cratie, comme c'était le cas auparavant. RFA
Dans le cadre de tels développements, le rôle des marxistes-révolutionnaires est d'être les meilleurs constructeurs de ces tendances de gauche, en les orientant vers une perspective de lutte des classes cohérente et de ne pas ériger des barorganisationnelles qui rendraient Le bilan de la lutte pour cette tâche plus difficile. Au cours de la grève, les membres du Parti travailliste la semaine de 35 heures partisans de Socialist Action, hebdomadaire marxiste-révolutionnaire, ont joué un rôle de premier plan dans la création de comités de soutien réunissant des militants syndicaux et travaillistes en ~ ANS Mayr, premier secrétaire de l'IG Metall, le syndicat allemand de la métallur collaboration avec le NUM. Ils ont évité gie, a qualifié la lutte pour les 35 heures (Inprecor numéro 174 du 28 mai 1984) de commettre l'erreur des groupes sectai- -de « coup d'éclat historique » de son organisation, en affirmant : « La porte des qui a constitué à dénoncer 35 heures est ouverte. » Ce à quoi Wolfram Thiele, président de la Fédération patronacomités comme une diversion de la tâche le de la métallurgie, s'est empressé de répliquer : « Non, l'accord qui a été conclu de « construction d'une direction révolu- n'ouvre pas la voie à la semaine des 35 heures, au contraire, il marque la fin de la tionnaire ». réduction générale du temps de travail. » Et Heiner Geissler, ministre de l'actuel
Parallèlement, Socialist Action a gouvernement fédéral de coalition entre les chrétiens-démocrates et le Parti libéral, et cherché à clarifier les enjeux de la grève secrétaire général de l'Union chrétienne-démocrate (CDU), est venu en aide à son bon et les problèmes qu'elle doit résoudre ami du patronat en présentant un bilan de la grève décrivant cette lutte comme « un pour remporter la victoire. Cela a été fait échec et un revers » pour les syndicats. Par-delà leur satisfaction d'avoir vu leur camadans les colonnes de ce journal, mais aussi rade de la droite du Parti social-démocrate (SPD) et médiateur dans les négociations en prenant des initiatives, telles que l'or- Georg Leber, mettre un terme à la grève pour les 35 heures avec une proposition de ganisation d'une rencontre nationale compromis, les responsables socio-démocrates laissent percer leur espoir que, malgré le d'une soixantaine de mineurs en prove- chômage massif et la politique d'austérité, de nouveaux compromis durables seront nance de tout le pays et de leurs femmes encore possibles entre syndicats et patronat, dans la tradition ouest-allemande de avec d'autres syndicalistes britanniques et « coopération sociale ». Quant à cette aile « gauche » syndicale, qui, après ne rien européens, où furent discutées à la fois avoir voulu entendre de cette lutte, annonça ensuite, après le début de la grève, l'« inél'organisation de la solidarité matérielle et luctable défaite », elle analyse l'accord conclu comme la confirmation pure et simple les conditions politiques de la victoire de de son point de vue initial. C'est ce que reflètent les déclarations de Willy Hoss - ancien la grève. délégué d'entreprise du groupe syndical « l'Affiche » aujourd'hui exclu de l'IG Metall,
Aujourd'hui, la tâche prioritaire pour et actuel député des Verts au Bundestag (Parlement) —, suivant lesquelles « le résultat les militants révolutionnaires en Grande- de la grève est nul, et on a exigé des travailleurs beaucoup de sacrifices inutiles ». Bretagne est de tout faire pour que les mi- Quel est donc le bilan exact de cette grève pour la semaine des 35 heures ? Aucune neurs gagnent. Une telle victoire mettrait de toutes ces formules simplistes n'en rend vraiment compte (1). A l'évidence, les à l'ordre du jour la perspective de chasser syndicats ouest-allemands sont sortis à cette occasion de leur torpeur apparente de ces Thatcher, mettant dans leur tort tous dernières années. Mais, en même temps, leurs faiblesses sont apparues au grand jour. A ceux qui la disent invincible pour mieux l'évidence, les syndicats ont réussi à faire reculer le patronat et le gouvernement, justifier leur propre politique de collabo- en ramenant la durée hebdomadaire du travail de 40 heures à 38 h 30, voire 38 heures ration de classes. dans la sidérurgie. Mais, en même temps, le patronat est satisfait du compromis propo-
Il s'agit donc de mener la bataille sé par cet ancien président du syndicat du Bâtiment et des industries extractives pour transformer en actions concrètes le (mines, carrières) qu'est Georg Leber. En effet, ce compromis supprime la notion de soutien aux mineurs voté par les congrès durée légale et régulière du travail quotidien et hebdomadaire, et transfère une partie du Parti travailliste et du TUC. Mais pour du pouvoir de négociation des mains des syndicats à celles des conseils d'entreprise, que la grève soit victorieuse aujourd'hui, dont les activités sont étroitement définies par la loi et, dans nombre de grandes il faut faire face à la récente tentative du entreprises, plus orientées vers une « coopération confiante » avec la direction patrogouvernement de briser le NUM par la sai- nale qu'en fonction d'objectifs syndicaux. sie de ses fonds. Cela signifie qu'à partir Quoiqu'il en soit, la grève de l'IG Metall et de l'IG Druck und Papier (syndicat de du moment où les fonds du syndicat sont l'Imprimerie et du papier) pour la réduction du temps de travail aura été l'action confisqués par le gouvernement, il faut gréviste la plus importante officiellement déclenchée par les syndicats de ce pays commencer des grèves illimitées dans tous depuis les années 1950. C'est en fait la première grande grève depuis celle des sidérurles secteurs et que le TUC doit appeler à gistes, pour les 35 heures, qui s'était déroulée durant l'hiver 1978-1979. La grève du une grève générale pour défendre le NUM. printemps 1984 a touché un demi-million de travailleurs dans tout le pays, en prenant
Le gouvernement commence à pani- en compte grévistes, « lock-outés » et travailleurs immobilisés par des fermetures quer, et avec raison, devant l'évolution de d'usines. Avec ses six semaines — treize dans l'imprimerie —, c'est la grève la plus lonla situation. Il doit en finir avec la grève le gue depuis les 114 jours de lutte de l'IG Metall de la région du Schleswig-Holstein en plus rapidement possible s'il ne veut pas 1956-1957. Pour la première fois, l'IG Metall a simultanément organisé la grève dans perdre le combat au moment où les pre- deux régions. Pour la première fois aussi, deux syndicats de la confédération syndicale mières coupures de courant commence- DGB, de loin la plus puissante du pays, ont déclenché la lutte au même moment et ront à avoir des effets. Déjà, la grève a pour un même objectif, et ont été soutenus à cette occasion par d'autres syndicats. changé la physionomie de la vie politique Enfin, pour la première fois depuis la fin de 1982, date à laquelle la coalition de droite en Grande-Bretagne. Une victoire des mi- a remplacé les socio-démocrates au gouvernement et inauguré un « tournant » politineurs la transformerait totalement à que et social à la Reagan et à la Thatcher, les syndicats sont entrés en conflit ouvert l'avantage de la classe ouvrière. Une défai- avec ce gouvernement qui s'est lui-même rangé aux côtés du patronat. te, sous n'importe quelle forme, entraînerait au contraire une offensive de grande Peter BARTELHEIMER
1. Six semaines après la fin du conflit sur envergure de la part du gouvernement, les 35 heures. un récit détaillé et un bilan de afin d'étendre son avantage aux dépens de On peut distinguer cette grève a été recueilli dans un livre publié en toute la classe ouvrière britannique. deux phases contradictoires dans le dé- allemand et rédigé par Peter Bartelheimer et Jaroulement de cette grève, la charnière en- kob Moneta. Il peut être obtenu au prix de 10,80 DM plus les frais de port, en s'adressant à Steve ROBERTS, tre ces deux phases résidant dans la gran- ISP-Verlag, Postfach 11 10 17, D 6000 FrancLondres, 22 octobre 1984. de mobilisation politique de cette lutte fort/Main, RFA.
qui a permis d'organiser une manifestation de 200 000 travailleuses et travailleurs à Bonn, le 28 mai 1984. Durant la première phase, la lutte s'est étendue, sous l'effet de la politique d'affrontement menée par le patronat et le pouvoir, et s'est durcie de jour en jour. Durant la seconde phase, au contraire, la limitation du conflit par la direction syndicale a menacé d'entraîner les syndicats vers une défaite dangereuse. Cet écueil a certes été évité, mais le mouvement a perdu là une occasion de remporter une victoire durable et incontestable.
LES DEUX ETAPES DE LA GREVE
Au mois de mars 1984, patronat et gouvernement étaient encore persuadés qu'en revendiquant la semaine des 35 heures sans réduction de salaire, les directions de l'IG Druck und Papier et de l'IG Metall étaient allées trop loin. Selon eux, les syndicats étaient trop affaiblis pour oser lancer une grève sur ce mot d'ordre, alors que le chômage faisait rage depuis dix ans, qu'un gouvernement de droite était au pouvoir, et que la centrale syndicale DGB était ouvertement divisée sur cette question. Les représentants du capital et leurs alliés politiques étaient confiants dans le résultat des sondages qu'ils avaient eux-mêmes commandés, d'après lesquels la majorité des syndiqués rejetaient l'idée de la semaine des 35 heures comme étant irréaliste. En conséquence, ils se moquaient éperdument des représentants syndicaux. « Pas une minute en deçà des 40 heures » proclamait-on dans les rangs de la fédération patronale de la métallurgie, la Gesamtmetall. Et le gouvernement a fait sans attendre écho à ces prises de position. Le revendication des 35 heures « d'abnurde, irrationnelle et stupide ». « Bonne à faire rire un âne », ajouta le ministre de l'Economie, Lambsdorff, encore en fonction à cette époque.
Le 12 mars, les grèves d'avertissement commencèrent dans la métallurgie, et ce dans tout le pays. Lors des journées d'action des 5 et 6 avril, près de 300 000 travailleurs du nord et du sud de l'Allemagne prirent part au mouvement. Alors que la direction de l'IG Metall faisait traîner les grèves d'avertissement et attendait le résultat de deux vaines négociations au sommet avec la Gesamtmetall, alors que les véritables négociations salariales avaient lieu —dans la métallurgie comme dans la plupart des secteurs — à l'échelle le petit syndicat IG Druck und Papier se porta à la tête du mouvement, avec ses 140 000 adhérents. Le 12 avril, il organisa une série de grèves de 24 heures, tout en procédant dans différentes usines à la consultation de la base sur le déclenchement de la grève. A l'automne 1983, le congrès de ce syndicat avait en effet adopté une résolution modifiant ses statuts et lui permettant de lancer un mot d'ordre de grève après consultation préalable des seules unités devant participer au mouvement au lieu de
35 STUNDE EIN SAM NUGE D WIR TARK OT V ™ Mobilisation pendant la grève pour les 35 heures. (DR)
simultanément dans toutes les entreprises de la branche.
Ce faisant, le syndicat de l'Imprimerie et du Papier vint contredire les certitudes du patronat et du gouvernement qui ne croyaient pas à la grève : jusqu'au 3 mai, les syndiqués de l'IG Druck und Papier votèrent dans près de 200 entreprises, à raison de 81% en faveur de la grève. Au cours des semaines suivantes, la direction de l'IG Druck und Papier adoptactique de grève souple » : de nouvelles entreprises se mirent quotidiennement en grève, d'abord pour 24 heures, par la suite pour plus longtemps. Il s'agissait ainsi d'éviter un lock-out patronal à l'échelle nationale, qui, en 1976 et en 1978, date des dernières grèves dans ce secteur, avait conduit le syndicat au bord de la faillite financière. En effet, de par statuts, les syndicats ouest-allemands sont tenus de verser aux travailleurs grévistes et lock-outés une indemnité de grève égale à 70% environ de leur salaire (2). Dans ces conditions, un syndi-
2. RECTIFICATIF : le dernier article de Peter Bartelheimer sur la grève pour les 35 heures paru dans Inprecor numéro 174 du 28 mai 1984 contient, à la suite d'erreurs de transcription, deux présentations erronées, qui doivent ici après coup, car elles pourentraîner une compréhension inexacte des luttes syndicales en RFA.
Tout d'abord, dans l'introduction à la page 12, il est affirmé que la juridiction en Allemagne fédérale contraindrait les syndicats à obtenir
75% de ses membres pour mot d'ordre de grève. La juridiction allemande limite certes le droit de grève, mais ne règle pas la question de la consulplutôt contenue dans les statuts syndicaux, qui peuvent à tout moment être modifiés par un congrès de l'organisation. Les militants syndicaux débattent aujourd'hui, sur la base de la récente expérience, avant tout des modifications suivantes. A l'avenir, 75 % des voix exprimées lors de la consultation, et non plus 75 % du total des membres, devront suffire pour décider de la grève. L'acceptation du résultat d'une négociation ou son rejet et la poursuite de la grève désormais être adoptées à la majorité syndiqués, sans distinguer entre les grévistes et les autres, se prononcent en faveur du résultat d'une négociation pour faire arrêter une
Arbeitt
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cat aussi pauvre en adhérents et aussi faible que l'IG Druck und Papier ne pouvait pas se permettre une grève générale. D'ailleurs, même un syndicat aussi fort et aussi riche que l'IG Metall, avec ses 2,5 millions de membres, peut tout au plus supporter financièrement une grève générale
Au début du mois de mai, la direction de l'IG Metall se décidait enfin à consulter la base dans deux zones salariales, le Nord-Wurtemberg/Nord-Bade (région de Stuttgart) et la Hesse (région de Francfort). Dans ces deux zones, plus de 80 % des adhérents se prononcèrent en faveur de la grève. La direction de l'IG Metall se prononça elle aussi pour une tactique de grève n'engageant qu'un petit nombre de syndiqués dans le mouvement, mais devant produire un effet économique maximum. Le 14 mai, 13 000 travailleurs environ, de 14 entreprises de la région de Stuttgart, arrêtèrent le travail. Il s'agissait ainsi de bloquer la production de pièces vitales destinées à l'industrie automobile.
Ensuite, dans le dernier paragraphe de l'article, en page 18, il est question des tentatives de l'IG Metall pour éviter la grève, qui s'opposerait à la résistance massive des employés du secteur public « qui sont mobilisés depuis un an sur cet objectif ». Cela est inexact. Des discussions ont lieu, depuis un an dans les syndicats de la fonction publique, pour choisir entre la revendication des 35 heures ou de la pré-retraite comme priorité de la politique contractuelle du syndicat. Le plus important syndicat des services publics, l'OTV, s'était divisé et reste toujours divisé sur cette question. préférence fut donnée à la revendication des 35 heures, au cours d'une conférence de travail du
Au congrès syndical de juin 1984, par contre, tout engagement clair fut évité. La revendication de 10 jours de congés supplémentaires apparue à la fin de la grève dans la métallurgie et l'imprimerie est la traduction d'un compromis interne au sein de l'OTV. Elle correspond quantitativement à l'équivalent de la semaine de 38 h 30 dans l'industrie et est présentée comme une étape vers la semaine des 35 heures, mais ne signifie pas pour autant une réduction quotidienne du temps de travail et laisse donc ouverte la voie à de nouvelles luttes pour la réduction du temps de travail. La discussion intervenue dans l'OTV n'a par ailleurs pas eu d'incidences sur la politique de l'IG Metall.
Alors que l'IG Druck und Papier mettait en grève, chaque jour, 10 000 travailleurs de plus, les travailleurs de la principale usine de Daimler-Benz (automobiles), à Sindelfingen près de Stuttgart, se mirent en grève à leur tour, et ce, au départ, sans le feu vert de la direction de l'IG Metall. Le 21 mai, et pour la première fois depuis 33 ans, on faisait grève dans la métallurgie hessoise et aussi dans les usines Opel de Rüsselsheim. Le 23 mai, la DGB du Bade-Wurtemberg lança un appel à tous ses adhérents en faveur d'une grève de solidarit ! de plusieurs heures et l'ombre de la grève générale hantait toute la presse bourgeoise.
Alors que, faute de préparation, la grève de solidarité de la région de Stuttgart ne fut que peu suivie, c'est beaucoup plus le patronat et le gouvernement qui cherchaient à transformer la grève circonscrite aux bastions de l'IG Metall en une grève générale dans tout le pays. Pour ce faire, ils se servirent de l'arme du lock-out, qui n'a d'ailleurs été employée nulle part aussi massivement qu'en RFA, d'une façon totalement nouvelle. Officiellement, le lock-out ne sera déclaré par la Gesamtmetall que dans les deux régions en grève, et touchera « seulement » 90 000 personnes, dont aucune employée dans des entreprises de plus de 2 000 salariés. Parallèlement cependant, toutes les usines automobiles de RFA et la plupart des entreprises de sous-traitance décrétèrent, de manière manifestement concertée, l'arrêt de la production et déclarèrent que la grève de l'IG Metall dans la région de Stuttgart rendait économiquement impossible le maintien de l'emploi. A l'instigation du gouvernement, le président des caisses de chômage déclara que les indemnités techniques prévues en pareil cas par les offices régionaux du travail ne sauraient être versées aux travailleurs ainsi privés de leur emploi, dans la mesure où l'assurance-chômage devait demeurer ""neutre" face aux conséquences indirectes d'une grève ».
L'IG Metall se trouvait donc brutalement piegee par sa propre tactique de gre. ve. Dès le premier jour de grève en effet, Bild Zeitung, quotidien du groupe Springer, s'empressait de titrer: " Bientôt 500 000 chômeurs supplémentaires et plus une voiture en Allemagne ! » Par la suite, il y aura finalement 65 000 grévistes pour quelque 120 000 travailleurs lock-outés officiellement et près de 375 000 lockoutés « à froid ». A la différence des lock-outés « officiels », ces derniers, victimes des fermetures d'usine n'avaient pas le droit, selon les statuts des syndicats, aux indemnités de soutien, mais elles ne recevaient rien non plus des offices du travail. Les patrons espéraient ainsi que ces travailleurs allaient diriger leur colère et leur inquiétude devant leurs conditions d'existence contre leur propre organisation syndicale, et mettre l'IG Metall à genoux. Parallèlement, le patronat de la métallurgie conservait l'initiative en décidant dans quelles usines et quels ateliers le travail continuerait ou la production serait suspendue. C'est ainsi que dans le secteur de l'automobile, avec en outre l'assenti-
ment des délégués d'entreprise de l'IG Metall, le travail se poursuivra jour et nuit départements de la recherche, pour l'élaboration des nouveaux modèles de véhicules de cet automne. Les secteurs rentables et particulièrement sensibles, comme ceux de la vente, du démarchage, des services administratifs, continuèrent également à travailler.
Tandis qu'en juin l'IG Druck und Papier élargissait le conflit, dans les limites de sa tactique de grève, sous la pression de la base, et qu'une grève sans préavis commençait dans de grands journaux, l'IG Metall ne trouvait toujours pas les moyens de riposter au lock-out patronal. La grève faisait du surplace. Le rapport des forces ne se modifiera dès lors plus de façon décisive en faveur du syndicat. Mais ce ne sera pas le front de grève dans les entreprises qui en portera la responsabilité. En effet, à la base, la lutte prit des formes de plus en plus efficaces et radicales, à fin mai et en juin. Dans nombre d'entreprises, les délégués et le personnel tentèrent d'opposer une lock-out, Filter-Knecht (fabricant de filtres pour moteurs) à Lorch (Wurtemberg). Lorsque les travailleurs de cette usine apprirent les intentions de la direction de renvoyer 80% du personnel à la maison, le 28 mai, le conseil d'entreprise élabora aussitôt un plan de poursuite de la production en 20 points. Le lundi matin suivant, le personnel se rendit avec fermeté à l'usine et tenta de reprendre le travail. La direction arrêta les machines. Le personnel décréta l'occupation de l'usine. Deux jours plus tard, les travailleurs réservèrent un accueil enthousiaste à deux représentants des mineurs en grève de Grande-Bretagne. A la suite d'un weekend prolongé par un jour férié, l'occupation ne reprendra pas la semaine suivante, car la direction de l'IG Metall n'avait pas caché son hostilité à ce mouvement.
Pourtant, l'occupation de Lorch fit école. Dans toute une série d'entreprises, notamment dans la région de Stuttgart, le personnel lock-outé au cours des semaines suivantes pénétra dans les usines, y organisa des manifestations et des « visites » de leurs lieux de travail. La Gesamtmetall ayant annoncé de nouveaux lock-out pour le 18 juin dans le nord du Wurtemberg, de nouvelles occupations d'usines étaient dans l'air. Les travailleurs, en majorité turcs et kurdes, de l'usine de l'entreprise électrique SEL à Esslingen, ripostèrent préventivement au lock-out en se mettant en grève spontanément et sans le feu vert de la direction du syndicat. Chez Werner et Pfleiderer, à Dinkelsbühl, près de Stuttgart, les travailleurs s'installèrent au matin du 18 juin dans l'usine avec des couvertures et des matelas et se préparèrent à un séjour prolongé. Cette action remporta une victoire éclatante. Craignant une occupation, la direction de l'usine renonça le jour même sa décision de lock-out. Dans de nombreuses autres entreprises, les représentants syndicaux préparaient l'occupation, qui n'aura pas lieu étant donné l'opposition de la direction de l'IG Metall à Francfort. Parallèlement, les militants et représentants syndicaux d'autres régions, notamment de Rhénanie du Nord-Westphalie et de Hambourg, réclamèrent de la direction de l'IG Metall l'organisation de consultations sur le déclenchement de la grève, afin de pouvoir réagir aux fermetures d'usines par leurs propres moyens de lutte.
LE COMPROMIS « LEBER » POUR LES 38 h 30 Après le succès, le 28 mai 1984, de la Marche sur Bonn, par laquelle l'IG Metall tentait de réagir à la tactique de lock-out de la Gesamtmetall appuyée par le gouvernement fédéral, les conditions d'une extension de la grève ne seront jamais aussi favorables. Quelque 200 000 personnes réunies au Hofgarten de Bonn pour la plus grande manifestation syndicale de la RFA, proclamèrent haut et fort que le chancelier Kohl devait être le premier à gouvernement proposait aux comme solution de rechange aux 35 heures (3). Déclenchant l'enthousiasme général, le président du DGB, Ernst Breit, avait annoncé à Bonn l'éventualité d'une grève nationale de solidarité
L'initiative des travailleurs de la métallurgie ouvrait la voie à une riposte efficace au lock-out : organisation de la consultation sur le déclenchement de la grève dans toutes les régions frappées par les fermetures d'usine, mise en grève des usines en arrêt partiel d'activité, occupations d'usine. Mais cette stratégie se heurtait au veto de la direction de l'IG Metall. Déjà la grève de Daimler-Benz à Sindelfingen, non prévue au programme, avait été désavouée par la direction syndicale. Et elle s'opposa à toute autre forme d'action spontanée. Alors que la Gesamtmetall menaçait les syndicats d'une rupture des négociations, privant par là-même la métallurgie de tout accord salarial, le président de l'IG Metall préparait, dans les coulisses, une issue négociée à cette confrontation. Après avoir rappelé Georg Leber, ancien ministre SPD, de ses vacances en Italie, il le proposait comme médiateur politique. Cela aboutit à l'acceptation d'un accord, par l'IG Metall, qui sera étendu au début juillet au secteur de l'imprimerie, et qui prévoyait la réduction du temps de travail hebdomadaire en moyenne à 38 h 30, parallèlement à une « flexibilisation » des horaires (cf. encadré). Malgré la colère des travailleurs en grève, plus de 50 % des adhérents de l'IG Metall approuvèrent le résultat des négociations. Le 3 juillet à Stuttgart, et quelques jours plus tard à Francfort, le travail reprenait.
Le résultat de cet accord est beaucoup moins favorable pour les syndicats qu'il n'y paraît à première vue. L'élément positif, c'est évidemment qu'à compter du 1er avril 1985, le seuil des 40 heures sera franchi et qu'à ce moment-là une compensation sera accordée aux salariés, sous forme d'une augmentation de 3,9 % du salaire horaire. L'aspect négatif, c'est que l'IG Metall et l'IG Druck und Papier devront se contenter, jusqu'à fin 1986, d'une augmentation de salaire de 3,3 % au
1er juillet 1984 et de 2% de plus au ler avril 1985.
Mais le plus grave, c'est surtout que la durée hebdomadaire du travail fixée dans la métallurgie n'est désormais plus conçue que comme une moyenne. Pourvu que chaque entreprise travaille mensuellement sur la base de 38 h 30 par semaine, peu importe qu'une partie du personnel travaille 37 heures, une autre 40 heures et une troisième pendant une durée comprise entre ces deux limites. Fort heureusement, cette disparité a pu être évitée dans l'accord adopté par le secteur de l'imprimerie.
En outre, le temps de travail de chaque salarié peut être réparti de façon irrégulière selon les jours et les semaines, bien qu'à cet égard les limites de la flexibilité des horaires fasse aujourd'huil'objet de controverses entre patronat et syndicats. La durée hebdomadaire individuelle du travail ne doit plus être atteinte qu'en moyenne sur une période de deux mois. Or, les patrons interprètent cette clause de l'accord de telle façon qu'ils puissent adapter le rythme de travail aux impératifs de la production, en faisant par exemple travailler leurs ouvriers 32 heures pendant une semaine, puis 36, 41, voire ensuite 45 heures durant deux autres semaines. Les heures supplémentaires et l'extension du travail en équipe n'est désormais plus limité par les conventions salariales. Autre aspect négatif de l'accord, rien ne s'oppose plus au travail à temps partiel, qui concerne surtout les femmes, mais aussi de plus en plus d'hommes. Par voie de conséquence, une part croissante des salariés va se trouver soumise à ces conditions d'emploi précaires.
Dernier point négatif, la mise en application de la réduction du temps de travail peut être librement organisée entreprise par entreprise par le biais de négociations entre les délégués d'entreprise et la direction. Qu'il s'agisse de réduire la durée du travail de 18 minutes par jour comme le préconisent actuellement nombre d'entreprises, ou de ne plus travailler que 7 heures le vendredi ou le jeudi tous les quinze jours, comme le souhaitent nombre de militants syndicaux, ou qu'il s'agisse enfin de réduire le temps de travail par des jours de congé supplémentaires, toutes ces formules devront également être négociées, tout comme la revendication des syndicats d'accorder les 38 h 30 sans discrimination à tous les salariés. Or, c'est de ces modalités de modification des horaires dans les entreprises que dépendra la réponse à la question de savoir si, à fin de 1986, lors de la reprise des négociations salariales, l'objectif des 35 heures sera encore crédible comme axe de lutte et s'il restera d'actualité dans les entreprises.
L'accord sur la réduction du temps de travail à 38 h 30 en moyenne entre surtout en contradiction avec le but affirmé de la lutte, qui était de créer, grâce à
3. Selon un projet de loi déposé peu avant le début de la grève, le gouvernement s'engagerait à favoriser le départ des salariés dès 58 ans, en leur garantissant le versement de 65 % de leur dernier salaire brut.
balement, l'expérience ainsi acquise favo- du temps de travail ne devait pas être un
Solidarität
List unsere Starkr une réduction drastique du temps de travail, de nouveaux emplois et d'alléger la pression du chômage sur les syndicats. Et ceci, alors qu'une extension de la grève aurait pu, encore en juin dernier, obliger les patrons et le gouvernement à accepter un calendrier progressif pour l'introduction de la semaine des 35 heures. C'est là que les directions de l'IG Metall et de l'IG Druck und Papier se sont révélées prisonnières d'une logique qui prend pour mesure de la combativité syndicale non pas la mobilisation des membres du syndicat mais l'état de la caisse de grève. Cependant, la décision de ne pas étendre le mouvement gréviste fut avant tout politique. Les directions de l'IG Metall et de l'IG Druck und Papier ont montré qu'elles étaient prêtes à lutter, mais pas jusqu'à la remise en question du pouvoir politique et économique. Car une extension de la lutte comportait le risque d'une confrontation globale avec le Capital et d'une crise gouvernementale. Cette perspective fit reculer tous les fonctionnaires des directions syndicales.
La prise en considération des seuls résultats concrets de la grève ne suffit néanmoins pas pour juger si celle-ci fut « payante ». Le résultat matériel final représente certes un échec de la lutte pour les 35 heures, mais par ailleurs aussi un succès partiel du mouvement syndical. L'IG Metall et l'IG Druck und Papier ont été les premiers syndicats en 1984, année de luttes significatives du mouvement ouvrier en Europe de l'Ouest, à s'engager dans une mobilisation pour une revendication offensive, par nature anticapitaliste, et à sortir en partie vainqueurs de la confrontation avec un gouvernement réactionnaire, directement lié au Capital. Cette lutte n'aura pas été vaine. Elle n'a pas débousur une défaite, avant tout parce qu'elle a mis en marche l'ensemble du mouvement syndical, qu'elle a posé à des dizaines de milliers de militants des questions auxquelles il sera décisif de répondre pour l'avenir des luttes, et que, glo-
Manifestation en faveur des 35 heures. (DR) rise une évolution plus combative de la politique syndicale.
LES LEÇONS DE LA GREVE La grève a montré que c'est d'abord la division dans les rangs de la classe ouvrière elle-même et le manque d'expérience de lutte politique et syndicale qui permet au patronat et au gouvernement de poursuivre leur politique d'austérité et leur offensive antisyndicale. La DGB, en tant que confédération, a éclaté lors de ce conflit. Une partie de ses syndicats ont accepté, sur proposition du gouvernement et du patronat, de négocier la réglementation de la retraite pour les travailleurs de plus de 58 ans et confirmé ainsi le maintien de la durée hebdomadaire de travail à 40 heures jusqu'en 1988, au moment même où se déroulait la grève de l'IG Metall et de l'IG Druck und Papier. Ce ne sera donc que par de nouvelles actions et de nouvelles luttes que de nombreux syndiqués de la métallurgie et de l'imprimerie pourront être convaincus de la justesse de revendications offensives, incompatibles avec les lois de l'économie de marché, comme celle relative à la réduction
La mise en œuvre des méthodes de la lutte syndicale contre la politique gouvernementale n'est désormais plus un tabou. Cette grève était une grève politique, et aussi comprise par ceux qui l'ont menée dans les entreprises comme une lutte contre le cabinet d'Helmut Kohl. Le gouvernement fut d'ailleurs contraint de reculer, dévoilant ainsi sa faiblesse. Les mois de mai et juin derniers furent pour lui une succession de défaites. Le 24 mai, devant le refus général, il lui fallut retirer un projet de loi qui devait assurer l'impunité des hommes politiques et des trusts compromis dans des affaires de pots-de-vin fraude fiscale. Le 6 juin, le chancelier Kohl faisait une déclaration surprenante au Bundestag, selon laquelle la réduction tabou, et le même jour, son ministre du Travail persuadait la Gesamtmetall de revenir sur sa décision d'étendre le lockout aux secteurs non grévistes. Fin juin, le comte Lambsdorff, qui comme ministre de l'Economie avait orchestré la politique gouvernementale de confrontation avec les syndicats, était accusé de corruption dans l'exercice de ses fonctions et contraint de donner sa démission.
Fin juin, sous la pression de verdicts favorables aux syndicats, le gouvernement annulait la décision des assurances-chômage de refuser les indemnités de chômage partiel aux travailleurs touchés par les arrêts d'entreprises. Et début juillet, c'est le ministre du Travail qui réussissait à convaincre les patrons réticents de l'imprimerie à accepter l'arbitrage du social-démocrate Georg Leber dans le conflit. Ces jours derniers, le gouvernement a encore dû s'écarter de son orientation de confrontation Après avoir déclaré, au début de l'année, qu'il refusait toute augmentation des salaires et toute réduction du temps de travail des fonctionnaires, il accepta d'en discuter certains aspects, le 25 septembre, lors de négociations avec les syndicats de la fonction publique, dans le cadre desquelles ces derniers réclamaient une augmentation salariale de 5 % et 10 jours de congés en plus des congés annuels, comme avancée vers les 35 heures.
Dans cette situation, ce fut avant tout la retenue des directions syndicales et des partis de l'opposition parlementaire, le SPD et les Verts, qui ont sauvé le gouvernement d'une plus grande défaite. Ces deux formations, qui s'étaient déclarées solidaires du combat des syndicats, se sont comportées dans les faits comme s'il s'était agi d'un conflit sans dimension politique. Lors des pourparlers entre le SPD et les Verts sur l'acceptation d'un gouvernement minoritaire du SPD au parlement de Hesse, ni la grève ni le lock-out, ni la question de la réduction du temps de travail n'ont eu un rôle quelconque. Le SPD fit pression en coulisse sur les organisations syndicales pour qu'elles mettent si possible fin à la grève avant les élections européennes du 17 juin. En Hesse et à Hambourg, où la constitution interdit le lock-out, le SPD refusa de prendre les mesures légales contre le lock-out. Dans les communes et les Etats gérés par le SPD, celui-ci s'opposa à l'introduction de la semaine des 35 heures dans les services publics, geoisie. mune des Verts et du SPD en faveur de l'introduction généralisée de la semaine des 35 heures comme pierre de touche d'une majorité parlementaire « rose-verte » au niveau des municipalités, des Etats puis, plus tard, au niveau du parlement fédéral, n'en devient que plus importante.
L'expérience acquise dans cette lutte a convaincu une large couche de militants et de responsables syndicaux de la nécessité de changements fondamentaux dans les méthodes d'intervention des syndicats, et tout d'abord sur les formes de lutte, sur la question des indemnités de grève et de l'attitude des syndiqués et de leurs dé-
légués élus par rapport aux conseils d'entreprise. Avant la grève, les occupations d'usine n'avaient pas été discutées dans l'ensemble de l'IG Metall. De telles expériences étaient limitées aux travailleurs, peu nombreux, qui avaient tenté de s'opposer par ce moyen à la fermeture de leur entreprise. Aujourd'hui, un nombre croissant de militants syndicaux sont convaincus que seule l'occupation de l'entreprise permet de s'opposer efficacement au
Un jugement des tribunaux, qui déclarait légale l'entrée de travailleurs lock-outés dans l'entreprise pendant une grève, devrait favoriser la poursuite du sur cette question. La nécessité, en cas de lock-out, de poursuivre la grève jusqu'à ce que le patron consente au paiement des salaires injustement retenus est un autre point en discussion. Dans l'imprimerie, où de nombreux journaux ont été imprimés grâce à l'emploi de briseurs de grève et des techniques d'impression et de composition les plus récentes, et livrés sous la protection de la police malgré le blocage des sorties d'entreprise par les grévistes, le problème de la nécessité de rester dans l'entreprise pendant la grève, ou de rendre les machines inutilisables, est ouvertement débattu.
Influencés par l'exemple de la grève des mineurs britanniques, qui tient depuis plus de six mois, sans caisse de grève syndicale, de nombreux militants mettent en cause la pratique de la lutte financée par les syndicats. « Vous devez vous sortir du piège de la caisse de grève », recommanda Joe Holmes, représentant du syndicat des mineurs britanniques (NUM), lors d'une conférence des syndicalistes combatifs qui tirait, le 23 septembre dernier à Francfort, le bilan de la grève. « L'indemnité de grève est la mort de tout mouvement. Sans indemnité de grève, il y a plus d'autonomie des unions locales et régionales pour des actions indépendantes et moins de contrôle bureaucratique », poursuivait le syndicaliste britannique. Sans l'obligation de verser une indemnité aux travailleurs victimes du lock-out en compensation de leurs salaires perdus, les syndicats pourraient supporter des lockout même massifs sans être mis à genoux. A la place de l'indemnisation des grévistes à son taux actuel, il serait plus efficace' Cortège du syndicat des fonctionnaires. (DR)
ÖTV-Schwestern und Arzie forder: Schluß mit den Sparmaßnahmen ea
Kein sozialer Abbau am Krankenhaus
Keine Verschlechterung der Kranken-
versorgung d'organiser des fonds de lutte des syndicats au niveau local et national qui serviraient à aider, en fonction de leurs besoins, les grévistes et les lock-outés, et qui reposeraient sur la solidarité de l'ensemble des syndiqués et de la population. Sans une telle modification, les syndicats ne seront pas capables, à l'avenir, de mener des grèves nationales. Et c'est seulement en tant qu'organisations de lutte, et non comme des caisses d'assurance face aux conséquences des grèves, que les syndicats ont un avenir.
La nécessaire transposition au niveau de l'entreprise de la nouvelle réglementation du travail porte à son point le plus haut le conflit entre militants syndicaux et conseils d'entreprise à l'idéologie de collaboration de classe. De nombreux conseils avaient déjà refusé au début de l'année de populariser la revendication syndicale de la semaine des 35 heures. Pendant la grève, les conseils de nombreuses grandes entreprises se tinrent à l'écart de la lutte ou même frappèrent carrément leurs syndicats dans le dos. Au lieu de s'opposer à la fermeture des usines en riposte à la grève, ils s'entendirent avec les directions pour réduire les congés annuels d'une durée équivalente au temps d'arrêt de la production. Le président du conseil d'entreprise de BMW à Munich appela l'IG Metall, dont il est membre, à cesser la lutte, en envoyant des lettres pendant la grève à tous les employés de l'entreprise. Il diminua aussi, de son propre chef, la subvention syndicale mensuelle de 3 DM (environ 9 francs). Immédiatement après la grève, lorsque les trusts de l'automobile cherchèrent à rattraper la chute de la production, les conseils d'entreprise Daimler-Benz, Porsche et d'autres firmes approuvèrent le recours massif aux heures supplémentaires et au travail en équipes spéciales jusqu'à Noël, de sorte que pour de nombreux travailleurs, le résultat immédiat de la grève ne fut pas la semaine des 35 heures mais celle des 50 heures. Partout où les conseils d'entreprise ont, comme le demandait l'IG Metall, refusé les heures supplémentaires, ou les ont acceptées mais en échange de repos compensatoires, la direction dut procéder à des embauches après la grève. La démocratisation du syndicat et le renforcement de ses capacités de lutte au niveau de l'entreprise ne pourra être obtenu qu'en renouant avec la pratique des assemblées régulières des syndiqués dans les usines, et que si les délégués élus par les syndiqués peuvent contrôler réellement la politique des conseils d'entreprise et des directions syndicales locales et nationales.
Les liens entre des militants syndicaux d'horizons politiques différents se sont renforcés au cours de ce conflit pour les 35 heures. Dans le cadre d'initiatives de quartier, de cercles de travail locaux, ils ont étroitement collaboré, avant et pendant la grève, côte à côte ouvriers de l'imprimerie, de la métallurgie, fonctionnaires. Beaucoup d'entre eux sont restés en contact, après la fin de la grève. Ils organisent aujourd'hui en commun la solidarité avec les mineurs britanniques et les syndicats des services publics de la RFA, qui sont actuellement en pourparlers avec le gouvernement concernant leurs salaires et la réduction du temps de travail. Les = de 6o4
22 et 23 septembre 1984, 140 d'entre eux, en provenance de tout le pays, se sont rencontrés à Francfort, à l'appel du bulletin d'information Info 35, pour échanger leurs expériences et élaborer une stratégie commune face à l'application des nouvelles conventions collectives dans les entreprises. C'était déjà la quatrième conférence nationale de ces syndicalistes combatifs et ce fut la plus représentative de toutes. Jakob Moneta, ancien rédacteur en chef de la revue syndicale de la métallurgie Metall et dirigeant du Groupe marxiste internationaliste (GIM), la section allemande de la IVe Internationale, rencontra l'assentiment général en déclarant : « Il nous faut une unité organisationnelle, un cadre commun aux syndicats de lutte ». Car, sous les coups du chômage massif et de la politique d'austérité, la grande masse des syndiqués ne peut pas être orientée vers la lutte par les seules initiatives « spontanées» de quelques responsables syndicaux combatifs. C'est seulement au travers de la transformation des syndicats actuels en des organisations de lutte, et si la conscience socialiste fait son entrée dans les directions syndicales, qu'il sera possible d'engager en 1986 au terme du présent compromis sur les 38 h 30, des combats victorieux pour la semaine des 35 heures, pour le passage de branches vitales de l'économie à la propriété collective, pour des formes de contrôle ouvrier.
Le GIM apparut dans cette grève comme la seule organisation nationale à se battre fermement et efficacement pour la semaine des 35 heures et l'extension de la lutte. Son hebdomadaire Was Tun a enregistré, pendant douze semaines, une diffusion de 12 000 à 20 000 exemplaires. Il était lu par de nombreux militants et responsables syndicaux et son point de vue était débattu sur les lieux de travail. Les membres du GIM qui interviennent dans les syndicats sont aujourd'hui au premier rang des militants syndicaux qui, à la fois, tirent le bilan de la grève et continueront à défendre des positions combatives au sein des syndicats.
Peter BARTELHEIMER, Francfort, 1er octobre 1984.