections législatives, en 1985. Le FNCR a réussi à consolider son influence et sa légitimité, tandis que l'Assemblée nationale ouvrière, paysanne et populaire (ANOCP) se profile comme un organisme unitaire possédant déjà une certaine autorité et légitimité.
Dans ce contexte, il devient hautement significatif et encourageant que plusieurs partis politiques, syndicats et organisations paysannes convergent dans la lutte contre la répression, pour la présentation des disparus politiques, pour une loi d'amnistie, pour la libération des prisonniers et l'arrêt des persécutions contre les militants des organisations politiques, syndicales, paysannes et de quartiers. La grève de la faim qui s'est récemment déroulée au Mexique a pris toute sa signification dans ce contexte. S'y sont surtout exprimées les aspirations du peuple mexicain, dont de larges couches sont convaincues qu'elles ne pourront pas obtenir la satisfaction de leurs revendications matérielles tant que l'Etat poursuivra ouvertement sa politique de répression, de tortures, d'assassinats et de disparitions politiques.
L'IMAGE INTERNATIONALE
DU GOUVERNEMENT MEXICAIN
L'Etat mexicain s'est soigneusement, habilement et hypocritement construit une image internationale démocratique. Les circonstances internationales l'ont singulièrement aidé : à la fin des années 1930, avec son appui à la République espagnole et l'accueil des réfugiés à la fin de la guerre civile ; dans les années 1960, en étant le seul pays s'opposant au blocus américain de Cuba ; dans les années 1970, en appuyant le gouvernement de Salvador Allende, puis ensuite en recevant les réfuchiliens persécutés par chet ; après les coups d'Etat militaires en Uruguay et en Argentine, en accueillant des centaines de réfugiés ; et dans les années 1980, en déclarant son soutien à la révolution sandiniste et en jouant un rôle de médiateur au Salvador et dans les conflits en Amérique centrale, à travers sa participation à la déclaration franco-mexicaine et au groupe de Contadora.
Mais il ne s'agit pas là d'une vocation ou d'une conviction démocratique ou révolutionnaire du PRI. Il s'agit plutôt d'une nécessité politique, produit de l'histoire même du Mexique, des luttes du peuple mexicain, et de la situation géopolitique qu'occupe le pays. En 1981, Lopez Portillo lui-même expliquait la signification de sa position par rapport à l'Amé rique centrale en indiquant que le Mexique devait soutenir le Nicaragua pour acquérir et conserver une marge de liberté face à la politique et aux intérêts nord-américains, et pour chercher un équilibre dans les rapports de forces. La clé de cette politique internationale nous ramène à l'invasion par les forces yankees du territoire mexicain en 1847 et à l'amputation par la force de la moitié du territoire mexicain. Un second élément se trouve dans la révolution paysanne qui souleva et transforma le pays, de 1910 à 1920. Les luttes paysannes et ouvrières de la période d'avant la Seconde Guerre mondiale sont aussi l'explication de la politique du général Lazaro Cardenas à l'égard de la République espagnole. Les mobilisations ouvrières et paysannes de la fin des années 1950 constituent l'arrière-plan de la position mexicaine face à la révolution cubaine. Les mobilisations de masse en soutien à la révolution sandiniste et centro-américaine sont la clé de la politique adoptée face aux révolutions en Amérique centrale. Actuellement, la solidarité des paysans mexicains de l'Etat frontalier de Chiapas est l'élément fondamental qui a retardé une politique d'expulsion massive Lors de la campagne présidentielle du PRT. (DR)
ROSARIO BARRA
CANDIDATA DE LA UNDRN OBRERO" CAMPESINA POPULA"
EL 4 DE JULIO
OTA AS:
. 4 de réfugiés guatémaltèques, de leur évacuation forcée, plus au nord, vers l'Etat de Campêche, et de persécutions, de tortures et d'assassinats plus systématique de réfugiés de la part de l'Etat mexicain.
Ni les politologues ni les journalistes, ni les agences de presse européennes, qui, pour sûr, sont soigneusement circonvenus par la diplomatie mexicaine, ne comprennent cette situation. Mais les contradictions manifestes et les absurdités de la politique du gouvernement mexicain face aux réfugiés guatémaltèques et centroaméricains commencent déjà à miner la fausse image démocratique des gouvernants du PRI. D'autre part, la sensibilité de plus en plus grande de larges secteurs de la gauche européenne et latino-américaine, comme d'organisations humanitaires, contribuent également à dissiper cette illusion.
L'Etat mexicain aura de plus en plus recours à la solution de la répression et de la violence pour faire taire les protestations et les exigences populaires. La solution définitive des problèmes posés par la répression, les persécutions et les disparitions politiques demande en fait une transformation radicale de la structure de propriété et de la structure productive du pays. C'est la raison pour laquelle des secteurs de travailleurs, d'ouvriers et de paysans unissent aujourd'hui leurs luttes matérielles au combat pour la démocratie et contre la répression. La lutte pour la réap parition des disparus politiques démontre ainsi son caractère non seulement démocratique, mais véritablement révolutionnaire. Face à la montée de la répression, à la violation des droits humains, à l'illégalité et à l'illégitimité croissantes de la politique du régime du PRI, le peuple mexicain affronte le gouvernement sur la base du pacte social et de la légalité imposés par les luttes révolutionnaires de 1910. Une nouvelle légalité et légitimité populaires ne pourraient émerger qu'à partir des conquêtes obtenues, pour porter au devant de la scène les intérêts des classes exploitées
L'ANOCP a démontré que la politique d'austérité et de répression étaient les deux faces d'une même médaille et qu'elles constituaient les deux fronts de lutte de la bourgeoisie et de l'Etat contre les classes travailleuses. Ces dernières doivent répondre en affrontant cette politique également sur deux fronts : contre l'austérité et contre la répression. Dans ces conditions et face à un tel processus de luttes démocratiques, les tâches de solidarité sont indispensables. La dénonciation du caractère opportuniste, antidémocratique et antipopulaire de l'Etat mexicain contribuera incontestablement à renforcer les intérêts et les luttes du peuple mexicain.
Si le Mexique ne connait pas aujour d'hui une situation révolutionnaire, l'ave nir de la révolution centro-américaine déterminera en partie l'avenir des luttes populaires au Mexique et le rythme de leur développement.
Félix HOYO,